L'environnement terrestre vu d'en haut à

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L'environnement terrestre vu d'en haut
Pierre HALLER'
NDLR : L'auteur porte sur l'environnement et ses rapports sur le développement technologique, un regard original avec des références aux mythes et aux croyances, qui aboutit à des conditions d'action inspirées d'une
« éthique sociale » .
Nous avons pensé que cette vis ion originale était susceptible d'intéresser nos lecteurs.
« L'homme ne représente qu 'un clin d'œil
dans l'histoire de l'univers. Si toute cette histoire
était comprimée en une seule journée , le soleil et
la terre ne seraient apparus que vers 5 heures du
soir. L'essentiel de l'ascension vers l'homme se
ferait à la dernière heure. L'homme ne ferait son
entrée que 11,5 secondes avant minuit. Quant à
l'homme civilisé et technologique des quatre derniers millénaires, il n'aurait occupé que les deux
derniers centièmes de seconde de la j ournée, à
peine la durée d'un flash photographique " .
vement des jours et des nuits) . Cette machine ,
qu'on peut appeler la climatosph ère , est une
macrostructure auto-organisée et autorégulée qui
met à contribution l'atmosphère, les océans et
l'ensemble de la biosphère. Elle a évolué au
cours des cinq milliards d'années avec l'aide du
v ivant. L'atmosphère terrestre pourrait être liAs
semblable à celle de la planète Vénus d'aujourd'hui : 95 % de CO2 , des températures 500 "C,
des vents soufflant à 600 km/h en surface. Sur
terre, les algues ont progressivement transformé
en oxygène le carbone présent dans l'atmosphère. Les végétaux et les animaux à coquillage ont
piégé l'excédent de ca rbone de l'atmosp hère
dans les couches géologiques sous forme de calcaire, de charbon ou de pétrole. La biosphère, un
élément de l'autorégulation de la climatosphère,
a servi à réduire la concentration d'oxyde de carbone , responsable de l' effet de serr e da ns
l'atmosphère, autour de 500 parties par million.
Une très grande connivence existe ainsi entre la
climatosphère et la biosphère qui coévoluent lentement depu is des milliards d'ann ées . De
grandes catastrophes se sont certes produites de
temps en temps, se trad uisant par des phases
d'extinction mass ive , parfois de la quasi-totalité,
des espèces vivantes ; les paléontologues en ont
identifiées cinq. Des apparit ions explosives de
nouvelles espèces ont eu lieu comme au précambrien supérieur, il y a 600 millions d'années.
Trinh Xuan Thuan, astrophysicien
(<< La mélodie secrète "J
La planète bleue
Depuis cinq milliards d'années sur la terre, de
multiples mécanismes se sont mis progressivement en place pour former la planète bleue d'aujourd'hui. La terre est la seule planète du système solaire, et probablement de ses environs, où
les conditions de press ion , de température et
d'hygrométrie permettent l'émergence de la vie à
une large échelle. Sur les autres planètes, l'eau
est à l'état soit de vapeur, soit de glace ; l'atmosphère soit n'existe pas, soit est composée de gaz
impropres aux métabolismes du vivant. La gravitation peut y être tellement intense ou les vents
peuvent y souffler à des vites ses telles qu'aucune
charpente biologique ne peut se construire. La
Terre, la planète bleue, a eu la chance de tourner
à une bonne distance autour du soleil.
L'inclinaison de son axe de rotation par rapport à
la ve rtica le à son plan orbital autour du soleil, qui
est de 23,5 degrés, est telle que des cycles circadiens et annuels créent des alternances de jours
et de nuits ainsi que des saisons nécessaires au
fonctionnement d'une extraordinaire machine climatique. Ces cycles cosmiques rythment égaIement les horloges biologiques des êtres vivants.
(Des inclinaisons de zéro degrés ou de 90 degrés
empêcheraient l'alternance des saisons, respecti-
Vues de Sirius, la biosphère et la climatosphère se sont développées sur une mince couche
coincée entre la sphère terrestre rocheuse et le
v ide sidéral. Les structu res émergent aux frontières. La machine climatique, qui se déploie sur
une épaisseur de quelques milliers de mètres du
fond des océans à la stratosph ère , représente
une pellicule en proportion aussi mince que celle
qui délimite une bulle de savon. L'écosystème
vivan t descend à quelques centaines de mètres
dans les océans, à quelques dizaines de centimètres dans les sols et, à part quelques oiseaux,
sa pénétration dans l'atmosphère ne dépasse pas
quelques dizaines de mètres. Le bleu de la planète n'est peut-être qu'un hâle fragile.
