A
u cours d’une présentation animée lors d’un
séminaire de l’Institut du FMI le 7 août, Jeffrey
Frankel, professeur titulaire de la chaire de Harpel à
la School of Government de l’université Harvard,
a examiné des questions d’actualité concer-
nant la politique de change, en insistant sur
l’énigme ci-après : alors que les économistes
et les autorités préconisent l’abandon des
régimes de change intermédiaires depuis la
fin de la crise asiatique, pourquoi la moitié des
pays environ appliquent-ils toujours un régime
de ce type?
Pour éclaircir ce mystère, M. Frankel a
cherché à savoir si le régime de change a
de l’importance pour l’économie réelle et
a examiné les avantages respectifs des
taux fixes et flottants, ainsi que de nou-
veaux critères pour les zones moné-
taires optimales. En fin de compte,
a-t-il noté, le vrai problème n’est pas
le régime de change intermédiaire,
mais bien le concept selon lequel un seul régime
de change est approprié pour tous les pays à
tout moment.
Objectifs du taux de change
M. Frankel a noté qu’à la fin des années 90,
on en est venu à penser que seule une rigide
parité fixe ou un flottement pur permettrait
de résoudre les problèmes qui vont de pair
avec la mondialisation des marchés
financiers. Cette hypothèse, a
observé M. Frankel, semble
être un corollaire de la trinité
impossible, selon laquelle
un pays ne peut choisir que
deux des trois objectifs sui-
vants : stabilité du taux de
change, indépendance
monétaire et intégration
des marchés financiers.
Fonds monétaire
international
VOLUME 29
NUMÉRO 17
4 septembre 2000
Dans ce numéro
273
Service d’évaluation
indépendant
273
M. Frankel : les
régimes de change
intermédiaires
276
Timor oriental
279
M. McKinnon :
ancrage des parités
à long terme
282
Redressement
en Malaisie
Lire aussi . . .
275
Principaux taux du FMI
278
Sur le site Internet
280
Utilisation des
ressources du FMI
281
Accords du FMI
273
Séminaire de l’Institut du FMI . . .
M. Frankel remet en question la défiance générale
à l’égard des régimes de change intermédiaires
www.imf.org
Processus d’examen interne . . .
Le Conseil d’administration étudie le rôle qui
sera dévolu au Service d’évaluation indépendant
(suite à la page 275)
D
ans un communiqué de presse diffusé le 18 août, le
Conseil d’administration du FMI a annoncé qu’il
avait examiné le 3 août la mise en route du Service d’éva-
luation indépendant (voir communiqué de presse du FMI
no00/27) et qu’il était convenu de publier le document de
référence qui a servi de base de discussion, ainsi que les
conclusions du Président.
Les administrateurs ont pris note avec intérêt du
document préparé par le groupe d’évaluation du
Conseil d’administration et ont jugé que les proposi-
tions constituaient un important pas en avant vers la
mise en route du Service d’évaluation indépendant. Le
Conseil d’administration fera un compte rendu de la
mise en place du Service d’évaluation au Conseil des
gouverneurs lors de l’Assemblée annuelle à Prague en
septembre. Les administrateurs prévoient que le Service
sera opérationnel avant la réunion du Comité moné-
taire et financier international à Washington au prin-
temps 2001. Ils estiment que le Service est un complé-
ment important des travaux généraux d’examen et
d’évaluation au sein du FMI et qu’il permettra à l’insti-
tution de mieux tirer les enseignements de la pratique
pour améliorer son fonctionnement à l’avenir.
Voici des extraits des conclusions de Horst Köhler,
Directeur général du FMI, à l’issue des débats. Le texte
intégral, les communiqués de presse du FMI no00/27 et
no00/49, ainsi que le document de référence sont dispo-
nibles (en anglais) sur le site du FMI (www.imf.org).
