1
Je veux commencer par faire mémoire de Sr Isabel Sola Matas, de la
Congrégation des Religieuses Jésus Marie,
assassinée le 2 septembre à Port-au-
Prince. Nous offrons nos sympathies aux
Religieuses Jésus Marie qui collaborent
avec nous dans les écoles de Foi et Joie à
Jean-Rabel dans le Nord-Ouest du pays.
Sr Isabel a monté un atelier de prothèse
pour aider les victimes du tremblement de
terre de 2010. Elle était en train de
planifier le projet d'un centre éducatif en
collaboration avec Foi et Joie dans l'immense bidonville qui a pris naissance à
la sortie nord de Port-au-Prince après le tremblement de terre de janvier 2010.
Je reproduis ici un extrait du journal personnel de Sr Isabel écrit en Mars
2016: «Ne sois pas triste. Si j'y vais trop tôt pour vous ... ce qui est arrivé,
quand c’est arrivé, ça devait arriver. Dieu sait et Il sait ce qui est important.
Notre temps n’est pas Son temps. Je souhaite aller au moins en faisant ce que
j’aimais faire, donner ma vie, en aimant mon peuple, de le servir. Si c’est
comme ça, célébrons, tout va bien. J’étais heureuse et j'ai toujours voulu
être en Afrique et en Haïti.»
Septembre est le temps de la rentrée scolaire en Haïti. Le secteur de
l'éducation est gravement affecté par la crise politique et économique. Nous
pensons aux centaines de milliers d'élèves qui reprennent le chemin de l'école
dans des conditions difficiles. L'Université de l'État d'Haïti (UEH) est en crise.
Les examens d'admission pour accueillir les nouveaux étudiants ont été
bloqués. Nous pensons aux dizaines de milliers de jeunes qui viennent de
terminer le Bac et qui regardent avec inquiétude l'avenir. Nous pensons à ces
nombreux jeunes qui se lancent dans des voyages périlleux vers d'autres pays
en quête d'un avenir meilleur.
Nous sommes en pleine campagne électorale. Le 9 octobre 2016, nous
devrons avoir des élections en Haïti. Nous espérons arriver à un dénouement
heureux de ce processus électoral qui a trop duré. Nous espérons aussi avoir
des élus conscients et désireux de faire face aux grands défis de la société
haïtienne d'aujourd'hui.
Dans la Compagnie universelle, nous nous préparons à vivre la 36ème
Congrégation Générale qui sera ouverte à Rome le 2 octobre 2016. Nous
sommes unis dans la prière avec tout le corps de la Compagnie,
Mots du délégué
Le Regard
Revue du TeRRiToiRe d’HaïTi
de la Compagnie de Jésus
Année 6, Nº 21
Septembre 2016
CONTENU
Mots du délégué: Miller
Lamothe, sj
Regards Croisés I : « Un regard
sur la Compagnie en Haïti».
Jean-Marc Biron sj, Provincial
des jésuites du Canada français
et d’Haïti.
Regards Croisés II: Dieu a fait
route avec moi. Levelt Michaud,
sj, première année de théologie.
Regards Croisés III: Deux
années passées au noviciat. Jacky
Joseph, sj ; Jean Hervé
Delphonse, sj ; Kenson Paul, sj et
Peterson Alcius, sj.
Regards Croisés IV: Haïti :
aimer la vie pour mieux
découvrir ses richesses. Jean
Bertin St Louis, sj Théologie III /
Regis College, Canada (Toronto).
Infos Son /Lakay
Regards Croisés V: Mon
expérience d’études en
République Dominicaine. Sudzer
Charélus, sj. Régent de première
année.
2
particulièrement avec tous ceux qui sont engagés dans la préparation de cet événement important pour notre
vie jésuite et pour notre mission dans le monde.
Miller Lamothe, sj. Délégué du Provincial.
