Les intoxications par produits ménagers chez lPenfant

Les intoxications
par produits ménagers
chez lenfant
Cécile Moulin, Patrick Nisse, Monique Mathieu-Nolf
Centre Antipoison de Lille, CHRU, 5 avenue Oscar Lambret 59037 Lille Cedex
Les intoxications domestiques par produits ménagers chez lenfant sont fré-
quentes et parfois graves. Le risque de survenue ainsi que les conséquences
sont souvent sous-estimés. Au centre antipoison de Lille au cours des années
2004 à 2008, nous avons enregistré 12 795 cas dintoxications accidentelles de
lenfant par produits ménagers, concernant principalement les enfants de 1 à
4 ans (81 % des cas). Les appels provenaient en majorité du grand public et
des hôpitaux. Nous navons enregistré aucun décès et 59,84 % des patients
étaient asymptomatiques. Lentourage est souvent mal informé des risques
daccident ou de la conduite à tenir et met parfois en route des manœuvres
inadaptées (vomissements provoqués, administration de lait) avant de contac-
ter un professionnel de santé. Concernant la conduite à tenir, la première
chose à faire est dappeler un centre antipoison qui évaluera la situation et
orientera la prise en charge, et surtout de ne rien entreprendre (à part rincer).
Le but de la prévention est déviter laccident et dassurer une prise en charge
adaptée. Les principales classes de produits ménagers concernées sont les
produits moussants, les produits irritants, les caustiques et les solvants.
Les conséquences sont variables, allant de symptômes bénins jusquau
décès (rare).
Mots clés : accidents domestiques, produits ménagers, intoxication
Les accidents par produits ména-
gers sont fréquents chez lenfant,
et responsables dune morbidité
importante mais rarement dune mor-
talité. Lentourage na pas toujours la
notion du risque dexposition, de la
dangerosité du produit et souvent ne
connaît pas la conduite à tenir. Il entre-
prend parfois de lui-même un traite-
ment inadapté avant de contacter un
professionnel de santé. Il peut aussi ne
pas tenir compte des conseils donnés.
La prévention prend donc toute
son importance et se situe sur trois
niveaux. Il sagit de prévenir la surve-
nue de laccident, mais aussi déviter
une prise en charge initiale inadaptée
en cas dintoxication, (vomissements
provoqués par exemple, ou donner
du lait) et enfin doptimiser la prise
en charge ultérieure pour minimiser le
risque de complications.
Épidémiologie
Les produits ménagers représentent
environ 15 % des cas dintoxications
accidentelles et sont la deuxième
cause dintoxication (après les médica-
ments) chez lenfant.
Les données épidémiologiques
du centre antipoison de Lille (CAP)
dénombrent, au cours des années
2004 à 2008, 12 795 cas dintoxica-
tions accidentelles de lenfant par
produits ménagers.
m
t
p
Tirés à part : C. Moulin
doi: 10.1684/mtp.2009.0240
mt pédiatrie, vol. 12, n° 4, juillet-août 2009
Dossier
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Population : ces intoxications accidentelles touchent
principalement les enfants de 1 à 4 ans (81 % des cas)
(tableau 1). Comme la majorité des auteurs, nous retrou-
vons une légère prédominance masculine. Les appels pro-
viennent en majorité du grand public et des hôpitaux
(figure 1). Nous navons recensé aucun décès (même si
le risque est réel) et dans 59,84 % des cas, aucun symp-
tôme na été relevé (tableau 2).
Circonstances : chez lenfant, lingestion est la plus
fréquente, suivie par les projections cutanées. Très sou-
vent, un adulte est à proximité immédiate, ce qui évite à
lenfant dingérer de grandes quantités. La cuisine, la salle
de bains et les WC sont les principales pièces à risque.
Le produit est généralement à proximité immédiate de
lenfant et lintoxication a souvent pour origine la mécon-
naissance parentale du danger les produits ne sont pas
rangés avant, pendant ou après utilisation, ou sont trans-
vasés dans un récipient à usage alimentaire (bouteille
deau, cannette). Se pose aussi le problème des produits
parfumés et colorés qui attirent lenfant (lave-glace,
liquide vaisselle).
