
Communiqué de presse : le 14/11/2013
Les hadrosaures avaient-ils la grosse tête ?
Les hadrosaures comme Amurosaurus riabinini devaient être plutôt intelligents. En tout cas, ils avaient un
cerveau relativement plus grand que celui d’autres dinosaures herbivores. C’est ce que décrit la paléontologue
Pascaline Lauters (Institut royal des Sciences naturelles de Belgique et Université Libre de Bruxelles) dans un
article publié dans la revue internationale PLoS ONE.
Par sa forme et sa taille, un moulage endocrânien – c’est-à-dire un moulage de l’intérieur de la boîte crânienne – donne
un bon aperçu de ce que devait être le cerveau de l’animal. Dans le cadre de sa thèse de doctorat, notre collègue
Pascaline Lauters a réalisé, décrit et interprété les moulages et scans endocrâniens de différents dinosaures,
essentiellement des iguanodons et des hadrosauridés (surnommés « dinosaures à bec de canard » en raison de leur long
museau aplati) comme Amurosaurus riabinini.
Ce lambéosauriné – un hadrosauridé à crête creuse – date de la toute fin du Crétacé (Maastrichtien supérieur, il y a
environ 68 à 65 millions d’années) et a été découvert dans la région de Blagoveschensk, dans l’extrême est de la Russie.
Il a été décrit par son découvreur, le paléontologue russe Yuri Bolotsky, et son homologue belge, Pascal Godefroit (tous
deux co-auteurs de l’article paru dans la revue PloS ONE).
Les hadrosaures, pas si stupides que ça ?
Chez les oiseaux et les mammifères, le cerveau remplit la totalité de la boîte crânienne. Mais en était-il de même chez les
dinosaures ? Ou avaient-ils plutôt de petits cerveaux par rapport à leur taille selon l’hypothèse partagée par la plupart
des paléontologues ? Les moulages de Pascaline ont fourni des éléments de réponse à ces questions.
Tout d’abord, les moulages endocrâniens d’Amurosaurus présentent des valleculae (les impressions de vaisseaux
sanguins sur l’intérieur de la boîte crânienne) : leur cerveau était en contact avec la boîte crânienne, l’occupant
pleinement. Cela confirme une étude du paléontologue canadien David Evans selon laquelle le cerveau des
hadrosauridés remplit une portion de la cavité crânienne proportionnellement plus large que chez les autres ornithischiens
ou « dinosaures à bassin d’oiseaux », à savoir les stégosaures, les ankylosaures, les cératopsiens et les
pachycéphalosaures, tous des herbivores.
Ensuite, les hémisphères cérébraux d’Amurosaurus sont larges et arrondis. Cela illustre le développement important de
cette partie du cerveau chez les hadrosauridés et c’est cohérent avec la variété et la complexité des comportements
sociaux supposés des lambéosaurinés.
En effet, des pistes fossilisées associées à des hadrosaures et d’autres ornithopodes suggèrent qu’ils se déplaçaient en
groupe. On sait aussi qu’ils nichaient en vastes colonies sur des sites fréquentés de génération en génération. Par
exemple, la Formation de Two Medecine, dans le Montana (États-Unis), a livré des centaines de nids de dinosaures ainsi
que d’innombrables restes osseux appartenant notamment à Hypacrosaurus (un lambéosauriné) et Maiasaura (un
hadrosauridé sans crête).
En outre, des études ont montré que les crêtes creuses faisaient caisse de résonance quand les hadrosaures poussaient
leurs cris. Cela leur permettait de communiquer sur de très longues distances… Mais les crêtes des lambéosaurinés