* EDF. Pôle Industrie. Service Environnement .
Site Cap Ampè re.
1, place Pleyel- 93282 Saint-Denis Cedex.
E-mail : pierre.hal/er @edfgdf.fr
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POLLUTION ATMOSPHÉRIQUE
La technologie, le nouvel acteur de l'évolution
Les mammifères et l'homme sont issus d'une
rupture du cours de l'histoi re des espèce s.
L'homme est un phénomène relativement nouveau. Il est devenu un acteur à part entière de
l'évolution de la planète de par son intelligence,
de par sa prolifération et de par la technosphère
qu'il a fait émerger dans la création. Cette technosphère est une nouvel le compo sante auto organisée sur la planète à côté de la climatosphère et de la biosphère. La vision de la terre à
travers le hublot d'un avion montre combien cette
technosphère issue de l'espèce humaine a transformé presque tous les paysages naturels .
L'émergence de la technologie est toute récente au cœur de la création. Il s'agit d'un phénomène
qui a commencé par la pierre taillée et la maîtrise
du feu . Évolua nt au gré des inventi ons
et de multipl es amélio rations , la techno logie
a connu une grande révolution industr ielle au
Xlxe siècle . Puis , dans la deuxième moitié du
xxe siècle , les sociétés les plus avancées sont
entrées dans la phase post-industrielle. Celle-ci est
caracté risée par une part de moins en moins
importante de l'industrie et de l'agriculture au profit
des services et de l'échange de biens immatériels.
Les caractéristiques principales de cette technologie sont sa grande capacité de croissance, son
immens e besoin en énerg ie et le fait que les
déchets qu'elle produit ne sont pas recyclés ni
éliminés pour la plupart actuellement. Ainsi la
biosphère est progressivement empoisonnée par
d'énormes quantités de déchets.
Pour fixer les idées, l'homme primitif avant la
maîtrise du feu, consommait chaque année pour
subvenir à ses besoins biologiques une quantité
d'énergie de l'ordre de grandeur de son propre
poids en équivalent-pétrole, soit moins de 100 kg.
Ses déchets , qui étaient pratiquement tous recyclés , éta ient du même ordre de grande ur en
poids.
L'habita nt de pays dévelop pé , quant à lui,
consomme de 3, en France , à 10 tonnes , aux
États-Unis, d'équivalent-pétrole par an (moyenne
mondia le 1,5 tian ). Il produit des déchet s de
l'ordre de 100 fois son propre poids. Dans les
30 prochaines années , l'humanité va consommer
autant d'énergie et par conséquent va produire
autant de déchets que dans toute son histoire
passée . Ces déchets ne sont de loin pas tous
recyclables ou éliminés . Même ses activités agricoles, outre leur demande importante en énergie
(une tonne d'engrais nécessite une tonne d'équivalent-pétrole), représentent une charge importante en produits toxiques pour la nature.
Cet habitant de pays développé produ it de
l'ord re de 10 tonnes de déchet s par an, dont
40 kg sont hautem ent toxique s . Ces déchet s
toxiques, qui ne sont de loin pas tous collectés et
POLLU TIO N ATMOSP HÉRIQU E
traités, et qui ont des durées de vie infinies , se
retrouveront tôt ou tard en contact de la biosphère s'ils ne subissent pas des traitements appropriés. Compte tenu des quantités en croissance
exponentielle et des caractéristiques physico-chimiques , le simple bon sens pe rmet de com prendre que la technosphère ne peut pas indéfiniment prendre la biosphère, donc essentie llement l'air et l'eau, comme lieu de stockage et de
dispers ion de ses déchet s . Le recyc lage des
déchet s , à l'instar des proces sus biolog iques
naturels , ou l'enfou issemen t dans des couches
géologiques profondes semblent aujourd 'hui les
seules solutions qui puissent mettre durablement
la biosphère à l'abri des impacts délétères de la
technosphère.
Inversement la technosphère ne pourra probablement jamais atteindre un degré de perfection tel que son impact sur la biosphère soit nul.