Produits : les principaux produits incriminés sont
leau de javel et les produits javellisants, les liquides vais-
selle et les produits de lessive. Les expositions aux
produits caustiques sont en nette régression. Parfois, le
produit nest pas connu et cest son utilisation qui orien-
tera la prise en charge [1-3]. Dautre part, linterrogatoire
est parfois difficile. Pour certains produits, notamment
ceux vendus par la grande distribution, les fabricants ont
introduit du Bitrex (amérisant), pour limiter les quantités
ingérées. Tous les produits ne bénéficient pas dun bou-
chon de sécurité et il faut savoir que certains enfants arri-
vent, malgré leur jeune âge, à les ouvrir.
Prise en charge
Il faut évaluer le plus précisément possible le risque
lorsquil y a eu exposition. Il est donc indispensable de
définir les circonstances de lexposition (projection, bou-
teille qui se renverse, ingestion au goulot, enfant qui
trempe ses doigts et les porte à la bouche), de recueillir
un maximum de renseignements sur le produit (marque,
nom, composition, et, en labsence de ces informations,
lusage du produit), dévaluer la quantité, la qualité (pur,
concentré ou dilué), lheure de lexposition, le délai de
prise en charge et les symptômes. Il faut demander ce
qui a été entrepris (rinçage, vomissements provoqués).
Il est également utile de connaître les antécédents du
patient. Lorsque le nom du produit est illisible et que sa
composition nest pas indiquée, on peut demander sil y a
un symbole sur lemballage (type produit irritant), mais
ces symboles ne sont pas toujours fiables et sont en cours
de modification dans le cadre dune harmonisation
européenne.
Types de produits, symptômes et prise
en charge
Selon le type de produits, la symptomatologie et la
gravité diffèrent et par conséquent la prise en charge de
lintoxication également (figures 2 et 3).
Produits moussants
Produits très moussants
Ce sont les savons liquides pour les mains, les liquides
pour la vaisselle à la main, les lessives pour laver le linge
à la main. Ils contiennent des tensioactifs anioniques et
non ioniques et ont un pH proche de la neutralité.
Les symptômes possibles sont :
en cas dingestion : troubles digestifs (vomissements,
douleurs digestives, diarrhées) ; irritation de la gorge ;
en cas dinhalation soit du produit lui-même soit de
la mousse qui se serait formée dans lestomac, apparition
dune toux, avec risque de détresse respiratoire et dinfec-
tion pulmonaire les jours suivants ;
Tableau 1. Répartition des accidents par âge
<1 1à4ans 5à9ans 10à14ans 15à19ans Total
Nombre de cas Nb H/F % Nb H/F % Nb H/F % Nb H/F % Nb H/F % Nb
Nb total de cas 7 467 1,158 7,7 63432 1,158 65,41 9 601 1,256 9,9 7 397 0,667 7,63 9 076 0,522 9,36 96 973
Nb total accidentel 7 425 1,159 8,47 63272 1,158 72,15 9 305 1,259 10,61 4 261 1,137 4,86 3 430 1,059 3,91 87 693
Nb accidents
produits ménagers
596 1,271 4,66 10420 1,383 81,44 997 1,421 7,79 375 1,066 2,93 407 0,937 3,18 12 795
38,30 %
2,10 %
22,00 %
37,60 %
Grand public
Médecin de ville
Samu-Centre 15
Médecin hospitalier
Figure 1. Typologie des appels.
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en cas de projection cutanée : il y a peu de risque,
sauf parfois une légère irritation cutanée ;
en cas de projection oculaire, risque de conjoncti-
vite, sans lésion cornéenne.
Produits peu moussants mais irritants
Ce sont les lessives pour le lavage du linge en machine,
les nettoyants multi-usages (sols, murs). Ils contiennent
essentiellement des tensioactifs anioniques et non ioni-
ques mais aussi des substances irritantes (sels alcalins de
sodium, glycols, ammoniaque ou eau de javel).
Le pH des lessives en solution est proche de 10, celui
des nettoyants multi-usages proche de la neutralité.
Les symptômes possibles sont :
en cas dingestion : troubles digestifs (nausées,
vomissements, douleurs digestives, diarrhées) ; irritation
de la gorge et de la bouche ;
en cas dinhalation du produit (rare, sauf en cas de
fausse route) : toux, irritation intense de la gorge, pouvant
se compliquer dune détresse respiratoire et infection res-
piratoire ultérieure (dans les trois jours) ;
en cas de projection oculaire : risque de conjoncti-
vite, voire de kératite ;
en cas de contact cutané : peu de risque sauf irrita-
tion en cas de contact prolongé.
Conduite à tenir
En cas dingestion : ne pas faire vomir, ne pas donner
à boire pendant 3 heures, rincer la bouche, donner du gel
de Polysilane
®
ou de la mie de pain et consulter sil existe
des signes inquiétants immédiats ou ultérieurs.
