RESÉAU DE RECHERCHE: POLITIQUES ÉCONOMIQUES
ET PAUVRETÉ (PEP)
Des stratégies de lutte contre la pauvreté au Cameroun :
une analyse en équilibre général calculable.
Présenté par Equipe :
Kamgnia Dia B.
Douya Emmanuel
Ongolo Zogo Valérie
Faculté des Sciences
Economiques et de Gestion
Université de Yaoundé II
Leunkeu Simon
Direction de la Statistique
Et de la Comptabilité Nationale
Février 2003.
2
Introduction
Un problème commun à bon nombre de pays Africains au Sud du Sahara depuis la fin des
années 80 est la grande pauvreté. Selon les estimations de la Banque Mondiale (2000), de
217,2 millions de personnes vivant avec moins de 1 dollar par jour en Afrique subsaharienne
en 1987, l’on est passé à 290,9 millions en 1998, soit un accroissement de 34% en 12 ans. Au
cours de cette même période, en Asie du Sud l’on est passé de 474,4 millions à 522 millions,
soit un accroissement de seulement 10%. En Asie de l’Est et Pacifique La pauvreté a plutôt
régressé, le nombre d’individus vivant avec moins de 1 dollar par jour ayant chuté de 452,4
millions en 1990 à 265,1 millions en 1996. En fait, pour le PNUD (2001), l’Afrique
subsaharienne reste à la traîne des autres : non seulement la pauvreté monétaire et humaine y
demeure considérable, mais aussi le taux d’alphabétisation des adultes y est encore de 60%, et
l’espérance de vie à la naissance n’est toujours que de 48,8 ans. Ainsi, les pays de l’Afrique
Subsaharienne constituent à majorité la classe des pays à Indicateur de Développement
Humain (IDH) faible et les quelques pays à IDH moyen ne se retrouvent qu’en fin de liste
dans la classe.
Le Cameroun se classe parmi les pays à Indicateur de Développement Humain moyen, avec
un IDH variant autour de 0,500 depuis le début des années 90. Toutefois, la pauvreté
monétaire y reste préoccupante, à s’en tenir aux estimations faites au cours des années 90.
D’abord, la Direction de la Statique et de la Comptabilité Nationale (1996), sur la base des
données de l’ECAM, a estimé l’incidence de la pauvreté à 50,5%, étant donné un seuil de
pauvreté de148.000 francs cfa. Ensuite, Kamgnia et Timnou (2000) utilisant la même base de
données et ne considérant que la méthode de l’énergie nutritive ont déterminé une incidence
nationale de 56,04%, correspondant à un seuil de 106.434 francs cfa. Enfin Fambon et al
(2000) suivant la méthode des « coûts en besoins essentiels », ont obtenu une incidence de
60% avec un seuil de pauvreté de 136.236 francs cfa.
Le niveau élevé de l’incidence de la pauvreté a justifié, d’abord l’accession du Cameroun à
l’Initiative de Petits Pays Pauvres Très Endettés, puis son adoption du Document de Stratégie
de Lutte contre la Pauvreté (DSRP), dans un objectif de réduire la pauvreté de moitié à
l’horizon 2015. Les mesures à mettre en œuvre sont des plus variées, touchant aux aspects
des politiques budgétaires, monétaires et de change, de la réforme des marchés de capitaux, de
la libéralisation des échanges, de la privatisation, et du développement du secteur privé,
marchés agricoles et du travail.
Aussi, convient-il d’appréhender leur impact a priori, ce que nous proposons de faire
dans la présente étude à l’aide de simulations dans un modèle d’équilibre général
calculable, des effets des mesures que sont (1) la réévaluation des salaires indiciaires
dans le secteur public intervenue en novembre 2000; (2) la mise en œuvre effective du
tarif extérieur commun au taux harmonisé de 15%, suivant la prescription de la charte
des investissement du Cameroun; et (3) l’évolution en sens contraires des cours
mondiaux du cacao (qui s’apprécient) et du café (qui se détériorent depuis quelques
années).
3
Problématique
Entre 1985 et 1989, le Cameroun a subi les effets des chocs extérieurs majeurs, et a vu sa
performance économique s’effondrer, engendrant un bouleversement dans la structure sociale,
non seulement sur le plan régional, mais aussi, en termes des réactions des populations pour y
faire face. En effet, la politique menée (prédominance du tout-État, faible agressivité dans le
secteur industriel, fonction publique pléthorique à faible rendement, incitations insuffisantes
dans le secteur agricole, etc.) n'a pas été assez prévoyante pour permettre de prévenir les
éventuelles difficultés. Les déficits budgétaires s’accumulant dès 1985, l’État a dû recourir à
des arriérés de paiements intérieurs1. Ces arriérés, combinés à la baisse régulière des cours
des produits de base, ont entraîné une réduction de plus de 11% de la consommation totale
(Courcelle, 1990). En outre, l’Etat a dû procéder à des ponctions sur les réserves aussi bien
extérieures qu’intérieures, entraînant le secteur bancaire dans une crise de liquidité. La
solution proposée contre la crise a été le Plan d’Ajustement Structurel, ayant consisté entre
autres en la stabilisation des finances publiques par la maîtrise des dépenses publiques, dont
une part importante est la masse salariale.
