1-13 Conception : Service communication de la Ville de Verdun - Archives Départementales de la Meuse, tous droits de reproductions réservés AD55 201271
LA VIE ÉCONOMIQUE
D’UNE VILLE :
UNE EMPREINTE SUR
LE PATRIMOINE
DOSSIER
PÉDAGOGIQUE
2-13
Ce dossier pédagogique a été élaboré en corrélation avec l’exposition «Desseins darchitectures» présentée
au musée de la Princerie de Verdun du 20 mai au 31 octobre 2015.
Conçue en partenariat avec la Maison de l’Architecture de Lorraine, cette exposition-dossier présente une
sélection de bâtiments verdunois souvent méconnus. A travers eux, c’est l’histoire même de la ville et de son
évolution au l du temps qui deviennent perceptibles.
Pensé comme un itinéraire urbain, ce dossier permet d’interroger la physionomie actuelle de la ville à travers
le prisme des activités économiques qui l’ont modelée au l de son histoire.
Quelles sont ces activitéset quelles empreintes ont-elles laissées dans le paysage urbain?
Comment le contexte économique, historique, mais aussi social a-t-il entraîné la disparition ou la transforma-
tion de certaines dentre-elles parfois devenues obsolètes? Pourquoi, et comment, certains lieux ont-ils au
contraire été conservés ?
La transmission de la mémoire liée au passé artisanal de la ville implique-t-elle nécessairement la conservation
physique des lieux et des bâtiments ou peut-elle être également envisagée dans sa dimension immatérielle?
Ce dossier saccompagne d’une mallette pédagogique dont la liste des documents est en an-
nexe du dossier.
PRÉSENTATION
3-13
Verdun, bien avant la signature du traité de 843 qui partagea l’empire
de Charlemagne entre ses trois petits-enfants, était connue pour son
importance commerciale. Située sur un axe uvial majeur, la ville se
trouvait également sur un carrefour routier favorisant la prospérité.
L’ancienne voie romaine Reims-Verdun-Metz-Strasbourg mais aussi la
voie Verdun-Langres assuraient un rayonnement important. Verdun
est une des nombreuses villes traversées par la Meuse, euve long de
950 km qui s’écoule en France, en Belgique puis aux Pays-Bas. Fron-
tière naturelle, vecteur économique ou espace culturel, la Meuse a
façonné les paysages de sa vallée et a marqué les territoires quelle
parcourt.
Canalisée et divisée en bras (canal du Puty, canal Saint-Airy, canal
Saint-Vanne, canal de l’Est), la Meuse reçoit la Scance, son auent
de rive gauche, à Verdun. Arrivant par le sud, le euve se heurte au
mouvement de terrain à l’est se terminant par l’éperon rocheux où fut
construit le castrum romain. Décrivant ainsi une courbe assez pronon-
cée vers l’est, la Meuse ralentit alors son cours et se divise en plusieurs
branches qui étaient jadis guéables en de nombreux points. Passant
en cœur de ville, la Meuse abrite un important patrimoine uvial, fait
de ponts, d’écluses et de quais bordés de nombreux édices remar-
quables.
Utilisé pour la navigation, le canal Saint-Airy est le bras principal
de la Meuse traversant Verdun. Entrant dans la ville basse en passant
sous le pont-écluse de Saint-Airy, le canal se divise en deux autres
canaux, le canal du Puty (ou Moson) et le canal des Minimes qui se
rejoignent juste avant la conuence avec le euve. Comptant encore
deux moulins au XIXe siècle, le canal Saint-Airy est aujourd’hui doté
du pont Saint-Pierre, tandis que sur le canal du Puty, le pont Rouge
datant du XVIIe siècle est encore visible. Portant le nom de l’ancienne
abbaye bénédictine fondée en 952, le canal Saint-Vanne fut l’un des
bras les plus importants de la Meuse à Verdun au XVe siècle, parti-
culièrement emprunté par les bateliers. Longeant la muraille de Vau-
ban, le canal Saint-Vanne est traversé par le pont-écluse Saint-Amand,
oeuvre de Vauban, il marque la jonction avec le canal des Augustins.