Un regard sur la Compagnie en Haïti
On m’a demandé de faire une relecture des
six ans pendant lesquels je vous ai
accompagnés comme Provincial, vous,
jésuites d’Haïti. D’entrée de jeu, je dois dire
que, même si les difficultés ont été
nombreuses, je considère comme une grâce
cette mission qui m’avait été confiée en 2010
d’être votre compagnon de route.
Entré en fonction le 31 juillet 2010, j’ai pu,
dès le début d’août, venir vous visiter. Je me
rappelle le choc qui fut le mien de voir Port-
au-Prince dévasté. Mais ce qui m’a le plus
frappé, c’est que, dans ce climat de mort et de
souffrance, les gens étaient vivants. On dit
que la résilience est une qualité du peuple
haïtien; j’ajouterai que le courage et la force
de vivre est aussi l’une des qualités qui vous
caractérisent.
Dès mon premier contact avec les jésuites
d’Haïti, j’ai pu constater que, malgré la
catastrophe qui avait frappé le pays et le peu
de ressources qui étaient les vôtres vous avez
prendre en main des responsabilités
immenses pour aider le peuple à se nourrir, à
se loger, à avoir accès à divers services, dans
une recherche de la dignité et de la solidarité.
Sans doute, tout ne fonctionnait pas toujours
bien. Car, comment mener à terme des projets
quand, autour de nous tout marche mal et que
l’on ne peut pas toujours compter sur une
expérience acquise dans tel ou tel domaine ?
Je me rappelle qu’après ce premier séjour en
Haïti, quand, au Québec on me demandait
mes impressions, je disais : «Tout, dans ce
pays, parle de la mort et pourtant les gens sont
bien vivants. » Je trouvais mes compagnons
Regards Croisés I
3
haïtiens bien courageux de tenir le phare dans
ces circonstances.
Je me souviens également que l’une des
premières activités que j’ai eu à vivre avec
vous fut une rencontre des jésuites qui étaient
en Haïti. Lors de cette rencontre, j’ai bien vu
qu’il y avait des attentes face à une
structuration qui permettrait plus de clarté
dans la ligne du gouvernement et qui pourrait
conduire éventuellement à plus d’autonomie.
C’est à ce moment qu’a germé dans mon
esprit le projet d’une retraite ESDAC
(Exercices spirituels pour un discernement
apostolique en commun). Il m’a semblé que
cette activité permettrait de renforcer le Corps
apostolique en Haïti et pourrait être la base
d’un plan apostolique pour Haïti.
Au cours de mes visites je crois que je suis
venu 19 fois en Haïti pendant ces six années-
j’ai vu se structurer la Compagnie et se
solidifier le travail. Il est vrai que tout cela ne
se faisait pas toujours aisément. Parfois, au
retour à Montréal, je dois le dire, je me sentais
découragé : des projets qui n’avançaient
pas;un manque flagrant de ressources
financières et humaines, etc. D’un voyage à
l’autre, j’expérimentais que telle hypothèse
que nous avions élaborée en Haïti pour
prendre certaines décisions ne fonctionnait
pas et il fallait reprendre à nouveau les
décisions. En Haïti, le climat social et
politique était difficile. Rappelons-nous les
élections de 2011 et l’apparition du choléra.
Enfin, en décembre 2012, nous avons eu cette
session ESDAC dont personnellement,
j’attendais beaucoup et pour laquelle nous
avions beaucoup investi. J’avais demandé à ce
que tous les jésuites haïtiens soient présents
car il me semblait important que non
seulement ceux qui travaillaient en Haïti mais
aussi ceux qui étudiaient à l’extérieur puissent
participer à cette rencontre si importante pour
l’avenir de la Compagnie. L’un des fruits de
la rencontre a d’ailleurs été le fait que les
jésuites qui étaient en Haïti apprennent à
connaître et à apprécier les jésuites en
formation. À travers les rencontres,
l’expression des désirs, certaines
confrontations, même, nous sommes sortis de
cette session avec deux désirs fortement
exprimés : celui de faire de Jésus, notre
compagnon, le centre de nos vies personnelles
et communautaires et d’intensifier les liens
entre nous afin de devenir de plus en plus un
Corps apostolique engagé dans la mission. Le
travail que vous avez fait à la suite de cette
retraite a été important car il a permis de
mettre en place un plan apostolique qui vous
guide aujourd’hui dans les initiatives
apostoliques et dans les besoins de formation.
