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Le Soir Jeudi 5 mars 2015
LASOCIÉTÉ 9
C
’est ce que les chercheurs
appellent une « preuve de
concept ». Des cher-
cheurs belges de l’IRIBHM et du
Neuroscience Institute de l’ULB
sont parvenus à « réparer » des
cerveaux lésés de souris avec des
neurones corticaux générés en
laboratoire à partir de cellules-
souches embryonnaires. Une
première mondiale publiée dans
la très réputée revue Neuron qui
paraît aujourd’hui.
L’équipe, menée par Pierre
Vanderhaeghen, Prix Francqui, a
travaillé en collaboration avec un
laboratoire de l’Inserm à Poitiers.
Elle a mis en application une de
ses précédentes découvertes qui
prouvait la faculté de produire
des cellules de cortex cérébral à
partir de cellules-souches em-
bryonnaires. Mais la question
restait largement ouverte de l’ap-
plicabilité de ces découvertes de
remplacement cellulaire à des
thérapies de maladies cérébrales
à utiliser face à des maladies neu-
rologiques comme les accidents
vasculaires cérébraux, l’Alzhei-
mer ou le Parkinson. C’est ce que
l’équipe a maintenant directe-
ment testé avec succès.
« Pour le dire simplement, rien
ne sert de fabriquer une pièce de
rechange si cette pièce ne peut
fonctionner sur un véhicule déjà
usé. Nous avions successivement
prouvé que le neurone greffé
n’était pas rejeté, qu’il faisait ré-
seau avec ses voisins plus an-
ciens, mais il fallait vérifier que
la fonction perdue par l’accident
était rétablie. En vérifiant que les
neurones nouvellement induits
réagissent effectivement à un sti-
mulus visuel en étant stimulé
électriquement, nous l’avons dé-
montré. L’étape suivante, qui est
en cours de test, c’est de montrer
que c’est effectif également avec
des neurones humains greffés sur
des souris », explique le profes-
seur Pierre Vanderhaeghen.
« Nous savons que les possibili-
tés de refabriquer des neurones
dans un cerveau adulte sont ré-
duites. Il n’est pas programmé
pour recevoir des pièces de rem-
placement. Le voir s’accomplir est
donc très enthousiasmant. Mais
nous avons aussi constaté que les
neurones qui avaient été détermi-
nés pour devenir du cortex céré-
bral visuel sont effectivement ac-
tifs quand ils se sont intégrés
dans cette partie du cortex qui a
été lésée. Mais ils sont inefficaces
quand c’est le cortex moteur qui a
été lésé. Et inversement. C’est
peut-être la raison pour laquelle
des essais antérieurs chez
l’homme ont donné des résultats
aléatoires. Ces résultats-ci
confortent une technique qui pro-
gramme de manière plus avancée
les neurones de remplacement.
En utilisant certaines molécules
ou gènes à ajouter, on peut les dé-
terminer en neurones visuels ou
moteurs par exemple, en fonction
des neurones qui sont précisé-
ment à remplacer. »
Des cellules reprogrammées
Les chercheurs soulignent eux-
mêmes que cette approche est en-
core expérimentale chez la souris
et que de nombreuses recherches
seront nécessaires avant une ap-
plication clinique éventuelle chez
l’homme. « Mais cette étape-ci
était indispensable à l’avancée de
ces techniques avant de passer un
jour à l’expérimentation hu-
maine. Greffer un neurone qui ne
peut exprimer sa compétence,
c’est une avancée inutile. Des ex-
périmentations dans le domaine
du Parkinson ont parfois déçu
parce qu’elles se sont accompa-
gnées d’effets secondaires impor-
tants, comme des mouvements
anormaux. Le fait que les neu-
rones réparateurs étaient indiffé-
renciés est une explication plau-
sible de ces résultats. Cela montre
que la voie était bonne, mais que
le succès passe par de nouvelles
voies d’approche de réparation
du cerveau endommagé, notam-
ment après des accidents vascu-
laires ou des traumatismes céré-
braux. » Parallèlement, afin de
prévoir une éventuelle utilisation
massive de ces techniques, la
même équipe mène d’autres re-
cherches fructueuses, sur l’utili-
sation de cellules-souches issues
de cellules de peaux « repro-
grammées », une technique mise
au point par Shinya Yamagata en
2006, pour laquelle il a reçu le
Nobel en 2012.
