Allocution du ministre fédéral de la coopération économique et du

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Gerd Müller, député du Bundestag
Ministre fédéral de la Coopération économique et du Développement
Jalons d’un plan Marshall avec l’Afrique
Dialogue avec les ambassadeurs africains en Allemagne
le 24 novembre 2016, salle Marie-Schlei, BMZ Berlin
La version orale fait foi !
Excellences,
Chers membres du Corps diplomatique,
Mesdames et messieurs,
Permettez-moi de vous proposer aujourd’hui une nouvelle culture du partenariat : une
culture marquée par le respect, les performances et une volonté de réforme mutuelle.
Permettez-moi de vous proposer un pacte d’avenir : un plan Marshall avec l’Afrique.
Pourquoi un plan Marshall ? Une chose est évidente : si les défis auxquels est
confrontée l’Afrique ne sont pas comparables à ceux de l’Europe au lendemain de la
Seconde Guerre mondiale, les efforts nécessaires pour les relever, quant à eux, le sont
bien. C’est pour cela que je parle de plan Marshall avec l’Afrique.
Car l’Afrique est le continent de l’avenir !
L’Afrique est pour moi synonyme de diversité : elle compte 54 pays et plus de 3 000
langues différentes.
L’Afrique est pour moi synonyme de grandeur : ce continent est trois fois plus grand que
l’Europe et 85 fois plus que l’Allemagne.
Pour le monde, l’Afrique est synonyme de potentiel : elle dispose d’une population
jeune, avide de savoir et créative, dont la moitié a moins de 25 ans. Sa classe moyenne
augmente, à regarder les nouveaux panoramas urbains d’Addis-Abeba, de Lagos ou
d’Abidjan, par exemple. Les entreprises africaines affichent une croissance plus rapide
que leur concurrence mondiale : 400 entreprises africaines dégagent déjà des volumes
d’affaires supérieurs à un milliard d’euros. Les performances affichées par l’industrie et
la production dans les pays africains pourraient doubler d’ici 2025. Aujourd’hui, les
innovations numériques sont souvent « made in Africa », telles que le système de
paiement M-Pesa. Dans dix ans, 90 % des transactions bancaires seront probablement
effectuées par paiement mobile. Et 90 % du potentiel des énergies renouvelables sur le
continent africain n’est pas encore exploité : c’est un moteur d’emplois !
Et l’Afrique est avant tout synonyme de solidarité. L’Union africaine renforce la
collaboration sur le continent. Vous relevez les défis ensemble : par exemple grâce à
l’architecture africaine de paix et de sécurité et l’Agenda 2063, votre vision de l’avenir
de l’Afrique.
« Des solutions africaines aux problèmes africains » : voilà votre principe directeur.
Nous entendons le soutenir !
Le plan Marshall entend être une offre pour atteindre une nouvelle dimension dans la
coopération, sur la base de votre Agenda 2063. Il invite au dialogue. Je tiens à discuter
de mes idées pour un tel plan avec vous d’abord !
Je serais heureux d’entendre de votre part comment nous pouvons lever ensemble les
obstacles fondamentaux au développement.
Voici ma proposition pour les domaines prioritaires de notre coopération
Je voudrais me pencher sur l’économie, le commerce et l’emploi. En premier lieu, le
plan Marshall se veut être un pacte d’avenir pour la jeunesse africaine. Car celle-ci a
besoin d’emplois et de perspectives : 20 millions d’emplois par an sont nécessaires. Des
potentiels extraordinaires existent pour les investissements privés, l’entrepreneuriat
ainsi qu’une nouvelle culture des PME. Et je ne me réfère pas aux grandes réserves de
matières premières. Je parle des innovations techniques qui émergent en Afrique, d’une
diversification de l’économie, du développement du secteur producteur et de
l’industrie. Il faut qu’il y ait plus de valeur ajoutée et plus d’emplois en Afrique !
Pour y parvenir, des investissements considérables par le secteur privé sont
indispensables. Ceux-ci nécessitent la paix et la sécurité ainsi que la démocratie et l’Etat
de droit.
Nous proposons de nous prendre au mot !
Premièrement, nous appuyons concrètement vos objectifs.
Nous promouvons l’initiative privée des entrepreneurs dans vos pays respectifs. Et nous
créons des incitations pour que des entrepreneurs allemands s’engagent en Afrique, par
exemple à travers des accords fiscaux ou de couverture de risque. J’encourage
constamment les entreprises allemandes à investir en Afrique.
