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eprésentant 15 % de la masse corporelle, la peau est le plus
important organe du corps humain. Elle se compose de trois
couches. La plus externe, l’épiderme, a pour principale fonction
de protéger l’organisme. C’est dans la couche intermédiaire,
le derme, composé d’un tissu conjonctif dense, élastique et
fibreux (le collagène), que se trouvent les vaisseaux sanguins, les nerfs, les
glandes sudoripares, les glandes sébacées et les follicules pileux. L’hypoderme,
couche lipidique la plus profonde, a pour principales fonctions d’être un isolant
thermique, d’absorber les chocs et de stocker les réserves nutritionnelles.
Lorsqu’un tissu se répare, les cellules saines se substituent à celles qui
ont été endommagées soit par régénération, soit par remplacement.
La régénération se produit quand les nouvelles cellules sont les mêmes que
celles qui ont été détruites et que les fonctions normales sont restaurées.
Le processus du remplacement implique la production d’un nouveau type de
tissu, le tissu cicatriciel, qui entraîne en général la perte de certaines fonctions.
L’organisme a une puissante capacité de se réparer lui-même, dans la
mesure où rien ne vient interférer avec ce processus. L’hygiène, la nutrition,
le repos, la protection et le soutien psychologique facilitent la guérison.
Le fait que les médecins et les infirmières appliquent de mauvaises
techniques de prise en charge de la plaie vient souvent gêner le processus
de guérison (facteurs iatrogènes). On citera le mauvais usage des antiseptiques
et des antibiotiques à usage local, la pose ou l’enlèvement des pansements
dans de mauvaises conditions, ou encore le dessèchement de la plaie.
On citera aussi les exemples précis liés aux traumatismes résultant d’une
irrigation sous trop forte pression, d’un enlèvement brutal des pansements ou
d’une pression trop forte avec des bandages compressifs.
D’autres facteurs gênent la guérison des plaies, comme une mauvaise
alimentation ou le tabagisme. On observe aussi des retards chez les personnes
souffrant de pathologies entraînant un affaiblissement de l’immunité, comme
Intervention essentielle n° 2
Prise en charge de la plaie
PRINCIPAUX OBJECTIFS
Connaître la fonction de la peau et comprendre les
phases normales de la réparation des tissus au
cours du processus de guérison.
Connaître les facteurs pouvant retarder ou gêner
la guérison de la plaie.
Pour la prise en charge de la plaie, connaître les
gestes qui facilitent la guérison et préviennent les
incapacités.
Connaître les positions correctes du corps et notam-
ment de la main pour préserver le fonctionnement
et éviter les déformations.
R
41
Intervention essentielle n° 2 : Prise en charge de la plaie
l’hépatite B. Pour faire les pansements, le soignant doit
porter des gants propres, de préférence à usage unique, et
les changer entre chaque patient à traiter. De même, il
prendra pour chaque patient un nouveau jeu d’instruments
stériles. Dans les endroits où il n’est pas facile de se pro-
curer du matériel pour les pansements, la réutilisation des
bandes, voire des compresses et autres matériels, peut
s’avérer inévitable. Les personnes chargées de laver les
bandes et les pansements doivent avoir été formées à la
manipulation des matériels contaminés.
Signes d’infection
On soupçonne une infection dès lors qu’un patient se
plaint de douleurs dans les ganglions de l’aisselle ou de
l’aine. Une rougeur, de la chaleur, une tuméfaction, un
exsudat jaunâtre et malodorant sont également des signes
d’infection. Ces patients doivent être adressés immédia-
tement à un médecin pour un examen clinique et un
traitement antibiotique. Les pommades antibiotiques n’ont
qu’une efficacité limitée (et peuvent favoriser l’apparition
de souches résistantes d’agents pathogènes).
le diabète ou le VIH, ou qui prennent des médicaments
entraînant une immunosuppression, comme les corticoïdes
(tableau 5.2.1).
On peut réparer la peau soit en pratiquant une suture
primaire (les bords de la plaie sont amenés côte à côte
et suturés) soit une suture secondaire (les bords de la
plaie sont disjoints et la plaie se comble d’elle-même).
Le processus de la guérison est complexe, mais le
tableau 5.2.2 ci-après en donne une explication simplifiée.
Nutrition
Le régime alimentaire doit être hypercalorique,
hyperprotéiné et riche en vitamines A et C, tout en gardant
en mémoire les habitudes culturelles et alimentaires du
sujet. Il faut encourager les familles à préparer les repas à
partir des denrées disponibles localement, tels que des
noix, des céréales, des œufs, du poisson et de la viande.
