héritage biblique de Vatican II

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L’héritage biblique de Vatican II
Pour reprendre l’image de Jean XXIII, Vatican II a été un souffle nouveau qui a
rafraîchi l’Église dans sa vie, son organisation, sa pensée et sa mission. La redécouverte de
l’importance de Parole de Dieu a fortement contribué à ce renouveau.
1. Dei Verbum
Le seizième siècle avait constitué un tournant important dans l’histoire de l’Église et
du rapport à la Parole de Dieu. En effet, les réformateurs avaient mis l’accent sur la Bible. Par
réaction, l’Église catholique avait insisté sur les sacrements et avait marqué sa réticence à
mettre la Bible à la portée des fidèles.
Avec Vatican II et les échanges œcuméniques, l’Église catholique remettait en valeur
la Bible. Le texte qui l’exprime le mieux, c’est la Constitution dogmatique Dei Verbum,
promulguée par le pape Paul VI le 18 novembre 1965. Elle porte sur la Révélation biblique1.
Dei Verbum rappelle que le christianisme n’est ni une idéologie ni une sagesse. Il est
un message révélé par Dieu, d’abord à travers le peuple de l’Ancien Testament, puis par son
fils (Cf. Dei Verbum, 4). Parole de Dieu faite chair, comme le rappelle le Prologue de Jean
(cf. Jn 1, 1-18), Jésus nourrit autant de sa parole que de sa chair et de son sang (cf. Jn 6). Avec
Dei Verbum, l’Église redécouvre la Bible comme l’âme non seulement de la théologie, mais
aussi de la catéchèse, de la prédication et de la liturgie (Dei Verbum, 24). Alors, tous les
chrétiens (laïcs, prêtres, religieux et religieuses) sont invités à s’attacher aux Écritures pour
nourrir leur vie de foi et combler le cœur des hommes et des femmes :
Que par la lecture et l’étude des Livres saints « la Parole de Dieu accomplisse sa
course et soit glorifiée » (2 Th 3, 1), et que le trésor de la Révélation confié à l’Église comble
de plus en plus le cœur des hommes. De même que l’Église reçoit un accroissement de vie par
la fréquentation assidue du mystère eucharistique, ainsi peut-on espérer qu’un renouveau de
vie spirituelle jaillira d’une vénération croissante de la Parole de Dieu, qui « demeure à
jamais » (Is 40, 8 ; cf. 1 P 1, 23-25) (Dei Verbum, 26).
2. Parole de Dieu et langage humain
Au moment de la crise de la Réforme, pour juguler les problèmes posés par la lecture
de la Bible, l’Église catholique avait mis l’accent sur l’inspiration, mettant quelque peu en
veilleuse le travail de l’écrivain. Il faudra attendre l’encyclique de Léon XIII,
Providentissimus (18 novembre 1893) pour réaffirmer que la Bible était conjointement Parole
de Dieu et langage humain.
Sur cette lancée, Dei Verbum souligne la collaboration entre l’Esprit de Dieu et
l’hagiographe dans la transmission de la Parole sacrée. Il convient d’en tenir compte pour une
bonne interprétation des Écritures. Les livres bibliques sont certes inspirés, mais l’inspiration
n’est pas une dictée. L’auteur biblique doit traduire le message divin en un langage
compréhensible par ceux à qui il s’adresse. D’où l’insistance de Dei Verbum sur les genres
littéraires qui constituent la clé de lecture du texte biblique et qui en donnent l’intelligence.
L’histoire de l’interprétation de la Bible montre que de faux problèmes ont surgi parce que
l’on n’avait pas saisi le genre littéraire employé par l’auteur.
1
Cf. M. Quesnel / C. Boureux / M. Fédou, Vatican II et la parole de Dieu. Autour de Dei Verbum, Paris,
Desclée De Brouwer, 2012.