Je dois aussi vous dire que, si dans les deux
ou trois premières années de mon mandat il
m’est arrivé d’être inquiet et préoccupé parce
que tel projet ne fonctionnait pas comme on
l’aurait souhaité ou parce que les ressources
nécessaire à telle œuvre manquaient, depuis
trois ans, je sens que les choses se mettent en
place, petit à petit. On sent que, malgré ses
fragilités la petite Compagnie en Haïti est en
train de se construire et de se solidifier. La
Compagnie actuellement grandit en nombre et
en qualité. Depuis six ans, nous avons eu 7
ordinations sacerdotales et nous en aurons
probablement 3 l’an prochain et 3 l’année
suivante. Plusieurs jésuites ont terminé leur
formation de base et sont entrés en Haïti pour
travailler dans les œuvres; quelques
compagnons venus d’autres Provinces nous
aident et nous appuient dans le travail
apostolique; des œuvres jésuites peuvent
maintenant accueillir les régents; de plus en
4
plus, les compagnons qui feront des études
spéciales les feront en lien avec le plan
apostolique d’Haïti;en plus des œuvres qui
ont été mises sur pied ou consolidées à la
suite du tremblement de terre, on nous a
également confié la paroisse de D’Osmond.
Au cours de ces années, nous avons agrandi la
maison de Ouanaminthe, ajouter des
chambres aux maisons de Canapé-Vert et de
BIassou, construit le nouveau noviciat de
Dumay et nous utilisons l’ancien noviciat
comme lieu de rencontre pour le Centre de
spiritualité. Il y a aussi un début de bureau de
développement, un projet pour construire le
Centre Pedro Arrupe.
Dans le cadre de la création de la nouvelle
Province canadienne, nous travaillons à ce
qu’Haïti ait plus d’autonomie et que plus de
décisions puissent être prises par un supérieur
local.
Ces éléments démontrent que la Compagnie
en Haïti s’enracine et se structure bien.
Cependant, il ne faut pas oublier les fruits de
la retraite ESDAC : il arrive souvent que des
élans de générosité et de passion
s’attiédissent. Il ne faudrait pas laisser le feu
s’éteindre. Je vous invite donc à continuer
d’avancer dans la ligne des grandes
orientations de la rencontre de 2012 soit de
continuer de faire de Jésus votre premier
compagnon, tant au cœur de vos vies
personnelles que de vos vies communautaires.
La Compagnie ne peut donner du fruit que si
elle est greffée sur le Christ. Le deuxième
aspect dont il faut sans cesse tenir compte est
celui de la construction du Corps apostolique.
Le corps ne peut fonctionner que si les
membres sont étroitement liés les uns avec
les autres dans la visée d’un projet commun.
Il me semble que, lors de la rencontre ESDAC
à Sainte-Marie, ces deux éléments étaient
ressortis si fortement comme des fruits de la
rencontre qu’ils doivent marquer toutes nos
initiatives et tous nos projets.
D’ici quelques mois, je n’aurai plus la
mission de vous accompagner. Je vous ai
beaucoup aimés et je continuerai à le faire à
distance mais ma joie sera complète si je peux
constater que le Christ est toujours le
fondement de votre vie et qu’il est celui qui
construit le Corps que vous formez.
Jean-Marc Biron sj, Provincial des jésuites
du Canada français et d’Haïti
Dieu a fait route avec moi
Lorsque le comité
de rédaction de la
revue Le Regard
m’a demandé
d’écrire quelques
lignes sur
l’expérience de ma régence, je ne savais pas
comment tout dire sans que cela ne soit pas
trop long. Après avoir prié et réfléchi, je me
suis mis d’accord avec moi-même pour écrire
quelque chose qui révélerait la fidélité de
Dieu avec moi dans mon aventure à sa suite.
