pidémiologique
Épidémie de salmonelloseàSalmonellaenterica
sérotype Manhattanassociée àdesproduits carnés
INTRODUCTION
EnFrance,le CentreNational de Référence des salmonelles
(CNR)collecte les soucheshumainesgrâceàunréseaude
laboratoiresd’analyse médicale volontairesetl'Afssa
(Agence française de sécuritésanitaire desaliments)
centralise les souchesde salmonellesisoléeschezles
animaux,danslesaliments oudansl'environnement.
Le25 novembre2005,le CNR des salmonellesaidentifié
une augmentation inhabituelle d’isolats de Salmonella
enterica sérotype Manhattan(SalmonellaManhattan). En
effet,30 casontétérecensésdepuisaoût 2005,dont 26
en provenance de plusieurs départements du sud-est de
laFrance.
Bien que les salmonelles soientla cause principale
identifiée desinfectionsliéesaux aliments [1], Salmonella
Manhattan est rarementisolée chezl'homme,dansles
aliments ouchezlesanimaux.LeCNR a identifié une
moyenne annuelle de 7casdurantles5 dernièresannées
etaucune souche de SalmonellaManhattan n'aété isolée
en 2004 danslesaliments (A.Brisabois,communication
personnelle,2005).
Une investigation aété menée pour déterminerl'ampleur
de l’épidémie,lasource de l’infection etpour mettre en
œuvre lesmesuresde contrôle etde prévention.
MÉTHODES
Enquête épidémiologique
Lesdonnéesépidémiologiquesde base (âge,sexe,dépar-
tementde résidence,adresse dulaboratoire) associéesà
tous lesisolats de SalmonellaManhattan identifiésparle
CNR ontétérecueilliespour l’investigation. Uncasaété
défini comme une personne habitanten Franceavec
diarrhée (aumoins 3 sellesaqueusesparjour) oufièvre et
pour laquelle SalmonellaManhattanaété isolée sur un
échantillon de sellesoude sang depuisaoût 2005. Au
momentde l'alerte,lescaslesplus récemmentidentifiés
ontété interrogés rétrospectivementpar téléphone à
l’aide d’un questionnaireexploratoire quirecensaitla
consommation etl'achatd’aliments dansles 7 jours
précédantles symptômes.Le questionnaire portait
également sur les symptômes,leséventuellesautres
expositions tellesqu’uncontactavecd'autrescasde
diarrhée danslafamille,avecdesanimaux de compagnie
ou sauvages,l’existence d’unvoyage récent,etc.Une
enquêtecas-témoin aété effectuée.Trois témoinsparcas
ontétéappariéspardépartementetpargroupe d'âge
(enfant,adultesiâgé de plus de 15 ans). Les témoinsont
étérecrutésauprèsdumédecin ducas,de safamille oude
sesamisoude manièrealéatoireàpartirde l’annuaire
téléphonique. Les témoinsn’avaientaucunantécédentde
maladie gastro-intestinale dansles 2 semainesprécédant
l’entretien. Desquestionsprécisesconcernantleur
consommation d’aliments etleurs achats dansles 7 jours
précédantl’entretien leur ontété posées.Pour l'analyse,
lesproduits à base de viande ontétéregroupés selon
lacatégorie etle type de fabrication (parexemple
saucisses sèches,saucissescuites,saucissescrues,pièces
de viande de porc cuite…). L'analyseaété effectuée avec
EpiData®etlesfréquencesontétécomparéesen utilisant
le ~ 2de Pearson oule test exactbilatéral de Fisher.Les
intervallesde confiance desOddsratiosontété estimés
parlaméthode de Mantel-Haenszel,stratifiéespar
département.
Investigation européenne
LeréseauEnternet(réseauinternational pour la
surveillance desinfectionsgastro-intestinaleshumaines)
aété informé de l’épidémie en cours en France. Ilaété
demandé àsesmembresde rapporter touteaugmentation
dunombre descasàSalmonellaManhattan ou tous cas
potentiellementliésàl’épidémie française.
Enquêtevétérinaire
L’origine des souchesalimentairesde SalmonellaManhattan
isoléesparl'Afssadepuisaoût 2005aété identifiée par
les services vétérinairesdépartementaux.