«L’une des principales questions lors de nos débats
était comment assurer que les travaux du Service
d’évaluation appuient totalement le rôle de surveil-
lance du Conseil d’administration et contribuent à la
transparence du FMI et à l’approfondissement de sa
culture institutionnelle. Des vues diverses ont été
M. Frankel : Aucun régime de change
n’est approprié pour tous les pays à
tout moment.
exprimées quant à la nature des
évaluations à entreprendre et à la relation entre les
activités du Service et les autres travaux d’examen et
d’évaluation du FMI. Les administrateurs jugent que le
Service doit traiter essentiellement des questions rela-
tives à la politique générale et à son exécution, aux
analyses internationales comparatives et aux opéra-
tions achevées dans les pays. Dans le même temps, de
l’avis général, le Service doit éviter d’intervenir dans les
activités opérationnelles en cours et de micro-gérer les
responsabilités au sein de l’institution. Les politiques
et procédures en cours d’examen par l’institution et les
programmes en vigueur ne seraient donc pas soumis
à l’évaluation du Service. À mesure que le Service
devient opérationnel et acquiert de l’expérience, cette
question se clarifiera et sera réexaminée avant que des
décisions finales ne soient prises.
Indépendance du Service d’évaluation
«De l’avis général, le Service doit être indépendant de la
direction et des services du FMI, ainsi que du Conseil
d’administration. En d’autres termes, une fois mis en
place par celui-ci, il doit être indépendant sur le plan
opérationnel. Il fera un compte rendu intégral des éva-
luations au Conseil d’administration et permettra à
celui-ci, à la direction et aux services du FMI de faire
des observations. Le Conseil et la direction seront char-
gés du suivi des conclusions tirées par le Conseil après
examen des rapports d’évaluation. Les administrateurs
s’attendent que,dans l’élaboration de son programme
de travail et le choix de ses sujets, le Service d’évalua-
tion cherche à obtenir les vues des administrateurs, de
la direction et des services du FMI, ainsi que des parties
concernées en dehors du FMI, tout en maintenant son
indépendance. La mise en forme finale du programme
de travail du Service est une autre question opération-
nelle que les administrateurs devront réexaminer.
«Les administrateurs ont examiné les avantages et les
inconvénients d’une charte à part entière qui guiderait
les travaux du Service d’évaluation. Ils ont conclu qu’une
telle charte risquait d’imposer une rigidité excessive, en
particulier dans un premier temps. En conséquence,ils
sont convenus que le Service doit être doté d’un mandat
préservant son indépendance, grâce à des garde-fous
auxquels tous les administrateurs sont favorables, sans
que sa liberté d’action soit entravée outre mesure. Le
Conseil d’administration définira ce mandat.
Conseil d’administration
et Service d’évaluation
«De l’avis général, l’ensemble du Conseil doit conti-
nuer à collaborer avec le Service d’évaluation.
Un certain nombre d’administrateurs estiment
que lorsque le Service sera opérationnel, il faudra
peut-être réexaminer le rôle du groupe d’évaluation
des administrateurs.
«Le Conseil établira chaque année le budget du Ser-
vice d’évaluation, sans intervention de la direction ni
des services du FMI. En ce qui concerne la taille du
Service, les administrateurs souscrivent à la recomman-
dation selon laquelle il devrait être limité à onze per-
sonnes. De l’avis général, les travaux du Service profite-
raient largement de l’approche et de la perspective
nouvelles que des membres extérieurs au FMI seraient
en mesure d’apporter. En conséquence, les adminis-
trateurs proposent que des experts et consultants exté-
rieurs constituent une grande partie, sinon la majeure
partie, du Service, ce qui représenterait une valeur
ajoutée par rapport aux connaissances et à l’expérience
institutionnelles que des membres du personnel du
FMI apporteraient. Les administrateurs appuient la
proposition de sélection du Directeur du Service d’éva-
luation par le Conseil, avec l’aide d’un cabinet extérieur.
Une fois nommé, le Directeur du Service d’évaluation
doit être libre de choisir des collaborateurs de haut
niveau.En fin de compte, bien entendu, le succès du
Service sera assuré par le professionnalisme et l’intégrité
de son Directeur et de son personnel.
