
COMMUNICATION DE LA SOCIÉTÉ ÉDITRICE DU MONDE/SAMEDI 5 JUIN 2004/I
FISCALITÉ
LES COMPTES DU GROUPE
2003
L
es pertes que nous avons enre-
gistrées en 2003 sont lourdes,
plus lourdes que prévues pour
une année qui restera comme
l’une des plus mauvaises vécues
par la presse quotidienne nationale
(PQN) en général,par Le Monde en par-
ticulier. Ces pertes sont comparables,
par leur ampleur, à celles de 2002
(18 millions d’euros contre 19 millions
d’euros en 2002), mais elles correspon-
dent à une situation plus défavorable :
elles tiennent pour près de la moitié à
une perte d’exploitation,concentrée sur
Le Monde et son imprimerie.
La tentation est d’oublier cette an-
née noire, de passer très vite à l’année
2004, dont l’objectif est le retour à l’é-
quilibre d’exploitation.Mais il n’est pas
inutile de replacer cette année 2003 et
ses résultats dans le contexte de la crise
de notre secteur d’activité.
Le contexte que nous devons af-
fronter vient d’être rappelé par une
étude du Syndicat de la Presse Pari-
sienne qui souligne les éléments sui-
vants : sur quinze ans, le chiffre d’af-
faires de la PQN a stagné ; celui de la
PQR (presse quotidienne régionale) a
augmenté de 1 milliard d’euros. Celui
de l’ensemble de la presse a augmenté
de 1,5 milliards d’euros. Cette stagna-
tion s’explique par l’état des trois sour-
ces de recettes : les ventes ont reculé ;
la publicité est stagnante ; les annon-
ces d’emploi sont menacées du fait du
chômage de masse.
La baisse des ventes des quotidiens
tient essentiellement à leur érosion chez
les 15-20 ans. Or, le niveau de lecture
régulière est atteint vers 20 ans. Il est
au mieux conservé, jamais augmenté.
La démographie française laisse donc
prévoir un fort déclin de la lecture,chez
les jeunes.
UN CONTEXTE DIFFICILE
La publicité : nous vivons sur une pe-
tite part d’un marché publicitaire lui-
même sous-dimensionné. En effet, la
dépense publicitaire est en France
l’une des plus faibles des grands pays :
171 euros par habitant, contre 263 eu-
ros au Royaume Uni, 190 euros en Al-
lemagne et 453 euros aux Etats-Unis.
Le taux de pénétration est donc faible,
et contribue à entretenir un cercle vi-
cieux : prix de vente élevé, érosion de
la diffusion, stagnation de la publicité,
peu ou pas de rentabilité.
Dans ce contexte particulièrement
difficile nous supportons des coûts
structurels d’impression et de distribu-
tion nettement supérieurs à ceux de
nos voisins ; et nous devons, comme
eux, faire face aux évolutions sociolo-
giques et générationnelles lourdes,
avec le développement rapide, l’explo-
sion même, des « gratuits » ou quasi-
gratuits, et le début de l’essor du net.
Les deux crises les plus récentes vé-
cues par notre entreprise se ressem-
blent par l’ampleur de la baisse de la
recette publicitaire : 40 millions d’eu-
ros de 1990 à 1993, et de 2000 à 2003.
Elles diffèrent sur la diffusion : celle-ci
avait baissé de 7 points entre 1990 et
1993 ; la baisse est inférieure à un point
entre 2000 et 2003. En part de marché,
le recul était de 1 point entre 1990 et
1993 ; mais entre 2000 et 2003, Le
Monde a gagné un point.Les dix an-
nées que nous venons de vivre restent
donc marquées par le formidable re-
dressement de la diffusion du jour-
nal lié bien sûr à la refonte de sa for-
mule en janvier 1995 et à notre
dynamisme éditorial : plus de 12
points de mieux pour Le Monde. Voilà
une bonne raison de ne jamais céder
sur le dogme autour duquel nous
avons reconstruit le journal : celui pré-
cisément du dynamisme éditorial, de
l’adaptation permanente et de la né-
cessaire et tout aussi permanente
réflexion sur la qualité rédactionnelle,
lesquelles devront connaître prochai-
nement d’autres développements. Au
vu des chiffres de la recette publicitaire,
personne ne peut douter que,seul dans
cette crise, Le Monde aurait sans doute
été balayé, c’est-à-dire replongé dans
la problématique des années 1990-
1993. La grande différence, tient à ce
que l’entreprise n’est plus la même.
