Ministère des Affaires Étrangères et de la Coopération
Direction de la Communication
Revue Économique hebdomadaire
N° 31 du 12 août 2011
Label’Vie switche
vers Carrefour Market
Analyse: La vraie leçon
de la crise de l’euro
Un Bouleversement
Finance: Le S&P 500
à la loupe
SOMMAIRE
Presse économique nationale
Presse économique internationale
Page Finances
Brèves Eco
Eco zoom
Zoom international
09
Zoom national
02 Désordres collatéraux
02 Fatal
02 La phobie des classements nous rend
machiavéliques
03 Le port de Tanger Med cartonne
03 OCP : 7 milliards de DH de plus à l’export
03 IDE au plus bas depuis 2006
04 Or: retour vers le futur
04 L’Amérique sur la pente grecque
05 Cette crise est plus qu’une récession
05 La vraie leçon de la crise de l’euro
06 Critique de la raison économique
6 La gouvernance: facteur de risque ou de progrès ?
07 Le raffinage de pétrole moins cher en juin
07 Le S&P 500 à la loupe
07 Le krach évité de justesse
08 Trichet presse les Gouvernements « de faire leur
travail »
08 Colère de Pékin après l’abaissement de la note des
États-unis
08 Liquidité: BAM sert 28 milliards de DH
08 La commission européenne veut responsabiliser
les 8000 banques européennes
08 Les pays du G20 prêts à agir de concert pour
stabiliser les marchés
08 Nouveau record pour l’once d’or
08 Facture sucrée salée pour le Ramadan
09 Label’Vie switche vers Carrefour Market
09 Un bouleversement
09
07
05
Désordres
collatéraux
Ils étaient, ils sont,
fort nombreux ceux
qui s’inquiètent de
voir monter les nou-
velles formes de passe-droit: re-
crutement sans concours ni di-
plôme ni budget, occupations des
espaces publics par des marchants
au noir , audience judiciaires vio-
lemment perturbé par des em-
ployés du Ministère de la Justice,
des services publics essentiels
(santé, éducation, conservation
foncière, transports…) paralysés
par des minorités activistes, des
usines attaquées en plein jour par
des bandes armées… Les ci-
toyens avaient bien compris que
l’Etat, craignant de fabriquer un
martyre, ait battu en retraite. Il a
gravement négligé le principe de
base qui veut que la solidarité
nationale passe d’abord et avant
tout par des services publics com-
pétents, efficaces et disponibles.
Cette fête du Trône devrait mar-
quer la réinstallation des référen-
ces de la vie en société. Et, il fait
espérer, la fin des désordres colla-
téraux aux avancées fortes et
tangibles de prin-
temps. D’abord les
décorations qui sont
allées au différents
corps de sécurité, y
compris les rensei-
gnements, récom-
pensent leur patience et leur sa-
voir faire. Maintenir la liberté en
même temps que la sécurité n’est
pas une affaire d’amateurs. En-
suite, le discours de SM Moham-
med VI a remis sur l’agenda des
évidences économiques et socia-
les perdues de vue dans les désor-
dres ambiants. Les équilibres
financiers doivent à nouveau
guider une politique économique,
qui doit elle-même être remise sur
pieds. Les emplois doivent être
productifs de valeurs, l’enseigne-
ment doit redevenir utile, la cou-
verture médicale doit redevenir
efficiente… Le Discours Royal
est allé jusqu'à employer l’expres-
sion de « nouveau pacte » écono-
mique, attentif à l’appareil pro-
ductif, à la liberté d’initiative et à
la libre entreprise. Reste mainte-
nant à faire descendre des réfé-
rences de base jusque dans la vie
de tous les jours.
L’Économiste
Revue Nationale: Éditoriaux et Chroniques
P 2
La facture sociale envoie depuis un mo-
ment des signaux inquiétants, et cela ne
semble pas troubler le gouvernement. La
cote d’alerte vient d’être franchie avec les
contractuels de l’OFPPT (Office de la For-
mation Professionnelle et de la Promotion
de Travail) qui ont donc obtenu leur titula-
risation de force. Alors que pareil établis-
sement public de formation est probable-
ment attendu sur l’amélioration de ses in-
dicateurs de productivité, de service, et
non sur le gonflement de sa masse sala-
riale, cette mesure peut faire tiquer légiti-
mement entreprises et contribuables que
nous sommes. D’abord sur l’idéologie.
