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Premièrement, il faut commencer au niveau local. On a beaucoup fait pour faciliter les finances,
le commerce et les investissements au niveau mondial, mais très peu pour renforcer les
communautés et les marchés locaux, où vivent les gens et où ils souhaitent rester s’ils en ont la
possibilité. Il ne saurait y avoir de mondialisation réussie sans «localisation» réussie.
Ce sont les Etats et les sociétés qui, en premier lieu, doivent faire en sorte que la mondialisation
soit équitable, à la fois au Nord et au Sud. Les politiques nationales et locales favorisent
l’intégration d’un pays dans l’économie mondiale, et multiplient les avantages que sa population
peut tirer de l’intégration. C’est le rôle de la démocratie sociale.
J’ai le sentiment que cette approche par le niveau local devrait toucher particulièrement votre
sensibilité. Les Conseils économiques et sociaux et les institutions similaires sont en effet, par
nature, ancrés profondément dans les réalités locales des pays où ils se trouvent.
Deuxièmement, il faut viser à assurer l’équité. Les déséquilibres de l’investissement, du
commerce et des marchés du travail sont des causes essentielles des turbulences politiques
actuelles. Au Sud, la plupart de l’investissement direct étranger se concentre dans seulement 12
pays. Au Nord, de nombreuses personnes perçoivent l’investissement à l’étranger comme
exportateur d’emplois et donc source de chômage.
Partout dans le monde, les personnes au travail ont souvent le sentiment que les droits du capital
sont mieux protégés que ceux des travailleurs.
Nous avons besoin de règles équitables pour le commerce, les flux de capitaux et le cours des
matières premières ainsi qu’un meilleur accès aux marchés, afin de fournir aux pays en voie de
développement, surtout les moins développés d’entre eux, une plus grande marge de manœuvre.
Nous avons aussi besoin de pouvoir compter sur une protection sociale de base et sur le respect
des normes du travail fondamentales, sujets qui sont au cœur du mandat de l’OIT.
Là aussi, il me semble que ces préoccupations rejoignent les vôtres.
Troisièmement, il faut repenser la gouvernance mondiale. Les marchés mondiaux évoluent très
vite. Les institutions économiques et sociales ne sont souvent plus adaptées, ce qui empêche le
système multilatéral de relever un grand nombre de défis. Beaucoup trop souvent, les mandats des
institutions internationales se rejoignent et leurs politiques interagissent sans réelle coordination,
créant un risque constant de chevauchement dans leurs activités.
L’approche cloisonnée de la résolution des problèmes mondiaux doit céder le pas à ce que
j’appelle «la pensée intégrée», c’est-à-dire un cadre analytique favorisant avant tout la
compréhension de l’interdépendance stratégique entre les variables économique, sociale,
environnementale et autres, ainsi que la recherche de solutions politiques intégrées et cohérentes.
Le rapport recommande d’ailleurs le lancement d’initiatives de cohérence des politiques au plan
international et mentionne en priorité une première initiative autour des questions de croissance,
d’investissement et d’emploi. Nous avons eu hier, ici même, une première réunion avec quelques
partenaires du système multilatéral (FMI, Banque mondiale, OMC, Secrétariat des Nations unies,
FAO, ONUDI, FIDA) et allons poursuivre cet effort très important.
La raison de cette proposition est que la relation entre croissance et emploi se trouve au centre des
préoccupations et au cœur des solutions possibles.