Pour passer d'un niveau de rejets acceptable à
un niveau de rejets nul , il faudra it mettre en
œuv re des moyen s considé rables sans pro fit
véritable pour l'état sanitaire de la biosphère ou
de la climato sphère . Le grand Pa racelse
(Theop hrast us Bomba stus von Hohen h eim ,
1493-1541) disait déjà :
" Tout est poison , rien n 'est poison , tout
dépend de la dose » ,
Mais quelles sont les doses acceptables pour
le milieu naturel ?
L'homme technolog ique n'est pas le premie r
organisme vivant à modifier de manière significa tive le cours de l'évolution biologique et écologique sur la p lanète . Les végéta ux et les
coquillages l'ont fait avant lui, mais lenteme nt.
Les systèmes technologiques , en revanche, introduisen t une nouvell e dimens ion qua litative et
quantitative de l'impact sur l'environnement. Ils
sont caractérisés par une certaine voracité et par
leur cro issance expone ntielle . Tout se passe
comme si les processus antagonistes de régulation à court terme , comme il en existe pour les
systèm es biologi ques , n'étaie nt pas encore
adaptés à cette nouvelle réalité. Les paléo ntologues ont observé que la nature est capable de
faire face à des catastrophes naturelles de gran- ·
de enverg ure. La question est de savoir si la
techno logie entre dans la catégo rie des cata strophes supportables.
L'homm e doit s'appuy er sur la techn ologie
pour assurer sa survie dans une nature qui lui est
hostile. La survie de l'homme n'est plus concevable sans la techno log ie. Il a évolué dans le
sens d'une dépendance quasi complète vis-à-vis
de celle-ci.
La régulat ion des processus technologiques
repose essenti el lement sur l'intellig ence et la
conscience humaines. Elles seules peuvent prévenir d'éventuelles instabil ités irrévers ibles de
l'écosystème . Or il semble que la technosphè re
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ait largement pris son indépendance par rapport
à l'homme . Elle s'auto-orga nise . Les hommes
peuvent apparaître comme des agents collectifs
qui œuvrent, chacun à son niveau local, au service d'une macrostructure , à l'instar d'une fourmi
dans une fourmilière.
L'humani té est ainsi confron tée à des défis
antagonistes intimement liés : le risque de manque
de ressources, le risque de déstabilisation lié aux
inégalités renforcées par le développement et le
risque de détérioration de l'espace naturel constitué de la c1imatosphère et de la biosphère.
L'impact de la technosphère sur l'environnement engage la res ponsab ilité humai ne à un
double titre : ne pas déstabiliser les grands équilibres de la climatosphère et de la biosphère et
garan tir pour la propre espèce huma ine des
conditions de vie acceptables et pérennes.
Gérer la complexité
Le progrès c'est remplac er un inconvénient
par un aut re , di t-on parfo is . On voi t que les
réponses aux questions posées par le développement ne son t pas simples . Le soc io logue
français Edgar Morin dit:
Les bienfaits et les défis du progrès
« Pour gérer la complexité du monde, il faut
non seulement des modèles de compréhension ,
mais également des modè les d'inte rvention . 1/
s'agit de dépasser le refus de la complexité qui est
souvent générateur de désordre et de confusion » .
Le développement technique induit un certain
nombre de bénéfices auxquels aspirent toutes les
cultures. Il s'agit de : l'augmentation de l'espérance de vie, l'accès aux soins, la diminution de la
souffrance due aux maladies, la diminution de la
mortalité infantile, la sécurité publique, l'alphabétisation, la culture et la démocratie. La mécanisat io n a limit é le reco urs à l' esc lav age des
hommes , les conquêtes et les razzias pour se
procurer ces esclaves ainsi que le mauvais traitements des animaux de peine.
Ce paradigme de la complexité est au cœur
des réfl exions des scien tifiques et des philosophes. Chaque avancée de la science révèle
une nouve lle dimension de not re ignorance et
remet parfois en cause les certitudes et le sens
donné aux choses. Une part de hasard est profondéme nt et fondamenta lemen t assoc iée à
l'évolution.
« Notre société est la plus confortable et la
plus pacifiée. à avoir jamais existé; elle est aussi
la plus j uste " (Karl Popper).
Prendre conscience de la complexité, c'est en
mê me temps se rendre compte que nous ne
pourrons jamais échapper à l'incertitude et l'incomplétude tant dans nos modèles de compréhension que dans ceux de notre action. Le changement induit par notre technolog ie, aucun de
nos modèles ne pourra prédire son évolution audelà d'un certain horizon temporel. Nos acte s
d'aujourd'hui déterminent le futur sans que nous
soyons capab les de prévoir dans que l sens.