■
FRÉDÉRIC SOUMOIS
Des neurones qui réparent le cerveau
SANTÉ Une équipe belge démontre l’efficacité de nouvelles cellules cérébrales greffées
Des chercheurs
de l’ULB prouvent que
les souris au cerveau
lésé voient les nouveaux
neurones remplacer
les cellules mortes.
Une étape-clé vers
une application humaine.
Pierre Vanderhaeghen : « Cette étape était indispensable
avant de passer à l’expérimentation humaine. » © THIENPONT.
L
’Organisation mondiale de la
santé (OMS) a recommandé
mercredi de limiter la consom-
mation de sucres libres ou cachés
à moins de 10 % de la ration éner-
gétique journalière, voire « si
possible » à 5 %. « Nous avons
des preuves sérieuses que contenir
à moins de 10 % la consomma-
tion quotidienne de sucre réduit
le risque de surpoids, d’obésité et
de carie dentaire. » Selon une
étude publiée à la mi-janvier, des
maladies non transmissibles
comme le diabète, le cancer ou les
maladies cardiaques sont à l’ori-
gine de 16 millions de décès pré-
maturés chaque année. Des ma-
ladies en partie provoquées par
une mauvaise hygiène de vie,
dont une mauvaise alimentation,
trop riche en graisse ou en sucre.
L’OMS souhaite moins de cam-
pagnes publicitaires ciblant des
enfants pour des barres chocola-
tées ou des boissons sucrées, mais
aussi « engager le dialogue avec
les industries agroalimentaires
afin qu’elles réduisent les sucres
cachés dans la composition de
leurs produits ». Dans la ligne de
mire figurent les sucres rajoutés
aux produits alimentaires par
l’industrie, ainsi que les sucres
présents dans les sirops, les jus de
fruits et les concentrés de fruits.
En revanche, ne sont pas concer-
nés les sucres contenus dans les
fruits et légumes frais et dans le
lait.
« Les premiers sont des sucres
simples non naturels, ajoutés »,
explique le professeur Jean Nève,
président du Conseil supérieur
de la santé, organe qui a égale-
ment recommandé de ne pas ex-
céder 10 % de sucres dans l’ap-
port glucidique quotidien. «Il
faut préférer des sucres complexes
ou lents qui sont présents dans les
céréales complètes, les légumi-
neuses, les tubercules ou racines
et les fruits et légumes plutôt que
les denrées où des sucres simples
ont été ajoutés pour des raisons
gustatives. Les sucres simples na-
turels qu’on trouve dans les végé-
taux, les produits laitiers ou le
miel peuvent être consommés
parce qu’ils se trouvent naturelle-
ment dans les denrées. Mais il
faut éviter les sucres qui sont
ajoutés dans les sodas, les pâtisse-
ries, les yaourts. Mais aussi ceux
qu’on rajoute trop fréquemment
dans les restaurants, comme
dans le chou rouge. En Belgique,
on constate que les sucres simples
peuvent atteindre 30 % de l’ap-
port énergétique total, soit trois
fois l’apport maximum recom-
mandé. C’est parfois pervers. Il y
a par exemple du sucre dans le
ketchup, qui contient pourtant
du lycopène, positif pour la santé.
Et aussi dans certains jambons,
qu’on pique de sucre pour leur
donner du goût. Il faudrait agir
envers l’industrie agroalimen-
taire et la restauration. Mais
celles-ci ont bon jeu de dire que la
Belgique se trouve au cœur d’un
marché international et que mo-
difier les denrées uniquement
pour notre pays est difficile. Le
problème, c’est que dans les autres
pays, on utilise la même excuse
pour ne rien changer, alors que
l’impact sur les maladies cardio-
vasculaires et le diabète est ma-
jeur. »
■
FRÉDÉRIC SOUMOIS
L’OMS déclare la guerre aux sucres cachés dans les aliments
ALIMENTATION En Belgique, la consommation moyenne est trois fois plus élevée que celle recommandée par les experts
En cause, le sucre caché dans
beaucoup d’aliments préparés.
©AP
Une canette de soda : 40 g de sucre cachés
10 % de la ration énergétique journalière représente 50 g de
sucre. Selon l’OMS, avec 5 %, on arriverait à supprimer les
caries dentaires, mais aussi le risque de surpoids et d’obésité.
