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L’Ancien Régime c’est aussi la modernité
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décentralisation fondamentale par le self-government regroupé
de deux provinces, chacune étant bien vivante.
Dès lors, comme le montrait récemment un dossier
spécial publié par un journal parisien du soir, les rogatons
républicains se font chaque jour annexer un peu plus par le bel
Ancien Régime allemand qui leur fait face. Par l'achat de la
main d'oeuvre, des entreprises et des maisons de village. A
Paris, l'Alsace n'est pas "positionnée", selon la formule de
marketing, c'est-à-dire n'intéresse personne chez nos
centralistes impénitents. Et en Alsace même, comme le
proclamait un industriel strasbourgeois dans le dossier en
question : "la Priorité, c'est l'Allemagne".
Qu'y a-t-il, en outre, de plus triste et de plus
désastreux que cette autre mise à mort républicaine, dont il faut
aussi parler. La mise à mort d'une petite nationalité française
voisine de l'Alsace et qui a joué un rôle capital d'animation
dans l'histoire de l'Europe : la Franche-Comté ? Cette fois la
Révolution nous a gratifiés de trois rogatons aux noms de bout
de rivière affluente, de sous affluent et de montagne : la Haute-
Saône, le Doubs, le Jura. Trois noms, encore, d'étroits
cantonnements purement géographiques ; pour, encore, faire
descendre le silence sur l'histoire, la tuer. Alors que c'était la
belle province de Franche-Comté qui, au XVème siècle, avait
inventé les institutions des Etats modernes d'Europe en
fournissant sa haute bureaucratie à la Bourgogne des grands
ducs d'Occident, collatéraux capétiens. Alors que, encore, au
siècle suivant, au XVIème siècle, c'était la Franche-Comté qui
avait fourni ses gouvernements au grand empire de Charles
Quint et de Philippe II, héritier de Bourgogne. A tel point que
l'Espagne, les Pays-Bas et l'Italie étaient alors, pour beaucoup,
des colonies franc-comtoises, politiquement et aussi
culturellement. Carondelet et le premier Granvelle sont les
premiers ministres de Charles Quint. Chalon est vice-roi de
Naples, Richardot, premier ministre des Pays-Bas. Metellus,
franc-comtois aussi, réunit la magnifique collection de
manuscrits qui se voit aujourd'hui à l'Escurial. Et le second
Granvelle est rien de moins que le premier ministre de Philippe
II, à Madrid, au moment de la lutte décisive contre la réforme,
dans les années 1580. C'est le premier ministre français de
l'empire planétaire catholique qui, comme j'ai pu le constater
sur pièces, dans les archives espagnoles, donne ordre aux
banquiers génois de Bruxelles de payer au duc de Guise les
premières subventions permettant enfin à la Ligue catholique
de faire face à l'entreprise de subversion huguenote couverte
d'or réformé anglais, allemand et scandinave. De tout cela, de
cette petite nationalité française qui a gouverné le monde, il
n'est plus resté, comme partout sous la République, que des
morceaux de rivières et de montagnes, des réduits lointains et
jaloux du centralisme. Des réduits rogatons au péril, comme en
Alsace, de leurs voisins, cette fois ceux du bel ensemble
suisse, antique modèle de l'insurrection des autonomies, qui, là
aussi, les avalent peu à peu.
Ce n'est que tout récemment que la France a
commencé - enfin - à prendre au sérieux la décentralisation. Et,
même si les formules retenues sont pour le moment bien
partielles, à chercher à reconstituer de vraies régions, les
régions d'Ancien Régime. Il était grand temps. Car, comme
dans le Nord-est de l'Alsace et de la Franche-Comté, au Sud
aussi les miettes produites par le haché-menu des anciennes
provinces se trouvaient en grave péril. Telle la Catalogne
française, cantonnée, enclavée dans son rogaton
départemental des Pyrénées orientales, et bien incapable de se
défendre toute seule contre l'aspiration produite par la
puissante Catalogne espagnole reconstituée en unité et en
autonomie très complètes et efficaces. Où vient d'être publiée
une encyclopédie locale qui intègre la seule description
complète et à jour de la Catalogne française.
De proche en proche donc, la France émiettée
n'aurait laissé subsister qu'une France-croupion. A l'image de
ses départements mêmes. Tel exemple frappant, l'absurde
département-croupion du Rhône qui étouffe la grande
métropole régionale de Lyon à la lisière de ses faubourgs. Une
absurdité qui dure depuis deux cents ans, en impavide;
stupidité républicaine, sans que personne n'ait osé y toucher.
Alors que l'Ancien Régime nous avait légué le modèle de
l'autonomie régionale géographiquement à l'aise,
institutionnellement bien équipée et économiquement efficace.
Nous voulons parler de l'admirable Languedoc qu'a si bien
décrit un historien longtemps de gauche, Emmanuel Le Roy
Ladurie. Le Languedoc qui réunissait onze de nos actuels
départements, qui, organisé en une pyramide de pouvoirs
représentatifs, et animé par ses grands évêques
administrateurs, avait la maîtrise complète de ses impôts, de
son budget, de ses investissements, notamment en matière de
transport et d'industrie. Avec ce résultat brillant, notamment,
que son industrie textile était alors l'égale, ou presque, de celle
du Nord de la France.
Telle était, telle reste, en modèle immédiat la
modernité des autonomies d'Ancien Régime. Traduction fort
exacte, au reste, de la doctrine sociale de l'Eglise qui met en
avant le principe de subsidiarité affirmant le caractère
fondamentalement "supplétif", selon la formule de Léon XIII, de
toute collectivité. Aucune collectivité, notamment la collectivité
nationale ne doit faire ce qu'une collectivité inférieure,
notamment la collectivité régionale, peut faire, et fera mieux.
Modernité de la liberté
générale de
l’enseignement.
Mais la modernité des autonomies régionales est loin
d'être la seule modernité que nous offre aujourd'hui l'Ancien
Régime, en modèle direct. Il en est d'abord, une deuxième.
Parlant dans la présente Faculté libre, j'enfonce une
porte ouverte si je souligne ce fait qu'un des handicaps français
les plus marqués dans l'émulation culturelle, scientifique et
économique, trouve sa source dans le statisme écrasant de
notre enseignement d'Etat, venu lui aussi de la Révolution. Car
c'était notamment le département de la Seine de 1799 qui avait
posé le principe d'un enseignement d'Etat laïque, lorsqu'il
proclamait "il est nécessaire d'élever un mur de séparation
entre l'enseignement et les cultes". Comment, aujourd'hui,
obtenir les initiatives, adaptations et reconversions rapides
absolument indispensables, de l'énorme corps de
fonctionnaires (le plus nombreux après l'Armée Rouge, dit-on)
qu'est notre enseignement d'Etat ? Un énorme corps englué
dans les irresponsabilités administratives, les préjugés
idéologiques, l'éloignement mental et matériel de la vie des