Gérer la complexité c'est gérer l'incertain.
Ce progrès est encore mal partagé. L'absence
de ressources et d'organisation suffisantes est la
cause du sous-développemen t qui est responsable de la mort de faim de 40 millions de personnes chaque année. Les nuisances environnementales, pollution de l'eau, de l'air , bruit, paysages détériorés, même si elles sont largement
répa ndues , touchent souvent d'abord les plus
démunis. Les changements climatiques, caractérisés par des tornades, des inondations de territoires, un renforcement de l'aridité, s'ils ont lieu,
commenceront par affecte r les population s les
plus pauvres qui habitent aujourd 'hui dans les
régions les plus exposées.
Pour faciliter le pilotage, pour lever au maximum les incertitudes du présent et du futur , il
importe de se doter ici et maintenant de modèles
de compréhension et d'act ion qui intègrent la
comp lexi té . Ces modèles relèvent du savoir
scientifique, de la démocratie et de l'éthique. Ce
sont trois piliers complémentaires. Ils évoluent en
symbiose avec chaque société. Mais au fur et à
mesure que le monde se trans fo rme , ces
modèles évoluent également.
Ce même déve loppement engendre simultanément de nouveaux défis liés à cette croissance exponentielle de certains facteurs comme la
populat ion , l'urban isation , la product ion des
déchets, la pollution. Dans le village global qu'est
la planète, les hommes, les idées et les biens circul ent de plus en plus intenséme nt. Ces liens
trans planétaires fonden t de nouveau x espoirs
pour la paix et le développement. Mais ils donnent aussi une nouvelle dimension à d'anciens
problèmes comme les migrations de populations
poussées par la pauvreté ou les systèmes politiques totalitaires, les nouvelles épidémies, l'omniprésence du marché, mafieux ou légal, ou l'extinction de certaines civilisatio ns ou d'espèces
vivantes.
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Les démocraties modernes son t arrivées
aujourd'hui à un stade où la complexité a conduit
les ho mmes à pa rtager le deve ni r du monde
entre experts , politiciens et l'opinion publique .
Chaque partie fonctionne selon sa logique propre :
l'expert et sa science, le politicien et son pouvoir,
l'opinion publique et la mise en spectacle médiatique. Dans cette logique des jeux d'acteurs, les
experts scie ntif iques , les politiciens , les idéologues produisent toujours des discours vertueux,
parfois antinomi ques prouvant que la définition
de la vertu n'est pas universelle.
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POLLUT ION ATMOSPHÉRIQUE
Le nucléaire est chargé d'un fort symbolisme:
symbole de l'apprenti sorcier, du feu dérobé aux
dieu x, de la force gigantesque plus ou moins
magique. Il déclenche des peurs profondément
ancrées dans l'inconscient collectif. Le cho ix
d'uranium et de plutonium pour désigner les éléments qui sont à la base de l'énergie nucléaire a
été réalisé à des époques où la foi dans la science était illimitée ; aujourd 'hui il en accentue la
perception maléfique . Pluton et Uranus sont les
noms des divinités donnés aux astres les plus
lointains, les plus froids et les plus ténébreux du
système solaire . Uranus , qui veut dire ciel en
grec, est aussi le père du dieu Chronos, le temps
qui dévore ses propres enfants. Pluton , qui au
sens propre signifie « le riche " par allusion au
fait que toutes richesses proviennent du sol ,
quant à lui symbolise aussi les puissances chthoniennes. En choisissant ces noms, on a jeté un
défi aux mythes, défi qui ne reste pas impuni. On
a déclenché « un ricanement lacanien du destin ".
Apollonium et Venusium eussent sans doute été
plus heureux. Mais le nom d'urane a été donné
au minerai d'o xyde d'uranium dès 1789 , alors
qu'on ne connaissait pas encore ses propriétés,
par le chimiste Klaproth, en hommage à Herschel
qui avait découvert la planète Uranus en 1781.
Le nom de plutonium a été introduit en 1948, à
une époque où l'on connaissait déjà bien son
usage. Le nucléaire en est devenu le bouc émissaire de la soc iété techno logique. Cette niche
devait nécessairement être occupée.