«Les administrateurs jugent bon que le Service soit
pleinement comptable de son action au Conseil et s’at-
tendent que le Directeur du Service d’évaluation fera
rapport régulièrement au Conseil. En outre, le Comité
monétaire financier international s’attendra aussi à re-
cevoir des rapports sur les activités du Service.
Publications
«Les Directeurs sont d’avis qu’en règle générale les
observations du Service d’évaluation devront être
publiées, avec des garde-fous appropriés pour les
informations confidentielles. Ces observations seront
accompagnées des commentaires de la direction et des
services du FMI, et d’autres personnes le cas échéant,
ainsi que des conclusions tirées par le Conseil d’admi-
nistration lors de l’examen du rapport en question. La
publication renforcera la responsabilisation et la
transparence du processus d’évaluation.
«Pour ce qui est des prochaines étapes, le groupe
d’évaluation préparera un document révisé sur la base
des commentaires effectués pendant les débats. Ce
document sera bientôt soumis à l’approbation du
Conseil d’administration, peut-être par défaut d’op-
position. Il sera affiché sur le site Web du FMI pour
commentaires, de même que les présentes conclusions.
Sur la base de ces commentaires, un rapport final sur le
Service d’évaluation sera présenté au Comité moné-
taire et financier international à Prague et indiquera
que le Conseil d’administration a pris les décisions
nécessaires pour rendre le Service opérationnel.
Enfin, les présentes remarques traduisent des vues
encore préliminaires et devront être révisées avant que
le Conseil prenne des décisions finales sur tous les
aspects du Service d’évaluation».
4 septembre 2000
274
Le Service d’évaluation, élément de l’examen in
terne
(suite de la première page)
M. Frankel a donné une nouvelle
perspective de cette trinité, notant que,puisque l’intégra-
tion mondiale des marchés financiers devient de plus en
plus une réalité, le choix semble se limiter à la stabilité du
taux de change ou à l’indépendance monétaire. Mais si
un pays ne peut combiner stabilité totale du taux de
change et indépendance monétaire totale, il peut avoir un
peu des deux en adoptant un régime de flottement dirigé.
M. Frankel n’ignore pas les motivations qui pour-
raient pousser un pays à abandonner un taux flexible.
Une union monétaire et un flottement pur sont les
deux régimes invulnérables aux attaques spéculatives et
il se peut qu’un régime intermédiaire compliqué soit
insuffisamment transparent aux yeux des investisseurs.
La plupart des régimes intermédiaires ont échoué, sou-
vent de façon spectaculaire, admet M. Frankel. Bien que
leur monnaie ait été officiellement rattachée au dollar
au moment de la crise, le Mexique, la Thaïlande, l’Indo-
nésie, la Corée, la Russie et le Brésil appliquaient tous en
fait des régimes intermédiaires différents.
Néanmoins, ni un flottement pur (qui est sujet à de
larges variations du taux de change et aux bulles spécula-
tives) ni les unions monétaires (qui peuvent éclater pour
des raisons politiques) ne sont la solution idéale. En fait,
existe-t-il un régime de change qui aurait permis d’éviter
les récentes crises financières?
M. Frankel a présenté des arguments théoriques et
empiriques face au consensus actuel selon lequel les
pays devraient se garder d’appliquer des régimes inter-
médiaires parce qu’ils ne sont pas viables par nature.
Cette perspective tend à ignorer l’une des règles de tout
économiste : la vie est faite de compromis et donc sou-
vent les solutions extrêmes ne sont pas optimales. Les
pays choisissent un taux de change fixe pour réduire les
coûts de transaction et les risques de change qui pour-
raient décourager le commerce et l’investissement, mais
aussi pour fournir un point d’ancrage nominal crédible
à la politique monétaire. Un taux de change flottant
permet à un pays de mener une politique monétaire
indépendante, et ainsi de faire face aux chocs réels
négatifs sans limiter la demande.
