
168 | La Lettre du Cancérologue • Vol. XVIII - n° 3 - mars 2009
Résumé
L’adolescence est une période complexe, marquée par des changements physiques et psychiques. Le diagnostic
de cancer à ce moment peut perturber le développement en cours et bouleverser durablement le jeune et ses
proches.
Les équipes oncologiques qui prennent en charge ces adolescents et adultes jeunes doivent être motivées,
formées et bien connaître les besoins spécifiques des jeunes. Elles doivent aussi savoir travailler de manière
pluridisciplinaire. Les psychologues et psychiatres intégrés à ces équipes peuvent soutenir et aider les jeunes et
leurs familles, mais aussi les équipes soignantes.
L’objectif est de maintenir l’adolescent ou le jeune adulte dans une position active, en tenant compte de ses
capacités, de son autonomie et de ses besoins d’information, mais aussi de la vulnérabilité inhérente à son âge.
Mots-clés
Adolescents
Jeunes adultes
Cancer
Soutien psychologique
Proches
Highlights
Adolescence is a complex
period characterised by physical
and psychological changes. A
diagnosis of cancer at this time
may disturb the personal deve-
lopment and distress the young
patient and his relatives.
Oncological teams who moti-
vated these adolescents and
young adults should be moti-
vated, well trained and familiar
with the specific needs of these
young patients. They must also
know how to work in a multi-
disciplinary way. Psychologists
and psychiatrists working in
these teams can support and
help young patients and rela-
tives to cope with cancer but
also medical and nurses staff.
The aim is to allow, in comple-
ment of the treatment of
cancer, to support the adoles-
cent or young adult in an active
position, taking into account
his abilities, his autonomy, his
information needs but also his
vulnerability due to his age.
Keywords
Adolescents
Young adults
Cancer
Psychological support
Relatives
par exemple évoquer la réactivation de probléma-
tiques infantiles, telles que le bien connu complexe
d’Œdipe, qui doit à ce moment-là trouver son issue
et sa résolution dans la réalité. Il faut donc rappeler
que le déroulement et l’issue de l’adolescence dépen-
dent aussi de l’histoire infantile du sujet, avec ses
éventuelles fragilités (séparations, traumatismes,
etc.), mais aussi ses forces. Enfin, la présence et la
qualité de l’entou rage de l’adolescent déterminent,
pour une part non négligeable, la gestion et l’issue
de ce que l’on a coutume de nommer la crise de
l’adolescence.
Enjeux de la maladie
cancéreuse à l’adolescence
La survenue du cancer à l’adolescence va venir
compliquer une situation déjà difficile, compte tenu
de tous les enjeux évoqués précédemment. En effet,
la maladie cancéreuse, ses traitements et l’angoisse
qu’elle génère vont perturber profondément et dura-
blement les dynamiques propres à l’adolescence.
Toutes les grandes questions auxquelles les adoles-
cents et les jeunes adultes sont confrontés, à savoir
l’engagement dans des études et/ou une orienta-
tion professionnelle, l’accès à la maturité sexuelle
et le choix d’un ou d’une partenaire, l’adoption de
valeurs idéologiques propres, etc., vont se poser
différemment en raison de la présence du cancer,
du risque vital, ou en tout cas des menaces pesant
sur l’avenir.
La maladie cancéreuse et son traitement entraî-
nent une sensation de perte de contrôle du corps,
qui n’est alors plus infaillible et peut faire souffrir.
Parfois, il existe également une sensation de perte
de contrôle d’une partie des décisions concernant la
vie de l’adolescent, qui reviennent alors aux méde-
cins. L’intervention des soignants et la nécessaire
implication des parents dans le projet thérapeutique
contribuent également à générer une sensation de
dépendance qui vient s’opposer au désir et au besoin
d’autonomie de l’adolescent ou du jeune adulte.
La perte de contrôle, la situation de passivité et la
dépendance induite par la maladie s’opposent donc
en tous points aux aspirations habituelles et légi-
times des adolescents et des jeunes adultes.
Par ailleurs, ces jeunes patients sont également
confrontés à diverses modifications physiques
telles que l’alopécie, les modifications du poids,
les cicatrices ou éventuelles amputations chirur-
gicales, etc. Bien souvent, ces transformations
viennent renforcer le sentiment d’étrangeté d’un
corps déjà bouleversé par la puberté, et il se peut
aussi parfois que les caractères sexuels secondaires
s’effacent sous l’effet des traitements du cancer.
Ces modifications physiques surviennent dans
une période où l’apparence extérieure revêt une
extrême importance, en particulier dans la dimen-
sion de reconnaissance qu’elle procure, et comme
signe d’appartenance à un groupe de pairs. Or, à
une période où le sentiment de sa propre identité
est fragile car en construction, l’appartenance à un
groupe devrait venir normalement soutenir l’adoles-
cent. Mais cela est souvent beaucoup plus difficile
chez l’adolescent cancéreux, notamment lorsque
l’isolement est une prescription vitale : le sentiment
de différence n’en est que plus fort.
Relations avec les proches,
les soignants
et les autres jeunes
Il est nécessaire, pour la plupart des adolescents,
d’avoir des contacts avec leurs pairs durant la
maladie, d’une part en favorisant le maintien du
réseau amical habituel et en encourageant les visites
des amis à l’hôpital, et d’autre part en rendant
possible la rencontre avec d’autres jeunes traver-
sant les mêmes épreuves.
De même, il est important pour eux de pouvoir
poursuivre leurs activités habituelles, qu’elles
soient scolaires ou de loisir, durant le traitement.
La présence d’un animateur qui organise différentes
activités, de professeurs pouvant dispenser des cours
à l’hôpital ou à l’extérieur et l’aménagement d’un
espace consacré aux adolescents dans le service, avec
par exemple des ordinateurs munis de connexions
Internet, facilitent et encouragent cette continuité
durant le traitement. Diverses associations peuvent
également contribuer à l’amélioration du quotidien
du jeune malade.