Comment accéder à ces vérités nécessaires à
la gestion de la technosphère ? La réponse est
dans la pluralité des réponses. Tous les acteurs
sociaux doivent pouvoir s'exprimer : les experts,
les industriels , les politiques , les citoyens de
base. Tous ces acteurs doivent se confronter aux
opinions et aux raisons des autres. Leurs intérêts
individuels ou corporatistes doivent se moduler
mutuellement. Aucun pouvoir ne doit rester sans
contre-pouvoir.
On peut évidemment craindre pour l'efficacité
de l'action , s'il faut pour tout choix scientifique ,
technolog ique ou d'aménagement, prendre en
compte tous les avis . Surtou t s'ils ne sont pas
tous de bonne foi. Mais:
cc De la seule intelligence, il n'est jamais rien
sorti d 'intelligent, de la seule raison , il n 'est
jamais rien sorti de raisonnable " .
« Là où est le danger, croît aussi ce qu i
sauve " . (Friederich Hë>lderlin , 1770-1843)
En définitive l'intégrat ion de la technosphère
dans la biosphère est une affaire de lent mûrissement de la culture, cette chose diffuse et intemporelle qu i catalyse le fonctionnement d'une
société humaine. Certes les lois, les règlements,
les taxes, le marché de l'environnement et autres
instruments environnementaux issus d'instances
nationales ou internationales contribueront à
cette intégration. Mais c'est en définitive la courtoisie et l'aménité individuelles et collectives visà-vis du milieu naturel qui feront évoluer les comportements des motards en infraction dans les
sentiers forestiers ou des bétonneurs qui sévissent en toute légalité sur la planète.
Toutefois si l'on veut bien croire à une corrélation entre le mythe grec et le destin de l'énergie
nucléaire, il apparaît que tous les espoirs ne sont
pas perdus. Car déjà à l'époque, Pluton, le dieu
des enfers, était en conflit avec Déméter, la déesse des moissons. L'objet du contentieux était la
belle Perséphone, la fille de Déméter, dite la vierge du printemps , que Pluton avait enlevée et
emmenée aux enfers pour l'épouser. Le désespoir de Déméter empêcha toute germination de
graine sur terre cette année-là. Devant les lamenta tions des hommes , Zeus envoya Hermès
auprès de Pluton pour arranger les affaires. Il fut
convenu que la jeune fille passerait chaque
année quatre mois avec son ravisseur et le reste
avec sa mère.
C'est auss i dans les profondeurs de l'âme
humaine que sont à puiser les ressources nécessaires pour faire face à ces défis. Cette âme est
habitée et se nourrit de mythes, de transcendance et de poésie.
La technologie
et ses boucs émissaires mythiques
Le péché du nucléaire est de s'être incon sidérément approprié certains mythes. Il en a
peut-être été puni en devenant le bouc émissaire
de la société.
Ce myt he illustre la complémentarité des
phases souterraines et aériennes de la vie . La
terre profonde est le lieu d'enfouissement de ce
qui empêche la vie (l'ex cès de carbone , les
déchets nucléaires ?). C'est aussi de son royaume que remontent les éléments chimiques qui
permettent à cette vie de s'épanou ir (les oligoéléments pour la biosphère, les minerais pour la
technosphère) . Ce mythe souligne également le
rôle important du compromis conclu par Hermès.
Celui-ci fut en quelque sorte le premier médiateur ;
il réussit à concilier des mondes de natures différentes. Le philosophe Michel Serres dit de lui :
Toutes les époques, dans la plupart des civilisations, ont eu besoin de leurs chasses aux sorcières et de leurs boucs émissaires. Le monde
moderne malgré son rationalisme n'y échappe
pas . Aujourd 'hui le nucléaire est diabolisé en
dépit de ses avantages objectifs en termes d'efficacité technique et de protection de la biosphère.
Il souffre de ses liens avec une technocratie toute
puissante. Le « Oui, mais il y a les déchets radioactifs " et « le nuage de Tchernobyl s'est arrêté à
la frontière française ", font partie du catalogue
des idées reçues en usage aujourd'hui.
POLLUTIO N ATMOSPHÉRIQUE
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cc Hermès, dieu des carrefours et des chemins, des marchands et des messages porte des
ailes aux chevilles, le caducée à la main . il vole
il passe vite, sait les secrets, invente , 'met e~
communication . Voici un quart de siècle .. .
Prométhée régnait dans les corps et les mains, il
occupait les têtes et les langues : la production
était au centre et non la communication. Ce fut
donc un pari d'annoncer la fin du dieu des forges
et le commencement du dieu des transmissions.
