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Pour une économie du savoir en Haïti
Par Fritz-Gerald Louis
Une mondialisation du savoir
Aujourd’hui les performances socio-économiques d’un pays dépendent fortement du niveau
de formation de ses citoyens. De ce fait, les pays les plus « développés » sont ceux dont les
populations sont les plus instruites.
En effet, le savoir détermine notre vie. Depuis toujours, ce sont les biens et les services que
les hommes et les femmes se sont échangés qui ont nourri la civilisation et lui ont permis de
s’enrichir, de grandir, de s’épanouir sur tous les continents.
De nos jours, la forte concurrence internationale entrainée par la mondialisation – à la fois
entre les États, les entreprises et les personnes – continue d’accroître l’importance de
l’éducation et du développement des savoirs car c’est sur eux que reposent la prospérité et
l’évolution des sociétés.
Le potentiel de croissance économique d’un pays repose sur la créativité, l’innovation et
l’expertise de ses citoyens, notamment dans les domaines des TIC (technologies de
l’information et de la communication) qui génèrent de nouvelles opportunités d’emplois et
d’entreprise partout dans le monde.
Les firmes multinationales sont à la recherche d’une main d’œuvre qualifiée, capable de
maîtriser les outils des nouvelles technologies. Les marques s’installent là où sont les
compétences : un avion, une voiture ou même un ordinateur sont chacun constitués de
composants qui ont été conçus dans des pays différents. En effet, les entreprises cherchent à
réduire leurs coûts de production au minimum et c’est pour cette raison qu’elles délocalisent
leurs usines vers les pays où ils peuvent trouver une main d’œuvre qualifiée à des prix
compétitifs.
Les enjeux de la formation en Haïti
Tout le monde sait que la main d’œuvre est moins chère dans les pays pauvres. Or, Haïti est
un des pays les plus pauvres du monde. En théorie, Haïti devrait donc pouvoir facilement
attirer des investissements étrangers. Sauf que le faible coût de la main d’œuvre en Haïti n’est
pas un facteur suffisant pour rendre le pays attractif.
De nos jours, le facteur le plus important dans la compétitivité est le savoir. Cela se traduit
dans les résultats de plusieurs études sur la compétitivité à l’échelle internationale, par
exemple dans le classement Economist Intelligence Unit du journal britannique The
Economist, et dans celui du Global Competitiveness Report du Forum de Davos. Dans ces
deux rapports majeurs, les critères d’évaluation sont majoritairement basés sur l’éducation.
Il est par conséquent impératif pour Haïti de réussir à adapter le niveau de formation scolaire
et universitaire aux besoins de la nouvelle économie mondiale. Afin d’augmenter les chances
d’accéder à l’emploi, l’informatique, l’anglais et les sciences économiques doivent être
enseignés bien avant l’université. De cette façon, les jeunes haïtiens seront aussi compétitifs
que les jeunes dominicains, indiens, chinois, etc.
En outre, si globalement la jeunesse haïtienne devient plus instruite et parvient à s’insérer
dans le marché du travail, elle redonnera confiance au peuple haïtien et l’aidera à développer
l’esprit d’entreprise, notamment dans le secteur de l’économie numérique. En résumé, le
système éducatif haïtien doit fournir aux jeunes une formation qui leur permettra de devenir
des experts et des innovateurs dans les secteurs qui les intéressent le plus. Leur insertion
professionnelle sera plus rapide et efficace.
Selon le rapport Jacques Attali sur la libération de la croissance en France, les « grandes
aventures industrielles et numériques » du monde (américaines pour la plupart) ont été créées
par des jeunes de moins de 25 ans. Ce qui signifie que des jeunes bien formés et informés sont
les piliers de la croissance et du développement sur le long terme. En ce sens, pour qu’un pays
en développement puisse devenir un pays développé, il doit relever les défis posés par
l’économie du savoir.
Améliorer et renforcer l’accès au savoir et à l’information
L’offre de l’éducation est très faible en Haïti. On estime que plus de deux millions d’enfants
haïtiens n’ont jamais été scolarisés.
Ce manque d’accès au savoir représente un frein considérable à la croissance économique du
pays. Malgré ce constat, les politiques publiques en faveur de l’éducation sont quasi
inexistantes, Haïti ne consacre qu’une faible partie de son PIB à l’éducation.
L’État haïtien doit augmenter l’offre éducative et améliorer la qualité de l’enseignement
scolaire. En effet, pour le moment, les programmes pédagogiques définis par l’éducation
nationale sont mal adaptés au contexte de la nouvelle économie. Les exigences économiques
et sociales ne sont pas prises en compte. Il faut trouver un moyen de financer l’achat et la
distribution de matériel moderne et créer davantage de bibliothèques dans les établissements
publics.
D’autre part, il est également nécessaire de s’assurer que les enseignants reçoivent une
formation de qualité et que les manuels scolaires distribués aux élèves sont adaptés. L’une des
solutions à préconiser dans ce domaine est l’utilisation des nouvelles technologies de
l’information et de la communication(NTIC), en particulier Internet car une connexion permet
d’accéder à une multitude d’informations et de savoirs à faible coût.
En utilisant des outils cartographiques comme Google Earth les étudiants ont facilement
accès à des connaissances géographiques mises à jour régulièrement. Imaginez l’impact
qu’Internet pourrait avoir sur l’enseignement en école primaire et secondaire en Haïti : les
professeurs pourraient plus facilement avancer dans le programme et approfondir certaines
questions pour attiser la curiosité des élèves et stimuler leur envie d’apprendre.
C’est pour toutes ces raisons que je suis convaincu de la nécessité pour Haïti de travailler à
l’intégration des NTIC dans l’éducation. Actuellement, l’université Berkeley (aux États-Unis)
met en ligne gratuitement des cours de sociologie sur Youtube, et beaucoup d’autres
universités prestigieuses diffusent des conférences sur Internet. Il suffit d’avoir accès à
Internet pour profiter des cours dispensés dans les meilleures universités du monde.
Internet est une source illimitée d’informations sur la santé, l’économie, la gestion, le droit,
l’informatique, l’environnement, etc. En outre, le Web regorge d’articles et d’interviews
passionnantes qui peuvent inspirer les jeunes étudiants et entrepreneurs haïtiens.
Malheureusement l’État Haïtien n’a pas les moyens d’équiper ses écoles en matériel
informatique, c’est pourquoi un partenariat public/privé est indispensable pour pouvoir mettre
en place une telle politique d’éducation. Les deux secteurs doivent nouer des partenariats
stratégiques afin d’améliorer le niveau de formation globale de la population via les outils
numériques. Les retombées positives qui en découleront bénéficieront tant à l’État qu’au
secteur privé.
En résumé, pour mettre Haïti sur les rails de la croissance, les jeunes doivent être en mesure
de progresser et d’apporter de nouvelles dynamiques à l’activité économique, sociale et
politique du pays. Le développement de l’accès au savoir est une condition indispensable à
l’amélioration de la situation d’Haïti dans le contexte de la mondialisation.
Source : Banque mondiale
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