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Les articulations temporo-mandibulaires
P.Carpentier
La mandibule constitue la pièce maîtresse de l’appareil manducateur qui assure
l’ensemble des fonctions contribuant au boire et au manger. Elle est reliée à la
base du crâne par les articulations temporo-mandibulaires (ATM) qui libèrent des
mouvements complexes orchestrés par les muscles masticateurs.
Les articulations temporo-mandibulaires tout comme l’oreille moyenne sont des
structures qui possèdent une forte valeur taxonomique dans l’embranchement des
vertébrés. Pour appartenir à la classe des mammifères, il faut parmi un ensemble
d’autres caractères plus connus, posséder une oreille moyenne comprenant trois
osselets et des articulations temporo-mandibulaires de type squamoso-dentaire.
L’os dentaire, celui qui porte les dents, compose à lui seul la mandibule des
mammifères qui articule avec la partie squameuse de l’os temporal.
Par opposition, l’articulation primitive des mâchoires reptiliennes, de type
quadrato-articulaire, met en relation l’os carré qui appartient au crâne et l’os
articulaire qui compose avec d’autres pièces osseuses, dont l’os dentaire, la
mandibule des reptiles. Dans cette classe,l’oreille moyenne ne comporte qu’un seul
osselet, le stapès.
Ces caractères spécifiques n’étant pas apparus simultanément, un reptile pré-
mammalien, appelé pour cette raison diarthrognathus, dispose des deux
articulations : la reptilienne et la mammalienne côte à côte. Ces données issues de
l’anatomie comparée soulignent le lien étroit entre les ATM et l’oreille moyenne.
L’ontogénèse de ces articulations temporo-mandibulaires est particulière car à la
différence des articulations synoviales de l’organisme qui naissent classiquement
de la division d’un blastème unique, chaque ATM naît de la réunion de deux
blastèmes, l’un temporal, l’autre mandibulaire. Chaque blastème fournit les
composants osseux spécifiques à chaque compartiment articulaire: la tête de la
mandibule pour le compartiment inférieur, et la partie squameuse horizontale de
l’os temporal composée par la fosse mandibulaire et l’éminence articulaire, pour le
compartiment supérieur.
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Fig. 1.Coupe coronale IRM passant par les articulations temporo-mandibulaires.
1 : Eminence articulaire de l’os temporal -2 : Disque articulaire – 3 : Tête de la mandibule – 4 :
Fossette ptérygoïdienne – 5 : Muscle ptérygoïdien latéral – 6 : Branche mandibulaire – 7 : Muscle
ptérygoïdien médial – 8 : Muscle masséter 9 :Oro-pharynx – 10 : Base de la langue
Les composants osseux .
La tête de la mandibule encore appelée condyle mandibulaire présente une forme
oblongue à grand axe transversal orienté obliquement en arrière et médialement.
Elle est reliée au bord postérieur de la branche mandibulaire par l’intermédiaire
d’une zone effilée, le col du condyle. Cette configuration évite l’impaction de la
tête de la mandibule dans la fosse crânienne moyenne en cas de traumatisme, la
fracture du col servant en quelque sorte de fusible.
La tête de la mandibule n’est pas centrée par rapport au col, mais présente un
port- à- faux médial surplombant la fossette ptérygoïdienne qui donne insertion au
muscle ptérygoïdien latéral. Les pôles condyliens, latéral et médial, situés à
chaque extrémité du condyle donnent insertion au disque articulaire. Sur une
radiographie du crâne réalisée avec une incidence orthogonale, les axes condyliens
droit et gauche, passant par les pôles, forment un angle d’environ 130 degrés dont
le sommet se projette sur le 1/3 antérieur du foramen magnum.
De forme arrondie chez l’enfant, la tête de la mandibule se modèle au cours de la
croissance sous l’effet de la fonction et différencie classiquement un versant
antérieur, fonctionnel, composé de deux facettes et un versant postérieur, non
fonctionnel, séparés par une crête mousse située au sommet du condyle.
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Fig.2. Vue antéro-médiale de la tête de la mandibule
1 : Pole latéral – 2 : Vertex condylien – 3 Pôle médial –
4 : Fossette ptérygoïdienne – 5 : Col du condyle
La surface articulaire temporale
Elle présente deux parties bien distinctes. La fosse mandibulaire située
immédiatement en avant du méat acoustique externe à la forme d’une cuvette
ovalaire destinée à recevoir le bourrelet postérieur du disque articulaire lorsque
les arcades dentaires sont en occlusion. Cette fosse est bordée postérieurement
par l’os tympanal qui forme la paroi antérieure du méat acoustique externe. La
fissure tympano-squameuse oblique en avant et médialement constitue la limite
postérieure du compartiment articulaire supérieur.
L’éminence articulaire située en avant de la fosse mandibulaire à la forme d’une
selle orientée transversalement selon un axe oblique en arrière et en dedans,
parallèle à celui du condyle mandibulaire. Elle est convexe dans le sens sagittal et
présente, à son extrémité latérale, le tubercule articulaire antérieur. Son sommet
articule avec la tête de la mandibule par l’intermédiaire du disque articulaire
lorsque la bouche est grande ouverte.
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Fig. 3. Vue inférieure de la surface articulaire temporale
1 : Tubercule articulaire du temporal – 2 : Eminence temporale – 3 : Fosse mandibulaire – 4 : Os
tympanal – 5 :Méat acoustique externe – Tubercule articulaire postérieur – 7 : Fissure tympano-
squameuse
Le fibrocartilage
Les surfaces articulaires sont recouvertes d’un fibrocartilage, non vascularisé et
non innervé, qui comprend différentes couches cellulaires. De la cavité articulaire
à l’os sous-chondral, on identifie : une couche fibreuse, le périchondre, une couche
proliférative pré-chondroblastique, une couche fibrocartilagineuse composée de
chondrocytes en maturation à sa partie haute et de chondrocytes hypertrophiques
à sa partie basse, une couche de cartilage minéralisé au contact de l’os sous-
chondral.
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L’origine membraneuse de la mandibule et de l’os temporal explique la présence
d’un fibro-cartilage et non d’un cartilage hyalin comme dans la plupart des
articulations synoviales. Le fibro-cartilage de l’ATM est à la fois un cartilage
articulaire et un cartilage de croissance ce qui le différencie radicalement du
cartilage articulaire des os longs qui est distinct et distant de la plaque de
croissance.
Fig.4 Coupe sagittale du fibro-cartilage de l’ATM
1 :Périchondre – 2 : Couche proliférative – 3 : Chondrocytes – 4 : Chondrocytes
hypertrophiques -5 : Matrice cartilagineuse minéralisée
L’appareil musculo-disco-condylien
La complexité des articulations temporo-mandibulaires explique les différentes
formes de description rencontrées dans les ouvrages d’anatomie notamment à
propos de la capsule articulaire, du disque et des insertions musculaires.
Le disque articulaire
Au sens strict, le disque se limite à sa partie dense dont la position est
objectivable en imagerie par résonance magnétique du fait de son hyposignal
(Fig.15).
De forme biconcave, il présente deux épaississements transversaux, les
bourrelets antérieur et postérieur qui circonscrivent une zone intermédiaire moins
épaisse, interposée entre la tête de la mandibule et l’éminence articulaire du
temporal au cours de la fonction (Fig .4). Chez l’adulte, le disque est ni
vascularisé, ni innervé ce qui est compatible avec les contraintes qu’il supporte et
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