Chapitre 1 : LA SCIENCE DE LA MACRO-ECONOMIE
BOURLES Dominique, 1ère année de Deug Mass, UFR de Cergy-Pontoise, 95, France.
1) Qu’est ce que l’économie ?
a) Le problème fondamental.
Trois problèmes majeurs se posent à toute société : que produire ? Comment
produire ? Pour qui produire ? Tous ces choix sont pris par la société car celle-ci est
confrontée à la loi de la rareté pour diverses raisons : les ressources sont limitées (aussi bien
les ressources naturelles que les ressources techniques ou encore temporelles), les individus
sont insatiables (ils ont toujours des nouveaux besoins à satisfaire), et la population augmente
(par conséquent les besoins aussi).
L’économie est de ce fait la science qui étudie comment les sociétés utilisent les
ressources si rares dont elle dispose pour produire les biens et services nécessaires aux
individus.
b) Trois courants de pensées : Smith, Marx, Keynes.
La réponse à la rareté est apportée dans la sphère du privé (plutôt dans le domaine
familial que dans la société même, d’où la signification grecque du mot économie :
« Oikos »+ « Nomos »= « maison »+ « lois », autrement dit les règles qui régissent
l’environnement familial).
Il faudra attendre très longtemps avant de voir passer la notion d’économie de la
sphère du privé au domaine public. Multiples auront cependant étés les précurseurs ayant
contribué à l’apparition de cette notion dans le domaine du public.
XVII siècle : les mercantilistes : « L’économie est ce qui doit développer la puissance
du souverain ». Pour les mercantilistes, l’état doit intervenir dans l’économie afin de
soutenir et de d’aider au développement de cette économie au profit du souverain, le
but étant d’enrichir le pouvoir central (ici le roi).
XVIII siècle : les physiocrates : « Seule l’agriculture fait survivre l’économie »,
autrement dit l’agriculture est la seule à produire des richesses pouvant faire vivre une
population. Avec 100 personnes travaillant dans les champs, 120 peuvent être
alimentées, ce qui permet à 20 personnes de se consacrer à un autre travail : double
travail favorisant la richesse du peuple. Dans ce cas, l’absence de bonnes terres est
donc un frein au développement économique d’une société, la solution étant de
libéraliser le marché de l’agriculture.
Adam Smith (fin XVIII siècle, 1776 : La Richesse des nations)
La société doit s’organiser autour d’un mécanisme de marchés auquel les individus
peuvent participer librement afin d’acheter ou vendre des biens et service (économie libérale),
un marché où s’exerce le jeu de la loi de l’offre et de la demande et d’où résultent des prix de
marché de B&S (biens et de services).
Comment ce mécanisme peut-il répondre aux trois problèmes fondamentaux ?
Produire ce que les producteurs auront décidé librement de vendre au prix de marché,
produire pour les consommateurs qui achèteront librement au prix de marché et produire de la
manière la plus efficace possible à cause de la concurrence (choisir la manière de production
qui utilise le moins de ressources possibles). Ces trois solutions devraient, selon Smith, établir
un certain équilibre entre offre et demande et mettre en place un mécanisme de coordination
grâce aux prix de marché.
Dans ce système, on notera que l’Etat n’intervient qu’en tant que gendarme. Il veille
au bon fonctionnement du marché et assure la propriété privée des biens, car il ne peut en
aucun cas améliorer le bien être de la collectivité, étant donné que l’intervention n’aurait lieu
que dans le but d’affliger des contraintes. Or le marché doit rester un mécanisme libre, c’est
pourquoi l’état s’en tient au rôle de gendarme.
Nous sommes à la fin du siècle des lumières, et ce système d’économie du marché
commence à s’appliquer convenablement. Cependant, même si tous les individus poursuivent
alors un intérêt personnel, on remarque que l’intérêt collectif est atteint : c’est la main
invisible.
Karl Marx (1867, 1885, 1894 : Le capital)
Karl Marx expose sa théorie alors que la révolution industrielle est en plein essor.
C’est l’époque de l’apparition de la classe ouvrière et de ses conditions de vie misérables qui
profite alors énormément aux entreprises (main d’œuvre bon marché).
Apparaît ainsi la notion de valeur/travail : ce qui détermine la valeur d’un bien est la
quantité de travail nécessaire pour le produire. Or la valeur/travail reste bien en dessous du
prix de marché, ce qui permet aux entreprises de réaliser un maximum de profit. Ce profit
revient ainsi directement aux propriétaires des entreprises, les capitalistes. Les capitalistes
réalisent alors une exploitation des travailleurs.
D’après Karl Marx, la solution à ce problème serait de donner la propriété des
entreprises aux travailleurs, ce qui couperait court à toute exploitation possible. Le capital de
l’économie doit donc appartenir à la collectivité. De même, il n’y aurait ainsi plus de
distinctions travailleurs/propriétaires et producteurs/acheteurs, ce qui mettrait un terme à tous
les manques de coordination, coordination qui ne serait alors plus nécessaire.
