
12 | La Lettre du Sénologue • n° 50 - octobre-novembre-décembre 2010
Les tumeurs triple-négatives
DOSSIER THÉMATIQUE
lymphocytaire en périphérie. Les cellules présentent
des atypies nucléaires souvent marquées et un index
mitotique élevé. Les cellules tumorales sont orga-
nisées en travées, sans distinction glandulaire. Sur
le plan phénotypique, les tumeurs sont RE–, RP– et
ErbB2 négatif et expriment les cytokératines de haut
poids moléculaires (CK5, 6 ou 14), l’EGFR ou Kit
(figure 2) [18].
En ce qui concerne la biologie et la phénotypie, les
carcinomes métaplasiques (10, 11) et médullaires
sont classés dans le groupe des carcinomes de type
basal-like (figure 3) [21-23].
Il faut également insister sur le fait que 7,3 % des
carcinomes qui ne sont pas triple-négatifs expriment
des marqueurs basals (cytokératines 5, 6 ou 14 ou
EGFR) et que 20 % environ des carcinomes triple-
négatifs n’expriment pas les marqueurs basal-like (5).
Les carcinomes adénoïdes kystiques et les carcinomes
sécrétants juvéniles ont un immuno-phénotype de
type basal-like (24, 25). Or, ces deux carcinomes ont
un pronostic très favorable et dépendent principa-
lement de la qualité du traitement locorégional, et
cela malgré certaines spécificités transcriptomiques
communes pour les carcinomes adénoïdes kystiques.
Enfin, les carcinomes triple-négatifs, qui n’expriment
ni les cytokératines de haut poids moléculaire, ni Kit
mais plutôt l’EGFR, ont été classés dans le groupe
des carcinomes de type apocrine (26, 27).
Sur le plan génomique, les carcinomes basal-like
se distinguent par la présence de très nombreuses
mutations de la TP53 dans environ 100 % des cas
(22, 28). Ces tumeurs ont également de fréquentes
altérations intragéniques du gène PTEN avec une
activation de la voie AKT/mTOR (29).
Les puces CGH (comparative genomic hybridization ou
hybridation génomique comparative) ont permis d'ana-
lyser ces tumeurs en évoquant des profils génomiques
très remaniés avec de nombreuses anomalies de nombre
des chromosomes (gains, pertes) [22, 30, 31].
Les premières analyses par séquençage à haut débit
de cancers du sein ou de lignées cellulaires ont
montré que dans le génome de tumeurs primaires
de type basal-like, plus de 200 mutations et réar-
rangements inter et intra-chromosomiques sont
identifiées (32).
Parmi les carcinomes de type basal-like, les carci-
nomes métaplasiques et médullaires ont aussi des
particularités génomiques. On observe d'ailleurs des
amplifications du gène EGFR dans 37 % des cas de
carcinomes métaplasiques de type épidermoïde (19).
Quant aux carcinomes médullaires, ils ont davantage
de gains et d’amplifications sur les bras courts des
chromosomes 10 et 12 par rapport aux carcinomes
basal-like sporadiques (22).
Similitudes entre les carcinomes
basal-like sporadiques et
les carcinomes des patientes
porteuses de mutations BRCA1
Les carcinomes découverts chez des patientes ayant
une mutation héréditaire du gène BRCA1 sont de type
basal-like dans 85 % des cas et ont les mêmes caracté-
ristiques génomiques, transcriptomiques et morpholo-
giques que les tumeurs sporadiques de type basal-like
(33). En particulier, les mutations du gène TP53 sont
présentes dans environ 100 % des tumeurs. Par méthy-
lation du promoteur de BRCA1 ou par inhibition de son
promoteur par une protéine telle que ID4, les tumeurs
basal-like sporadiques ont une inactivation somatique
(ou intratumorale) de BRCA1 (34, 35). Les carcinomes
basal-like sporadiques seront nommés “carcinomes
BRCA1-like” du fait des analogies morphologiques,
immunophénotypiques et moléculaires constatées
entre les deux entités. Ce qui a ouvert de nouvelles
perspectives thérapeutiques très intéressantes.
Conclusion
Les carcinomes triple-négatifs représentent un sous-
groupe distinct au sein des cancers mammaires, dont
le pronostic est alourdi par plusieurs facteurs : une
1. Perou CM, Sorlie T, Eisen MB
et al. Molecular portraits of
human breast tumours. Nature
2000;406:747-52.
2. Sørlie T, Perou CM, Tibshi-
rani R et al. Gene expression
patterns of breast carcinomas
distinguish tumor subclasses
with clinical implications. PNAS
2001;98:10869-74.
3. Sørlie T, Tibshirani R, Parker J et
al. Repeated observation of breast
tumor subtypes in independent
gene expression data sets. PNAS
2003;100:8418-23.
4. Sotiriou C, Pusztai L. Gene-
expression signatures in
breast cancer. N Engl J Med
2009;360:790-800.
5. Rakha EA, Reis-Filho JS, Ellis
IO. Basal-like breast cancer:
a critical review. J Clin Oncol
2008;26:2568-81.
6. Bauer KR, Brown M, Cress RD,
Parise CA, Caggiano V. Descriptive
analysis of estrogen receptor (ER)-
negative, progesterone receptor
(PR)-negative, and HER2-nega-
tive invasive breast cancer, the
so-called triple-negative pheno-
type: a population-based study
from the California cancer Registry.
Cancer 2007;109(9):1721-8.
7. Reis-Filho JS, Tutt AN. Triple
negative tumours: a critical review.
Histopathology 2008;52(1):108-
18.
Références
bibliographiques
Figure 3. Spectre lésionnel des carcinomes triple-négatifs. Les carcinomes BRCA1 sont
de type basal-like dans 85 % des cas. Les 15 % restants sont de type luminal B.
Séno50décembre2010 - ok.indd 12 13/12/10 08:21