Nous coopérons encore plus étroitement dans le domaine climatique. Je viens de
rentrer de la conférence sur le climat qui s’est tenue au Maroc, la COP22. Nous y avons
convenu d’un partenariat au sein duquel nous soutiendrons vos objectifs climatiques.
Dans cette optique, nous coordonnerons davantage l’offre et la demande, en aidant vos
pays à s’adapter aux répercussions du changement climatique. Les assurances contre les
aléas climatiques, par exemple, constituent un instrument novateur à cet égard.
Deuxièmement, en réalisant des réformes en Allemagne, en Europe et dans le monde
entier, nous œuvrons en faveur d’un cadre réglementaire mondial équitable.
Nous nous engageons en faveur d’une meilleure représentation de la politique africaine
sur la scène internationale, par exemple au Conseil de sécurité des Nations unies. Par
ailleurs, je m’investis afin de mettre un terme aux exportations nuisibles vers l’Afrique
qui détruisent les industries naissantes. Organisation de libre échange, l’OMC doit se
transformer en une organisation de commerce équitable.
Et nous sommes dans l’obligation d’arrêter les flux financiers illégaux. Chaque année, 50
milliards de dollars font défaut à vos pays pour les investissements dans le
développement. La responsabilité en incombe également aux entreprises qui ne payent
pas leurs impôts !
Renforcer les champions des réformes
Cependant, nous voudrions également pouvoir vous prendre au mot. C’est pourquoi
nous entendons renforcer les champions des réformes parmi vous.
Nous entendons coopérer de manière plus intense et encore plus ciblée, dans le cadre
d’un partenariat de réforme, avec ceux qui créent de la sécurité juridique, garantissent
le respect des droits humains et luttent contre la corruption dans leurs pays respectifs.
Car pour investir et être rentables, les entreprises nécessitent une sécurité juridique,
des administrations efficaces et des tribunaux indépendants.
L’Allemagne aide déjà de nombreux pays partenaires africains à créer par exemple des
cours des comptes, afin d’accroître la transparence, et à moderniser leurs
administrations publiques.
L’APD à elle seule ne suffira pas
A cet égard, la politique de développement joue un rôle de catalyseur. L’Allemagne
assume ses engagements pris à l’échelon international. Le budget du Ministère fédéral
allemand de la Coopération économique et du Développement (BMZ) augmentera
l’année prochaine de plus d’un milliard d’euros, pour atteindre un total de 8,5 milliards
d’euros. La plus grande partie en est destinée à l’Afrique.
Toutefois, vu l’envergure des défis, l’aide publique au développement à elle seule ne
suffira pas. Il faut un financement en trois volets, composé de l’APD comme catalyseur,
d’investissements privés et notamment davantage de fonds propres. Nous avons décidé
conjointement des principes en la matière, dans le Programme d’action d’Addis Abeba
adopté l’année dernière. Il y va maintenant de sa mise en œuvre. Nous devons dépasser
le stade des tigres de papier et procéder à des changements !
L’Afrique et l’Europe sont voisines
Après tout, l’Afrique et l’Europe sont voisines. Nous sommes liés par notre proximité
géographique. L’Espagne et le Maroc sont séparés par tout juste 14 kilomètres,
l’équivalent de la distance entre notre ministère et le quartier berlinois du Grunewald.
Nous sommes liés par une histoire commune, le berceau de l’humanité se trouvant en
Afrique. Malheureusement, nous sommes également liés par une histoire coloniale
marquée par l’exploitation.
Aujourd’hui, nous sommes liés notamment par des enjeux d’avenir communs. Le
changement climatique, la pauvreté, la faim, les conflits, le terrorisme : voilà les
questions existentielles de l’humanité.
En tant que Ministre, j’ai fait vœu de « consacrer mes efforts au bien-être du peuple
allemand ». Or, dans un monde globalisé, ce bien-être dépend également du bien-être
de l’Afrique.
C’est pourquoi 2017 devra être l’année de l’Afrique !
Nous discuterons nos propositions également avec d’autres parties prenantes, dont
l’Union africaine, mais aussi la société civile, le secteur privé et les milieux scientifiques.
Nous entendons mettre à profit la présidence allemande du G20, et nous nous
adresserons également à nos partenaires au sein de l’UE, par exemple lors du Conseil
des ministres du développement de l’UE. Le sommet UE-Afrique en automne
constituera également une excellente occasion.
Selon un proverbe des Ovambo au Sud-Ouest de l’Afrique, « ce n’est qu’en avançant
que l’on arrive à la fin du voyage ». Voyageons ensemble ! Et avançons ensemble !
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