Maintenant que les campings des grévistes
sur le boulevard Ba Hmad (siège de l’OFP-
PT à Casablanca) ont porté leurs fruits,
demain, à qui le tour et
pour demander quoi? Le
Gouvernement, visible-
ment tétanisé par le
contexte du printemps
arabe, et en manque de
volonté pour redresser la
situation du pays, se
borne à éteindre les feux
d’incendie, même s’il
piétine au passage le
fonctionnement normal
du marché de l’emploi. A l’issue de cette
tournure, il ne faut pas s’étonner si l’inté-
rim en prend un coup, les entreprises hési-
tant à recruter par ce biais, de peur d’avoir
à gérer ce genre de situation. Ensuite, sur
le fond. Cette titularisation, il faut bien que
quelqu’un en paye la facture. Et à ce titre,
c’est faire preuve de myopie que de croire
que le modèle social marocain dispose de
manoeuvres inépuisables
de financement. Le bud-
get est sous pression, on
le sait. En plus des nom-
breux fronts sociaux, qui
se sont ouverts, il faut
peut-être compter au-
jourd’hui avec les mena-
ces sérieuses qui planent
sur les cotisations des
régimes institutionnels
d’assurance maladie et de
retraite, l’Etat risquant probablement de ne
pas verser ses parts à temps. Nos régimes
sont sans doute habitués depuis longtemps
aux lourds déficits mais cela risque de
s’aggraver. Le mur du son de la paix so-
ciale a été franchi. Gare à celui de la paix
économique.
Maroc Eco
Fatal
L’investissement et le climat des
affaires dépendent, certes, de la jus-
tice, de l’équité et de la stabilité,
mais aussi et surtout de la sécuri-
té. Le Maroc, qui entame son proces-
sus de démocratisation avec sérénité
et assurance, ne devrait surtout pas
sous-estimer les derniers incidents.
Les qualifier de simples faits divers serait une erreur fatale.
Certes, les annonces d'intention d'investissement de la part
de nouveaux partenaires tels que les Britanniques sont un
bon signe. La stabilité politique a certes été un des facteurs
stimulants d’une telle décision, de l’aveu même de ces der-
niers, mais cela ne constitue nullement un chèque en blanc.
Les derniers incidents et agressions constatés ces derniers
jours devraient interpeller à plus d'un titre. Les crimes com-
mis à Casablanca, à Fès, à Rabat, à Oujda et dans plusieurs
autres villes posent avec acuité la problématique sécuritaire.
Cette situation est des plus inquiétantes, si l'on considère que
parallèlement, avec les signaux de désordre, de pagaille et
d'atteinte à la liberté du travail qui commençaient déjà à pe-
ser, il y a de quoi faire fuir les investisseurs les plus détermi-
nés et les touristes les plus fidèles. L'anarchie a atteint son
summum avec la prolifération de grèves aléatoires et de sit-
in improvisés, avec en prime, l’interdiction d’accès aux sites
d’exploitation décrétée par les grévistes. Jamais le Maroc n’a
connu une pareille situation. Il est plus qu'urgent de prendre
les devants et d'envoyer des signaux rassurants. C'est mainte-
nant qu'il faut agir, car prendre des mesures après coup équi-
vaudrait à mettre un cautère sur une jambe de bois.