Le concile précise qu’il convient de tenir compte des genres littéraires dans leur
ensemble, mais encore de chacun d’eux. En effet, chaque genre littéraire a une fonction
particulière : un poème n’est pas un récit. Grâce au genre littéraire, l’on saisit l’intention de
l’auteur, et partant ce que Dieu a voulu nous dire à travers lui :
En effet, pour vraiment découvrir ce que l'auteur sacré a voulu affirmer par écrit, on
doit tenir un compte exact soit des manières natives de sentir, de parler ou de raconter
courantes au temps de l'hagiographe, soit de celles qu'on utilisait à cette époque dans les
rapports humains (…). (Dei Verbum, 12).
Comme nous n’avons jamais fini de redécouvrir les richesses de la Parole de Dieu, le
pape Benoît XVI a décidé de consacrer le synode d’octobre 2008 à la « Parole de Dieu dans la
vie et la mission de l’Église ». Cette assemblée synodale reprend, prolonge et approfondit la
constitution conciliaire Dei Verbum2.
Ainsi, les Pères synodaux reviennent sur l’exigence d’affronter la rugosité de la
Parole, exigence tant pour la comprendre que pour la vivre. En effet, elle est cette parole
douce et amère que doit dévorer le prophète Jean (cf. Ap 10, 10) à la suite de son ancêtre
Ézéchiel (cf. Ez 2-3). Le chrétien est amené à accepter l’amertume d’une confrontation
patiente et rigoureuse avec la Parole pour en tirer les doux fruits de la conversion, et en
l’occurrence pour une lecture correcte et fructueuse de la figure de Marie dans les Écritures.
C’est pourquoi, personne n’est dispensé d’une lecture éclairée de la Bible :
Tout lecteur des Saintes Écritures, même le plus simple, doit avoir une certaine connaissance
du texte sacré, se rappelant que la Parole est revêtue de paroles concrètes auxquelles elle se plie et
s'adapte pour être audible et compréhensible par l'humanité. C'est une tâche nécessaire : si on
l'exclut, on peut tomber dans le fondamentalisme qui, concrètement, nie l'incarnation de la Parole
divine dans l'histoire, et ne reconnaît pas que cette Parole s'exprime dans la Bible selon un langage
humain, qui doit être déchiffré, étudié et compris, et ignore que l'inspiration divine n'a pas effacé
l'identité historique et la personnalité propre des auteurs humains. Mais la Bible est aussi Verbe
éternel et divin, et c'est pourquoi elle exige une compréhension autre, donnée par l'Esprit Saint qui
dévoile la dimension transcendante de la parole divine, présente dans les paroles humaines3.
3. Vatican II et lectures africaines de la Bible
Dès la renaissance de la théologie négro-africaine contemporaine en 1956, avec le
livre initiateur, Des prêtres noirs s’interrogent, s’est posée la question d’une lecture de la
Bible en contexte africain. Les théologiens africains trouveront dans le Concile Vatican II un
encouragement à creuser cette intuition. Ainsi, Engelbert Mveng ouvrira des pistes
intéressantes pour une lecture de la Bible à la lumière de l’histoire africaine4. Historien et
théologien, sa connaissance des langues bibliques et de l’histoire ancienne lui permet de
plonger lui-même dans le texte biblique. Pour concrétiser cette dynamique initiée par Vatican
II, il organise, du 20 au 30 Avril 1972, un congrès autour de la Parole de Dieu, avec pour
thème : « L’Afrique Noire et la Bible »5.
Au congrès de Jérusalem répondra la première rencontre de Biblistes africains, en terre
africaine. Il se tiendra à Kinshasa en décembre 1978, sur l’initiative de Laurent Monsengwo et
Jean Adalbert Nyeme Tese. Ce sera l’aîné d’une longue série de rencontres. Depuis 1987, les
L’exhortation post-synodale, Verbum Domini, a été publiée en 2010.
12è Assemblée générale ordinaire du synode des évêques, Message du synode sur la Parole de Dieu, Rome,
2008, n° 5.
