
MARS 2013 e-respect | 5
Billet
Alors voilà
Baptiste, interne, Toulouse
« Vous voulez savoir ce qui se passe dans les hôpitaux
? On va vous montrer ! On va vous faire rire, on va
vous faire pleurer, on va vous montrer ! »
Chers pairs,
Interne en cinquième semestre de médecine générale à Toulouse je
voudrais vous soumettre un projet.
Il s’agit d’un Blog appelé : «Alors Voilà, Journal des étudiants en mé-
decine : les hauts et les bas d’étudiants en Humanité»
Il a été ouvert il y a 3 mois et il raconte sous forme d’anecdotes très
courtes des situations réelles de la vie professionnelle courante d’in-
ternes en médecine à l’hôpital et en médecine générale.
C’est parfois drôle, parfois triste, souvent cocasse, dans
tous les cas c’est humain et c’est quand même notre mé-
tier...
J’ai eu d’excellents retours en messages privés de la
part des étudiants internes en médecine qui se recon-
naissaient d’une façon ou d’une autre dans beaucoup
de situations. J’ai reçu en commentaires/messages
privés et annotations Facebook des remerciements
et encouragements d’internes qui partagent leurs
expériences en la rapprochant de l’anecdote racontée. Ce partage a
un réel rôle exutoire.
Je suis persuadé que ce projet peut être sur la toile un lieu de ren-
dez-vous fédérateur pour les internes (et les soignants en général),
un lieu d’échange réalisant une sorte de catharsis commune, j’entend
par là un «Groupe Balint Virtuel», un moyen aussi de se sentir moins
seul face à certaines situations : en lisant comment nos collègues sont
confrontés aux mêmes doutes et aux mêmes cas de conscience, on est
plus rassuré.
À cela s’ajoute qu’avec la Grève et la désinformation programmée de
certains médias, le blog (parce qu’il est facile d’accès par tous, pro-
fessionnels ET patients ) est un excellent format pour les patients de
cerner la dure réalité de notre métier et d’apporter un certain rayon-
nement à notre situation d’internes qui est, vous en conviendrez, très
MALMENÉE en ce moment au sein de l’opinion publique ! Ce site est
un bon moyen pour la population de mieux connaître qui nous sommes
et les valeurs humanistes qui nous animent.
Au delà de l’intérêt cathartique et fédérateur évident d’un tel concept,
ce blog a pour vocation première d’être lu par la population non soi-
gnante an de les sensibiliser sur certains aspects particuliers de
notre profession, en mettant en avant les qualités humaines qui nous
portent chaque jour à leurs rencontres.
Ce site se veut un moyen de «réconciliation». Nous ne sommes pas
des monstres calculateurs aamés par l’argent (la grève a été catastro-
phique pour notre image auprès des gens !) mais avant tout des êtres
humains, jeunes pour la grande majorité, confrontés à des situations
terribles : comment peut-on avoir 25 ou 27 ans et jongler tous les jours
avec des abstractions aussi terribles que la mort ou la maladie ?
Quand on a 25 ans, la mort est une chose
impossible !
Là aussi j’ai eu d’excellents retours de la part d’anonymes
non soignants qui nous témoignent leurs gratitudes par
rapport au dévouement ou au travail que nous fournis-
sons tous les jours...
Ils apprécient par dessus tout la liberté de ton employée
dans les récits, la façon dont j’expose aussi l’envers
du décors, nos doutes ou nos faiblesses.
Ce site a donc l’avantage de s’adresser AUSSI à la
population non soignante. C’est pour cette raison que ce blog garde-
ra une authenticité totale (quitte parfois à être critique envers les pa-
tients ou nous-mêmes) car les gens savent quand on les abuse et cela
nuirait au message profond de cette «comédie humaine médicale» qui
est le quotidien de la vie des internes en médecine...
Le site a été créé le 26/11/12 : en moins de trois mois nous totalisons
déjà plus d’un demi-million de visiteurs...
Tout est bon pour faire découvrir aux gens le réel sens de notre enga-
gement auprès des patients...
Je terminerai sur ces mots tirés du Rapport Cordier de 2003 :
« Parler [...] du soin, c’est donc d’abord parler du quotidien de l’acte soi-
gnant, qui est RENCONTRE ENTRE L’HOMME DEBOUT ET L’HOMME
COUCHÉ. L’homme couché, par le surplus de manifestation de son visage,
«oblige» l’homme debout. C’est cela qui peut nous amener à dire qu’un
acte de soin est précisément un lieu d’humanité, parce que la «faiblesse»
s’impose à la «force». Il faut voir la main qui soigne comme parole de l’hu-
main.»
http://alorsvoila.centerblog.net/