En cas dinhalation : traitement symptomatique et
prise en charge selon la gravité (transport médicalisé par
exemple si détresse respiratoire).
En cas de projection oculaire : rinçage immédiat
abondant à leau tiède (sous le robinet ou la douche), pen-
dant quinze minutes, si persistance dune hyperhémie
conjonctivale plus dune heure après le rinçage (qui irrite
forcément lœil), vérifier rapidement lintégrité cornéenne
lors dune consultation.
Produits fortement irritants
Ce sont les détachants textiles avant lavage dits sans
javel, les assouplissants textiles et les produits de rinçage
pour lave-vaisselle. Ils peuvent contenir du peroxyde
dhydrogène (détachants textiles), des ammoniums qua-
ternaires ou de lisopropanol (assouplissants textiles) qui
peuvent être très irritants en cas de forte concentration,
dacide citrique ou sulfamique (produits de rinçage).
Ce sont des produits fortement oxydants ; la valeur du
pH est faussement rassurante.
En cas dingestion : troubles digestifs (nausées, vomis-
sements, douleurs digestives, diarrhées) ; irritation de la
gorge et de la bouche. Si la quantité et la concentration
sont importantes, il existe un risque de convulsions et de
troubles de la conscience pour les produits contenant des
glycols.
Tableau 2. Gravité des intoxications pour accident par produits ménagers
<1 1à4ans 5à9ans 10à14ans 15à19ans Total
Nb % Nb % Nb % Nb % Nb % Nb %
PSS 0 sans symptôme 370 65,26 6121 61,67 498 52,04 169 48,15 130 34,39 7288 59,84
PSS 1 faible 187 32,98 3702 37,3 449 46,92 174 49,57 233 61,64 4745 38,96
PSS 2 modérée 9 1,59 94 0,95 80,84 82,28 14 3,7 133 1,09
PSS 3 sévère 1 0,18 90,09 20,21 0010,26 13 0,11
PSS 4 létale 0 00000000000
Total connu
(suivi médical)
567 100 9926 100 957 100 351 100 378 100 12179 100
Nb de cas total 596 10420 997 375 407 12795
% par classe dâge 95,13 95,25 95,98 93,6 92,87 95,18
Types de produits Ingestion Projection
oculaire Contact cutanéInhalation
Très moussants
Moussants/Irritants
Irritants
Caustiques basiques
Caustiques acides
Solvants
Très peu toxique
Très toxique Toxique Faiblement toxique
Figure 2. Toxicité des différents types de produits.
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En cas dinhalation du produit (rare sauf fausse route) :
toux, irritation intense de la gorge, crise dasthme,
détresse respiratoire et infection respiratoire.
En cas de projection oculaire : risque de conjonctivite
voire de kératite.
En cas de contact cutané : pas de risque, sauf irritation
en cas de contact prolongé.
La conduite à tenir est :
en cas dingestion : ne pas faire vomir, laisser à
jeun si le produit est concentré, donner à boire et un
pansement gastrique si le produit est dilué ou très peu
concentré puis consulter sil existe des signes inquiétants
immédiats ou ultérieurs. Dans les cas dintoxication avec
un produit contenant des glycols, il existe un antidote :
éthanol ou 4-méthylpyrazole ;
en cas dinhalation : traitement symptomatique et
prise en charge selon la gravité (transport médicalisé par
exemple si détresse respiratoire) ;
en cas de projection oculaire : rinçage immédiat
abondant à leau tiède (sous le robinet ou la douche), pen-
dant quinze minutes minimum et consulter si persistance
dune hyperhémie conjonctivale, de gêne visuelle ou de
douleur oculaire ;
en cas dexposition cutanée : rinçage immédiat
abondant à leau tiède (sous le robinet ou la douche), pen-
dant quinze minutes et consulter si signes de brûlures
pour mise en route dun traitement symptomatique.
Les caustiques
Il existe plusieurs types de caustiques : acides, basiques,
et leur présentation (gel, paillettes, liquide, pastilles)
intervient dans la toxicité potentielle. En effet, les formes
en poudre ou en paillettes vont adhérer aux muqueuses et
entraîner un contact prolongé en labsence de rinçage.
Le pH < 2 ou > 12,5 indique un caustique fort.
Les intoxications par acide sont généralement moins gra-
ves car ils sont plus désagréables à avaler, ce qui limite la
quantité ingérée, et par leur mécanisme daction qui va
limiter lextension des lésions (cf. ci-dessous). Il est à pré-
ciser que la dilution dun caustique modifie peu le pH.
