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Ce numéro de la revue transform! franchit une étape nouvelle dans son
ancrage euroen. Non seulement elle est maintenant puble en six
langues et bientôt sept 1, mais encore, et surtout, la diversi de ceux qui y ont
collaboré reète toujours plus les diversités euroennes. Les contributions
émanent d’une quinzaine de pays. Le seau est constitué de 16 organisations,
de revues et instituts de 13 pays européens.
À partir du mois de mai, la version imprimée sera compe par un site
web modié et amélioré sur le plan technique. Prochainement paraîtra le pre-
mier numéro d’une « newsletter » qui sera ensuite publiée régulrement.
Grâce à sa reconnaissance en tant que fondation politique liée au Parti de
la gauche européenne (PGE), leseau transform! Europe bénécie de fonds
de l’Union européenne qui permettent également developper deux projets
de travail et de recherche. L’un d’eux, appelé « Perspectives stratégiques de
la gauche radicale », a comme objectif de faire une étude comparative des
exriences politiques des partis de gauche en Europe. Le second objectif
de transform!, depuis le début de cette ane, est de travailler les questions
concernant la crise économique mondiale, ses différents aspects, ses consé-
quences sociales et politiques et son impact sur les idées. Face à une crise
systémique multidimensionnelle, il s’agit de rééchir aux analyses et concepts
pertinents en faveur d’une action alternative, elle aussi multidirectionnelle. Ce
numéro 2, avec son dossier thématique, offre un premier aperçu de ce travail.
Un groupe de travail animé par Elisabeth Gauthier a assu la coordination
éditoriale de ce domaine thématique.
éditorial
Dominique Crozat
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éditorial
Dans le cadre de la crise économique, les tensions en Europe s’accroissent
rapidement et aggravent la crise de légitimi de l’UE. Les scénarios les plus
pessimistes semblent devenir réalité. Les articles publiés dans ce numéro mon-
trent le développement des pnones de crise dans les différents pays, avec
leurs multiples facettes, avec leurs différences, mais aussi des tendances com-
munes. Les gouvernements ne peuvent rester inactifs et se voient contraints
de mettre en place des stragies nouvelles dont le contenu fait l’objet des
confrontations actuelles et à venir. Adaptation et sauvegarde des logiques du
capitalisme nanciari grâce à l’action publique et politique ou interventions
en direction d’un nouveau type de développement social, écologique, démo-
cratique, tels sont les enjeux au cœur des débats. Le fait que les forces de gau-
che dans nombre de pays ainsi qu’à l’échelle européenne ne se trouvent pas en
meilleure posture, à un moment aussi exigeant et crucial de la confrontation
sociale, politique et idéologique, constitue une préoccupation pour celles et
ceux qui travaillent au développement de cette revue.
Nous avons voulu que ce nuro comporte des articles ancs dans les
alités de chaque pays. Juste avant de mettre sous presse, nous avons reçu
l’interview du ministre des Finances islandais aps que la droite a été chassée
du gouvernement par le contentement populaire.
Au cours des dernières semaines se sont veloppés des mouvements de
résistance, sectoriels mais aussi en partie coordonnés et uniés, autour du slo-
gan « nous ne paierons pas votre crise » et articulés à une série de manifesta-
tions à l’échelle européenne à l’initiative de la CES à la mi-mai. L’ampleur et
l’orientation des conséquences de la crise mondiale sur les conditions sociales
et politiques sont à observer au plus près et seront plus largement abores
dans le nuro qui paraîtra à l’automne.
Les illustrations sont, elles aussi, ances dans le mouvement social.
L’illustration de la couverture a été fournie par le syndicat belge vvlbbdo
- campagne de la coalition belge pour le travail cent. Les illustrations à
l’inrieur de la revue proviennent d’un reportage photo sur le Forum social
mondial à Belém réalisé par Emanuelle Reungoat.
Notes
1. La revue paraît en anglais, grec, allemand, français, portugais et italien. Une édition en espagnol est en
préparation, ainsi qu’un « best-off » en hongrois.
2. Dès maintenant, le n° 04-2009 en langue anglaise est accessible sur www.cultra.pt. Les numéros 02 et
03-2008 en langue française sont disponibles sur www.Espaces-Marx.org
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Il est de bon ton, dans certains cercles de gauche et plus particulière-
ment « d’extrême gauche » –, de prendre de haut le Parlement euroen :
« que faites-vous dans cette gare ? » ; « les décisions se prennent ailleurs » ;
« tout changement y est illusoire »… Je comprends naturellement et parta-
ge l’exasration que suscitent tant l’orientation structurelle des politiques
de l’Union européenne que les profondes carences démocratiques de son
mode de fonctionnement. J’ecre moi aussi le « ctinisme parlementaire »
qui conduit trop souvent des élus à s’enfermer dans la « bulle » de leur assem-
blée, loin de la vie réelle, et à surestimer grandement leur capaci personnelle
à changer les choses. Mais là, il s’agit, à mes yeux, d’autre chose.