B E
ulletin
N°24/mars 2007 Trimestriel
SOMMAIRE
Page 1
Épidémie de salmonellose
àSalmonellaenterica sérotype
Manhattanassociée
àdesproduits carnés
Page 4
Lesdangers biologiquespour
le consommateur de viandes:
une analyseappliquée auporc
OMMAIRE
Page 6
LeRNOEA :RéseauNational
d’ObservationsÉpidémiologiques
en AviculturePathologieaviaire
en 2004
Page 8
Situation desprincipales
maladies réglementées:
15 avril 2007
H.Noël(1),M.Dominguez(1),FX.Weill(2),A.Brisabois (3) ,C.Duchazeaubeinex (4),A.Kerouanton(3) ,G.Delmas(1),N.Pihier (4),E.Couturier(1)
(1) Institut de Veille Sanitaire,Saint-Maurice
(2)CentreNational de Référence desSalmonelles,Paris
(3)Afssa-Laboratoire d’étudesetde recherches sur laqualité desaliments et sur lesprocédésagroalimentaires,Maisons-Alfort
(4) Direction générale de l'alimentation,Paris
Traduction de l’article paru dansEurosurveillance,volume 11,Oct-Déc2006
1
Investigation microbiologique
Les souchesd’origine alimentaire ethumaine de SalmonellaManhattan liéesà
l’épidémie etd’autresnon reliéesontétécaractériséesparélectrophorèse en
champ pulsé (PFGE)[2].L'ADN a été digéré parl'enzyme
d
ba1 .Chaque profil
présentant une différence d’aumoins un fragment>100 Kbpaétéconsidéré
comme un profil distinct.Le logiciel Bionumerics® aétéutilisé pour analyseret
comparerlesprofilsgénomiquesobtenus.
RÉSULTATS
Enquête épidémiologique
Entreaoût 2005 etmars 2006,69casontétérecensés,dont51 (74%)situés
dans10départements du sud-est de laFrance (figure 1,figure2). Parmi les
69cas,38 étaientdesfemmes.Tous lesgroupesd'âge étaientconcernés;74%
étaientdesadultesetparmi eux,27 (55 %) avaient 65ansetplus.
Aumomentde l'alerte (semaines47/48),13casontété interrogés.Douze d'entre
eux résidaientouavaientpassé quelquesjours dans un desdépartements du
sud-est de laFrance pendantlasemaine précédantle début des symptômes.
Parmi les13cas,9 étaientdesadultes(3de plus de 65ans). Lesdatesde début
des symptômes s’échelonnaientdu 2 septembreau11 novembre2005. Les
symptômeslesplus fréquemmentrapportésétaientde ladiarrhée (12/13dont
4sanglantes) etdesdouleurs abdominales(10/13). Troispatients ontété
hospitalisés,aucun n’est décédé.
Lesaliments lesplus fréquemmentcitésétaientde laviande de porc cuite
(jambon cuit,12/13),de laviande de bœuf (12/13),du saucisson (11/13) etdes
saucissesde porc(9/13),dufromage de chèvre (11/13),dubœuf haché (10/13)
etdu surimi(1) (10/13) (tableau1).
Lescasavaientconsommé plus souventque les témoinsdes saucissesde porc
(OR=5,9,intervalle de confianceIC [1,3;26,9]),de laviande de bœuf (OR=9,3,
IC [1,3;68,6]) etdu surimi (OR=9,5,IC [2,0;45,1]) (tableau1). Enraison dupetit
nombre de cas,aucune analysemultivariable n'apuêtreréalisée.
Enquêtevétérinaire
Entreseptembre etnovembre2005,SalmonellaManhattanaété isolée dans
19 échantillonsalimentairesprovenantde 2départements du sud-est de la
France,12étaientduporc, 6dubœuf haché et1 duveau(figure3).
Lesinvestigations sur l’origine deséchantillonsontmontré que 8 des
12échantillonsde porcprovenaientd'un établissementde fabrication
(établissementY) (figure 4). Ilaétéconstaté qu'en août 2005,lesautocontrôles
de routine effectués sur desmerguez,des saucissesitaliennesetdeschipolatas
produitesdanscetétablissement s’étaient révéléspositifsàSalmonella
Manhattan. L'établissementYfournissaitdesdétaillants dansle sud-est de la
France. UnabattoirXproduisantprincipalementduporc(80%) maiségalement
dubœuf (20 %) étaitle fournisseur de l'établissementY.L’inspection réalisée
dansl’abattoiramisen évidence l’existence d’une large contamination par
Salmonellaspp.etSalmonellaManhattanainsi que desdéficits dans
l’application desbonnespratiquesd’hygiène. L'abattoirXfournissaitégalement
deux autresgrossistes(établissementW, établissementZ) etdesinvestigations
complémentairesontmontré que,depuisoctobre2005,desproduits de viande
de porc achetésparcesgrossistesétaientcontaminésparSalmonellaspp.En
outre,9souchesde SalmonellaManhattan ontété isolées sur desproduits de
l'abattoirXdistribuéspardescommercesde détail. Cesquatre établissements
(X,W, Y, Z) ontcommercialisé leurs produits danslesdépartements de résidence
de 75 % despatients interrogés.