Acides forts (pH < 2)
Ce sont les détartrants WC, les antirouilles pour
textiles.
Les symptômes possibles sont :
en cas dingestion : troubles digestifs (nausées,
vomissements, douleurs digestives, pneumomédiastin,
dysphagie, hypersialorrhée, hématémèse, signes fibrosco-
piques œsogastriques de stade variable pouvant aller du
simple érythème jusquà la perforation) ; brûlures de la
bouche ou de la gorge. Ils sont responsables dune
Risque important Risque modéréRisque faible
Moussants/Moussants-
Irritants Irritants Caustiques Acides Caustiques Basiques Solvants
Ingestion
Restriction hydrique 3 h
Gelde Polysilane® ou mie de
pain
Hospitalisation immédiate si
détresse respiratoire
Consulter si apparition de toux
ou de fièvre dans les 3 jours
Faire boire (pas de lait pour
l’eau de javel)
Pansement gastrique
Surveillance à domicile
Surveillance à l’hôpital
A jeun 6 h
Fibroscopie OGD si
symptôme
Si pas de symptôme après 6 h,
retour à domicile et
pansement gastrique
Régime sans lait ni graisses
Pansement gastrique
Surveillance à domicile
Consulter si toux ou fièvre
dans les 3 jours
Hospitalisation immédiate si
détresse respiratoire ou
convulsion
Inhalation
Consultation pour auscultation
pulmonaire
Radio de thorax
Traitement symptomatique
Surveillance hospitalière
si symptômes graves, sinon à
domicile
Consultation pour
auscultation pulmonaire
Radio de thorax
Traitement symptomatique
Surveillance hospitalière
si symptômes graves, sinon à
domicile
Hospitalisation
Fibroscopie bronchique si
besoin
Traitement symptomatique
Hospitalisation
Radio de thorax
Traitement symptomatique
Contact cutané Rinçage sous la douche ou le
robinet 15 min
Rinçage sous la douche ou le
robinet 15 min
Consultation si symptômes
Traitement symptomatique
Rinçage au moins 15 min
sous la douche ou le robinet
15 min
Consultation systématique
Traitement symptomatique
Pour l’acide fluorhydrique,
traitement par gluconate de
calcium
Rinçage au moins 15 min
sous la douche ou le robinet
Consultation systématique
Traitement symptomatique
Projection oculaire
Rinçage sous la douche ou le
robinet 15 min
Consultation si symptômes
Traitement symptomatique
Rinçage aumoins 15 min
sous la douche ou le robinet
Consultation systématique
Traitement symptomatique
Pour l’acide fluorhydrique,
traitement par gluconate de
calcium
Traitement symptomatique
Rinçage au moins 15 min
sous la douche ou le robinet
Consultation systématique
Traitement symptomatique
Rinçage sous la douche ou le
robinet 15 min
Consultation si symptômes
Traitement symptomatique
Rinçage sous la douche ou le
robinet15 min
Consultation si symptômes
Traitement symptomatique
Surveillance à l’hôpital
A jeun 6 h
Fibroscopie OGD si
symptôme
Si pas de symptôme après 6 h,
retour à domicile et
pansement gastrique
Hospitalisation
Fibroscopie bronchique
si besoin
Traitement symptomatique
Rinçage au moins 15 min
sous la douche ou le robinet
Consultation systématique
Traitement symptomatique
Figure 3. Prise en charge des différentes intoxications par produits ménagers.
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nécrose par coagulation avec formation dune escarre, ce
qui limite lextension en profondeur [4] ;
en cas dinhalation : toux et détresse respiratoire,
crise dasthme, œdème pulmonaire lésionnel (parfois à
distance), brûlures ;
en cas de projection cutanée : brûlure de degré
variable ;
en cas de projection oculaire : conjonctivite ou
kératite.
Bases fortes (pH > 12,5)
Ce sont les décapants pour four, les déboucheurs de
canalisation
Les symptômes possibles sont :
en cas dingestion : troubles digestifs (nausées,
vomissements, douleurs digestives, pneumomédiastin,
dysphagie, hypersialorrhée, hématémèse, signes fibrosco-
piques œsogastriques de stade variable pouvant aller
jusquà la perforation) ; brûlures de la bouche ou de la
gorge. Elles sont responsables dune nécrose liquéfiante
avec saponification des lipoprotéines de surface, avec
une inflammation intense, des thromboses vasculaires et
une extension en profondeur (risque de perforation dans
les cinq jours qui suivent [5]). Il y a également un risque
de cancérisation à long terme [6] ;
en cas dinhalation : toux et détresse respiratoire,
crise dasthme, œdème pulmonaire lésionnel, brûlures ;
en cas de projection cutanée : brûlure de degré
variable ;
en cas de projection oculaire : conjonctivite ou
kératite, pouvant être retardée.
