utiliser. Ici, on croque une feuille d’obione couverte
de cristaux de sel, là, on déniche l’étonnante petite
fleur de fragon, plus loin on cueille2quelques fleurs
de sureau qui serviront à parfumer un apéritif...
La quête s’effectue au pied des carrelets, sur les remparts
du fort Vauban, sur l’île Madame, sur l’île d’Aix, dans les
marais du Liron... Voilà la salicorne, tiens, une petite
pimprenelle, oh le bel adonis goutte de sang...
Chemin faisant, on goûte les trouvailles cueillies à fleur
de sable, à fleur de mer, à fleur de terre. La nature sauvage
se mange avec élégance, voire un rien de préciosité.
C’est qu’elle est goûteuse, la nature, crue, cuite, en
salade, en gratin... Il faut savourer les jeunes pousses
du tamier, croquer la carotte sauvage, ne pas confondre
la petite oseille sauvage au goût acidulé avec les jeunes
pousses d’arum toxique, discerner mâche et épilobe...
Place à la découverte…
La bette maritime
C’est l’ancêtre de nos betteraves. Ses feuilles sont
tendres, fondantes et, bien que la plante pousse à
profusion à proximité de la mer, leur saveur n’est
pourtant que légèrement salée. Elles se mangent crues
en salade, cuites comme des épinards ou même en
dessert dans des tartes sucrées. Les racines se prépa-
rent à la façon des betteraves du commerce – à l’eau,
sous la cendre, au four...
Les nombreuses recettes proposées autour de la bette
indiquent son intérêt : salade de moules et saumon
fumé aux bettes marines, foie de lotte en papillote
avec chutney de racine de bette marine, farci aux sept
plantes, soufflé chaud à la bette marine, joues de lotte
en habits verts de bettes marines, maigrette de l’es-
tuaire farcie aux bettes marines et crevettes, tartare de
bar sur une feuille de bette, abats d’agneau en brochet-
tes de fenouil avec feuilles et côtes de bettes, tarte aux
pommes au thé et à la bette marine confite... De quoi
mettre l’eau – de mer – à la bouche !
Vol au-dessus d’un arum
Au printemps, l’arum ouvre délicatement sa robe
verte en forme de cornet, dévoilant l’arrondi de son
corps et l’élégance de sa tenue tendrement vanillée.
On en mangerait si on était de l’espèce qui en mange,
de l’espèce qui s’y laisse prendre… Justement, en
voilà un ! Un de l’espèce qui s’y laisse prendre : un
puceron ailé. Un insecte qui, par l’odeur alléché,
plonge étourdi dans le joli décolleté. Quand il
comprend le danger, il est trop tard et la bestiole, ne
trouvant aucune prise où s’accrocher, dégringole au
fond de la gaine végétale. Au-dessus, une couronne
d’épines dorées s’est dressée, lui interdisant toute
sortie. L’insecte se retrouve ainsi prisonnier dans la
« chambre des fleurs » où il tourne, bruissant furieuse-
ment des ailes... et semant à son insu, le pollen qu’un
autre arum piégeur a déjà déposé sur son dos.
Suit le miracle de la fécondation... Sitôt les fleurs
fertilisées, la couronne dorée se dessèche, libérant la
porte de la chambre. S’en avisant, le puceron file sans
barguigner vers la sortie, bousculant au passage les
fleurs mâles de la plante... qui le chargent d’un
nouveau pollen. Enfin libéré, on l’entend vrombir au
dessus de l’arum, jurant qu’on ne l’y prendra plus.
Il s’y fera pourtant reprendre, foi d’arum !
2| Le Picton n° 202 | Juillet Août 2010 |
Salade de moules et saumon fumé
aux bettes maritimes
Ouvrir les moules avec du vin blanc
et des échalotes. Décoquiller, mariner
avec de huile d’olive et une pointe de
Tabasco – à réaliser la veille. Faire une
citronnette avec l’huile de la marinade,
fleur de sel et jus de citron.
Choisir des feuilles – de jeunes pousses, petites et vert pâle – bien fraîches.
Mélanger avec les moules égouttées et la citronnette. Dresser en dôme
sur une assiette, parsemer les champignons émincés et le saumon taillé
en lanières. Décorer avec quelques coquilles de moules.
2. Avec autorisation de cueillir car
il faut ménager les espèces rares...
PHOTO PIERRE CHENNEBAULTPHOTO PIERRE CHENNEBAULT
PHOTO PIERRE CHENNEBAULT
Obione.
Bette maritime.