C
omment définir la consti-
pation ? Classiquement,
c'est l'émission de moins
de trois selles par semaine. En
réalité, le problème est plus com-
plexe : ce sont parfois des selles
quotidiennes anormalement déshy-
dratées, dures et douloureuses. La
constipation peut être occasion-
nelle, liée à une modification de
régime, de mode de vie ou à un
stress particulier, ou chronique et
souvent due à des abus qui désé-
quilibrent le transit.
Les situations “à risque”
On parle de constipation quand il y
a association d’un ralentissement
du transit et de la déshydratation
des selles, dont le poids sec est
supérieur à 22 % du poids total. La
constipation existe quand les rési-
dus alimentaires progressent mal
dans le côlon ou que l'intestin ter-
minal (sigmoïde, rectum, anus)
n'évacue pas les selles. Le défaut
de progression ou le ralentissement
des matières fécales résulte de
nombreuses causes, surtout si l'ali-
mentation est pauvre en fibres
végétales ou en eau de boisson ; il
est favorisé par l’alitement prolongé
ou le manque d'exercice physique ;
il témoigne de certaines maladies
(par exemple : maladie de Parkin-
son), résulte de certains traite-
ments (neuroleptiques, codéine,
morphine) ou traduit une tumeur
du côlon.
Les femmes enceintes se plaignent
souvent de constipation, qui peut
être due à la pression que le fœtus
exerce sur les intestins. Le bol ali-
mentaire doit alors se déplacer à
travers des intestins étroits. De
même, les femmes enceintes ont
tendance à s'alimenter différem-
ment pendant la grossesse à cause
de nouvelles pulsions alimentaires.
Par ailleurs, des changements hor-
monaux influent sur le transit.
La constipation est également fré-
quente chez un malade soigné
pour un cancer pour de nom-
breuses raisons : médicaments, ali-
tement, etc. Chez les malades opé-
rés de cancers du rectum et
porteurs de colostomie, le régime
alimentaire doit éviter la constipa-
tion qui complique l'élimination
spontanée des selles par la stomie.
Chez un patient avec des méta-
stases, la constipation peut résulter
de causes multiples dont le traite-
ment de douleurs par morphine. La
constipation serait même un fac-
teur de risque du cancer du côlon
en favorisant un contact prolongé
des selles avec la muqueuse
colique. Si elle s'installe de manière
soudaine et inexplicable, elle est à
signaler rapidement : elle peut en
effet témoigner d'une petite
tumeur, bénigne ou maligne,
qu'une coloscopie permettra de
diagnostiquer à son début et de
guérir par une opération. Les médi-
caments ont aussi une influence sur
la constipation. C'est le cas, notam-
ment, des médicaments contre la
douleur (surtout les narcotiques),
des antiacides qui contiennent de
l'aluminium, des anticonvulsants
(épilepsie), des antispasmodiques,
des antidépresseurs, des diurétiques
et des suppléments de fer et de cal-
cium. Bien que chacun pense
savoir ce qu’est la constipation, elle
mérite dans un premier temps
d'être définie. En effet, chaque per-
sonne va à la selle avec une pério-
dicité éminemment variable. Il peut
être aussi “normal” de n'y aller que
trois fois par semaine que de s'y
La constipation est, avant tout, due aux déséquilibres de l'alimenta-
tion. Le traitement de la constipation rebelle n’est pas simple. C’est
pourquoi il convient de combattre ce symptôme avant son passage à
la chronicité, en ayant soin d’en éliminer les causes.
La constipation
Un motif de consultation fréquent
Professions Santé Infirmier Infirmière N° 62 • mars-avril 2005
rendre deux fois par jour.
Relativement fréquente, elle repré-
sente une gêne importante pour de
très nombreuses personnes. Il
convient donc de la traiter, d'autant
plus qu'elle peut être associée à
des polypes (lésions de la
muqueuse colique), ou entraîner
leur apparition.
Chez l’enfant
La pathologie est deux fois plus fré-
quemment retrouvée chez les gar-
çons que chez les filles, elle y est
souvent associée à une encoprésie
et/ou à une énurésie. Devant une
telle richesse symptomatologique, si
la constipation ne recouvre aucune
pathologie organique sous-jacente, il
s’agit alors d’un trouble psycholo-
gique relationnel parents-enfant pas
toujours facile à mettre en évidence.
La consultation médicale doit être
attentive et complète, c’est-à-dire
longue. L’histoire de la constipation
doit être ainsi précisée, comme son
mode évolutif, ses circonstances
aggravantes. La notion d’intervalle
libre est importante à connaître : y a-
t-il eu des périodes de la vie où les
selles étaient normales ? Si ce
trouble apparaît dès la naissance, il
faut s’attacher à éliminer une mala-
die de Hirschsprung. Il faut aussi
rechercher la notion de trouble fami-
lial. La maladie est souvent la résul-
tante de mauvaises habitudes ali-
mentaires avec des excès trop
fréquents en hydrates de carbone,
ou un mode de vie inapproprié où
dominent stress, anxiété et conflits.
Un enfant constipé est aussi un
enfant qui ne boit pas assez d’eau
(plutôt que des sodas ou des bois-
sons sucrées). C’est également un
enfant qui ne bouge pas assez.
L’examen médical est souvent
pauvre : il retrouve seulement un
côlon distendu par des fécalomes
ou, sinon, une stase stercorale. Les
examens complémentaires présen-
tent peu d’intérêt : la radiographie
d’abdomen sans préparation visua-
Infos ...
Combattre
les mauvaises
habitudes
L'impossibilité de
déféquer est surtout
fréquente chez des
personnes qui, par
habitude, par
négligence ou par
pudeur, ne se
présentent pas
à la selle
régulièrement
une fois par jour ;
le rectum (intestin
terminal) se distend,
perd le tonus
et manque des
contractions
nécessaires
à l'expulsion
des matières.
Actualité Santé
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