Une coopération permanente avec les mouvements sociaux
Il s’agit souvent d’une méconnaissance des conditions des batailles politi-
ques euroennes en ral, et des prérogatives acquises au l des quinze
dernres années par le parlement de Strasbourg en particulier. Notamment en
matière de « codécision ». Ainsi, dans nombre de domaines, particulièrement
ceux liés au marc inrieur euroen, la Commission euroenne propose
des projets de directives ou de règlements, mais ce sont le Parlement euro-
en et le Conseil (qui repsente les 27 gouvernements) qui les adoptent, les
amendent ou les rejettent. Et si ces deux institutions n’arrivent pas à s’enten-
dre sur un texte identique à la virgule ps, la directive ou le règlement ne peut
entrer en vigueur. Dans de nombreux cas, le Parlement a donc parfaitement
La gauche et
le Parlement européen
Francis Wurtz
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La gauche et le Parlement européen
les moyens de bloquer ou de rendre caduc un projet de la Commission. Ainsi,
il a rendu caduc le projet de libéralisation des services portuaires et bloq
celui sur le temps de travail qui visait à permettre à chaque État de porter la
durée de travail hebdomadaire jusqu’à 65 heures ou davantage.
Bien souvent l’on se retrouve, hélas, dans une situation différente : l’amen-
dement de rejet du projet de la Commission que présente presque systé-
matiquement le groupe de la « Gauche unitaire européenne Gauche verte
nordique » (GUE/NGL) n’obtient qu’une centaine de voix, la majori des
élus PSE compris prant modier le texte sans toucher au fond. Ce fut
le cas de la « directive Bolkestein » : la majorité s’est contene d’en réduire
le champ d’application en laissant croire, à tort, que tout le danger était dès
lors écarté en ce qui concerne les domaines laissés en dehors de la directive :
santé, services sociaux d’intét ral… Le rejet complet d’un texte aussi
emblématique aurait, à l’inverse, rendu politiquement beaucoup plus difcile
pour la Commission européenne le fait de revenir à la charge sur ces points.
Ce qu’elle a déjà commencé à faire.
On le voit : le probme n’est pas l’absence de pouvoirs du Parlement, mais
le trop faible nombre de putés prêts à rompre, par leur action et par leurs
votes, avec la logique lirale. Aussi, proclamer que « le Parlement européen
ne sert à rien », cela sonne « de gauche » mais aide la droite… et ses alls.
Pendant ce temps, les directives passent et sont tranquillement transpoes en
droit national dans chaque pays membre.
Deux questionsritent d’être clariées à ce propos. La premre est celle
d’une apparente contradiction : si les trais les plus cents ont renfor les
prérogatives du Parlement européen, pourquoi les avons-nous combattus ?
C’est que ces mêmes traités ont surtout intégré et codié un modèle économi-
que libéral avec des règles contraignantes pour tout État qui l’a signé et rati-
é. Par conséquent, une « autre Europe » exige un autre traité. C’est fondamen-
tal. Mais cela n’efface pas la possibili et le devoir pour la gauche d’user
des progatives nouvelles de ce parlement pour contrer ces gles, empêcher
autant que possible qu’elles soient traduites en directives, et nourrir la crise de
légitimité du modèle actuel pour faire mûrir les conditions d’une alternative.
Un peu de dialectique ne nuit pas au combat de classe…
L’autre question à clarier est celle de l’articulation entre ce type d’action
parlementaire et les mouvements sociaux. Sans appui sur les luttes sociales, le
mouvement associatif, les réseaux citoyens, les élus locaux…, un groupe com-
me le nôtre aurait été impitoyablement marginalisé au sein du Parlement euro-
péen. En revanche, en devenant un interlocuteur privilégié des acteurs sociaux
porteurs de l’exigence de « changer d’Europe », il a conquis une place incontes-
table dans la confrontation politique dans toutes les institutions européennes. Il
est donc clair que notre groupe a besoin de ces liens de coopérations étroites et
permanentes avec syndicats, ONG, réseaux de gauche pour peser utilement.
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