Oxydants
Ce sont les produits à base de peroxyde dhydrogène
(corrosifs dès 30 %), les ammoniums quaternaires (corro-
sifs dès 15 %) et leau de javel, qui ont souvent un pH
proches de la neutralité.
Les symptômes possibles sont :
en cas dingestion : troubles digestifs (nausées,
vomissements, douleurs digestives, pneumomédiastin,
dysphagie, hypersialorrhée, hématémèse, signes fibrosco-
piques œsogastriques de stade variable pouvant aller
jusquà la perforation) ; brûlures de la bouche ou de la
gorge ;
en cas dinhalation : toux et détresse respiratoire,
crise dasthme, œdème pulmonaire, brûlures ;
en cas de projection cutanée : brûlure de degré
variable ;
en cas de projection oculaire : conjonctivite ou
kératite, pouvant être retardée.
Conduite à tenir
En cas dingestion : ne pas faire vomir, laisser à jeun
pendant 6 heures, et faire une fibroscopie en cas de
symptômes [7].
En cas dinhalation : traitement symptomatique et
prise en charge selon la gravité initiale (transport médica-
lisé par exemple si détresse respiratoire), éventuellement
fibroscopie bronchique.
En cas de projection oculaire : rinçage sous leau tiède
(sous le robinet ou la douche), pendant quinze minutes et
consulter immédiatement un ophtalmologue, surtout sil
sagit dune base.
En cas dexposition cutanée : rinçage abondant immé-
diat à leau (sous le robinet ou la douche pendant quinze
minutes) et consulter si signes de brûlures pour mise en
route dun traitement symptomatique. En cas de brûlure
grave, il est nécessaire dinstaurer un suivi chirurgical ou
un suivi par un centre des brûlés.
Cas particuliers parmi les caustiques :
les eaux de Javel
Le risque est proportionnel à leur concentration en
chlore actif mais dépend aussi de la quantité de stabilisant
(soude). Le pH est basique, voisin de 11-12. Leau de Javel
dite concentrée contient 9,6 grammes de chlore actif par
litre (36° chlorométriques) mais il faut se méfier des pro-
duits importés du Maghreb notamment qui titrent parfois
jusquà 58° chlorométriques, avec une forte concentra-
tion de stabilisants, doù un pH pouvant être supérieur à
13 avec par conséquent un risque caustique majeur [8].
La forme diluée contient 2,6 grammes de chlore par litre
(forme prête à lemploi). Le conditionnement en bidon ou
en berlingot ne préjuge pas de la concentration.
Leau de Javel est particulièrement émétisante, notam-
ment en cas dadministration de lait après lingestion qui
est donc à proscrire.
Une autre particularité des produits javellisants est le
dégagement de vapeurs de chlore lorsquils sont mélangés
à un produit acide (détartrant par exemple) avec irritation
des voies respiratoires, crise dasthme, voire œme
pulmonaire lésionnel. Ce type dexposition est fréquent.
Antirouilles
Ils sont à base dacide fluorhydrique, de bifluorure
dammonium ou dacide oxalique. Ils possèdent une
toxicité double, systémique précoce et caustique locale
retardée.
Les symptômes systémiques sont neurologiques
(paresthésies, agitation, convulsions) et cardiaques (trou-
bles de lexcitabilité). Le bilan biologique peut retrouver
une hypocalcémie, une hypomagnésémie dues au pro-
duit (effet chélateur) ainsi quune hyperkaliémie et une
acidose métabolique consécutives à la nécrose tissulaire.
La prise en charge est particulière : rinçage abondant et
prolongé, apport de calcium, en local si exposition cutanée
(Carbopol
®
gel ou compresses imbibées de gluconate ou
chlorure de calcium) et en oral si ingestion, associé à la
correction des troubles ioniques (sulfate de magnésium en
intraveineux, perfusion de gluconate de calcium, sous
contrôles répétés de la calcémie).
En cas de projection oculaire, rinçage abondant et
prolongé, vérifier lintégrité oculaire par un examen
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