2
Tableau1:Aliments consommésparmi lescasetles témoins,SalmonellaManhattan,
sud-est France,2005
Aliments
consommés
Cas
N=13
n(1) exposés
( %)
Témoins
N=33
n(1) exposés
( %)
OR(2)
IC 95 %p
Viande de bœuf
Saucissesde porc
Fromage de chèvre
Viande de porc cuite
Saucisses séchées
Bœuf haché saignant
Bœuf haché
Surimi(3)
12(92)
9 (69)
11 (85)
12(92)
11 (85)
6(46)
10(77)
10(77)
16(48)
10(30)
18 (55)
29 (88)
21 (64)
11 (33)
21 (64)
5 (15)
9,3[1,3-68,6]
5,9[1,3-26,9]
5,4[0,9-32,0]
1,8[0,2-19,2]
5,8[0,5-30,0]
1,4[0,3-6,0]
1,7[0,4-7,2]
9,5[2,0-45,1]
0,02
0,05
0,14
0,93
0,20
0,65
0,47
0,001
(1) Nombre d’exposés.
(2)Estimation de Mantel-Haentzel startifiée pardépartement.
(3)Préparation à base de poissonsoude crustacéshachésetcuits.
Figure 1 :Casd’infection àSalmonellaManhattanselon lesdépartements
Août 2005-Mars 2006,France.
Cas
0
1
2-3
>3
Figure2:Courbe épidémique parquinzaine desisolements àSalmonellaManhattan,
France,2005-2006.
10
9
8
7
6
5
4
3
2
1
Nombre de cas
2005
Semaines
1 cas, sud-est de la France
1 cas, autres départements français 25/11/2005 :investigation
17/12/2005 :mesures de contrôle
2006
31/32 33/34 35/36 37/38 39/40 41/42 43/44 45/46 47/48 49/50 51/52 1/2 3/4 5/6 7/8 9/10 11/12 13/14
Figure3:Nombre de souchesde SalmonellaManhattan isoléesd’aliments parmois,
sud-est France,2005.
13
12
11
10
9
8
7
6
5
4
3
2
1
Nombre de souches isolées d'aliments
2005
ASOND
(1) Surimi :préparation à base de poissonsoude crustacéshachésetcuits.
3
Figure 4 :Schémad’investigation,SalmonellaManhattan,Sud-Est France,2005.
Fournisseur
Hypermarchéavecvente
au détail dans le Sud-Est France
Réseau de distribution des entreprises incriminées
Réseau Fabricants identifiés de produits contaminés à Salmonella Manhattan
Établissement W
Producteur
de saucisses crues
Établissement Y
Producteur de découpes
de viande, de saucisses
et de produits à base de viande
Établissement Z
Producteur de découpe
de porc
Distributeurs
VENTE AU DÉTAIL DANS LE SUD-EST DE LA FRANCE
Abattoir X
80 % viande de porc
20 % viande de bœuf
Investigation microbiologique
LeCNR a reçuentre octobre etnovembre2005septisolats de S.Manhattan
d’origine humaine en provenance du sud-est de laFrance etprésentantdes
profilsPFGE indifférenciablesde ceux desdix-neufsouchesde Salmonella
Manhattan isoléesde produits carnésen septembre etnovembre2005. Le profil
PFGE de 2isolats humainsreçus en mars et septembre2005 etnon liésà cette
épidémie étaitdifférent.
Investigation européenne
SalmonellaManhattan est unsérotype rarementisolé en Europe et seulement
cinq pays européens(Autriche,Belgique,Danemark,Finlande etÉcosse) ont
rapporté desisolements d’origine humaine,animale oualimentaireàSalmonella
Manhattan durantlesdeux dernièresannées.Cependant,aucun d’entre eux n’a
puêtre épidémiologiquementrelié àl’épidémie française. De plus,ladistribution
desproduits provenantde l’abattoirXincriminé étaitlimitée àlaFrance.
Mesuresde prévention etde contrôle
Lesproductionsde l’établissementYetde son clientl’abattoirXontété
suspendues(respectivementle 6etle 15 décembre2005) etdesmesuresde
nettoyage etde désinfection ontétéréaliséesles17et18 décembresur les
équipements de l’abattoirX.Aprèscesmesuresde contrôle,lesproduits ontété
analysésen routine pour larecherche de Salmonellaspp.avantd’être libérés
pour être mis sur le marché ou transformésen d’autresproduits.Aucun
isolementde SalmonellaManhattan n’aété détecté danslesproduits carnés
aprèslamise en place de cesmesures.
