La Lettre du Neurologue - Suppl. Les Actualités au vol. IX - n° 8 - octobre 2005 11
U
tilisées chez le singe, puis chez les
rongeurs, les épreuves de recon-
naissance d’objets ont joué un rôle
majeur dans notre compréhension des
bases neuro-anatomiques de la mémoire.
Les approches lésionnelles montrent
que le cortex périrhinal (PRh) joue un
rôle crucial dans ces épreuves. Dans ce
travail réalisé chez le rat, Winters et
Bussey analysent le rôle des récepteurs
glutamatergiques (AMPAR et NMDAR)
du PRh lors des stades d’encodage
(exploration de l’objet cible), de conso-
lidation (immédiatement après l’enco-
dage) et de reconnaissance (choix entre
l’objet cible et un autre objet). En infu-
sant les antagonistes spécifiques de ces
récepteurs aux différents stades de
l’épreuve, les auteurs observent que le
blocage des AMPAR a un effet systé-
matiquement délétère alors que le blo-
cage des NMDAR n’a un effet délétère
que lors de l’encodage et de la consoli-
dation. En fait, l’efficacité du blocage
des NMDAR pendant l’encodage n’est
observée que si l’épreuve de reconnais-
sance est effectuée après un intervalle
de rétention de 3 heures et non de
5minutes. En d’autres termes, alors que
l’activité des AMPAR lors de l’encodage
serait nécessaire à la fois pour la
conservation à court et à long terme de
l’information, celle des NMDAR ne serait
nécessaire que pour leur conservation à
long terme.
Commentaire
Cette étude présente deux intérêts. Elle
montre, d’une part, que le cortex péri-
rhinal est le site de stockage des infor-
mations sous-tendant la reconnaissance
L
a littérature propose deux hypo-
thèses contraires concernant la
dynamique d’intervention du cortex
préfrontal (PFC) et du striatum au cours
d’un apprentissage sensorimoteur : la
première considère que le PFC inter-
vient initialement, alors que la situa-
tion est nouvelle, le striatum interve-
nant plus tardivement, au moment où
la connaissance est stable et devient
automatique. La seconde hypothèse
suggère, à l’inverse, que le striatum
aurait un rôle premier, comme détec-
teur “d’erreur de prédiction”, le PFC
n’intervenant qu’ensuite. Pasupathy et
al. se proposent de trancher le débat en
enregistrant les neurones de ces deux
structures au cours d’un apprentissage
sensorimoteur. Les auteurs constatent
que les neurones striataux, codant spé-
cifiquement pour la réponse, déchar-
gent lorsque le stimulus est présenté,
et ce dès le début de l’acquisition de
des mécanismes neurobiologiques et
psychologiques de la dépendance à la
nicotine constitue une étape indispen-
sable à l’élaboration de nouvelles théra-
pies. Dans cette étude, les auteurs ont
mis en évidence que la sous-unité 2
du récepteur nicotinique joue un rôle
déterminant dans les propriétés renfor-
çantes et cognitives de la nicotine.
Ainsi, des souris mutantes pour cette
sous-unité présentent un patron de
déficits tout à fait remarquable. En
effet, chez ces animaux, le fonctionne-
ment des neurones dopaminergiques
mésolimbiques – connus pour permettre
l’effet renforçant de la nicotine – est
fortement perturbé. Les auteurs obser-
vent une absence d’activité électrophy-
siologique basale de ces neurones, qui
s’accompagne d’un déficit d’autoadmi-
nistration de nicotine dans l’aire teg-
mentale ventrale. De manière tout à fait
remarquable, ces déficits peuvent être
supprimés par l’injection de vecteurs
viraux sophistiqués – restaurant l’expres-
sion de la sous-unité 2 – dans l’aire
tegmentale ventrale.
Commentaire
Cette étude, très élégante, contribue à
l’effort actuel d’élucidation des méca-
nismes neurobiologiques et cognitifs à
la base de l’abus tabagique. En utilisant
une approche pluridisciplinaire, cette
étude offre des perspectives thérapeu-
tiques prometteuses, puisque des mani-
pulations pharmacologiques ciblées sur
la sous-unité 2 du récepteur nicoti-
nique pourraient modifier de manière
efficace l’action de la nicotine.
E. Coutureau,
LNC, CNRS UMR 5106, Talence.
>
Maskos U, Molles BE, Pons S. Nicotine rein-
forcement and cognition restored by targeted
expression of nicotinic receptors. Nature 2005;
436:103-7.
d’objets, ce qui renforce l’hypothèse
(encore controversée) selon laquelle
cette aptitude n’implique pas l’hippo-
campe. D’autre part, elle renforce l’idée
générale selon laquelle les NMDAR joue-
raient, via leur fonction connue dans les
changements d’efficacité synaptique,
un rôle crucial dans l’élaboration des
traces mnésiques durables (mémoire à
long terme), dont l’expression ne dépen-
drait que de la transmission synaptique
rapide médiée par les AMPAR.
RJ
>
Winters BD, Bussey TJ. Glutamate receptors
in perirhinal cortex mediate encoding, retrieval
and consolidation of object recognition memory.
J Neurosci 2005;25:4243-51.
Récepteurs
glutamatergiques du cortex
périrhinal et reconnaissance
d’objets
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Cortex préfrontal
et striatum dans l’apprentissage
sensorimoteur
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