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Chapitre 2.1.5. — Peste des petits ruminants
Du fait des similitudes qu'il présente avec ceux de la peste bovine, de la maladie de Carré et de la rougeole, le
PPRV a été classé dans le genre Morbillivirus, famille des Paramyxoviridae (14). Les virus membres de ce groupe
ont 6 protéines de structure : la protéine de capside nucléaire (Np), qui constitue une capsule entourant le
génome ARN du virus, la phosphoprotéine (P), qui s’associe avec la polymérase (ou protéine L pour “large” :
grande protéine), la protéine de matrice (M), la protéine de fusion (F) et l’hémagglutinine (H). La protéine de
matrice, intimement associée avec la face interne de l’enveloppe virale, effectue un lien entre la capside nucléaire
et les glycoprotéines externes virales: H et F, qui sont responsables de l’attachement et de la pénétration du virus
dans la cellule cible. La PPR a été décrite pour la première fois en Côte d'Ivoire (13), mais elle est présente dans
la plupart des pays africains entre le sud du Sahara et le nord de l’équateur (17), et dans presque tous les pays
du Moyen-Orient jusqu’à la Turquie (12, 18, 23, 31). La PPR est également répandue en Inde et en Asie centrale
(27).
La maladie naturelle affecte principalement les chèvres et les moutons. Elle est généralement plus grave chez les
chèvres et occasionne de lourdes pertes. Les cas graves chez les moutons ne sont qu'occasionnels. Il est
généralement admis que les bovins ne sont atteints que par des formes bénignes. Cependant, dans de
mauvaises conditions, il est possible que les bovins développent des lésions après une infection par le PPRV
dont les signes cliniques seront attribués à la peste bovine. Ainsi dans les années 1950, la maladie avec mortalité
a été décrite chez des bovins expérimentalement infectés par des cultures cellulaires de PPRV (27). De plus, le
PPRV a été isolé lors d’une épizootie d’une maladie ressemblant à la peste bovine chez des buffles en Inde en
1995 (15). L’implication du PPRV a également été suspectée dans l’épizootie qui a affectée des dromadaires en
Ethiopie en 1995-1996 (24, 25). L’antigène PPRV et l’acide nucléique du PPRV furent détectés dans quelques
échantillons pathologiques prélevés lors de cette épizootie, mais aucun virus vivant n’a été isolé. On a rapporté le
cas d'une maladie clinique chez des animaux sauvages, ayant causé la mort de gazelles Dorcas (Gazella dorcas),
de bouquetins de Nubie (Capra ibex nubiana), de gazelles gemsboks (Oryx gazella) et de moutons de Laristan
(Ovis orientalis laristanica) (12). Le daim à queue blanche (Odocoileus virginianus) peut être infecté
expérimentalement (16).
L'incubation dure de 4 à 6 jours, mais peut s'étendre de 3 à 10 jours. Le maladie clinique est aiguë, associée à
une hyperthermie pouvant atteindre 41°C et persister 3 à 5 jours. L'animal est abattu, il perd l'appétit, et a le
museau sec. Les sécrétions oculaires et nasales deviennent progressivement mucopurulentes, et si la mort
n'intervient pas entre temps, elles persistent pendant environ 14 jours. Au cours des 4 premiers jours de
l'hyperthermie, une congestion apparaît au niveau des gencives, et la cavité buccale présente des érosions
associées à une hypersalivation. Ces lésions peuvent évoluer vers la nécrose. Au stade terminal, une diarrhée
profuse non-hémorragique apparaît couramment, ainsi que d'autres signes cliniques : pneumonie, toux, râle
pleural, respiration abdominale. Le taux de morbidité peut atteindre 100 % tout comme le taux de mortalité
lorsque l'épizootie est particulièrement sévère. Lorsqu'elle est moins grave, le taux de mortalité ne dépasse guère
50 %. On peut tenter un diagnostic clinique de la PPR à partir de ces signes cliniques, mais en cas de présence
de la peste bovine chez les bovins, une confirmation en laboratoire est nécessaire.
A l'autopsie, les lésions sont très proches de celles caractérisant les bovins atteints de peste bovine. Les érosions
peuvent s'étendre à partir de la bouche jusqu'à la jonction entre le réseau et le rumen. Le gros intestin porte des
stries hémorragiques caractéristiques ou des zébrures, le plus souvent au niveau de la jonction caeco-colique,
mais un diagnostic définitif n’est. pas toujours possible ; toutefois une entérite nécrotique ou hémorrhagique est
habituellement présente Les noeuds lymphatiques sont hypertrophiéds,la rate peut présenter une nécrose et on
constate une pneumonie apicale.
La manipulation du PPRV ne comporte aucun danger pour l'homme, aucun cas d'infection n'a été signalé.
B. TECHNIQUES DE DIAGNOSTIC
1. Identification de l'agent pathogène
a) Prélèvements
Chez les animaux vivants, des écouvillonnages sont prélevés au niveau des muqueuses nasale et buccale.
Au cours de la phase très précoce de la maladie, on prélève du sang complet sur anti-coagulant pour
pouvoir isoler le virus et effectuer une PCR et une analyse hématologique. A l’autopsie (2 à 3 animaux), les
noeuds lymphatiques, et notamment les nœuds mésentériques et bronchiques, les poumons, la rate et la
muqueuse intestinale doivent être prélevés aseptiquement, refroidis sur de la glace et transportés sous froid.
Des fragments d’organes sont collectés pour l’histopathologie et placés dans du formol à 10 %. A la fin de
l’épizootie, le sang peut être collecté pour le diagnostic sérologique.
Manuel terrestre de l’OIE 2005 173