
systématique, les anthropologues du 19ème siècle s'intéressaient surtout aux techniques utilisées et
aux objets car il était ainsi plus facile d'établir une hiérarchie (contrairement aux 16ème et 17ème
siècles où l'on privilégiait le langage). On peut classer les différents types d'objets par exemple suivant la
matière utilisée, suivant qu’ils soient en pierre (primaire), en céramique (début d'intelligence), ou en
différentes métaux (le 19ème siècle étant celui du fer, les peuples capables de maitriser cette
métallurgie se retrouvaient donc en haut de la classification). On pouvait aussi établir le classement
selon le degré de finition, d'achèvement. Bien entendu, c'est une échelle dont les européens sont
auteurs et bénéficiaires, les Indiens et les Pakistanais étaient supérieur dans la technologie du fer au
18ème siècle. Dans ce schéma, on voit l'apparition du terme "peuple primitif". Au 19ème, on fait donc
l’impasse sur la langue, or, la langue pygmée, par exemple, est aussi complexe que les langues
occidentales, et les langues américaines le sont encore davantage.
Il existe encore à cette époque, une autre école anthropologique avec une grande influence, qui classait
les crânes.
Le 19ème siècle était donc une mauvaise période pour l'étude de l'autre car on s'attachait à la
morphologie, et à l'achèvement technique, surtout en France. Les guerres du 20ème siècle vont
bouleverser cette tendance et remettre la culture au centre de cette discipline. D'où l'anthropologie
sociale de Lévi-Strauss, qui ne se fonde pas sur le physique. Elle a plusieurs racines; traditionnellement,
on parle des missionnaires et de la tradition de la langue. Un mot se rapporte à une réalité. Les langues
ne découpent pas le monde de la même façon, elles représentent une réalité, des champs sémantiques
différents. Si toutes les langues peuvent être traduites (cf. la Bible en chinois), on peut passer d'une
langue à l'autre mais on ne dira pas tout à fait la même chose.
Au 19ème siècle toujours, la révolution romantique, d'abord poétique, apporte une vision imagée du
monde. Selon les romantiques, l'exemplaire n'est pas efficace or, pour les langues, par exemple, le
français, une phrase est représentative du français, tous les français comprennent. Le moindre mot
prononcé d'une langue est maitrisé et valable pour l'ensemble de la langue. Même chez les peuples sans
grammaire, il y a une correction de la langue. Kant pensait que la langue Allemande pouvait montrer
toute la subtilité de la pensée, que le rapport est profond entre la langue et la culture : la langue est
donc intrinsèquement liée à la culture. Cette idée va dériver dans une psychologie des peuples
(stéréotypes) et les tragédies qu’elle engendre (nazisme). Mais cette question reste: quelle est le
rapport entre la langue et la culture?
Il y a deux écoles : ceux qui pensent que non, on ne peut pas faire le lien entre les deux et ceux qui
pensent que oui, pas au premier abord mais que c'est un reflet mécanique des champs sémantiques. W.
Humboldt avait l'idée que la langue trouve son origine dans la "voix intérieure" (la pensée). Mais y
a-t-il une pensée hors de cette voix intérieure? Humboldt lui, pensait qu’il n’y en avait pas. En général
les idées sont informes jusqu'à ce qu'on se les dise (mais le contenu n'est pas plus révélateur que le
contenant). Pour Humboldt, cette voix est notre langue, sauf quand on va à l'étranger (pendant un
certain temps). Si des individus partagent la même langue, ils partageraient donc les mêmes sentiments,
les mêmes pensées, c'est une façon de ressentir les choses. C'est une conception plutôt essentialiste de