Les pays doivent peser les avantages d’une plus
grande stabilité du taux de change et ceux d’une plus
grande flexibilité, et le choix du degré optimal de flexi-
bilité semble souvent produire une moins bonne solu-
tion. Par ailleurs, le débat taux fixe/taux flottant est une
dichotomie bien trop simplifiée,juge M.Frankel. Il
existe en fait un continuum de flexibilité : il faut aller de
l’union monétaire à la caisse d’émission pour arriver au
régime de change fixe,puis passer par les rattachements
(taux fixe ajustable, parité mobile, panier et zones ob-
jectifs) avant d’atteindre le flottement libre. Sur la base
de la classification de 185 pays par le FMI fin 1999,
51 appliquaient un régime de flottement indépendant,
45 avaient abandonné leur monnaie nationale et 89
(48 % du total) appliquaient un régime intermédiaire.
Les récents travaux de Guillermo Calvo et de Car-
men Reinhardt, de l’université du Maryland, sont perti-
nents aussi, note M. Frankel. Il est difficile de distinguer
les régimes de flottement des régimes fixes en exami-
nant la stabilité du taux de change et les variations des
réserves de change. Théoriquement, les pays à régime
de flottement devraient avoir moins de stabilité et
moins de réserves que ceux appliquant un taux fixe,
mais cela ne se confirme pas dans la pratique.
Zones monétaires optimales
M. Frankel utilise ses travaux avec Andrew Rose, de
l’université de Californie à Berkeley, sur les zones
monétaires optimales pour illustrer sa proposition
selon laquelle le régime de change optimal varie d’un
pays à l’autre et au fil du temps. Parmi les pays faisant
partie d’une union monétaire, la corrélation des
revenus est proportionnelle à l’intégration commer-
ciale. En d’autres termes, un paramètre censé être
étranger au choix d’une zone monétaire optimale — la
corrélation des revenus parmi les membres potentiels
de la zone — est en fait inhérent à ce choix et peut
varier au fil du temps. Les faits montrent que lorsqu’un
pays adopte la monnaie d’un pays voisin, l’union
monétaire favorise progressivement les échanges entre
ces pays, ce qui a ensuite un effet positif sur la corréla-
tion de leurs revenus. Donc,une union monétaire, en
encourageant les échanges entre ses membres, renforce
la corrélation cyclique des pays membres de sorte que
ceux-ci satisfont peut-être mieux aux critères d’une
zone monétaire optimale ex post quex ante; en d’autres
termes, les pays peuvent en quelque sorte «devenir» de
bons candidats à une zone monétaire optimale.
On peut donc avancer de bons arguments, conclut
M. Frankel, face au consensus actuel selon lequel les
pays devraient limiter leur choix d’un régime de change
aux deux extrêmes de la gamme, à savoir une rigide
parité fixe ou un flottement libre.
Lynn Aylward
FMI, Département des relations extérieures
4 septembre 2000
275
Ni un flottement
pur ni les unions
monétaires ne
sont la solution
idéale.
M. Frankel
Principaux taux du FMI
Semaine Taux d’intérîet Taux de Taux de
commençant le du DTS remunération commission
21 août 4,71 4,71 5,46
28 août 4,74 4,74 5,49
Le taux d’intérêt du DTS et le taux de rémunération des avoirs corres-
pondent à une moyenne pondérée des taux d’intérêt d’instruments à court
terme émis sur les marchés monétaires des cinq pays dont les monnaies
composent le panier de calcul du DTS : au 1er mai 1999,les pondérations
étaient comme suit : dollar E.U., 41,3 %; euro (Allemagne),19 %; euro
(France),10,3 %; yen,17 %; et livre sterling, 12,4 %.Le taux de rémunéra-
tion des avoirs est le taux de rendement de la position rémunérée des État
membres dans la tranche de réserve. Le taux de commission correspond à
un pourcentage du taux du DTS (115,9 %) et représente le coût d’utilisation
des ressources du FMI.Les trois taux sont calculés le vendredi et appliqués la
semaine suivante.Les taux de rémunération et de commission de base sont
ajustés en fonction des arrangements conclus au titre de la répartition des
charges.Pour connaître les derniers taux, appeler le (202) 623-7171,ou se
reporter au site du FMI : www.imf.org/ external/np/tre/sdr/sdr.htm.