Cependant, plutôt que de réduire l’effectif de la fonction publique, l’État a opté pour une
réduction de son coût : les avantages des fonctionnaires (véhicules de service, gratuité du
logement, de l’électricité, de l’eau et du téléphone) ont été réduits ou supprimés, et les salaires
ont subi des réductions2 de plus de 50% entre 1992 et 1993.
Les politiques commerciales sont allées de la substitution aux importations au cours des
années 1960-1970, à la promotion des exportations en fin 1980, début 1990, puis à la
libéralisation des échanges depuis les années 1990. Les performances acquises sont telles que
définies au Tableau 1. Certes, le niveau des différents indicateurs se corrige avec la
libéralisation, ce que révèle la balance commerciale positive, et un taux d’exportation tendant
vers 20%, mais le taux du produit des droits et taxes ne se relève significativement qu’en
1998.
1 Suivant la description de Courcelle (1990), l’État devait au 30 Juin 1988, plus de 26 milliards de FCFA à la
Caisse Nationale de Prévoyance Sociale, au titre d’arriérés de cotisations, 9 milliards de FCFA au titre d’arriérés
sur prêts au Trésors Public et 23 milliards de remboursement du principal de ces prêts. Les arriérés de salaires
aux fonctionnaires représentaient près de 20 milliards de FCFA, et ceux de loyers s’élevaient à près de 23
milliards de FCFA.
2Comme cela a été le cas dans bien d’autres pays en Afrique Subsaharienne. En la Côte d’Ivoire par exemple, les
salaires du secteur parapublic ont été alignés sur ceux de la fonction publique, l’accès quasi automatique des
diplômés de l’enseignement supérieur à la fonction publique a été supprimé, et les avantages des fonctionnaires
civils en matière de logement ont été révisés aux fins de lisser les effets de la crise.
4
Tableau 1: Evolution des indicateurs de l’effet des politiques commerciales.
Phase 1 :1970-1980 Phase 2 : 1990-2000
Politiques poursuivies Import-Substitution
Promotion des exportations
Libéralisation
Exportations Totales hors pétrole (X)
Importations Totales (M)
PIB
Taxes sur le Com. Ext.
X/PIB
(X + M)/PIB
Taxes/PIB
1975
98,91
119,68
612,30
39,40
16,15
35,70
06,43
1980
191,57
284,34
1568,90
74,03
12,21
30,33
04,72
1990
549,36
403,48
3352,80
76,10
16,38
28,42
02,27
1995
816,31
518,67
4932,30
144,04
16,55
27,07
02,92
1998
1011,87
853,08
5240,00
380,52
19,31
35,59
07,26
Source: Kamgnia (2002).
Dans le secteur agricole, les paysans n'ont pas bénéficié en temps opportun des aménagements
faits en leur faveur sous Lomé IV3. Plutôt en 1989, les prix payés aux producteurs ont chuté
considérablement pour la première fois depuis le début de la crise, avec en plus de grands
retards dans le payement effectif des sommes dues (Kamgnia, 1997). La dévaluation et la
libéralisation des prix auraient pu profiter aux agriculteurs, qui avec le désengagement de
l’Etat de la filière café-cacao, pouvaient se constituer en exportateurs, soit individuellement
soit en groupe. Toutefois à l'examen, il s'avère que ces agriculteurs ont peu tiré profit de ces
mécanismes. En fait, les efforts de formation et d'information dans le monde rural ont été si
insignifiants que les producteurs des matières premières n'ont pas perçu à temps la nécessité
de se regrouper selon l'une des formes prévues par la loi afin de négocier en position de force
face aux commerçants-exportateurs plus au fait des transactions diverses. En outre, le surplus
dégagé n’a pas permis de combler les hausses des intrants et des autres services
(médicaments, scolarisation, alimentation, etc.). Ainsi, bien qu'il y ait eu un certain
soulagement chez les agriculteurs en général, les attentes n'ont pas été comblées et la pauvreté
est demeurée présente même dans les campagnes (Kamgnia et Timnou, 2000).