Les Échos (Maroc)
Mur de son
P 3
Le port de Tanger Med cartonne
Plus de 2.900 mouvements de navires sont
projetés au port Tanger Med passagers à
l’issue de cet été 2011. La superstructure
garantit une très grande fréquence des des-
sertes maritimes pour la traversée du dé-
troit. Ce qui fait de la ligne Tanger Med/
Algésiras un véritable pont maritime entre
les deux rives, affirme le directeur du port
Tanger Med passagers. D’un investisse-
ment de 2,2 milliards de DH, le port Tan-
ger Med passagers, second port du com-
plexe Tanger Med, assure un accès por-
tuaire entièrement dédié au trafic ferry et roulier sans interface nautique
avec les autres trafics de commerce (Tanger Med 1 et Tanger Med 2). Ac-
tuellement, 10 ferries et 2 fast-ferries desservent en lignes régulières le port
d’Algésiras, soit une rotation de 46 navires quotidiens, assurés par 5 com-
pagnies maritimes. Initié au mois de mai 2010, le transfert des trafics pas-
sagers et roulier du port de Tanger Ville vers Tanger Med passagers s’est
achevé le 15 janvier 2011, avec le transfert de la totalité des lignes ferries
et fast-ferries desservant Algésiras, Sète, Barcelone et Gênes. Ce port a
totalisé 1.156.731 passagers, 384.667 véhicules et 5.010 autocars, faisant
progresser la part du trafic détroit de et vers Tanger de 5,4%, en l’établis-
sant à près de 60% de l’ensemble du trafic détroit contre 56% un an aupa-
ravant. Le trafic roulier s’est élevé, quant à lui, à 99.518 unités TIR contre
34.555 en 2009. Pour sa part, le port Tanger Med (commerce) a réalisé en
2010 un trafic global de 23 millions de tonnes, soit le double du trafic trai-
té en 2009, et a enregistré un trafic de plus de 2 millions de conteneurs, en
hausse de 68,4% par rapport à 2009. Le port Tanger Med a continué sur ce
trend haussier au cours du premier semestre 2011, totalisant un trafic de
16,3 millions de tonnes, soit une augmentation de 82% par rapport au pre-
mier trimestre de l’année passée et 1.246.321 conteneurs manipulés.
Les Échos (Maroc)
P 3
Analyses
Les IDE au plus bas depuis
2006
L’On s’en doutait dans les milieux écono-
miques. Les mouvements sociaux du 20
février et ceux qui ont suivi n’ont certaine-
ment pas rassuré les investisseurs étrangers,
surtout dans un contexte régional marqué
par l’instabilité. Les investissements et
prêts privés étrangers sont donc ressortis à
11 milliards de DH à fin juin, en baisse de
15% sur un an. C’est le volume le plus fai-
ble enregistré sur les six premiers mois de
l’année depuis 2006. Un niveau qui traduit
le non transfert des investissements prévus
dans les pays de la région vers le Maroc
compte tenu de leur situation politique. En
témoigne aussi l’évolution des indices bou-
siers de la place casablancaise (-12% depuis
le début de l’année) et le faible niveau des
échanges. D’un
autre côté, la cam-
pagne de commu-
nication des auto-
rités à l’étranger
durant la première
moitié de l’année
n’a pas donné des
résultats concrets,
pour l’instant.
Après Paris en
mars, une déléga-
tion marocaine conduite par Salaheddine
Mezouar s’est rendue à New York à la Na-
tional association of securities dealers auto-
mates quotations (Nasdaq) pour marqueter
le produit Maroc. Au-delà de la conjonc-
ture, le Maroc a encore du mal à attirer les
capitaux étrangers. L’année dernière, il était
par exemple absent du top 10 du continent,
selon un classement de la Cnuced. Même
s’il est vrai que
cette liste est com-
posée essentielle-
ment de pays pé-
troliers ou, de fa-
çon générale, qui
disposent de res-
sources minières
importantes. Les
cours de ces matiè-
res premières qui
volent de sommet
en sommet depuis des mois nourrissent
davantage l’intérêt pour ces pays. Pour le
Royaume, l’objectif est de rallier les inves-
tisseurs à ses projets structurants, le plan
Émergence, le plan Maroc Vert, Halieutis,
le tramway ou encore Casablanca Finance
City. La tâche n’est pas aisée.
L’Économiste
OCP: 7 milliards
de DH de plus à
l’export
Malgré les tensions socia-
les que traverse l’Office
chérifien des phosphates
(OCP), celui-ci affiche
d’excellentes performan-
ces. Au premier semestre,
les exportations des phos-
phates et dérivés ont enre-
gistré une hausse de plus
de 44% (22,8 milliards de
DH contre 15,8 milliards
de DH à fin juin 2010).