Source : FMI, Département de la trésorerie
Pour des régimes de change diversifiés
(suite de la première page)
D
epuis le référendum d’août 1999 sur son avenir
politique et les troubles qui ont suivi, le Timor
oriental, avec l’aide notable de donateurs officiels,
bilatéraux et multilatéraux, cherche à mettre en place
une économie stable et efficiente. Le présent article,
fondé sur une publication à paraître de Luis Valdivieso,
du Département Asie et Pacifique du FMI, et d’autres
auteurs, passe en revue les progrès accomplis, le rôle
du FMI et les défis à relever.
Contexte
Après plus de quatre siècles de domination portugaise,
l’Indonésie a annexé le Timor oriental en 1975. Au mi-
lieu des années 90, le Timor oriental était l’une des pro-
vinces les plus pauvres d’In-
donésie, avec un revenu par
habitant voisin de 350 dol-
lars. Cependant, l’économie
timoraise s’est développée
rapidement, tirée par des
dépenses d’équipement en
infrastructures financées
essentiellement par des
transferts du budget central
indonésien. La croissance du
PIB réel avoisinait 10 % en
moyenne et l’inflation était inférieure à 10 %.
La production s’est effondrée sous l’effet de la crise
asiatique en 1997. Ce fléchissement a été compensé en
partie par la croissance dans l’agriculture, les services
financiers, l’administration publique, la défense et les
services publics. Le PIB par habitant atteignait 424 dol-
lars en 1998, tandis que l’inflation est montée pour
avoisiner 80 % (voir tableau, page 277).
Les banques publiques étaient les principaux acteurs
d’un système bancaire de petite taille et rudimentaire.
Les finances publiques dépendaient fortement des trans-
ferts de Djakarta, les recettes fiscales atteignant seule-
ment 6 à 8 % du PIB (hors recettes liées aux concessions
pétrolières), alors que les dépenses représentaient 40 à
75 % du PIB. L’économie était plutôt ouverte et fort tri-
butaire du commerce inter-insulaire. Pendant la période
1995-98, les exportations et les importations ont atteint
en moyenne 13 % et 36 % du PIB, respectivement.
Après le référendum
À la suite d’un accord entre les Nations Unies, l’Indo-
nésie et le Portugal, l’Indonésie a organisé le 30 août
1999 un référendum sur le statut futur du territoire.
Une large majorité s’est dégagée en faveur de l’indépen-
dance, ce qui a provoqué de violents troubles qui ont
gravement perturbé l’économie et la structure institu-
tionnelle du Timor oriental.
Tous les secteurs de l’économie ont été affectés. Le
PIB réel a fléchi de près de 40 % en 1999 et l’inflation
est montée en flèche. Le système bancaire et le système
de paiement ont cessé de fonctionner et toutes les tran-
sactions s’effectuaient en liquide, essentiellement en
rupiah, bien que d’autres monnaies aient commencé à
circuler aussi. L’administration publique ne fonction-
nait plus, les recettes n’étaient plus recouvrées et il n’y
avait plus de transferts budgétaires.
Les perturbations de la production et des transports
ont entraîné une baisse marquée des échanges. Le dé-
placement massif des populations a provoqué la perte
d’un capital humain précieux, en particulier dans la
fonction publique et les banques commerciales.
À la mi-septembre 1999,une force multinationale de
maintien de la paix est arrivée pour rétablir la sécurité et
faciliter la fourniture d’aide humanitaire par divers or-
ganismes des Nations Unies et des organisations bilaté-
rales et non gouvernementales. En octobre, l’Assemblée
consultative populaire d’Indonésie a révoqué l’annexion
du Timor oriental, et le Conseil de sécurité des Nations
Unies a adopté une résolution établissant l’Administra-
tion transitoire des Nations Unies au Timor oriental,
chargée de gérer la transition vers l’indépendance.