En vingt-cinq ans les sciences comme les techniques, l'économie et la vie quotidienne se sont
rangées sous le caducée d'Hermès. Ceux qui
l'ont compris le plus tôt et le mieux se sont le
mieux tirés de la crise. "
correspond à une vis ion de la divinité qui n'est
plus seulement celle des forces naturelles. Pour
les religions judéo-chrétiennes, voir dans la te rre
ou dans la nature le seul siège de la divinité
représente un retou r au pagan isme.
Les idéologies, qui ont pris les lois de la natu re , celles du triomphe du plus fort et du plus
adapté , ont sombré dans la barbar ie et sont responsables de la mort violente de millions de personnes au cours de ce sièc le . Elles n'ont pas
compris que la sélection nature lle a sélectionné
la civilisation, qui s'oppose à la sélect ion naturelle. L'éthique ce n'est pas la nature.
De la même man ière , les idéologies qui ont
pris l'act ivité humaine comme finali té de l'évolu tion , ont aussi tué des mi llions de personnes
dans les camps et détru it de manière irréversible
de grands ter ritoires naturels. L'éth ique ce n'est
pas uniquement la raison humaine.
Il est également intéressant de noter qu 'à
Pripiat , ville où logeait le personne l de la centra le
de Tchernobyl, aujourd'hui évacuée et fantomatique , le seul restaurant de la ville avait été baptisé Prométhée , probablement dans un élan de
défi de la science aux superstitions. Au cours des
années passées depuis l'accident (1986) , les
caractères cyrilliques de Prométhée se sont détachés un à un de la façade .
L'éthique est-elle alors du ressort de la
volonté divine ? La référence au divin et à la
transcendance a de tout temps accompagné la
justif ication de ses lois. Des conflits sont parfo is
nés entre les lois qui règlent la cité et celles qui
sont considérées comme émanant de Dieu.
Ant igone , condamnée à mourir car elle avait
enterré son frère Polynice contre la volonté du roi
Créon , parle ainsi de ces lois divines:
La nature, l'homme, les dieux
L'éthique est un ensemble de règles de
conduite. Certaines d'entre elles sont plus universelles dans le temps et dans l'espace que le droit
législateur. Chaque acteur individuel ou collectif
se contraint lui-même à respecter ces règles . Le
fondement et la justification de ces règles peuvent être laïques ou religieux . Toutes les sociétés
se sont dotées d'un arsenal de règles éthiques ,
qui sont en fait les pr incipes organisateurs se
référant souvent à un ordre supérieur.
cc
Elles vivent depuis toujours, personne ne sait
depuis quand.
Je ne voula is pas me rendre coupable aux
yeux des dieux
En les transgressant par peur de l'autorité
d'un homme " .
Si l'homme agissait uniquement comme un
automate en fonction de règles prédéterminées, il
n'y aurait aucun problème d'éthique. Il réalise son
destin humain individuel et collect if en mettant en
jeu sa liberté et sa responsabilité. Et c'est dans
ce conte xte qu 'intervient l'éth ique , qui doit lui
fournir les princ ipes pour guider son action
actuelle et future.
Au cours de l'histoire, ces lois se réclamant de
la divinité se sont également avérées dangereuses lorsqu 'elles ont été appliquées avec fanatisme .
Ainsi l'éthique se situe au confluent de trois
types de lois qu'el le doit prendre en compte et
parfois en gérer les contradictions : les lois de la
nature , celles des hommes et celles des dieu x.
Les premières imposent une certa ine soum ission
aux règles de fonctionnement de l'écosystème
constitué de la c1 imatosphère et de la biosphère .
Les deu xièmes sont celles qui régissent les
systèmes technologiques et sociau x élaborés par
l'homme pour assurer sa surv ie et son développement. Les troisièmes représentent pour certaines person nes une quête de sens dans la
transcendance et dans le dépassement de
l'immédiat. Ces trois types de lois doivent se
module r mutuellement, car chacun est individuellement incomplet.