Ainsi, l’OCP aura augmen-
té la valeur de ses exporta-
tions de plus de 7 milliards
de DH. Cette performance
a dopé l’ensemble des ex-
portations de marchandises
du Maroc. Au terme du
premier semestre, les ex-
portations se sont chiffrées
à 84,6 milliards de DH
contre 70,6 milliards à fin
juin 2010, enregistrant ain-
si une progression de
19,8% (soit un surplus de
près de 14 milliards de
DH). Cette progression est
imputable aux exportations
des phosphates et dérivés à
hauteur de 50,1%. A lui
seul, le phosphate brut a
enregistré une hausse de
ses ventes de l’ordre de
47,3% (5,7 milliards de
DH contre 3,8 milliards de
DH à fin juin 2010). Toute-
fois, en volume, les expor-
tations de phosphates ont
chuté de 2%. Cette varia-
tion est attribuée essentiel-
lement à la hausse du cours
du phosphate. Ce surplus
d’exportation, de 7 mil-
liards, sera le bienvenu
pour financer les différents
investissements et surtout
favoriser la paix sociale
dans les différents sites où
le groupe opère. Sur ce
registre, l’opération «OCP
Skills» lancée par l’Office
pour promouvoir l’emploi
dans les régions d’implan-
tation, semble enfin pren-
dre forme. Pour rappel,
cette opération est venue
débloquer une situation de
crise qui avait violemment
éclaté dans la ville de
Khouribga en mars.
La Vie Eco
P 4
L’Amérique sur la pente grecque
L’Amérique ne s’est finalement pas cogné la tête dans le plafond.
Les débats enflammés de ces derniers jours au Congrès des États-
unis ayant débouché sur un accord, ils ne laisseront guère de traces
dans l’histoire. Le Trésor va continuer d’emprunter des dizaines de
milliards de dollars sans le moindre pro-
blème. Comme les investisseurs et les ban-
ques centrales du monde entier continuent
de bousculer au portillon, le Gouvernement
Fédéral peut lever de l’argent pour un taux
d’intérêt modique moins de 3% à dix ans. Il
serait cependant illusoire de croire que la
dette publique américaine cesse d’être un
problème majeur qui menace jusqu'aux fon-
dements de la finance mondiale. Car l’ac-
cord trouvé à grande peine par les parlementaires américains ne
suffira pas à mettre les finances publiques du pays sur un chemin
soutenable à long terme. Bien sûr, l’effort de réduction est consé-
quent, puisqu’il porte sur 2.500 milliards de dollars d’économies en
dix ans, 1.000 milliards déjà définis et 1.500 milliards encore à
préciser. Mais les Américains ont pris de piètres habitudes budgé-
taires. Ils se prélassent pour la troisième année consécutive dans un
déficit de plus de 10% du PIB, alors que l’Europe impose à ses
membres de revenir à 3% sans traîner. Et, surtout, ils n’ont pas
encore pris la mesure d’un changement majeur: l’abaissement du-
rable de leur rythme de croissance. Le Congress Budget Office,
dont les prévisions font autorité en matière de finances publiques,
prévoit par exemple une croissance moyenne de 3,2% dans les cinq
années à venir. Or l’activité a monté d’à peine 1,7% l’an lors de la
dernière décennie. Les chiffres publiés ont révélé que l’Amérique
avait connu non pas une, mais deux années de récession, que la
chute entre le pic et le creux à été de 5%, et
non de 4%, et que l’activité n’a pas encore
retrouvé son niveau d’avant crise après deux
ans de redémarrage, du jamais vu depuis les
années 1930. L’Amérique sort de la réces-
sion sur un chemin de croissance moins sou-
tenu qu’avant la catastrophe financière. Il y
a vingt ans, l’économiste devenu depuis
chroniqueur Paul Krugman avait écrit un
livre titré « The Age of Diminished Expec-
tations », l’ère des anticipations rapetissées. Mais l’essor des tech-
nologies de l’information a dopé les années 1990. Puis la dette a
sauvé les années 2000. Aujourd’hui, il n’y a plus de relais et la
dette est à rembourser. L’Amérique va devoir vivre pendant des
années avec une croissance anémiée. Les rentrées fiscales seront
moins abondantes que prévu, les dépenses sociales plus élevées. Le
trou va donc se creuser. Ce scénario méconnu et pourtant impara-
ble se déroule en ce moment même en Grèce, où la croissance ne
cesse de décevoir
Les Échos (France)
P 4
Revue internationale: Éditoriaux et Chroniques
Or: retour vers le futur...
