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REVUE DE PRESSE
La Lettre du Rhumatologue - n° 320 - mars 2006
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particulièrement sur les signes cardinaux (asthénie, syndrome sec,
douleurs) de la pathologie, ont peu été étudiés jusqu’à présent.
Une étude prospective (3), monocentrique, de phase II, menée
en ouvert, a donc évalué l’efficacité et la tolérance du RTX, admi-
nistré en quatre perfusions hebdomadaires de 375 mg/m2, dans
deux groupes de malades, l’un constitué de 8 patientes atteintes
de SGS primitif évoluant depuis moins de 4 ans (1-4 ans) et l’autre
composé de 7 malades (dont 6 femmes) ayant un SGS plus ancien
(1-10 ans), associé à un lymphome de MALT localisé à la glande
parotide. Outre le syndrome sec, les principaux symptômes étaient
représentés par la fatigue, les arthralgies, un phénomène de Ray-
naud. Tous les malades avaient des stigmates d’hyperactivité lym-
phocytaire B, à savoir un taux d’IgG > 15 g/l, la présence de fac-
teurs rhumatoïdes et d’au moins un auto-anticorps anti-SSA ou
anti-SSB. Les traitements de fond ainsi que les glucocorticoïdes par
voie générale étaient interrompus 6 mois avant l’introduction du
RTX. Les évaluations cliniques et biologiques avaient lieu à 5 et
12 semaines de traitement et portaient sur des paramètres subjec-
tifs (EVA sécheresse buccale, EVA sécheresse oculaire) et objec-
tifs (volume de sécrétions salivaires sans ou avec stimulation, test
de Schirmer, délai de rupture du film lacrymal, test au rose Ben-
gale) de mesure du syndrome sec, le degré de fatigue apprécié par
le formulaire MFI, l’impact sur la qualité de vie évalué au moyen
de la version courte de l’autoquestionnaire SF-36, le dosage des
anticorps anti-RTX (HACAs).
L’étude confirme l’efficacité du RTX sur le lymphome de MALT
selon les critères de réponse des lymphomes non hodgkiniens, avec
3 rémissions cliniques et 3 stabilisations. Ce qui doit retenir l’atten-
tion, ce sont les résultats obtenus sur les signes cardinaux du SGS.
Tout d’abord, une amélioration significative des résultats des tests
salivaires, notamment de la sécrétion salivaire après stimulation,
était observée chez tous les patients ayant un SGS < 4 ans ; elle
était d’autant plus importante qu’il existait une sécrétion glandu-
laire résiduelle (> 0,10 ml/mn) avant l’instauration du RTX. Les
mêmes résultats étaient notés pour certains tests oculaires (score
au rose Bengale, délai de rupture du film lacrymal). En outre, une
amélioration significative était également mise en évidence pour
les paramètres subjectifs, qu’il s’agisse de l’EVA sécheresse buc-
cale, des arthralgies, du score MFI ou de certains items (santé
physique, vitalité) du SF-36, dans le groupe SGS récent sans
MALT associé. En revanche, les résultats des tests salivaires et
oculaires ainsi que les paramètres subjectifs étaient peu modifiés
dans le groupe SGS associé à un MALT.
En termes de tolérance, deux patients ont présenté une réaction
d’intensité modérée à la première perfusion. Trois autres malades
ont développé des manifestations cliniques (fièvre, arthrite, myal-
gies, purpura [n = 2]) de type maladie sérique. Ces effets indési-
rables n’ont été observés que chez les malades ayant un SGS
récent sans MALT. Quatre des 8 patients de ce groupe avaient des
HACAs à un taux significatif. En revanche, aucune de ces
réactions n’est survenue chez les malades ayant un MALT, pos-
siblement en raison de l’association du RTX à un traitement
immunosuppresseur (corticothérapie associée au MTX ou à
l’azathioprine).
Cette étude souligne l’intérêt potentiel du RTX dans le SGS en
raison de sa capacité à améliorer les signes cardinaux de la maladie,
notamment le syndrome sec oculaire et buccal. Cette amélioration
est d’autant plus importante que l’ancienneté de la maladie est faible
et/ou qu’il existe une sécrétion salivaire résiduelle avant traitement,
ce qui est le cas ici dans le groupe SGS sans MALT (< 4 ans) et chez
certains malades ayant un MALT. Ces résultats sont corroborés par
ceux d’une autre étude, présentée au congrès de la Société française
de rhumatologie (SFR) en décembre 2005, et dans laquelle l’amé-
lioration des paramètres subjectifs, évalués après 12 semaines de trai-
tement, était significativement plus importante chez les malades ayant
un SGS évoluant depuis moins de 10 ans (4). Dans les deux études,
l’évaluation de l’efficacité a été réalisée à 3 mois. En raison du délai
d’action du RTX, il n’est pas exclu que les résultats soient meilleurs
à un temps d’évaluation plus tardif (par exemple 6 mois). Bien que
les modalités d’administration du RTX soient différentes d’une étude
à l’autre (nombre de perfusions allant de 2 à 4 ; association ou non
à un immunosuppresseur), le RTX en monothérapie semble générer
davantage de réactions de type maladie sérique qui pourraient être
corrélées à l’apparition d’anticorps anti-RTX. L’adjonction d’un trai-
tement immunosuppresseur, notamment d’un corticoïde, semble
permettre d’éviter cet écueil tout comme celle du MTX à l’inflixi-
mab, anticorps monoclonal également chimérique. Actuellement,
les modalités de retraitement ne sont pas définies et plusieurs ques-
tions vont se poser :le retraitement induira-t-il une réponse de même
amplitude ? Un échappement au traitement sera-t-il observé lors
de la répétition des cures avec l’apparition d’HACAs, à l’image de
ce qui est observé avec l’infliximab dans certains cas ? …
Quoi qu’il en soit, le RTX est une molécule très prometteuse pour
le traitement du SGS,et il paraît désormais indispensable de
confirmer cette efficacité dans des études controlées incluant des
patients ayant une maladie active et récente afin de tenter de pré-
server les fonctions glandulaires salivaire et lacrymale.
O.Vittecoq, Rouen
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