2 - Livret - Le directoire et la fin de la république

LA RÉVOLUTION FRANÇAISE V
LE DÉLITEMENT RÉVOLUTIONNAIRE ET LA FIN DE LA RÉPUBLIQUE - N°6
L’INSURRECTION DU 13 VENDÉMIAIRE AN IV
Le dernier affrontement militaire entre royalistes et républicains
«Général, j'accepte. Mais je vous préviens que l'épée hors du fourreau,
je ne l'y remettrai qu'après avoir rétabli l'ordre».
Bonaparte à Barras
I LA SITUATION DE CET ÉPISODE DANS LE CADRE DE LA RÉVOLUTION
1 - Retour sur un événement ponctuel : la tentative d’insurrection du 13 vendémiaire an IV
2 - Un épisode à la charnière entre la Convention thermidorienne et le Directoire
3 - Le retour de la révolution dans la rue, révolution de la rue
4 - Mais un mouvement contre-révolutionnaire
II LE DÉROULEMENT DES ÉVENEMENTS
ACTE 1 : LA MONTÉE DES TENSIONS
1 - Au printemps 1795, les insurrections jacobines de Germinal et Prairial, ont favorisé le réveil du
royalisme sur fond de Terreur Blanche
2 - Ce qui entraîne la recrudescence des opérations militaires royalistes
3 - Mais léchec de lexpédition de Quiberon (23 juin - 21 juillet) a mis fin à ces insurrections royalistes
provinciales
4 - L’espoir des royalistes modérés est de passer par les élections, surtout qu’ils ont une partie de
l’opinion publique avec eux
5 - Devant ce retour de la menace royaliste, les conventionnels thermidoriens vont réagir
6 - Le coup d’état légal du 22 aout 1795 avec le décret des «deux tiers» ruine ces espoirs
7 - Le 20 fructidor an III (6 septembre 1795), les assemblées primaires sont convoquées pour voter
ce décret et la Constitution
8 - La Constitution est largement adoptée mais l’adoption des décrets se fait dans des conditions
contestables
9 - A Paris, 47 sections sur 48 refusent ce décret, mais les résultats de 32 sections sont invalidés par
la convention
10 - La nouvelle Constitution est proclamée le 1er vendémiaire (23 septembre) et les élections
législatives doivent avoir lieu à partir du 20 vendémiaire (12 octobre)
11 - La majorité des sections parisiennes sont tenues par les modérés et les royalistes et protestent
violemment
12 - Elles veulent l’abolition des décrets des «deux tiers» avant les élections législatives du 20
vendémiaire
13 - Le tout sur fond de crise économique (l’assignant ne vaut plus que 5%)
ACTE 2 : LES PRÉPARATIFS DE L’AFFRONTEMENT
1 - Depuis septembre, Paris est agité de rumeurs et signes d’hostilité contre les conventionnels
«perpétuels»
2 - La mobilisation de la presse royaliste contre la Convention, appelant à l’insurrection
- Jean-François de La Harpe
- L'abbé Morellet
- Quatremère de Quincy
- Guillaume Tronsson
- Charles de Lacretelle
- Joseph Fiévée
- ... etc
3 - Les jeunes - et particulièrement les journalistes - poussent à une insurrection
4 - La défense de la Convention est assurée par le général Menou de Bousay, commandant de
l’armée de l’intérieur (12 juillet 1795 - 4 octobre 1795)
5 - Le 3 vendémiaire an IV l'agitation était telle que la Convention menaça de quitter Paris.