Selon un officiel de l’OMS, « si l’on prend un bol de céréales le
matin, une canette de boisson sucrée et un yaourt sucré, on a déjà
dépassé cette limite. 5 % veut dire ne manger aucun gâteau, bis-
cuit, et ne boire aucune boisson sucrée ». Une canette de soda
peut contenir jusqu’à 40 g de sucre caché. Aux Etats-Unis,
80 % des aliments en supermarché contiennent des sucres
cachés. La consommation mondiale moyenne est de 63 g.
OÙ LES TROUVE-T-ON ?
Cellules souches
pluripotentes
embryonnaires
Cellules
corticales
Transplantation
des neurones Les neurones
transplantés
sont fonctionnels
Des cellules de cortex transplantées remplacent des cellules mortes LE SOIR - 05.03.15 Source : revue Neuron - IRIBHM (ULB)
Les neurones survivent
et se connectent
« La réparation fonctionne »
Pierre Vanderhaeghen est professeur à l’Institut de recherche
interdisciplinaire en biologie humaine et moléculaire (IRIBHM)
de l’ULB et Prix Francqui 2011.
Pourquoi cette étape peut-elle être déterminante ?
Parce qu’elle établit la démonstration qu’un neurone greffé dans un
cerveau qui a subi un dommage, comme un traumatisme ou un
infarctus, peut être fonctionnel et transmettre un influx, ici un
influx visuel. Il y a 20 ans, dans la maladie de Parkinson, des essais
ont été prometteurs, mais ont été suivis de déceptions. Cette expé-
rience-ci explique sans doute pourquoi : des neurones greffés
doivent avoir été déterminés pour devenir des neurones visuels
pour remplacer des neurones visuels lésés. Mais ils ne fonctionnent
pas pour des neurones qui agissent pour des fonctions motrices du
cerveau. Et inversement. C’est sans doute le fait que les neurones
n’étaient pas « spécialisés » lors de premiers essais chez l’humain
que les résultats se sont montrés aléatoires.
Pourquoi travailler sur un cerveau lésé ?
Parce que, à terme, c’est l’objectif de faire face aux conséquences
d’un accident, d’un AVC ou d’une maladie dégénérative comme
l’Alzheimer ou le Parkinson. Un cerveau âgé et blessé ne réagit pas
comme un cerveau de nouveau-né, qui est capable d’une régénéra-
tion intense et forte. En d’autres termes, si cette « pièce de re-
change », que nos expériences cherchent à mettre au point n’était
efficace que sur des cerveaux immatures, ce serait beaucoup moins
utile que si nous démontrons qu’un cerveau lésé peut être réparé.
Ce qui est clairement le cas ici. Le concept même est démontré.
Pour quand peut-on espérer le vérifier chez l’homme ?
Il faut évidemment rester agnostique sur le fait qu’on puisse un jour
le vérifier chez l’homme, mais c’est clairement notre objectif. Pré-
voir un délai est hautement soumis à caution. Ce ne sera pas l’an-
née prochaine, mais il ne faut pas nécessairement penser en décen-
nie. L’utilisation de cellules-souches reprogrammées est une tech-
nique qui ne date pas de dix ans et est déjà en test humain pour la
régénération de la rétine. Le cerveau est certes beaucoup plus
complexe encore, mais on peut espérer que des tests pourront
suivre dans la foulée. Le test de cellules humaines chez la souris est
déjà en cours, mais nous attendons encore les résultats.
FR.SO
ENTRETIEN
CE WEEK-END DANS
Le Soir
AU SOMMAIRE…
Samedi 0 7 mars 2015 | #356 | Le magaz ine lifest yle du Soir
Archives revisitées, éthique ethnique,
rois du style et femmes de tête : on s’inspire !
DÉCO
Il est l’incarnation
du chic intemporel.
Édouard Vermeulen,
créateur de Natan,
nous ouvr e les portes
de son appartement.
TENDANCES ÉTÉ 2015
LAETITIA
CASTA
“ Je veux
proposer un
discours qui
allie beauté et
engagement ”
Collector mode
EXCLU
INTERVIEW EXCLUSIVE
Laetitia Casta
MODE DE L’ÉTÉ
Shoppings et inspirations
SHOOTING EXCLUSIF
Nicolas Ghesquière
pour Vuitton
CROISIÈRE VICTOIRE
La rédaction vous emmène
sur le Mékong !
Samedi 7 mars 2015 | Le magazine lifestyle du Soir
Collector mode
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