Comment expliquer la flambée actuelle de
l’or sinon par la sensation de fragilité finan-
cière extrême que renvoient les
pays développés, États–Unis en
tête? Le fait même que la Mai-
son-Blanche et le Sénat aient
laissé jouer l’opinion et les mar-
chés avec l’hypothèse d’un dé-
faut des États-unis est le signe
que, même si les Gouvernements
veulent donner l’impression
qu’ils gardent la main, la situa-
tion n’a jamais été aussi pré-
caire, et les solutions proposées
partielles, provisoires et impréci-
ses. Les transactions sur l’or ont
d’ores et déjà atteint 200 tonnes
cette année. Nous sommes presque au re-
cord de 1981, période de grand trouble sur
les marchés où 276 tonnes d’or s’étaient
échangées. Jamais depuis la fin des accords
de Bretton Woods, en 1971, les banques
centrales, les fonds souverains, les investis-
seurs publics de toute nature n'avaient accu-
mulé autant d'or. Jusqu'à la Corée, qui a
triplé ses réserves en or au cours des deux
derniers mois, effaçant ainsi le triste souve-
nir de la crise financière de 1997-1998 lors-
que les Coréens faisaient don de leurs bi-
joux en or à la banque centrale pour aider
au redressement du pays... Autre fait remar-
quable: les nouvelles classes moyennes
indiennes et chinoises achètent de l'or, par-
fois sur l'instigation de leur Gouvernement,
particulièrement en Chine où des campa-
gnes de publicité financées par l'État ont
fait la promotion de l'achat d'or auprès des
épargnants. Chinois et Indiens ont
représenté 58% de la demande
physique d'or au cours du premier
semestre de cette année. Ainsi en
Inde, autrefois concentré dans les
périodes de fêtes religieuses et à la
saison des mariages, entre septem-
bre et décembre, l'achat d'or fait
maintenant partie de la stratégie de
gestion de patrimoine de la classe
moyenne. Le retour de l'or comme
valeur refuge n'est pas une bonne
nouvelle. Elle est le signe d'une
grande circonspection devant la
capacité des économies dévelop-
pées à gérer conjointement une faible crois-
sance et une forte dette et surtout à démon-
trer leur volonté de poser des actes politi-
ques forts pour restaurer la confiance.
La Tribune
Analyses
Cette crise est plus qu’une
récession
Pourquoi continuons-nous de qualifier la
dernière crise financière de « Grande Ré-
cession » ? Après tout, le terme repose sur
une grave erreur de diagnostic des problè-
mes auxquels sont confrontés les États-unis
et d'autres pays, à l'origine des prévisions
erronées et des politiques inappropriées.
L'expression « Grande Récession » répand
l'idée selon laquelle l'économie actuelle
suivrait les contours d'une récession classi-
que, certes plus sévère, un peu comme on
souffrirait d'un très mauvais rhume. C'est
en cela que les prévisionnistes et les ana-
lystes qui, tout au long de la crise, ont tenté
d'établir des analogies avec les récessions
américaines d'après-guerre, sont dans l'er-
reur la plus grossière. Par ailleurs, bon
nombre de décideurs politiques se sont
appuyés sur la conviction qu'il s'agirait
simplement en fin de compte d'une réces-
sion profonde, qu'il serait possible de maî-
triser en recourant abondamment aux outils
politiques conventionnels tels que les me-
sures budgétaires ou les plans de sauvetage
massif. Pourtant le vrai problème n'est
autre que l'endettement catastrophique qui
touche l'économie à l'échelle mondiale et
auquel il sera impossible de
remédier rapidement sans la
mise en place d'un système
de transfert de la richesse des
créanciers aux débiteurs, en
recourant soit au choix du
non-paiement, soit de la ré-
pression financière, soit de
l'inflation. Bien que peu rassurant, le terme
plus précis de « Seconde Grande Contrac-
tion » désigne la crise actuelle de manière
plus appropriée. Il repose sur un diagnostic
de la crise comme étant celui d'une crise
financière classique très sérieuse, et non
d'une récession classique très sérieuse. La
première « Grande Contraction » remonte
bien évidemment à l'épisode de la Grande
Dépression, comme l'ont montré les tra-
vaux d'Anna Schwartz et du regretté Mil-
ton Friedman. La contraction ne concerne
pas seulement la production et l'emploi,
comme c'est le cas dans une récession nor-
male, mais également la dette et le crédit,
ainsi que le désendettement, qui nécessite
généralement plusieurs années. Pourquoi
argumenter sur la sémantique ? Eh bien,
imaginez que vous ayez une pneumonie,
mais vous pensiez qu'il s'agit seulement
d'un mauvais rhume. Vous pourriez aisé-
ment vous tromper de remède, et vous vous
attendriez certainement à un
rétablissement bien plus
prompt qu'il n'est en réalité
possible. Dans une récession
classique, la reprise de la
croissance s'effectue dans un
retour raisonnablement rapide
à la normalité. L'économie
retombe non seulement sur ses pattes, mais
retrouve en un an une tendance croissante à
long terme. Les lendemains d'une crise
financière classique et profonde sont quel-
que chose de totalement différent. De nom-
breux commentateurs soutiennent que la
relance budgétaire a considérablement
échoué, non pas parce qu'elle était menée
de manière incorrecte, mais parce qu'elle
n'était pas suffisante pour s'attaquer à une
« Grande Récession ». Pourtant, dans une
« Grande Contraction », c'est la dette qui
constitue le problème numéro un. Le seul
moyen pratique d'écourter la douloureuse
période de désendettement et de croissance
ralentie à venir consisterait en un recours
modéré à l'inflation, disons de 4 à 6 %. A
cet égard, l'inflation frappera quoi qu'il
arrive, d'une manière ou d'une autre, et
c'est ce que l'Europe est en train de com-
prendre dans la douleur.
