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honorable ou quitter le Parti. S’il s’agissait d’un quidam dépourvu de
toute attache avec le parti dominant, il pouvait être muté du jour au
lendemain parfois à des centaines de kilomètres de chez lui. On pouvait
aussi le mettre au chômage sans autre forme de procès ou l’envoyer
croupir dans un « laogai », centres de rééducation ou de réinsertion, qui
pratiquaient le travail forcé et procuraient aux entreprises une main
d’œuvre bon marché.
Ainsi, une politique de coercition à l’intérieur, significative d’un repli sur
soi, accompagnait une volonté contradictoire d’insérer la Chine dans le
courant de mondialisation dont elle était la première bénéficiaire. Malgré
l’ abandon progressif d’anciennes pratiques de limitation des libertés,
un contrôle strict sur la vie politique, la presse, la radio, la télévision,
les migrations intérieures, l’éducation, les pratiques religieuses…avait
été maintenu.
Sur le plan économique, l’intervention permanente de l’Etat et du parti
rendait illusoire l’existence d’une véritable économie de marché à
l’exception de tout ce qui relevait de l’économie de proximité. En la
matière, le comportement du Parti tenait du grand écart. En façade, on
jouait le jeu de l’économie de marché ; dans les coulisses de la grande
industrie ou de l’exportation, de la politique financière, les décisions se
prenaient au sommet dans une absence totale de transparence. La
Chine demeurait le pays du secret. Depuis 1985, tous les clignotants de
mesure de la santé économique s’étaient progressivement allumés en
vert. On pouvait s’en apercevoir à la lecture des statistiques de la
consommation, des dépenses d’énergie ou d’importation de matières
premières. L’appétit de nombreux groupes industriels chinois pour
absorber les sociétés étrangères démontrait la vitalité économique
chinoise dans les secteurs les plus névralgiques. Il n’en demeurait pas
moins que l’économie chinoise était loin d’être une économie
compétitive. Selon l’indicateur du Forum annuel de Davos, de ce point
de vue, la Chine se plaçait au 49ème rang : elle manquait de travailleurs
qualifiés, d’infrastructures développées, de transports adaptés,
d’approvisionnement électrique…Elle souffrait d’un retard important en