
Le dollar au cœur des systèmes monétaires successifs : l’étalon de change-or.
Dès Juillet 1944, les Américains cherchent à assurer la reconstruction de l’Europe
en développant le système de l’étalon de change-or, existant depuis la conférence
de Gênes de 1922. Dans une petite station de montagne du New Hampshire bien
connue, les deux grands vainqueurs occidentaux, Etats-Unis et Grande-Bretagne,
dominent les travaux en tant que nouveaux amis. N’oublions cependant pas que
leur rivalité incessante de l’entre-deux-guerres ne fut pas étrangère au chaos
monétaire et aux dévaluations compétitives responsables de la plus grave
récession de l’ère moderne. Donc, Etats-Unis et Grande-Bretagne décident de
rétablir un régime de change fixe. Au sortir de Bretton Woods, chaque membre
s’est vu définir une parité pour sa monnaie exprimée en poids d’or ou en dollar. La
prééminence du dollar est alors indiscutable, à l’heure où les Etats-Unis vont faire
une déclaration fort mal inspirée, puisqu’ils s’engagent à fournir de l’or au prix de
35 dollars l’once à toute Banque Centrale. La période faste du dollar semble alors
toucher à sa fin, à l’heure où les exports de déesse-mère à l’égard de l’Europe
entraînent pourtant un excédent de la balance des paiements, et des rentrées
massives d’or et de devises.
Le Plan Marshall avait permis à l’Europe de reconstituer son appareil productif, et
les nombreuses dévaluations européennes par rapport au dollar ont eu pour effet
positif de stimuler la compétitivité des exportateurs européens et japonais. En
d’autres termes, les Américains responsables de la reconstruction européenne
venaient de trop vite remettre sur pied une dangereuse économie dominante, alors
qu’ils pensaient pourtant qu’elle serait convalescente pour de nombreuses années.
A cette époque, les Etats-Unis influencent sans être encore trop influencés, et
utilisent avant l’heure un « soft power financier » avec intelligence, en manipulant
les taux d’intérêts aussi bien que les entrepreneurs privés et publics. Ils se rendent
indispensables en termes de partenariat voire de survie, et savent se présenter
comme un allié sincère désireux d’établir des échanges fructueux. Déesse-mère
fournit alors aide et protection malgré une certaine rigueur déclarative, et réussit à
apporter croissance et développement tout en y trouvant son propre compte.
De la même façon, suite aux dévaluations de leur monnaie, les Banques Centrales
européennes se portent mieux car leur pays respectif réalise de plus en plus de
transactions. Elles accumulent du dollar sans en demander la conversion en or
comme proposé par les Etats-Unis, par confiance en la monnaie américaine. C’est
ici précisément que tout va basculer. Le système va commencer à se détériorer en
raison d’une abondance de dollars, et donc à une décote de celui-ci par rapport à
l’or. Nous sommes en 1960, et sur le marché libre de Londres, l’once d’or passe de
35 à 40 dollars. La conséquence est assez évidente : toutes les Banques Centrales
commencent à réclamer la conversion de leurs dollars en or… Les Etats-Unis
convertissent ce qu’ils peuvent comme dû, jusqu’à ce que les réserves d’or
américaines deviennent menacées en termes quantitatifs. Ils finissent alors très
logiquement par refuser, donnant naissance à de nombreuses crises monétaires
qui auraient pu être facilement évitables jusqu’en 1971, date à laquelle Nixon
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