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6 - Le 5 vendémiaire, la Section Le Pelletier présentait à la Convention une pétition signée par
vingt-deux autres sections contre ces décrets
7 - Le 10 vendémiaire (2 octobre), la Section Le Pelletier convoque ses électeurs et les autres
sections pour le 11
8 - Le 11 vendémiaire (3 octobre), elle reçoit les délégués de 15 sections mais rien n’est décidé
9 - Le 11 vendémiaire au soir, en réaction la Convention décide
- de rappeler les officiers jacobins destitués
- de libérer d’anciens terroristes pour former trois bataillons des «patriotes de 89»
- La création d’une commission exécutive extraordinaire composée de
Letourneur, Daunou, Merlin de Douai, Colombel et surtout Barras
10 - Le 12 vendémiaire au matin (4 octobre), la section Le Pelletier prend les armes contre le retour
de la Terreur et appelle les autres sections à prendre les armes
11 - Le général Menou parlemente avec la section Le pelletier sans intervenir militairement
12 - Le 12 vendémiaire (4 octobre), la Convention rapporte les décrets sur le désarmement des
«terroristes»
13 - Au soir, plusieurs sections se déclarent en insurrection et s’organisent avec un comité
d’insurrection dirigé par le royaliste Richer Serizy
14 - Dans la nuit du 12 au 13 vendémiaire, les tambours des sections insurgées appellent aux armes
15 - Menou ordonne seulement à la cavalerie du général Thiébault de chasser les tambours de
certaines rues
16 - Dans la nuit du 12 au 13 vendémiaire, la Convention destitue Menou et nomme Barras au
commandement des troupes de Paris
17 - Barras s’entoure de généraux jacobins, dont Bonaparte suspecté de jacobinisme et alors en
disponibilité à Paris
18 - Bonaparte prend alors la tête des opérations grâce à son énergie et son impérativité
19 - Il ordonne à Murat de s’emparer des canons des sections au camp des sablons et de les mettre
en batterie aux extrémités des rues menant à la convention
20 - Au matin du 13 vendémiaire, la Convention dispose alors d’environ 5000 soldats, les 1500
hommes des «patriotes de 89» et de 40 canons
ACTE 3 : L’INSURRECTION PEUT COMMENCER
1 - Ainsi commence le 13 vendémiaire, une journée grise, pluvieuse et venteuse
2 - La section Le Pelletier est le noyau central de l’insurrection
3 - Une partie des Gardes nationaux dirigés par le général Danican se joignent aux sections
4 - Près de 25 000 insurgés prennent le Pont-Neuf et marchent sur les Tuileries, siège de la
Convention
5 - Vers 15H, ils cernent la Convention et tentent de rallier les soldats à eux mais sans succès
6 - Vers 16H30, la bataille s’engage lorsque les colonnes de Danican tentent de passer en force
7 - Les Tuileries sont transformées en hôpital de campagne
8 - Point d’orgue de cet affrontement, les marches de l’église Saint-Roch où 300 insurgés périront
sous le feu des canons de Bonaparte
9 - Vers 22H, la ville est sous contrôle des troupes de la Convention
ACTE 4 : LES CONSÉQUENCES IMMÉDIATES
1 - Une répression modérée contre les insurgés (pour éviter une réaction terroriste), notamment
menée par le comité militaire de la Convention
2 - Il prononcera 64 condamnations à mort, mais seuls Lebois et Lafond de Soulé seront exécutés
3 - Le général Danican réussira à s’enfuir et rejoindra les émigrés en Allemagne
4 - Les conventionnels thermidoriens accusent les députés monarchiens d’avoir couvert l’insurrection
5 - Le 18 vendémiaire (10 octobre), sur proposition de Barras, Bonaparte est nommé commandant en
second de larmée de lintérieur et général de division
6 - Le démantèlement des sections parisiennes par la loi du 19 vendémiaire an IV (11 octobre 1795),
remplacées par des arrondissements
7 - Les élections législatives du 20 vendémiaire pourront se dérouler selon la volonté de la Convention,
même si les résultats politiques seront désastreux
8 - Barras sera nommé Directeur, laissant la place de l’armée de l’intérieur à Bonaparte
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III PARTICULARITÉS DE CET EPISODE DANS LA RÉVOLUTION FRANÇAISE
1 - La seule tentative sérieuse d’insurrection royaliste parisienne de la période révolutionnaire
2 - Un affrontement bref mais violent qui fera environ 400 morts
3 - Une insurrection dite «royaliste», mais populaire et anti-jacobine, surtout poussée par la crainte du
retour de la Terreur
4 - Les monarchistes restèrent divisés sur le principe d’une insurrection
5 - Une contradiction politique : insurrection se réclamant de la souveraineté du peuple mais au profit
du royalisme
6 - Une victoire militaire qui consacre la victoire politique de la Convention thermidorienne / Directoire
7 - Mais une victoire acquise par l’intervention de l’armée, ce qui sera désormais constant sous le
Directoire
8 - Elle consacrera le poids croissant des militaires dans la vie politique du Directoire
9 - Cette victoire rend célèbre le général de brigade Bonaparte, qui devient le «général Vendémiaire»,
«sauveur de la République»
10 - Si le problème militaire est réglé, l’opposition politique ne l’est pas et va continuer jusqu’à la fin
du Directoire
IV CONCLUSION
1 - Une journée où le sort de la Révolution aurait pu basculer, l’improvisation des événements
2 - La dernière insurrection parisienne de la Révolution et la dernière résistance royaliste
3 - Elle servira de justification politique pour le Directoire autant que pour le 18 brumaire
4 - La première étape de la montée politique de Bonaparte, avant la campagne d’Italie
ORA ET LABORA
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Document 1 : L’insurrection du 13 vendémiaire peut se comprendre comme l’ultime tentative des royalistes
après l’échec des guerres vendéennes, de la chouannerie et du débarquement anglo-émigré de Quiberon
de l’été 1795. La dernière possibilité d’agir qui restait était avant l’installation du nouveau régime du
Directoire, en profitant encore des faiblesses de la Convention thermidorienne et de son rejet dans l’opinion
publique.
