
La Lettre du Pharmacologue • Vol. 31 - n° 1 - janvier-février-mars 2017 | 19
Résumé
raphé dorsal et médian, se projettent vers les régions
corticales, l’hippocampe, le système limbique et les
noyaux gris centraux (striatum). Cette distribution
assez diffuse des terminaisons synaptiques de ses
neurones explique la diversité d’action de la séro-
tonine, couplée à la non moins grande diversité des
récepteurs sérotoninergiques.
Une fois libérée, la sérotonine pourra aller agir sur
des récepteurs qui lui sont spécifiques. La séroto-
nine est le neurotransmetteur qui possède le plus
grand nombre de sous-types de récepteurs post-
synaptiques, distribués de manière ubiquiste dans le
cerveau (4). En effet, on dénombre 7 sous-familles
de récepteurs sérotoninergiques (de 5-HT1 à 5-HT7),
dont 6 possèdent eux-mêmes plusieurs sous-types,
conduisant le nombre total de récepteurs séroto-
nergiques actuellement identifiés à 14. La famille
des récepteurs 5-HT1 est constituée de 5 isoformes :
5-HT1A, 5-HT1B, 5-HT1D, 5-HT1E et 5-HT1F. Celle
des récepteurs 5-HT2 est composée de 3 isoformes :
A, B et C. Les récepteurs 5-HT4, 5-HT5, 5-HT6 et
5-HT7 n’ont pour l’instant qu’un isoforme connu.
Ces récepteurs ont une distribution très diffuse dans
le cerveau et sont exprimés de manière différente et
plus ou moins ubiquiste pour chaque sous-type de
récepteurs, dans les principales régions cérébrales :
cortex, hippocampe, système limbique, striatum,
noyau accumbens, hypothalamus, cervelet, tronc
cérébral (figure 2, p. 20). Les 2 principales régions
dans lesquelles les récepteurs sérotoninergiques sont
exprimés sont les régions corticales (en particulier le
cortex frontal) et le complexe hippocampique (5). À
l’exception du récepteur 5-HT3 qui est un récepteur
canal, les récepteurs sérotoninergiques sont des
récepteurs couplés à une protéine G. Ces récep-
teurs peuvent être couplés à des enzymes (adény-
late cyclase, phospholipases, etc.) ou à des canaux
ioniques (6). S’il existe un couplage préférentiel pour
chaque sous-type de récepteur sérotoninergique, un
même sous-type de récepteur sérotoninergique peut
être couplé à plusieurs systèmes enzymatiques ou
plusieurs canaux, ce qui explique qu’il est possible
de distinguer une trentaine de récepteurs séroto-
ninergiques différents. Par la diversité des modes
de couplage de chaque récepteur, il est possible
d’expliquer l’importance du nombre de fonctions
cérébrales régulées par la sérotonine et d’agents
pharmacologiques permettant de manipuler le
système sérotoninergique. Le récepteur 5-HT3
est un récepteur canal, à conductance sodique et
calcique. Sa structure permet à la fois une confor-
mation spatiale permettant de constituer un pore
pour laisser passer les ions et de disposer de sites
de fixation pour les ligands (sérotonine, agents
pharmacologiques). Sa stimulation par la sérotonine
conduit à une activation du neurone postsynaptique.
Exprimés par des neurones libérant d’autres sous-
types de neurotransmetteurs, les récepteurs séroto-
ninergiques permettent à la sérotonine de contrôler
− souvent positivement − la dopamine, la
nor adrénaline, l’acétylcholine, le glutamate, mais
aussi de moduler sa propre libération par l’expression
pré synaptique d’un certain nombre de sous-types de
récepteurs (5-HT1A, 5-HT1B, 5-HT1D et 5-HT7). Les
récepteurs sérotoninergiques régulent de multiples
fonctions émotionnelles, comportementales et cogni-
tives : humeur, mémoire, comportement alimentaire,
sommeil, plaisir, réponse au stress, impulsivité et
agressivité, rythmes biologiques (7). Paradoxalement,
la stimulation de ces récepteurs ne va pas de manière
univoque dans le sens d’une contribution à l’amélio-
ration d’un syndrome dépressif (figure 3, p. 20). Ce
paradoxe s’explique par la nécessité de disposer, en
conditions physiologiques, d’un système équilibré de
régulation des fonctions psychocomportementales
pour une adaptation fine en réponse aux conditions
d’environnement, même si cet équilibre se révèle
gênant en conditions pathologiques, dans lesquelles
il serait préférable, en termes de récupération, que
certaines fonctions soient amplifiées et d’autres mises
au repos. Cela justifie pleinement une modulation
différenciée des récepteurs sérotoninergiques post-
synaptiques.
Deux antidépresseurs ont, à ce jour, en plus de leur
activité principale, une action pharmacologique sur
les récepteurs sérotoninergiques : la mirtazapine,
qui est un antagoniste des récepteurs α2-adréner-
giques présynaptiques, exerce également un effet
antagoniste des récepteurs 5-HT2A et 5-HT2C et
des récepteurs 5-HT3 ; l’agomélatine, agoniste des
récepteurs mélatoninergiques, est aussi un anta-
goniste 5-HT2C (8, 9). La vortioxétine (10) a été
développée de manière rationalisée pour avoir, outre
un effet d’inhibition de la recapture de la sérotonine,
Les antidépresseurs actuels agissent préférentiellement sur le compartiment présynaptique des systèmes
de transmission monoaminergiques, que ce soit via l’inhibition de la recapture, l’inhibition du métabolisme
synaptique ou la modulation des récepteurs présynaptiques. C’est notamment le cas pour le système
sérotoninergique, dont la stimulation est essentiellement le fait de l’inhibition de la recapture de la
sérotonine. Cependant, la cible finale de la sérotonine synaptique n’en demeure pas moins ses récepteurs
postsynaptiques. Ces récepteurs sont multiples et associés à de nombreuses fonctions, dont la stimulation
provoque des effets hétérogènes qui peuvent avoir un impact positif mais aussi négatif sur l’évolution du
syndrome dépressif. Cela justifie l’existence ou l’arrivée d’antidépresseurs qui, au-delà de leur mécanisme
présynaptique, peuvent avoir un effet différencié sur les récepteurs pour renforcer leurs rôles fonctionnels
bénéfiques tout en bloquant leurs rôles délétères.
Mots-clés
Antidépresseurs
Sérotonine
Récepteurs
Agoniste
Antagoniste
Summary
Antidepressants act preferen-
tially through presynaptic part
of neurotransmission systems:
reuptake inhibition; synaptic
catabolism inhibition; pre -
s ynaptic receptor modulation.
For serotoninergic system,
antidepressants are mainly
reuptake inhibitors. Neverthe-
less, the effect of serotonin
is related to its postsynaptic
receptors which are multiple
with heterogeneous effects
with positive or negative
impacts on depression
syndrome. Antidepressant
drugs with additional post-
synaptic agonist or antagonist
effects should reinforce their
beneficial effect on dysfunc-
tions uncovered by classical
antidepressant.
Keywords
Antidepressant drug
Serotonin
Receptors
Agonist
Antagonist
R. Bordet déclare avoir des liens
d’intérêts avec Otsuka, Lundbeck,
Novartis (conférences invitées).
L. Carton n’a pas précisé ses
éventuels liens d’intérêts.