Verdun était principalement un port de rupture de charges : la navi-
gation était très perturbée dans la traversée de la ville en raison des
nombreux ouvrages comme les grilles d’écluses commandant l’entrée
des canaux, les diérents ponts et les multiples moulins. Parallèle-
ment, s’ajoutaient d’autres installations telles que lavoirs, abreuvoirs.
Verdun entretient depuis ses origines une relation particulière avec
la Meuse qui baigne de nombreux quartiers. Les diérents bras qui
enlacent les îlots de la ville basse ont tenu un rôle important dans le
développement et l’histoire de la ville : support pour la navigation,
dispositif de défense, élément primordial pour les activités artisanales
comme la tannerie, et force motrice animant les moulins.
I. L’EMPREINTE DES CORPORATIONS VERDUNOISES
INTRODUCTION : LA MEUSE ET SES CANAUX
F.GAMA, cartographie CNAU, 1994
4-13
LES MOULINS DE
VERDUN ET LA TOUR
DES PLAIDS
Le moulin du Puty et le moulin Brocard
étaient situés sur le ruisseau des Minimes, à
proximité du canal du Puty. Tous deux pro-
priétés de l’abbaye Saint-Paul puis de la ville
de Verdun, ils ont été englobés dans l’espace
du Mess des Ociers en 1893. Comprenant
de nombreuses roues, ils remplissaient des
fonctions diverses : mouture des grains, pi-
lant à écorces (pour les tanneries), foulon à
draps, huilerie, production de ciment, polissoir
d’armes.
Ils ont par ailleurs connu diérentes appella-
tions au cours de leur histoire. Le moulin du
Puty devait son nom au mot Posticum qui
dans les chartes latines signie « porte déro-
bée » (dans le langage de la fortication, on
parlera de « poterne »). Il fut également appelé
Moulin de la Ville, Moulin Couten, Moulin Neuf
ou Moulin de la Tour, en référence à la Tour des
Plaids qui l’a abrité.
La Tour des Plaids faisait partie du grand rem-
part construit à la n du XIVe siècle et au début
du XVe siècle. Elle formait une tour d’angle
dite «en fer à cheval». Dès le Moyen Age, la
tour était connue sous cette appellation. L’acte
d’acquisition du moulin par la cité de Verdun
datant de 1469parlait déjà de « la tour où on
plaide ». On ignore quelles audiences y étaient
tenues ni quand elles ont cessé. A proximité,
se situait la Collégiale de Sainte-Croix (au-
jourd’hui place Chevert), lieu de siège des ma-
gistrats municipaux qui administraient la jus-
tice de Verdun. La Collégiale donnera son nom
au droit coutumier en vigueur dans la cité dès
le XIIe siècle. Les deux lieux d’audience ont-
ils cohabité ou se sont-ils succédés? Aucune
archive historique ne permet de l’établir.
Le moulin du Puty a été détruit lors de la Pre-
mière Guerre mondiale et seule la Tour des
Plaids est encore visible aujourd’hui.
Pour aller plus loin …
ÊTRE MEUNIER SOUS
L'ANCIEN RÉGIME
Les moulins ont une place majeure
dans la société de l'Ancien Régime.
Ils sont une étape essentielle dans la
chaîne de production de l'aliment de
base : le pain.
Les moulins appartiennent pour beau-
coup à l'Eglise, et à la noblesse. En ef-
fet, ce sont eux qui bénécient dudroit
d'eau. C'est donc au bord de leurs
rivières et torrents qu'ils construisent
leurs moulins. Le meunier en est seu-
lement le locataire. Il est le signataire
d'un bail d'arrentement : c'est-à-dire
qu'on lui «donne à rente» le moulin,
pour une durée renouvelable deun à
quatre ans. En retour, le meunier s'en-
gage à entretenir le matériel, le répare
et le renouvelle à ses frais.
La Révolution abolit le droit d'eau et le
droit de banalité et permet à certains
meuniers d’accéder à la propriété.
Certaines familles de meuniers fondent
de véritables dynasties. L’apprentis-
sage du garçon-meunier commence
dès l'âge de onze ans. Les mariages
sont endogames, généralement « on
reste dans la farine», et ont souvent un
fort enjeu patrimonial.
Se référer aux documents n°1 à 8 de la mallette.
Incitationspédagogiques :
2Les moulins à Verdun: une activité artisanale orissante au Moyen Age et désormais disparue.