Prévention des infections croisées
Il convient de prendre des mesures pour éviter les
infections croisées, notamment par le VIH ou le virus de
Facteurs intrinsèques Facteurs extrinsèques Facteurs iatrogènes
(liés au personnel soignant)
Malnutrition Infection Ischémie
Age Médication Traumatismes
Maladie chronique Tissu nécrosé
Prise en charge incorrecte de la plaie
Maladie circulatoire Stress psychologique
Neuropathie Immunodépression
Irradiations
Tableau 5.2.1
Facteurs retardant
ou empêchant la
guérison des plaies
Intervention essentielle n° 2 : Prise en charge de la plaie
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PHASE CE QU’IL SE PASSE DURÉE
PHASE I
Active/ inflammatoire
Meilleur moment pour la greffe
cutanée
Réactions
• réaction inflammatoire
• vasodilatation locale, pertes liquidiennes dans l’espace
extravasculaire, blocage du drainage lymphatique
24–48 heures
Signes
• rougeur, tuméfaction, chaleur, douleur
Survenue d’une blessure
Caillot sanguin:
– épiderme
– derme
– graisse sous-cutanée
Coupure à travers l’épiderme et le derme (épithélium et tissu
conjonctif), un caillot se forme. Des messagers chimiques sont
immédiatement libérés.
PHASE II
Réparation ou prolifération
Réactions
Deux processus simultanés:
• formation du tissu de granulation (fibroplasie)
• rétraction de la plaie (formation de la cicatrice)
2 jours – 1 mois
Signes
• les tissus rose pâle prennent une teinte rouge vif
• la zone ouverte de la plaie se réduit et change
de forme
APRÈS UNE SEMAINE:
FIBROBLASTES
APRÈS DEUX SEMAINES:
CROÛTE
FIBROBLASTES
Au bout d’une semaine, l’épithélium croît autour de la plaie,
les fibroblastes sont très actifs.
Au bout de 2 semaines l’épithélium entoure complètement
la plaie.
Tableau 5.2.2
Phases du processus
de guérison
Intervention essentielle n° 2 : Prise en charge de la plaie
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PHASE CE QU’IL SE PASSE DURÉE
PHASE III
Cicatrisation et remodelage
Les tensions et les mouvements
sont importants pour renforcer la
résistance à la traction.
Une pression légère et constante
aide à assouplir le tissu
cicatriciel.
Réactions
• La collagénase règle l’équilibre entre la synthèse et
la lyse du collagène (parage naturel de la plaie).
Elle organise les fibres produites par les fibroblastes.
• Les myofibroblastes sont responsables de la rétraction
de la plaie pendant le processus normal de guérison.
• En cas de cicatrisation hypertrophique, les
déformations cutanées viennent de l’action inadaptée
des fibres de stress qui, pour des raisons inconnues,
persistent après l’épithélialisation de la plaie.
3 semaines – 2 ans
Signes
Equilibre: fibres élastiques, souples, puissantes dans le
tissu cicatriciel
Déséquilibre:
– hypergranulation – synthèse augmentée par un apport
d’oxygène trop fort;
– Cicatrices hypertrophiques et chéloïdes – inhibition de
la lyse.
AU BOUT D’UN MOIS,
NOUVEAU TISSU CONJONCTIF
AU BOUT D’UN MOIS ENVIRON, LA PLAIE S’EST REFERMÉE,
LA CROÛTE EST TOMBÉE ET LE TISSU DE GRANULATION
EST DEVENU DU TISSU CONJONCTIF
Soin des plaies
Toutes les personnes susceptibles de faire les
pansements (chirurgiens, médecins, infirmiers, thérapeutes
et membres de la famille) forment une véritable équipe de
POD et ont un rôle très important à jouer. Grâce à leurs
compétences, ils aident les patients à se servir de chacune
de leurs articulations dans les activités de la vie courante au
cours de la guérison pour préserver la mobilité. Il est donc
essentiel qu’ils connaissent les positions correctes pour
lutter contre les déformations et éviter ainsi les incapacités.
Nombre des incapacités que l’on observe en relation
avec l’UB sont dues à l’emploi de techniques inadaptées
pour le pansement des plaies. C’est particulièrement le cas
lorsque la main est immobilisée à plat, en position neutre en
prolongement de l’avant bras, au lieu d’être mise dans une
position anti-déformation (poignet en extension, articulations
métacarpo-phalangiennes en flexion, articulations
interphalangiennes proximales et distales (IPP et IPD) en
extension, pouce en abduction avec extension minimale).
Une mauvaise position peut entraîner une perte de
fonctions qu’il sera très difficile de rattraper. Il faut donc
être particulièrement vigilant à bien positionner la main.
Intervention essentielle n° 2 : Prise en charge de la plaie
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Figure 5.2.1 Contraste entre une position de la main à plat, non fonctionnelle,
avec une position anti-déformation, fonctionnelle
La main est en position surélevée mais la position
à plat fait qu’elle n’est pas fonctionnelle et limite
les possibilités de préhension.
La main est en position surélevée et
mise dans une position permettant
la préhension.
Flexion des
articulations
métacarpo-
phalangiennes
Abduction
du pouce vers
le bas et en
l’écartant de
la main
Extension
du poignet
vers le haut
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