Regards Croisés II
5
Je me rappelle lorsque j’avais dit, pour la
première fois, à mon cousin (séminariste de
l’église anglicane et élève du p. Saintfariste
Dérino, sj à cette époque) que je voulais me
faire prêtre, avant même de lui expliquer mon
inquiétude vocationnelle, il m’a répondu en
me disant: je te recommande les jésuites. Je
crois que c’est depuis ce jour- que j’ai
commencé à nourrir des pensées autour du
mot jésuite, car il ne signifiait pas grande
chose pour moi. Et de j’ai laissé résonner
en moi ce mot qui depuis lors m’habite.
En septembre 2007, le père Godefoy Midy, sj
m’a reçu au Canapé-Vert pour commencer ma
première expérience. J’ai été accompagné par
ma famille et ce cousin qui était et qui
continue à être un bon ami.
J’étais très content de pouvoir commencer
cette grande aventure, mais j’étais timide
comme moi seul. Quelqu’un qui m’aurait vu
pour la première fois aurait dit sans trop
réfléchir, ce garçon est mal à l’aise car il
m’arrivait et il m’arrive encore de transpirer à
certaines occasions : question de timidité.
Mais ce dont j’étais sûr, je me sentais habité
par un désir de dire oui à l’appel que j’avais
reçu de la part du Seigneur. Ma seule et
unique assurance de ne jamais me laisser
vaincre par cette timidité, c’est que le
Seigneur m’accompagnera comme il a fait
pour Isaïe.
J’ai vécu ma première année avec les jésuites
dans la simplicité et dans l’écoute du Seigneur
à travers les jeunes de mon groupe, les pères
jésuites, les activités que nous avons eues
dans la communauté et ailleurs, ce qui me
permettait de découvrir progressivement le
sens d’être jésuite. La prière, le discernement,
la disponibilité et le service étaient les points
centraux que nous devions travailler à partir
de la vie spirituelle, de la vie communautaire,
de la vie intellectuelle et de la vie apostolique.
La proximité et la simplicité des pères, dès la
première année, me fascinaient et affinaient
mon oreille à l’écoute du Seigneur. Ce
premier contact avec les jésuites me
prédisposait à me rendre disponible pour
servir dans la simplicité. Comme je dis
toujours: la manière d’être des pères parle par
elle-même sans utiliser des mots.
En 2008, j’étais admis au noviciat. L’aventure
spirituelle continuait. J’essayais de vivre
chaque moment comme étant unique sans trop
me perdre dans le passé ni m’évader dans le
futur. Au noviciat j’ai appris à me faire jésuite
en me laissant imprégner par la manière d’être
jésuite. Cette dernière m’a conduit à avoir un
regard tourné vers le Christ comme l’unique
modèle à suivre, et aussi à faire de
l’eucharistie, la prière personnelle, l’examen
de conscience mon pain quotidien.
Le noviciat a été une expérience toute
particulière. J’ai découvert que se faire jésuite
est tout un programme de vie. On est
constamment appelé à se faire jésuite, c'est-à-
dire couvrir la vraie volonté de Dieu dans
sa vie. C’est ce qui m’avait permis de me
rapprocher davantage du Christ pour le
connaitre, et cette connaissance du Christ à
son tour m’avait permis de me connaitre
graduellement, c’est-à-dire, me reconnaître
pécheur mais aimé et appelé par Dieu.
J’ai vécu de grands moments tels que : le
mois des Exercices Spirituels, les expériments
dans le Far West du pays, la sortie des deux
compagnons de ma promotion au cours des
Exercices Spirituels, le tremblement de terre
du 12 janvier, l’admission aux vœux…etc.
1 / 18 100%
La catégorie de ce document est-elle correcte?
Merci pour votre participation!

Faire une suggestion

Avez-vous trouvé des erreurs dans l'interface ou les textes ? Ou savez-vous comment améliorer l'interface utilisateur de StudyLib ? N'hésitez pas à envoyer vos suggestions. C'est très important pour nous!