4
Cf. E. Mveng, L’Afrique dans l’Église, paroles d’un croyant, Paris, L’Harmattan, 1985, p. 200.
5
Cf. E. Mveng / R.J.Z. Werblowsky (éd.), Black Africa and the Bible. L’Afrique Noire et la Bible, Jérusalem,
The Israël and Interfaith Committee, 1972.
2
3
Biblistes africains sont regroupés en association dénommée d’abord « Journées Biblistes
Africaines » (J.B.A.), puis Association Panafricaine des Exégètes Catholiques (APECA), ou
Panafrican Association of Catholic Exegetes (PACE). Elle a pour objectif « la promotion
d'une étude scientifique de la Bible dans une perspective africaine »6.
C’est dans cet esprit que se réalisent des commentaires et des études exégétiques sur
divers livres bibliques. Il s’agit d’articles, de commentaires bibliques plus ou moins
techniques. Ils visent à proposer des instruments pédagogiques et pastoraux qui favorisent des
lectures de la Bible en contexte africain7.
Vatican II aura également un grand impact sur la Pastorale biblique. C’est en effet
dans la foulée du concile qu’en 1969, le pape Paul VI institue la Fédération Biblique
Catholique, basée à Stuttgart, en Allemagne. Elle a pour mission de promouvoir la Pastorale
Biblique, de soutenir les traductions en langues locales et leurs révisions, de former des
traducteurs et des animateurs de pastorale biblique, de favoriser l’acquisition des Bibles à des
prix abordables, de soutenir les travaux exégétiques. En 1974, elle parraine le début de
l’Apostolat biblique à Lusaka en Zambie, puis en 1978 à Lomé, au Togo. En 1981, le
SCEAM décide de transformer les deux services bibliques africains de la Fédération
Catholique en Centre Biblique Catholique pour l’Afrique et Madagascar (CEBAM)8.
Le premier synode africain conforte cet intérêt pour la Bible retrouvé avec Vatican II.
En ce sens, Ecclesia in Africa, selon le mot d’A. Kabasele, « constitue en quelque sorte
l’aboutissement d’une longue marche d’appropriation entreprise par les Églises locales
africaines depuis trois décennies »9. Le deuxième synode africain, qui se tient dans le sillage
de celui sur la Parole de Dieu, revient avec insistance sur la puissance réconciliatrice de la
Parole. Dans l’exhortation post-synodale Africae Munus, Benoît XVI insiste, à la suite de
Verbum Domini, sur la place irremplaçable de la Parole de Dieu dans la vie personnelle et
communautaire :
(…) Les Pères du Synode encouragent les communautés chrétiennes paroissiales, les CEV
(CCS), les familles et les associations et les mouvements ecclésiaux à des moments de partage de la
Parole de Dieu. Ils deviendront ainsi davantage des lieux où la Parole de Dieu qui édifie la
communauté des disciples du Christ, est lue ensemble, méditée et célébrée. Cette Parole régénère sans
cesse la communion fraternelle (cf. 1 P 1, 22-25) (Africae Munus, 151).
6
Association Panafricaine des Exégètes Catholiques (APECA), Universalisme et mission dans la Bible.
Universalism and Mission in the Bible, Nairobi, Katholische Jungschar Oesterreichs / Catholic Biblical Centre
for Africa and Madagascar (BICAM), 1993, p. 12.
7
Cf. P. Poucouta, Quand la Parole de Dieu visite l’Afrique. Lecture plurielle de la Parole de Dieu, Paris,
Karthala, 2011.
8
Cf. BICAM/ / CEBAM, Annuaire de l’Apostolat Biblique en Afrique. Directory of Biblical Apotolate in Africa.
Anuario do apostolado biblico em Africa, Accra, Publications du CEBAM / BICAM Publications, 2009, p. 23.
9
A. Kabasele Mukenge, La Parole se fait chair et sang, Kinshasa, Mediaspaul, 2003, p. 42.
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