
Document à l’usage exclusif des clients professionnels, prestataires de services d’investissement et autres professionnels du secteur nancier
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Septembre 2015
#09
Allocation d’actifs : stratégies d’investissement d’Amundi
Ces derniers mois ont poussé les investisseurs à se préoccuper essentiellement
de la Grèce et des négociations entre le gouvernement Tsipras et les créanciers.
Ce n’est pas du fait du caractère systémique de ce pays, mais plutôt parce que
les partenaires européens ont une fois de plus montré leurs dissensions et leur
incapacité à résoudre rapidement leurs problèmes, peu aidés en cela par des
institutions européennes qui, hormis la BCE, sont largement inadaptées. C’est
d’ailleurs la BCE qui a permis de temporiser avant un accord nal entre les pays
membres de la zone euro, mais elle ne peut pas à elle seule « sauver l’Europe ».
« La fascination pour la BCE prospère dans le vide du politique » (entretien avec
Benoît Coeuré, L’économie politique n° 66, avril 2015).
Toujours est-il que les accords du 13 et 16 juillet, puis les conclusions des
négociations qui, le 11 août, ont mené au troisième plan de sauvetage, ont
éloigné le scénario du Grexit, de la contagion (essentiellement politique), voire
même d’éclatement de la zone…
Au total, nous avons assisté à un retour « à la normale », ou plutôt à « l’anormal »,
une situation de taux maintenus « arti ciellement » très bas par la BCE, de
rendements obligataires faibles et largement administrés par le programme
de quantitative easing, de faiblesse de l’euro, de recherche (excessive ?) de
rendement et de spreads, d’ajout (excessif ?) de risque dans les portefeuilles via
la duration et les – plus faibles – ratings, d’ajout (excessif ?) de levier et d’actifs
peu liquides (en trop grande abondance ?).
Cet intérêt pour la Grèce a – presque – fait oublier que les vrais risques, les
risques globaux ou systémiques se situent ailleurs. Il s’agit des prochaines
hausses de taux de la Fed, de la situation préoccupante de la Chine, de son
impact sur le « monde émergent », des effets indirects potentiels sur le « monde
développé » et des risques politiques et économiques sur la zone euro. Certains
de ces risques n’ont d’ailleurs pas tardé à se manifester.
Nous allons développer ces différents risques et en évaluer les conséquences.
Pour cela, nous présenterons rapidement les éléments de notre scénario central
et les différents scénarios de risque.
Le scénario macroéconomique et nancier central :
les éléments clefs
Notre scénario central est articulé autour de huit axes principaux :
•La reprise économique est une réalité dans le monde développé,
États-Unis en tête. S’agissant de la zone euro, la situation s’améliore,
notamment dans la « meilleure » partie du noyau dur (Allemagne), et
dans la « meilleure » partie du bloc des périphériques (Espagne). La
croissance potentielle (long terme) est certes désormais plus faible (déclin
démographique, insuffisance de l’investissement et de l’innovation, impact
de la mondialisation notamment sur les salaires, poids de l’endettement
qui contraint les politiques de relance…), mais l’amélioration conjoncturelle
est bien visible. Certes, les pressions déflationnistes mondiales n’ont pas
disparu. Il suffit de regarder l’évolution des cours des matières premières
et de commerce mondial en volume (stagnation) ou en valeur (forte baisse),
la stagnation des prix industriels, et le niveau d’inflation dans certains
pays comme le Japon ou la Chine… mais il ne s’agit pour l’heure que de
pressions déflationnistes dans des zones bien identifiées. États-Unis, zone
euro ne sont plus dans ce cas de figure.
•La Chine poursuit un ralentissement économique entamé au cours de
ces dernières années, lié d’une part à des facteurs puissants comme le
L’essentiel
La crise grecque est passée et
les marchés nanciers pensaient
retrouver leur logique de recherche
de rendement dans l’environnement
de taux bas… sauf que la croissance
chinoise et les craintes sur les
marchés émergents sont venues
contrarier cette con guration.
La chute des marchés boursiers, le regain
de volatilité, l’élargissement des spreads
de crédit ont agité les marchés nanciers
durant le mois d’août, et rappelé que la
Chine ou les renversements de politiques
monétaires sont bien plus systémiques que
la Grèce. Bien évaluer ces risques reste
crucial. Pour l’heure, nous ne modi ons pas
radicalement notre allocation d’actifs, mais
nous continuons d’accorder beaucoup
d’attention à la liquidité des positions et
des portefeuilles.
La fascination pour la BCE
prospère dans le vide
du politique
Retour à
« l’anormal » ?
Retour sur nos scénarios macroéconomiques
et financiers
PHILIPPE ITHURBIDE, Directeur Recherche, Stratégie et Analyse – Paris