Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ)

Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ)
Présentation de Lise Côté,
directrice du Service de la recherche
Colloque de l’Institut de recherche en économie contemporaine (IRÉC)
et de la Direction du développement durable, HEC Montréal
Restructuration industrielle et reconversion écologique :
Une politique industrielle du 21e siècle
Montréal, le 31 mai 2013
Service de la recherche FTQ Une politique industrielle du 21e siècle
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Introduction
Je constate que la question de la politique industrielle occupe une place importante dans le débat public.
L’émergence de ce dernier s’explique par les mutations qui ont cours à l’échelle de la planète, notamment la vive
concurrence internationale, le déplacement du poids économique vers l’Asie, la révolution des technologies de
l’information et de la communication (TIC), etc., lesquels transforment profondément et rapidement le tissu
productif du Québec. Mais aussi parce que les restructurations et les fermetures d’entreprises manufacturières
et la perte subséquente des emplois entraînent la dévitalisation de régions entières.
Tous ces phénomènes menaçants poussent la FTQ à réclamer haut et fort une action directe de l’État pour
accompagner et aider les entreprises, et pour soutenir les communautés locales dans la diversification de leur
tissu industriel.
Je n’élabore pas sur les facteurs structurels et conjoncturels qui ont conduit au déclin relatif du secteur
industriel au Québec. J’en prends acte. J’expose plutôt les différents éléments que l’on devrait retrouver dans
une politique industrielle par le biais d’exemples concrets tout en mettant en lumière, lorsqu’il y a lieu, la
contribution syndicale.
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1. Les principes d’une politique industrielle
La FTQ croit à l’importance d’une politique industrielle pour le Québec. Compte tenu de la petitesse relative de
l’économie québécoise et de sa spécificité, il est indéniable que le gouvernement ne peut pas se limiter à créer
un environnement favorable à la croissance économique. En ce sens, une politique industrielle est un moyen
efficace pour un État de participer au développement de son économie. Le gouvernement doit jouer un rôle de
premier plan et s’engager dans des actions structurantes, mais pas n’importe comment!
Certains grands principes doivent guider cette action gouvernementale.
Pour la FTQ, une véritable politique industrielle doit être globale. Elle doit aider les entreprises à s’adapter à la
concurrence mondiale, mais elle doit aussi trouver des réponses aux changements structurels et aux difficultés
régionales, si le Québec veut assurer sa prospérité économique future.
Outre la mise sur pied de politiques à portée générale (ex. : programmes et mesures qui s’adressent à toutes les
entreprises), elle doit aussi intégrer des politiques sectorielles, car elles seules permettront d’encourager des
secteurs de pointe ou d’accompagner des entreprises traditionnelles vers des activités à plus forte valeur
ajoutée. Il ne s’agit pas ici de choisir des champions nationaux, ce qui pourrait être une approche hasardeuse. Il
faut prendre acte du fait que les restructurations peuvent toucher tout autant des secteurs de pointe que des
secteurs traditionnels. Les politiques sectorielles doivent donc être taillées sur mesure selon les besoins
spécifiques de chacun des secteurs. Mais avant même d’élaborer de telles mesures, le gouvernement doit relever
le défi de poser le bon diagnostic.
De plus, la politique industrielle doit être cohérente, établir les liens nécessaires entre ses diverses composantes
et avoir comme fil conducteur non seulement le développement des entreprises, mais aussi le maintien et la
création d’emplois de qualité.
Je vous expose maintenant des éléments concrets que l’on devrait retrouver dans une politique industrielle.
2. Remettre le secteur manufacturier au cœur du développement économique
En ce qui concerne le secteur manufacturier, la FTQ est habitée par un sentiment d’urgence. Son déclin
inquiète : alors qu’il représentait 23,6 % du PIB en 2000, il n’en représente plus que 16,3 % en 2010.
Il existe un consensus concernant le caractère névralgique du secteur manufacturier pour l’économie du
Québec; c’est pourquoi il importe de le mettre au cœur du développement économique. Notamment parce qu’il
soutient plus de 485 000 emplois directs. Aussi, parce qu’il engendre un effet d’entraînement important sur les
autres secteurs de l’économie en termes de création d’emplois indirects et d’activité économique induite en
amont (fournisseurs et sous-traitants) et en aval (distribution, mise en marché, etc.). Ce secteur est aussi une
source majeure d’innovation et de gains de productivité.
