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La Lettre du Sénologue • n° 46 - octobre-novembre-décembre 2009 | 25
Points forts
»Pas d’indication des inhibiteurs de l’aromatase en préménopause.
»Difficulté de définir le statut hormonal après une chimiothérapie chez la femme jeune.
d’arthralgies et de myalgies. Quelques semainesplus
tard et la patiente retrouvait une activité ovarienne
avec cycles réguliers et dosages en faveur de celle-ci.
➤Smith et al. (9), quant à eux, rapportent l’expé-
rience du Royal Mardsen Breast Unit : à partir de
2004, les IA ont été prescrits chez des patientes
de plus de 40 ans, en aménorrhée chimio-induite
supérieure à 6 mois avec des dosages authentifiant
un 17 ß-estradiol effondré. Le suivi de 45 femmes,
d’avril 2004 à septembre 2005, a permis de mettre
en exergue 27 % de patientes retrouvant une fonc-
tion ovarienne, l’une d’entre elles étant enceinte…
Seize patientes avaient été mises sous IA en première
intention, après la chimiothérapie ; 20 l’avait reçu
après 1 à 3 ans de tamoxifène ; 9 enfin, après 5 ans
de tamoxifène. Les âges se situaient entre 39 et 52
ans, la durée de l’aménorrhée variait de 4 à 59 mois.
Il est souligné que cette reprise d’activité est impré-
visible, rejoignant en cela les affirmations de Singh
dans Human Reproduction Update (12) et de Dowsett
(13) insistant sur l’absence de standardisation des
dosages des estrogènes, trop souvent imprécis.
➤Enfin, Burstein et al. (10), dans le même temps,
rapportent plusieurs cas d’utilisation inadéquate d’IA
chez des patientes à activité ovarienne résiduelle, en
insistant sur la confusion fréquente entre ménopause
avérée et aménorrhée chimio-induite.
Cette imprécision du statut hormonal des patientes
entre 40 et 50 ans rend compte de la difficulté d’in-
terprétation des études, notamment quant à la
valeur pronostique de l’aménorrhée. Seuls les essais
construits sur le recueil prospectif et documenté
de la situation hormonale précise et à échéances
programmées peuvent donner lieu à des discussions
fondées (5).
Faute de nouvelles données prospectives, cette
question de la prescription des IA chez une femme
en périménopause ou en aménorrhée induite n’est
plus que rarement évoquée dans la littérature,
alors qu’elle reste un motif rémanent de passage
de dossiers en réunion de concertation pluridiscipli-
naire (RCP), occasionnant des examens complémen-
taires nombreux, voire des curetages sous anesthésie
générale.
Récemment, T. Nagao et al. (14) ont rappelé cette
notion de dosages dans un article original dans
lequel ils rapportent la pratique de dosages réguliers
d’estrogènes, FSH et LH, débutés en 2008 chez des
femmes authentiquement ménopausées. La méno-
pause est définie soit par une ovariectomie bilatérale,
soit par un âge supérieur ou égal à 60 ans, soit par
une aménorrhée de plus de 12 mois en dessous de
60 ans et des dosages concordants. Ceux-ci sont
donc effectués sur des patientes ménopausées de
façon stricte, avant l’administration d’IA, puis à
intervalles réguliers, à 3, 6, 9 et 12 mois.
Il est bien fait mention de la diminution attendue des
taux d’estradiol (E2), après la mise en route du trai-
tement, mais curieusement, chez quelques patientes,
une augmentation insolite du taux d’estrogènes est
mise en évidence, alors même qu’une décroissance
initiale a été observée. Les auteurs évoquent la possi-
bilité d’une réserve ovarienne résiduelle plus grande
chez celles-ci, peut-être une ménarche plus tardive.
Dans ce contexte et connaissant les mécanismes
d’action de rétro-contrôle au niveau de l’hypotha-
lamus des IA (15), il est logique que ceux-ci soient
étudiés dans l’infertilité, pouvant être efficaces là où le
citrate de clomiphène (CC) est mis en échec (16, 17).
Même si les IA ne font pas partie des thérapeutiques
utilisées en assistance médicale à la procréation
(AMP) en France, certains auteurs font mention des
résultats obtenus, notamment chez des patientes
porteuses d’ovaires polykystiques, qui sont équi-
valents à ceux observés avec le CC, en évitant les
grossesses multiples (18).
Par ailleurs, s’il existe peu à peu un consensus en
ce qui concerne l’utilisation prudente des IA seuls
en périménopause chez une femme en aménorrhée
chimio-induite récente, une tendance à prescrire les
IA, associés aux analogues de la LH-RH, se dessine,
bien que les essais tels que le SOFT soient encore en
cours et construits pour pouvoir répondre à la ques-
tion de l’éventuelle supériorité de cette association.
Certes, l’hypothèse que les IA, associés à une
suppression ovarienne, soient préférables à d’autres
thérapeutiques est généralement émise comme une
voie de recherche (ou faisant l’objet d’essais théra-
peutiques), tentés que l’on puisse être par la notion
qu’une hypo-estrogénie profonde soit la meilleure
option de traitement (15, 19, 20).
La tentation de transposer les résultats de la phase
métastatique à la phase adjuvante est grande (21,
22), mais il peut être discutable d’imposer à des
Keywords
Adjuvant endocrine treatment
Premenopausal women
Amenorrhea
Aromatase inhibitors
Mots-clés
Traitement adjuvant
endocrine
Femme ménopausée
Aménorrhée
Inhibiteurs de
l’aromatase
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