Notre groupe est en effet différent
par son périmètre, que résume l’évo-
lution de son chiffre d’affaires :
147 millions d’euros en 1990 ; 95 mil-
lions d’euros en 1993 ; 310 millions
d’euros en 2000 ; 680 millions d’euros
en 2003. Il est aussi différent par ses
fonds propres : négatifs en 1994, ils at-
teignent 260 millions d’euros, dix ans
plus tard. Quant au ratio endettement
net/fonds propres, il était de 212 % en
1993, et de 45 % fin 2003.
La leçon est claire : les événements
ont validé la stratégie de développe-
ment que nous avons fermement en-
gagée, et poursuivie sans relâche.Cette
stratégie s’est traduite pas la consti-
tution d’un groupe diversifié, présent
sur trois secteurs de presse – PQN,
PQR et Magazine – et doté de deux
unités « transversales », Le Monde
Interactif et la Grande Régie.
Cette stratégie a été rendue possi-
ble par la mobilisation des action-
naires-partenaires, qui ont été les
premiers au rendez-vous de la reca-
pitalisation – disons plutôt du sauve-
tage –, il y a dix ans, et les premiers
au rendez-vous du développement,et
de la souscription des ORA, ce bel ou-
til de développement, ces 62 millions
d’euros de fonds propres venus com-
penser l’amputation de ces mêmes
fonds propres que constituent deux
années de lourdes pertes,2002 et 2003.
SE RENOUVELER POUR PROGRESSER
Nous traversons donc la crise en nous
renforçant. Grâce à nos actionnaires-
partenaires qui nous ont donné du ca-
pital, donc du temps. Nous l’occupons
à organiser l’an I du Groupe, de cette
nouvelle entreprise qui a été constituée
au plus fort de la crise, qui devrait nous
permettre de rebondir très fortement
dès que celle-ci s’achèvera.
Mais nul ne peut se contenter d’at-
tendre le retour de la prospérité du seul
regain de l’activité économique du pays,
décisif il est vrai par la recette de pu-
blicité. Car cette crise a bel et bien une
dimension structurelle. Nous aurons
donc besoin de renouveler notre ré-
flexion stratégique : nous devons en ef-
fet prendre conscience de la nécessité
de repenser les modèles mêmes sur les-
quels reposait notre activité.
S’agit-il de la presse magazine ? Ou-
tre le fait que, par exemple, dans le sec-
teur jeunesse, ou vis-à-vis d’un public
féminin, il faut être toujours en mou-
vement pour progresser, elle est à son
tour interpellée par les gratuits, ou par
les presque-gratuits que sont les « quin-
zomadaires » de télévision.
S’agit-il de la PQR ? Celle-ci était as-
sise sur un monopole régional, désor-
mais battu en brèche par l’arrivée des
télévisions régionales, concurrencé par
les gratuits qui se multiplient dans les
métropoles régionales. Elle est aussi
confrontée à la montée en puissance
du net.
Pour la PQN, nous le savons, la lutte
est encore plus difficile pour contrarier
le déclin réputé inexorable du lectorat ;
avec la nécessité de moderniser – ce que
nous avons fait - les outils du papier et
celle d’investir – ce que nous avons fait –
dans les outils du futur.
Le futur passe par le net, et à son tour,
il interagit sur le papier. Et en même
temps qu’il se développe,il introduit des
changements culturels lourds. Par
exemple, ce qui caractérise le papier, et
Construire dans la crise
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Jean-Marie Colombani
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