Pour quelles raisons? Quelles en sont les vestiges? Quelles sont les sources permettant de la
connaître?
2Le euve et ses canaux: vecteurs essentiels de son développement économique au Moyen
Age ; diérentes technicités pour diérentes nalités: moudre le grain, forger le métal, scier le bois,
extraire l’huile, fabriquer de la poudre, faire du papier, fouler les draps…
2Des métiers spécialisés: le meunier, le charpentier de moulin, le rhabilleur de meules…
Vue du poste du Puty avant 1914 ( carte postale de la bibliothéque d’étude de la CAGV )
5-13
Pour mieux comprendre
LES CORPORATIONS
VERDUNOISES
Le terme de corporation désigne une
association d’artisans ou de marchands
spécialisés qui s’unissent pour régle-
menter leur profession et défendre
leurs intérêts. La communauté était
formée de trois groupes (les apprentis,
les compagnons et les maîtres) et était
administrée par des jurés, élus parmi
les maîtres. En général, chaque cor-
poration avait ses statuts qui xaient
très exactement les règles auxquelles
chaque membre était astreint. La ré-
glementation était stricte : limitation
du nombre d’ateliers (un par maître)
et d’ouvriers, prix xés, contrôle de la
qualité...
L’apprenti qui débutait chez un maître
devait exécuter un chef-dœuvre et
verser des droits d’entrée pour devenir
maître à son tour ; à défaut, il était com-
pagnon (travailleur salarié).
Si l’époque à laquelle furent établies
les corporations à Verdun nest pas
précisément connue, l’histoire locale
fait mention de la corporation des dra-
piers du mont Saint-Vanne dès 1267
(lettres constitutives accordées par
l’évêque). Il existait à Verdun environ
quarante corporations : charpentiers,
maçons, rouyers, orfèvres, serruriers,
tonneliers...parmi lesquelles, pour les
activités liées au euve et aux moulins,
celles des meuniers, des drapiers, des
tanneurs, des bateliers ou bien encore
des fourbisseurs d’armes.
Les corporations jouèrent progressi-
vement un rôle politique. Elles par-
ticipèrent notamment à la lutte de
la Commune contre le pouvoir des
évêques au XIIIe siècle. Elles seront
supprimées en 1791.
Se référer aux documents n°9 et 10 de la mallette.
Incitationspédagogiques :
2Les corporations verdunoises: apogée et disparition avec la Révolution française,
2Les tanneries et leur disparition progressive face à l’industrialisation n XIXe – début XXe siècle
LES TANNERIES
Les nombreux ateliers de tanneurs bordant le canal des Minimes attestaient de l’importance de
cette activité datant du Moyen Age. Industrie extrêmement lucrative et aussi orissante que celle
de la draperie, la tannerie avait enrichi bon nombre de familles bourgeoises de Verdun. Un rap-
port de Charles Colbert stipulait qu’en 1660, les cuirs tannés sur les bords du canal du Puty y
étaient « fort bons et on en fait grand commerce ». Sétalant sur la rive gauche de la Meuse, la
tannerie, plus considérable à Verdun qu’à Metz, comptait au moins 40 ateliers en 1722. Entre
1760 et 1812, il nen subsistait plus que 12, nemployant que quelques ouvriers chacun. L’activité
survécut néanmoins jusqu’au début du XXe siècle, sur la rive gauche du Brachieul dans la rue des
Tanneries, où un seul atelier demeurait actif en 1914.
Les canaux façonnent le paysage urbain encore aujourd’hui. Ainsi, le canal Saint-Airy dénit la
limite de la vieille ville basse et souligne dans la ville actuelle le tracé des anciens remparts.
A l’arrière des maisons situées en bordure des canaux, on peut encore voir balcons et terrasses
surplombant l’eau. Avec la disparition des activités de tannerie et les destructions importantes
subies pendant la Première Guerre mondiale, une grande partie de ce patrimoine a disparu.
Certains de ces aménagements ont perduré après la Première Guerre mondiale, utilisés comme
lavoirs. Il en subsiste certains témoignages désormais appréciés pour leur valeur architecturale
et historique.
Les tanneries, avant 1914 ( carte postale de la bibliothéque d’étude de la CAGV )
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