DISCUSSION
Une large épidémie communautaireàSalmonellaManhattan est survenue en
France d’août 2005àfévrier 2006.L’investigation apermisd’incriminerdes
produits d’origine porcine provenantd’unabattoirX comme étantlasource la
plus probable de cette épidémie. Ilyaune concordance entre lapériode
(octobre-décembre2005) etlalocalisation géographique (sud-est de laFrance)
de lamajorité descasavecladistribution desproduits de l’abattoirX.En outre,
SalmonellaManhattan est unsérotype rare quiaété isolé àlafoisparmi lescas
etdanslesproduits de porc, et septcashumainsontprésenté lesmêmesprofils
PFGE queceux desisolats d’origine porcine. De plus,dansl’étude cas-témoin,la
consommation de saucissesde porcétaitassociée àl’infection etpourrait
expliquerlamajorité descas.
Il n’y apaseude plan d’échantillonnage pour l’étude cas-témoins.Aumoment
de l’alerte,lescasidentifiéslesplus récemmentontétérétrospectivement
interrogésafin de diminuerlesbiaisde mémorisation de la consommation
alimentaire etdeslieux d’achat.Les témoinsontétérecrutésàpartirde
différentes sourcesafin d’en obtenir un nombresuffisanten untempscourt.
Ceci nous apermisd’identifierlesdifférents typesde produits incriminésetde
mettre en placerapidementdesmesuresde contrôle etde prévention.
Début 2006,ladiminution dunombre de casetl’absence de recherche positive
danslesaliments ontmontré l’efficacité desmesuresde contrôle. Néanmoins,
de mi-décembre2005àmars 2006,descasontétérapportésetpeuventêtre
expliquésparladurée de vie desproduits à base de porc(aumoins2mois) mis
sur le marché justeavantlamise en place desmesuresde contrôle.
La production principale de l’abattoirXétaitd’origine porcine maisaussibovine
(20 %). L’épidémie auraitpuêtre due en partie àune consommation de viande
bovine. Dansl’étude cas-témoin,il yavait une association entre la consommation
de viande bovine etl’infection. Bien que lesproductionsà base de bœuf etde
porcétaient réaliséesdansdes unitésdifférentes,une contamination croisée de
l’unité de production bovine n’apaspuêtreexclue. C’est pourquoi,l’unité de
production bovine aété nettoyée etdésinfectée comme celle duporc.
Parmi lescas,77 % ontrapportéavoirconsommé du surimi etcette
consommation étaitassociée àlamaladie. Néanmoins,l’hypothèse du surimi
comme source de contamination étaithautementimprobable. Tout d’abord,le
surimi consommé provenaitd’un large éventail de marquesdifférentes.En
second lieu,cesmarquesn’avaientaucune matière première ouétablissement
de production en commun. En outre,le process inclut une double pasteurisation
signifiantque la contamination du surimi parSalmonellaspp.aétéconsidérée
comme peuprobable. À ce jour,aucune salmonellose dueàdu surimi contaminé
n’aété décrite danslalittératurescientifique.
En dépitde la contamination importante desproduits de l’abattoirX, relativement
peude casontété identifiés.La consommation d’aliments contaminéspardes
salmonellesmaiscorrectementcuits n’entraîne pasd’infection. De plus,il est
probable quetous lescasn’aientpasétérapportésparle système de
surveillance. EnFrance,seulement 2 isolats de SalmonellaManhattan ontété
détectésàpartird’alimenten 2003 correspondantainsià0,2% desisolats de
Salmonellaprovenantde viande de porcet 0,1 % de volaille. Une récente étude
anglaiseamontré queSalmonellaManhattanreprésentait51,9 % de tous les
isolements de Salmonelladanslesbouesd’un élevage intensif de porc [3].
Cependant,peud’épidémiesassociéesàSalmonellaManhattan ontété décrites
en Europe [4].Ànotreconnaissance,ladernière épidémie àSalmonella
Manhattan en France est survenue dansla crèche d’un hôpital en 1982maisla
source de contamination n’avaitpasété identifiée [5].
EnFrance,la coopération entre lesagencesen charge de lasantéhumaine etde
lasécurité desaliments apermisde déterminerlasource laplus probable de
contamination etde prendre desmesuresde contrôle appropriées.Defaçon à
prévenirlesinfectionscommunautairesàsalmonelles,lesplus grandesprécautions
devraientêtre prisesdanslesélevagespour prévenirla contamination etdansles
abattoirs pour éviterlescontaminationscroisées.Il doitêtrerecommandé de
cuirecomplètementlesproduits d’origine animale avantde lesconsommer.Ce
conseil peut éviternon seulementles salmonellosesmaisaussi d’autres
infectionspotentiellementgravesd’origine alimentaire.
RÉFÉRENCES
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Foddborne Pathogensand Dis 2006;3(1):59-67.
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faecal pathogensin separated and unseparated stored pig slurry.Applied
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