Épisode de la déroute de Quiberon, peinture de Pierre Outin, 1889.
La bataille de Quiberon se déroula le 21 juillet au terme du débarquement anglo-émigré
qui voulait s’appuyer sur la Chouannerie. Le général Hoche avait déjà réussi à les
repousser le 16 juillet lors de la bataille de Plouharnel, Dans la nuit du 20 juillet, malgré
un violent orage, il attaqua le fort de Penthièvre, défendu par 4 000 hommes, émigrés et
Chouans, et couvert par les tirs des navires britanniques. Le chef chouan Joseph de
Puisaye jugeant la situation désespérée ordonna le repli sur les navires britanniques. Le
21 juillet, au matin, les dernières forces royalistes capitulèrent.
Document 2 : Jusqu’au 13 vendémiaire (4 octobre), la sécurité de la convention était assurée par le général
Jacques-François de Menou, baron de Boussay (1750-1810). Il sera remplacé dans la nuit du 12 au 13
vendémiaire par Barras.
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Document 3 : À partir du printemps 1795, des monarchistes modérés ont recommencé à jouer un rôle
politique important dans la Convention, notamment lors des débats préparatoires de la nouvelle Constitution.
C’était le résultat d’une alliance de circonstance entre les conventionnels thermidoriens Anti-Jacobins et les
Mornarchiens. Certains d’entre eux joueront un rôle important lors de l’insurrection de Vendémiaire comme
le comte Vincent-Marie de Vaublanc (1756-1845) et Antoine Chrysostome Quatremère de Quincy (1755–
1849).
À gauche : Vincent-Marie de Vaublanc (1756-1845), opposé au décret des «deux tiers»,
il remplit un rôle actif lors de l'insurrection du 13 vendémaire de l'an IV, il fut membre du
comité central royaliste qui devait remplacer la Convention et chef de la Section
Poissonnière. Condamné à mort par contumace par la commission militaire présidée par
le général Lostange, siégeant au Théâtre-Français, il se cacha dans la clandestinité
avant d’être élu par le collège de Melu député de Saint et marne au Conseil des Cinq
cents. Il devra attendre l’abrogation de sa condamnation en 1796 avant de pouvoir siéger
à partir de septembre 1796. Rallié à Bonaparte (et oui !), il continua sa carrière politique
sous l’Empire puis se ralliera à nouveau sous la Restauration à Louis XVIII, devenant
ultraroyaliste. Il ne quitta la vie politique qu’avec la Révolution de 1830.
À droite : Antoine Chrysostome Quatremère de Quincy (1755-1849) était président de la
Section de la Fontaine-de-grenelle, qui joua un rôle important lors de l’insurrection. La
commission militaire le condamna à mort par contumace. Mais, six mois plus tard, il
réapparut et fut acquitté par un jury qui déclara qu'il n'y avait pas eu de rébellion en
vendémiaire. Il fut élu le 22 germinal an V (11 avril 1797) député de la Seine au Conseil
des Cinq-Cents, et continua sa carrière politique pendant l’Empire et la restauration.
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