
Frederik DUCROZET
benedicte.kukla@credit-
agricole-sa.fr
Axelle LACAN
axelle.lacan@credit-
agricole-sa.fr
N°08/11 – 12 avril 2011 4
Les résultats montrent qu’à l’exception de la
Grèce, les conditions monétaires dans les pays
périphériques ne sont pas encore devenues
très restrictives car des taux très bas à court
terme et un TCEN plus ou moins neutre ont
contribué à compenser l’impact de l’élargissement
des spreads souverains. Là encore, selon nos
hypothèses centrales pour ces variables, le
durcissement attendu des conditions moné-
taires devrait rester dans l’ensemble limité à
l’horizon des prévisions, sachant toutefois que
les ICM reviendront probablement en territoire
restrictif à un moment ou à un autre en 2011,
comme ce fut le cas en 2006.
Outre les variations passées et futures des ICM
nationaux, il convient de souligner deux résultats
intéressants. Tout d’abord, les pondérations du
taux d’intérêt à trois mois (32 %) et du taux de
change effectif nominal de l’EUR (63 %) dans les
ICM nationaux sont nettement supérieures à la
pondération du taux d’intérêt à dix ans (5 %). De
toute évidence, la conclusion aurait été différente
si nous avions privilégié la dynamique de la dette
publique. Ensuite, les ICM montrent que les taux
d’intérêt et les taux de change ont un impact
décalé de dix à seize mois sur la croissance du
PIB tandis que le PIB mondial a un effet notable
sur celui des pays de la zone euro avec un
décalage de trois mois.
Pourquoi la problématique des pays
périphériques est-elle différente ? –
Le point sur la dette du secteur privé
Fragilité du crédit immobilier dans les pays de
la périphérie
L’impact que pourrait avoir une hausse de taux sur
les remboursements de prêts hypothécaires est le
facteur le plus fragilisant pour les pays de la
périphérie. Comme le montre le graphique ci-
dessous, la majorité des prêts immobiliers
dans les pays de la périphérie ont été établis
sur la base de taux variables, avec de courtes
périodes de réajustement. Au Portugal comme
en Espagne, les taux sont liés, respectivement, à
l’Euribor six et douze mois. En Grèce et en Irlande,
les taux sont ajustés par rapport au taux de
refinancement principal. Cependant, la part des
taux variables a nettement diminué pour la Grèce
entre 2005 et 2007, probablement sous l’effet de la
faiblesse des taux d’intérêt en 2005. Dans les pays
du noyau dur, en revanche, les prêts immobiliers
sont essentiellement accordés à taux fixes : la
fixation à long terme des taux d’intérêt est la
pratique habituelle dans le secteur du crédit
immobilier en Allemagne et aux Pays-Bas (entre
cinq et dix ans), ainsi qu’en France et en Belgique
(plus de dix ans en règle générale).
Type de taux d’intérêt
prévalant Part des prêts à
taux variable Indice d’ajustement des
taux d’intérêt variables Echéance
type
2007 (en % du total des
nouveaux prêts*) (années)
BE Taux fixe (plus de 10
ans) 10 Bons du trésor (12 mois),
obligations (1-10 ans) 20
DE Taux fixe
(plus de <5, >10 ans) 15 Taux du marché LT, taux de
refinancement principal
BCE 25-30
IR Variable 67 Euribor 3 mois, taux de
refinancement principal
BCE 31-35
GR Variable 28 Euribor 3 mois 15-20
SP Variable 91 Euribor 12 mois 30
FR Taux fixe
(plus de 10 ans) 15 Euribor 12 mois 19
IT Variable 47 Euribor 3 mois 22
LX Variable 90 ECB main refi rate 20 <
NL Taux fixe (plus de <5,
>10 ans) 18 Taux du marché LT 30
AT Variable 61 Euribor 3 mois 30
PT Variable 99 Euribor 6 mois 30-40
EMU -43 -
Source : Questionnaire de la BCE auprès des banques, statistiques MFI sur les taux d’intérêt, Crédit Agricole
-
UEM : caractéristiques des prêts pour l’achat de logements
* part des prêts avec période de réajustement pouvant aller jusqu’à un an par rapport au volume total des
nouveaux prêts pour les achats de logements en 2007.
Au regard de ces observations, le Portugal,
l’Irlande et l’Espagne sont les trois pays les
plus vulnérables à un relèvement des taux.
Le cas de l’Espagne
Nous avons essayé de quantifier l’impact d’une
hausse des taux de 100 pdb sur les ménages
d’après les données disponibles dans les comptes
nationaux espagnols5. Comme le montre le
graphique ci-dessous, les versements d’intérêts en
pourcentage du revenu disponible ont atteint un
point culminant en Espagne en 2008. Les
versements d’intérêts ont ensuite nettement reculé
en lien avec la baisse des taux à des niveaux
exceptionnellement bas pendant la crise, et du
ralentissement de l’endettement des ménages.
D’après nos estimations approximatives, une
hausse des taux d’intérêt de 100 pdb sur une
période d’un an augmenterait la charge des
intérêts pour les ménages espagnols d’environ
6 Mds €, portant la part des intérêts versés
dans leur revenu disponible des ménages de
2,2 % à 3,3 % (hypothèse d’un encours de dette
stable en 2011). A l’évidence, le ratio reste
nettement inférieur à son point culminant de 2008,
mais le climat économique en Espagne est
nettement plus fragile aujourd’hui qu’il y a trois
ans.
5 Les versements d’intérêts par les ménages sont comptabilisés
dans les “revenus immobiliers, exigibilités” des les comptes non
financiers dans les Comptes nationaux.