
La gouvernance
63
La CNES va imprimer sa marque aux relations Etat/Employeurs pendant la décennie
90, grâce à une meilleure maîtrise de la concertation avec l'Etat du fait qu'ils sont
sénégalais et que leur président semblait proche du pouvoir socialiste.
En 1996, le patronat sénégalais créa un cadre unitaire informel dénommé CPDS
(Coordination Patronale du Sénégal) qui regroupe les organisations les plus
influentes du secteur privé. La CDPS regroupe six organisations issues des secteurs
formel et informel (CNP, CNES, UNACOIS, ROES, AFAC, GES et OCAIS). Elle joue à compter
de sa création le rôle de porte-parole du secteur privé face à l’Etat.
En 1997, pour insuffler un nouveau dynamisme à la concertation, il est créé le
comité général de concertation pour le développement qui regroupe, à parité, les
membres du secteur privé et de l’Administration. Il est alors défini des formes, des
calendriers et des ordres du jour des concertations. Ainsi, le Président de la
République rencontre le secteur privé tous les ans, le Premier ministre le fait quatre
fois par an ; enfin des rencontres sectorielles mensuelles sont prévues avec les
"technocrates" de l’Administration.
Si cette concertation a le mérite d’exister, elle a un bilan mitigé. A son actif, les
réunions régulières entre l’Administration des Impôts et les opérateurs privés qui
arrivent à aplanir des difficultés et résoudre certains problèmes techniques (liés
notamment à l’application de certaines règles de la fiscalité). Toutefois, selon
beaucoup d’observateurs, la concertation Etat/secteur privé dans son schéma
actuel, est une "coquille vide" puisque n’aboutissant qu’à la résolution de problèmes
ponctuels au lieu de donner l’occasion aux parties de prendre de la hauteur et de
discuter des questions stratégiques engageant l’avenir du secteur privé.
La décision prise en 1999 par le Conseil National du Patronat (CNP) de se retirer de
la Coordination Patronale du Sénégal (CPDS), tout en restant dans la concertation
bipartite Etat/secteur privé, donne la mesure de l’unité des acteurs privés. Pour
plusieurs observateurs, en quatre années d’existence, la CPDS n’a pas su se
prévaloir d’un bilan satisfaisant.
Le partenariat que la Coordination voulait impulser avec le gouvernement n’a pas
dépassé les concertations bipartites annuelles qui n’ont pas permis au secteur privé,
en dehors de quelques secteurs (pêche et tourisme notamment), de tirer un profit
plus important des nombreuses opportunités ouvertes avec la dévaluation du franc
CFA intervenue en janvier 1994.
Le secteur privé sénégalais voulait, à travers la Coordination patronale, briser la
bipolarisation entre entreprises françaises, presque toutes membres du CNP (la
première organisation patronale avec 63,56% des syndicats patronaux membres), et
entreprises sénégalaises dont certaines étaient affiliées à la CNES (Confédération
Nationale des Employeurs du Sénégal).
Il s’agissait également de créer une dynamique unitaire du secteur structuré contre
les assauts de l’informel. En réalité, la Coordination Patronale regroupe des
structures aux intérêts diamétralement opposés : le secteur structuré d’un côté et
celui informel de l’autre.