En plus de produire des biens à plus forte valeur ajoutée, ce secteur est une importante source d’emplois de
qualité. On y retrouve de meilleures conditions de travail en termes de salaires et d’avantages sociaux. En fait,
les salaires versés y sont 35 % plus élevés que le salaire moyen au Québec. De plus, en offrant des emplois à des
personnes moins fortement diplômées, il contribue au maintien de la classe moyenne, et ce, dans toutes les
régions du Québec.
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La relance du secteur manufacturier passe nécessairement par la fabrication de produits à forte valeur ajoutée
ou de produits de niche (créneaux). C’est ainsi que le Québec saura se démarquer de ses concurrents de
production de masse.
Bien que nous souhaitions que la politique industrielle cible davantage les activités manufacturières, il faut faire le
constat que les grands secteurs économiques sont de plus en plus intégrés et qu’il est contre-productif de les
opposer. Ainsi, le secteur manufacturier ne peut se déployer entièrement sans la contribution d’entreprises du
secteur des services (les entreprises exploitant les ressources naturelles sont souvent des fournisseurs de
matières premières; l’industrie du transport est essentielle pour livrer localement les marchandises mais aussi
pour les exporter; etc.). Bref, la « valeur » du manufacturier est étroitement liée à celle des services.
3. La transformation : le nerf de la guerre!
À l’intérieur de ce grand secteur de la fabrication, la FTQ est d’avis que la transformation et la valorisation des
ressources naturelles est un volet essentiel d’une politique industrielle. Miser sur les activités de 2e et 3e
transformation est une approche structurante, car elle fait émerger de nouvelles activités ou même de nouveaux
secteurs créateurs de valeur ajoutée, de même que des emplois de qualité.
Le Québec ne peut se satisfaire d’un modèle économique où des minières extraient notre minerai pour le
transformer ailleurs, se privant ainsi de retombées économiques de taille. Nous devons nous servir des
ressources naturelles, notre richesse collective, comme tremplin pour développer un secteur manufacturier de
pointe. Sans exiger la transformation pour l’ensemble de la production des ressources naturelles, nous croyons
que des efforts devront être consacrés pour développer des filières assurant un maximum de retombées
économiques parce qu’il y a, à la clé, des milliers d’emplois en jeu.
Or, depuis plus d’une décennie, on constate qu’il existe de moins en moins d’activités de transformation au
Québec, ce qui est assez alarmant. Voici quelques statistiques glanées auprès de notre syndicat affilié, le Syndicat
des Métallos.
La performance du Québec en ce qui a trait à la transformation du fer est très faible : seulement 11 % du
minerai est transformé chez nous. Depuis les 20 dernières années, on constate que le secteur de la sidérurgie
périclite. Alors que 4 700 personnes y travaillaient en 1991, cette industrie embauchait, en 2011, seulement
1 800 personnes. Même scénario du côté de la fabrication de produits en acier, où le nombre d’emplois est
passé, pour la même période, de 2 500 à seulement 880 emplois.
Autre exemple : ArcelorMittal hésite depuis plus de cinq ans à investir dans son aciérie de Contrecœur. Voilà
plus de quatre ans que le Syndicat des Métallos fait des pressions pour que l’entreprise honore son engagement
pris en 2007 d’investir dans un laminoir à poutrelles. Mais en même temps, la compagnie projette d’augmenter
de 15 à 24 millions de tonnes sa capacité d’extraction sur la Côte-Nord. Dans le cas du nickel, le résultat est
peu reluisant : aucune transformation n’a lieu sur le territoire. Sa route le mène de la mine Raglan, dans le Nord
québécois, jusqu’en Ontario, puis en Europe où il est transformé.
On note, par ailleurs, que l’existence de circuits de transformation est garant d’une vitalité économique future.
Ainsi, dans le cas des minerais pour lesquels le Québec a réussi à établir des circuits de transformation, dans le
passé, de grandes entreprises ont continué à prospérer malgré la fin de la durée de vie de la mine. En effet, selon
le type de ressource, le Québec importe du minerai pour alimenter ces entreprises. C’est le cas pour le zinc,
alors que les travailleurs et les travailleuses de l’affinerie CEZ, à Salaberry-de-Valleyfield, en transforment deux
fois plus que ce qui est extrait du sol québécois.
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