La question qui se pose aujourd 'hui est de
savoir sur quelles règles éthiques on peut s'appuyer pour évaluer les choix posés par le développement technologique. Kant , en 1788 , exprimait le principe fondamental des règles morales
dans la " Critique de la raison pratique " par la
formule célèbre:
cc Agis de telle sorte que la maxime de ta
volonté puisse être érigée en loi universelle "
L'homme doit s'affranchir de la dure loi de la
nature. Toute l'évolution de l'humanité et de sa
sc ience , ainsi que l'approfondissement de ses
convictions religieuses, consistent à l'éloigner de
cette nature . Ne plus la subir mais la maîtriser ,
c'est cela la culture. L'avènement du monothéisme
JANVIER-MARS 1999
Elles ne datent ni d'aujourd'hui ni d'hier
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POLLUTION ATMOSPHÉRIQUE
Les textes religieux
Conclusion
Les valeurs éthiques (à peu près) consen suelles parmi la plupart des cultures mondiales
so nt le respec t de la V ie et le respect de
l'Homme. Ce sont des principes qui relèvent de la
fo i, ou de la croyance , par essence indémontrables si ce n'est à travers la démonstration de
leur capacité à assurer la pérennité pendant de
longs siècles des civilisat ions . Ils intègrent la
préoccupation du local et du global, de l'immédiat
et de l'intemporel, du matériel et de l'esprit. Il
s'agit de principes affichés , même si dans les
faits , les systèmes politiques et religieu x les
transgressent en tant que de besoin.
Les conclusions qu 'on peut rete nir de cet
ensemble de réflexions sont les suivantes :
L'éthique
Son fondement est le respect de la vie et de
l'humanité.
Sa mise en œuvre réside dans la complémentarité des droits de la natu re, des droits des
hommes, de la transce ndance ains i que de la
beauté poétique.
Son cadre , c'est la réalité historique qui
entraî ne des logiques du moindre mal pour les
prises de décisions. On ne peut risquer un bien
que pour éviter un mal plus grand. L'avenir n'est
jamais entiè remen t prévisible , mais il faut agir
aujourd'hui sur la base de certitudes limitées. Le
principe de précaution est à appliquer.
" Choisis la vie "
" Dieu créa l'homme à son image "
(La Bible)
Respect de la vie veut dire protection de la vie
pour aujourd 'hui et demain dans toutes ses
dimensions allant de ses formes microscopiques
des patrimoines génétiques à ses formes macroscopiques de l'écosystème. Il s'agit de la vie des
individus comme de celle des espèces.
La technologie
La technologie a contribué de manière significative à promouvoir les valeurs de la vie et de
l'humanité.
Respect de l'homme veut dire la pr éservation
des acquis culture ls et spirituels perso nnels et
collect ifs . C'est l' émergence de règles et de
structures sociales, économiques et politiques qui
garantissent au maximum de personnes le bienêtre et la dignité. C'est la garantie des droits des
personnes et des groupes.
Aujourd'hui son évolution doit veiller à la préservation de l'environnement et des ressources
énergéti ques . Le XX le siècle se ra celui de la
réparation des errements du siècle précédent.
La technosphère a besoin d'une nouvelle culture nécessaire à la maîtrise de toutes ses activités, culture basée sur j'excellence technique et
sur le contrôle démocratique.
Les droits du milieu naturel et de l'homme
vont ainsi de pair.
La technosphère a-t-elle des droits ? Est-elle
un simple outil qui s'est hissé au rang de veau
d'or à idolâtrer?
La responsabilité
Face à la complexité des enjeux , seule une
éth ique de la responsabilité peut co nv e nir,
co mme le déve loppe le phi loso phe allemand
Hans Jonas dans son ouvrage sur une éthique
pour la civilisat ion technolog ique « Le principe
Responsabilité » .
La poésie du paysage
La culture nécessaire pour mainten ir une
planète bleue pourrait s'appuyer sur une idée
forte et holistique, celle de paysage. On constate
souvent que les blessures infligées à l'espace
naturel et à l'espace de vie des hommes sont des
infr actions contre la beauté . On peut imagi ner
que là où les aménageurs , les industriels , les
agriculteurs ou les particuliers ont le souci de la
beauté du paysage et de l'intégration de leur activité dans celui-ci, les impacts sont moins négatifs. Il faut redécouvrir la poésie du paysage en
éduquant nos regards. La poésie contribuera
aussi à sauver le monde. :
POLLUTIO N ATMOSPHÉRIQUE
La médiat ion
Le déve loppement et la rég ulatio n de s
systèmes technologiques doit se placer dans un
conte xte de communication entre les acteurs
concernés : les experts, les pouvoirs publics et le
public dans son ensemble. La techno logie doit
accéder à une citoyenneté indi ssociab le d'un
devoir de justification et de légitimation de ses
acteurs.
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JANVIER-MARS 1999
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