À la demande du Secrétaire général des Nations
Unies, plusieurs organismes officiels, bilatéraux et
multilatéraux ont évalué, avec les organes des Nations
Unies et les autorités timoraises, les besoins de la re-
construction, y compris le financement extérieur, l’as-
sistance technique et la formation. La Banque mon-
diale a pris l’initiative dans ce domaine, ainsi que dans
la conception d’un programme de développement. Les
services du FMI se sont concentrés sur l’établissement
d’un cadre macroéconomique et institutionnel, en in-
sistant sur les mesures à prendre immédiatement pour
assurer la stabilité et mettre en place des conditions
propices à un redressement économique.
Cadre macroéconomique
Les services du FMI ont proposé une stratégie axée sur
trois éléments : la remise en état du système de paie-
ment, l’établissement d’un cadre budgétaire et un vaste
programme de conseils économiques et techniques. En
ce qui concerne le système de paiement, il fallait avant
tout choisir une monnaie légale et mettre en place une
autorité monétaire chargée de réglementer le marché
des changes et le système bancaire.
De l’avis général, les conditions nécessaires pour l’in-
troduction d’une monnaie timoraise n’étaient pas réu-
4 septembre 2000
276
Renaissance économique . . .
Le Timor oriental cherche à se doter
de bases macroéconomiques solides
Des changeurs
offrent leurs services
dans un marché de
Dili. L’utilisation de
plusieurs monnaies
a entraîné des
inefficiences et
des distorsions.
Photographies : Denio Zara, Padraic Hughes, Pedro Márquez
et Michael Spilotro (FMI), pages 273 et 279; Darren Whiteside
(Reuters), page 276, et Jimin Lai (AFP), pages 282–83.
4 septembre 2000
277
nies et il semblait nécessaire de choisir une monnaie
étrangère unique pour éliminer les inefficiences et les
distorsions dues à l’utilisation en parallèle de plusieurs
monnaies. Un office central des paiements allait être créé
pour fournir à l’État des services de dépôt et de paiement
de base et payer les traitements des fonctionnaires.
La stratégie budgétaire s’articulait autour de deux élé-
ments : la mise en place d’une autorité budgétaire cen-
trale, responsable de la gestion des finances publiques et
de l’application de la législation budgétaire et d’un
contrôle approprié; ainsi que l’adoption d’un budget
appuyé par un système fiscal équitable, transparent, effi-
cient et facile à administrer. L’Administration transitoire
a préparé le budget préliminaire pour l’an 2000, en
consultation avec les services du FMI. Ce budget,
présenté aux donateurs à Tokyo en décembre 1999,
prévoyait l’instauration d’un droit d’importation
de 5 %, de divers droits d’accise, d’une taxe de 5 %
sur les importations commerciales, d’une taxe de
5 % sur certains services et d’une taxe forfaitaire
de 5 % sur les exportations de café.
Évolution récente
La situation économique s’est améliorée considé-
rablement depuis septembre 1999. Le PIB réel a
progressé à un taux annuel de 15 % au premier
semestre de l’an 2000, tiré par la reconstruction
de bâtiments publics et de logements, ainsi que
par le rétablissement progressif des services com-
merciaux et de certains services de base. Les prix
commencent lentement à se stabiliser, mais le
chômage demeure élevé, surtout dans les zones
urbaines. L’aide humanitaire reste une source
importante de garantie de revenu pour de larges
couches de la population.
L’exécution du budget préliminaire jusqu’à fin
juin est bien en deçà des niveaux projetés, essen-
tiellement à cause du faible niveau des dépenses
dû à la complexité des procédures administra-
tives, de la réception tardive de concours exté-
rieurs et de la phase de planification interminable
des programmes d’investissement. Par ailleurs, la
composition des dépenses s’est écartée notable-
ment de celle prévue. En particulier, la masse
salariale a été près de deux fois supérieure, parce
que l’emploi du secteur public et la rémunération
mensuelle moyenne ont été plus élevés que prévu.
Deux institutions étrangères ont fait leur entrée
dans
le secteur financier, offrant essentiellement des services
de change. Des progrès ont été accomplis aussi dans le
rétablissement du système de paiement, en particulier
des paiements budgétaires.Avec l’approbation du
Conseil consultatif national, l’Administration transitoire
a adopté le dollar comme monnaie légale au début de
janvier 2000. Cependant, le dollar n’est pas utilisé autant
que prévu en raison de la rareté des petites coupures,
de l’absence de pièces de monnaie et du manque de
familiarité de la population avec la nouvelle monnaie.