Certes la scolarisation a été un succès au Cameroun, mais l'articulation entre formation et
emploi est restée inadéquate. Pendant longtemps, l’État employait pratiquement tous les
diplômés, sans recherche réelle d’efficacité. La mise en application des premières mesures
d’ajustement structurel, dès la fin des années 1980, a nécessité la baisse des recrutements
administratifs, mettant d’emblée sur le marché de travail de nombreux diplômés sans emplois,
ceux-là dont la formation ne répondait pas aux réels besoins de ce marché. Cette situation n’a
pas cessé de se dégrader, révélant une véritable crise dans la formation de la jeunesse
camerounaise. De manière générale, les transferts publics étaient devenus rares dans la
mesure où la crise imposait une baisse importante des dépenses publiques, et les transferts
privés vers les zones rurales n’ont pu être maintenus à cause des conditions désormais
difficiles dans les zones urbaines. La pauvreté s’est ainsi généralisée touchant tout autant les
zones urbaines que les zones rurales.
Face à une pauvreté généralisée, la préoccupation est celle de la coordination entre croissance
et lutte contre la pauvreté. Des auteurs comme Rodrik (2000) pensent que la croissance peut
profiter aux pauvres, à condition qu’elle s’accompagne d’une modification de la distribution
des revenus. En retour, la réduction de la pauvreté peut soutenir la croissance. C’est le cas
3 Dans ce cadre, les prêts STABEX se sont transformés en dons aux différents pays ACP.
5
particulier des investissements dans l’enseignement primaire, les infrastructures rurales, la
santé et l’alimentation qui peuvent accroître la capacité productive d’une économie tout
entière et partant, engendrer une augmentation des revenus de tous les groupes. D’emblée
plutôt que de susciter la croissance principalement dans le secteur agricole pour réduire la
pauvreté dans le monde rural uniquement, l’on a cherché à stimuler la croissance économique,
de manière à permettre au pays d’approcher les objectifs internationaux de développement4..
Les performances macroéconomiques caractéristiques des années fastes (1970, début 1980),
des années de crise (fin des années 1980, début des années 1990), et des années d’ajustements
économiques (depuis le début des années 1990) au Cameroun sont présentées au Tableau 2.
Tableau 2: Evolution de quelques indicateurs de performance macroéconomique
de 1976 à 2001: Croissance (%)
Période
Secteur 1976-1984
1985-1993
1994-1996
1997-2001
PIB 8,2
-0,6
3,4
4,6
Primaire 3,0
1,4
0,8
2,2
Secondaire 20,3
-3,2
-5,0
1,3
Tertiaire 5,1
0,6
8,7
6,8
Consommation 6,5
0,7
2,6
2,4
Investissement 14,5
-8,0
-0,8
7,5
Investissement public 19,5
-10,3
5,1
5,1
Investissement privé 13,2
-6,7
-1,9
6,3
Source: DSRP du Cameroun (Projet 2002)
Dans l'ensemble, la reprise économique souhaitée par la mise en œuvre des programmes
d'ajustement ne se précise qu'à partir de la période 1997-2001, notamment en ce qui concerne
les secteurs primaire, secondaire, et l'investissement privé. Quoique la croissance de la
consommation soit restée positive sur la période considérée, le taux des années 1990 est resté
largement inférieur à ce qu'il était au cours des années 1970 et 1980. La croissance du PIB est
passée quant à elle de 0,6% à 4,6%. Cependant, les parts du budget de l’Etat allouées à des
domaines prioritaires que sont l’éducation, la santé, l’emploi, et les infrastructures
économiques et sociales sont restées relativement faibles, comme l’indique le Tableau 3.
Tableau 3: Evolution des dépenses budgétaires (% des dépenses primaires) dans quelques
domaines prioritaires
1996
1997
1998
1999
2000
2001
Education 18,1
16,4
17,9
18,1
18,0
23,1
Santé 4,7
4,7
5,6
5,6
5,3
6,6
Infrastructures 7,6
11,4
12,2
10,9
9,9
11,0
Développement social et emploi 1,1
1,0
0,7
0,9
0,9
1,0
Secteur rural 4,3
4,2
4,5
4,5
3,9
4,3
Source: DSRP du Cameroun (Projet 2002)
Les corrections entamées n’ont pu être davantage car les performances économiques sont
restées jusque-là assez modestes. Comme le révèle le Tableau 4, le taux de croissance du PIB
réel est passé à 5% en 1995/1996, oscillant autour de cette valeur tout au long de la seconde
moitié des années 90.
4 Ces objectifs, au nombre de sept, non seulement énoncent des buts précis à atteindre, mais aussi les délais de
réalisation. Comme le note Swanson (2000), les progrès vers leur réalisation sont trop lents pour que les pays
pauvres atteignent les sept objectifs, et de nouveaux défis surgiront sans aucun doute, qui les rendront encore
plus difficiles à atteindre. Aussi, leur réalisation est-elle devenue l’affaire de tous. Une preuve de la participation
de la communauté internationale à la lutte contre la pauvreté dans les pays en développement est leur adoption
des documents de stratégie de réduction de la pauvreté (DSRP).
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