La Lettre du Neurologue - Suppl. Les Actualités au vol. IX - n° 10 - décembre 2005 11
unitaire. Il existerait en effet des diffé-
rences interindividuelles dans l’expé-
rience subjective produite et/ou dans
le stade de traitement de l’information
d’où émerge la perception synesthé-
sique. Ainsi, comme ce fut le cas pour
la mémoire, l’absence de cohérence
entre certains résultats obtenus chez
des synesthètes (concernant en parti-
culier hV4) pourrait n’être que la consé-
quence d’un polymorphisme (2).
RJ
1.
Weiss PH, Zilles K, Fink GR. When visual
perception causes feeling: enhanced cross-modal
processing in grapheme-color synesthesia.
NeuroImage 2005;28:859-68.
2.
Hubbard EM, Ramachandran VS. Neuro-
cognitive mechanisms in synesthesia. Neuron
2005;48:509-20.
L’
administration de corticoïdes,
visant à stimuler la maturation
fœtale, est fréquemment utilisée dans
les grossesses à risque. Classiquement,
la prescription de corticoïdes de syn-
thèse (dexaméthasone ou bétamétha-
sone) est souvent préférée à celle du
cortisol. Toutefois, de nombreuses études
révèlent que ces produits peuvent avoir
des conséquences délétères sur le fonc-
tionnement cérébral et induire des
désordres émotionnels. Au vu de ces
données, il convient donc de préciser
dans quelle mesure cette prescription
durant la grossesse peut induire des
effets comportementaux délétères chez
des individus nés de mères traitées.
Dans ce but, Oliveira et al. montrent que,
à l’âge adulte, des rats nés de mères
traitées à la corticostérone ou à la
dexaméthasone présentent des compor-
L
e syndrome de Down (DS), ou tri-
somie 21, forme de retard mental la
plus commune, est dû à la présence d’un
troisième chromosome 21 (ch21) fonc-
tionnel. Après plus d’une décennie
d’efforts pour modéliser ce syndrome, les
équipes d’E. Fischer et de V. Tybulewicz
ont réussi à créer un modèle rêvé pour
l’étude du DS : une souche de souris qui
porte trois copies des gènes du ch21.
Pour ce faire, les auteurs ont introduit une
copie du ch21 humain entier – issu de
fibroblastes – dans des cellules souches
embryonnaires ensuite implantées dans
des embryons précoces de souris. Cette
souche de souris présente un phéno-
type très proche du DS puisque les
auteurs ont pu mettre en évidence un
déficit mnésique (reconnaissance
études d’imagerie fonctionnelle ont
montré que la perception synesthésique
colorée était souvent, mais non systé-
matiquement, associée à une activation
de l’aire cérébrale visuelle sélective des
couleurs (hV4), qu’il s’agisse de la per-
ception auditive de mots ou de celle
visuelle de lettres. Dans ce dernier cas,
la proximité de l’aire qui traite de la
forme des lettres avec l’aire hV4 per-
mettait de supposer que l’activité neu-
ronale générée dans la première pou-
vait, chez les synesthètes, se propager
jusqu’à la seconde (i.e. hV4) du fait
d’un “excès” de connexions corticales
intermodulaires (hypothèse de l’activa-
tion croisée). L’expérience réalisée par
l’équipe de Weiss ne confirme pas ces
résultats (1). Elle a montré en revanche
que des sujets synesthètes (au nombre
de 9) présentaient une activation du
sillon intrapariétal, sélective de la
perception synesthésique de couleurs
déclenchée par la présentation visuelle
de lettres. Seule la perception physique
(directe) de couleurs s’accompagnait
chez ces sujets d’une activation de hV4.
Enfin, les résultats montrent qu’une
différence de couleur entre perception
synesthésique et physique était associée
à une activation du cortex préfrontal
dorsolatéral (CPFDL).
Commentaire
Selon les auteurs, les aires intraparié-
tales activées par la perception synes-
thésique de couleurs sont impliquées
dans l’établissement de liens entre forme
et couleur. À ce titre, elles pourraient
jouer un rôle dans ce type de synesthé-
sie et renforcer l’hypothèse des activa-
tions croisées. L’existence d’un effet de
“type Stroop” avec activation du CPFDL
souligne, en accord avec de nombreuses
données comportementales, la réalité
du conflit perceptif généré par la synes-
thésie. Mais il semble que ce phénomène
ne doive plus être considéré comme étant
tements plus anxieux. Par ailleurs, cette
étude révèle que les rats issus de mères
traitées à la dexaméthasone présentent
en outre des symptômes dépressifs.
Commentaire
Cette étude révèle l’existence d’effets
délétères des traitements aux corticoïdes
de synthèse durant la gestation. Elle
suggère que la prescription de cortisol
pourrait être préférée à celle de corti-
coïdes de synthèse. Il demeure néces-
saire de vérifier si ces données se
confirment chez l’homme.
L. Calandreau,
LNC, CNRS UMR 5106, Talence.
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Oliveira M, Bessa JM, Mesquita A et al.
Induction of hyperanxious state by antenatal
dexamethasone: a case for less detrimental
natural corticosteroids. Biol Psychiatry 2005;
Sept. (online).
Traitements périnataux
aux corticoïdes : effet
sur l’anxiété et la dépression
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Une révolution
pour l’étude de la trisomie 21
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