Les Échos (France)
La vraie leçon de la crise de
l’euro
La leçon fondamentale des crises de la
zone euro n’est pas la fragilité de celle-ci
(finalement pas si grande). Elle est que
l’euro n’est pas une assurance tout risque
permettant une gestion insouciante. La
contrainte extérieure, que l’on croyait écar-
tée, est de retour à travers les écarts de coût
du financement de la dette souveraine. Et
ces écarts sont indexés sur la compétitivité
des pays. Ainsi, à travers les écarts de taux
sur les dettes souveraines, les marchés réin-
troduisent de salutaires différenciations
internes à la zone euro. En effet, ces écarts
sont la mesure de l’efficacité perçue des
politiques de compétitivité des pays euro-
péens. Ce faisant, ils rappellent à leurs diri-
geants politiques quelques principes sim-
ples. Le premier est que 80% du com-
merce mondial porte sur des échanges de
biens. En exporter est donc indispensable
pour l’équilibre de la balance courante.
Pour tout pays qui n’est pas richement doté
de produits de base, cela signifie l’obliga-
tion d’exporter des produits industriels. Il
n’y a pas de modèle économique soutena-
ble fondé sur des activités
supposées non délocalisa-
bles comme les services à
la personne, la construc-
tion, l’immobilier ou le
tourisme. Tout simple-
ment parce qu’il en ré-
sulte un déficit commer-
cial chronique qui engendre un déficit tout
aussi chronique et croissant de la balance
courante. Qui ne se finance alors que par
endettement. Le deuxième est que la régu-
lation “à l’ancienne” est effectivement péri-
mée. Dans un monde ultra- concurrentiel et
ouvert, il n’est pas raisonnable de compter
sur la limitation volontaire des plus excé-
dentaires , ni sur l’appauvrissement contrô-
lé des plus déficitaires. Il n’y a pas d’é-
chappatoire à la compétitivité et plus préci-
sément à la compétitivité industrielle. Le
troisième est que ces déséquilibres n’ont
aucune raison de se résorber spontanément
comme nous le constatons. Les exporta-
teurs puissants sont de plus en plus riches
et les importateurs chroniques de plus en
plus fragiles et dépendants de leurs créan-
ciers et des marchés financiers. Cela résulte
de ce que la compétitivité industrielle est
une accumulation de recherche, d’innova-
tion, d’investissement, de
savoir… Comme une es-
pèce en voie d’extinction
dont les reproducteurs sont
trop rares pour se ren-
contrer assez, si les entre-
prises capables de ces ef-
forts sont trop peu nom-
breuses, elles ne suffisent plus à diffuser
assez d’innovation, d’investissement et de
gains de productivité pour restaurer la com-
pétitivité. Un récent rapport estime que
certains pays européens pourraient en être
là, ce qui expliquerait la difficulté à faire
remonter les dépenses de leurs entreprises
malgré des politiques publiques reconnues
comme intelligentes et volontaristes. Le
quatrième est que la solidité de la zone euro
suppose effectivement une meilleure inté-
gration politique. Il n’y a pas moyen d’y
échapper comme est en train de le décou-
vrir l’Allemagne. Mais la réciproque est
également vraie : il n’y a pas moyen non
plus d’échapper à la convergence des poli-
tiques économiques vers le modèle le plus
vertueux car c’est en référence à lui que se
calculent les écarts de coût de financement.
Ainsi, l’Allemagne n’est plus un exemple
mais une norme.
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