Il semble que le commerce extérieur se redresse pro-
gressivement lui aussi. L’effort de reconstruction est ap-
puyé par une aide généreuse de la communauté inter-
nationale. À Tokyo, les donateurs ont annoncé des
contributions de 523 millions de dollars, un montant
suffisant pour couvrir la demande spéciale d’aide
humanitaire (150 millions de dollars),un programme
triennal de reconstruction (147 millions de dollars) qui
sera financé par un fonds fiduciaire pour le Timor
oriental administré par la Banque mondiale, les
dépenses de fonctionnement et d’équipement au titre
de l’administration civile et de l’ordre public (32 mil-
lions de dollars) et plusieurs programmes bilatéraux.
Toute l’aide est volontaire et prend la forme de dons
pour éviter la création d’engagements extérieurs. L’aide
est fournie aussi par l’intermédiaire du budget de l’Ad-
ministration transitoire,financé par des contributions
des États membres des Nations Unies.
Sur le front institutionnel,les deux institutions éco-
nomiques principales — l’autorité budgétaire centrale
et l’office central des paiements — sont presque opéra-
tionnelles. Le Département des finances publiques, le
Département juridique et le Département de la mon-
naie et des changes du FMI leur ont fourni une vaste
aide technique, notamment pour trouver des expatriés
en mesure d’occuper des postes essentiels.
Principaux indicateurs économiques
1995 1996 1997 1998 1999 2000 2001
Est. Proj. Proj.
PIB par habitant
(dollars E.U.)1374 429 442 424 424 304 ...
(Variations en pourcentage)
Croissance du PIB réel 9 11 4 –2 – 38 15 15
Taux d’inflation28 5 10 80 140 20 3
(En pourcentage du PIB)
Consommation 83,4 79,9 71,0 74,6 91,9 104,2 112,7
Investissement 40,8 44,3 52,9 47,0 28,1 33,4 46,7
Épargne intérieure 16,6 20,1 29,0 25,4 8,1 –4,2 –12,7
Épargne extérieure –24,2 –24,2 –23,9 –21,6 –20,1 –37,6 –59,4
(Millions de dollars E.U.)
Exportations de marchandises 37 44 52 55 46 49 63
Importations de marchandises3112 132 142 135 82 118 192
Exercice41995/96 1996/97 1997/98 1998/99 1999/2000 Janv.–juin. 2000 2000/01
Budget5Budget
prél. Est.
(En pourcentage du PIB)
Solde budgétaire
Recettes ... ... 8,1 8,2 6,0 3,2 1,1 5,9
Dépenses de fonctionnement ... ... 13,0 14,6 13,0 7,4 5,0 15,1
Dépenses d’équipement ... ... 61,8 22,5 29,5 21,0 6,9 44,6
Solde global (déficit) ... ... –66,7 –28,8 –36,5 –25,2 –10,8 –53,8
1On a calculé le PIB en dollars E.U. en utilisant 1996 comme année de référence et en supposant la parité des pouvoirs d’achat.
2IPC, Dili, basé sur les prix en rupiah, sauf pour les projections de 2001, qui sont basées sur les prix en dollars E.U.
3Inclut les importations par l’intermédiaire de l’aide étrangère; exclut les importations prévues de l’Administration transitoire et de
l’Office de coordination des affaires humanitaires en 1999, 2000 et 2001.
4L’exercice budgétaire indonésien s’étalait du 1er avril au 31 mars. Il n’existe pas de données sur l’exécution du budget 1999/2000.
Le budget préliminaire de l’Administration transitoire a été préparé pour l’année civile 2000. L’exercice 2000/01 s’étale du 1er juil-
let au 30 juin.
5Budget provincial original de l’Indonésie pour le Timor oriental.
Sources : autorités indonésiennes et estimations des services du FMI
1 / 12 100%