Ce système implique que la collectivité soit représentée par l’Etat, qui deviendrait
alors décideur des réponses les plus appropriées aux trois problèmes fondamentaux de
l’économie sociétaire. Tout ceci nous mène dans un système d’économie simplifié, où l’Etat
poursuit donc un but d’intérêt général.
John Maynard Keynes (1936 : La théorie générale)
Durant la crise des années 1930, nous sommes dans une situation de développement
d’un chômage de masse qui ne fait que s’accroître et durer. Le chômage naît ici d’une
imperfection des marchés : l’Etat doit donc intervenir pour palier les défaillances de ce
marché imparfait. Les prix étant rigides, le jeu de la loi de l’offre et de la demande ne
fonctionne pas, il n’y a pas d’égalité possible et l’échange ne peut donc pas se produire. Pour
palier à ce problème, il faut alors ajuster les biens et les services par quantités. Les salaires
deviennent eux aussi rigides, ce qui rend le marché du travail inflexible (les offreurs sont ici
les travailleurs et les demandeurs sont représentés par les entreprises) et tend une nouvelle
fois à faire augmenter le taux de chômage, ici caractérisé par un surplus d’offres (trop de
travailleurs) qui peut se résorber par une baisse des salaires (principes des marchés, mais
l’échange devient alors inéquitable car il conduit à une exploitation du travailleur).
La crise de surproduction fait alors surface et emmène les entreprises dans un cercle
vicieux (hausse du chômage, baisse des salaires pour palier à cette hausse, inéquitabilité
offre/demande : exploitation des travailleurs, impossibilité d’équilibrer donc d’échanger (pas
de travailleurs acceptant de travailler, et re-hausse du chômage, etc.).
Ce cercle vicieux est également caractérisé par le crak-boursier de 1929 : les
épargnes ont fondu et il se produit donc une chute du revenu des travailleurs suivie d’une
diminution de la demande globale en biens et services. Les entreprises réduisent ainsi non pas
les prix mais les quantités (car la production est trop élevée par rapport à la demande). Cette
réduction de quantités se traduit par des licenciements conduisant de nouveau à une hausse du
taux de chômage. La seule échappatoire à ce cercle vicieux devient alors d’augmenter la
demande publique afin de compenser la baisse de la demande privée. L’Etat doit alors se
substituer à la demande des individus.
Il y a un défaut de coordination entre les individus d’une même société, car chacun
cherche son intérêt personnel alors que l’intérêt collectif n’est pas maximal, d’après Smith. Ce
défaut de coordination est modélisable par le schéma du dilemme des prisonniers :
Individu 1
Individu 2
T
P
T
(0.0)
(-20.1)
P
(1.-20)
(-10.-10)
T
=se taire,
P
=parler. Les chiffres entre parenthèses symbolisent les gains respectifs des
individus 1 et 2. On remarque ici que, à moins d’être excessivement coordonnés et avoir une
aveugle confiance entre eux, les individus 1 et 2, pour leur propre intérêt, on intérêt à parler.
Dans la réalité, c’est la qu’intervient le rôle de l’Etat : coordonner les individus.
Dans ce système, le marché n’est pas remis en cause même s’il a, certes, des
défaillances, grâce aux interventions de l’Etat : il s’agit d’une économie mixte.
c) La méthodologie des économistes.
Les sciences économiques sont basées sur des méthodes scientifiques. Il s’agit de
mettre des lois en évidence (rapports constants entre causes et effets), et de faire preuve d’une
approche hypothético-déductive : on fixe tout d’abord un ensemble de définitions et
d’hypothèses nommé cadre d’analyses, puis de ce cadre, on déduit toutes les conséquences
logiques avant de confronter ces conséquences logiques à la réalité (à l’observation). Il s’agit
avant tout de construire des modèles, représentations simplifiées de la réalité. C’est pourquoi
on utilise des outils mathématiques pour ces modélisations.
Quels types d’hypothèses pouvons nous cependant formuler ? Tout d’abord des
hypothèses de comportement (offre/demande), mais aussi des hypothèses d’équilibre (entre
l’offre et la demande, équilibre rendant l’échange équitable et donc réalisable). Deux
variables entrent alors en jeu : les variables exogènes (dont le niveau n’est pas déterminé par
le modèle), et les variables endogènes (dont le niveau est déterminé par le modèle).
Critiques de l’approche scientifique :
L’outil mathématique n’est pas intuitif, ce qui fait de lui l’outil parfait pour déterminer
les conséquences logiques. Il persiste cependant un manque de réalisme des modèles, qui ont
tendance à plus virer pour le simplisme que pour la simplicité.
L’économie peut effectivement prétendre être une science, malgré que les données
employées soient parfois inexactes (comme dans beaucoup de sciences). Elle doit distinguer
les données d’observation des données d’expérience, ce qui confirme qu’elle peut être
considérée comme une science.
Il persiste cependant une difficulté à édifier les lois économiques, car les structures
évoluent constamment. Il faut alors savoir différencier analyse positive et analyse normative.
d) Micro-économie ou macro-économie ?
En micro-économie, on étudie les comportements et les choix individuels des agents
(ou acteurs économiques). On raisonne de ce fait sur des variables individuelles, alors qu’en
macro-économie, on étudie la structure, les évolutions nationales ainsi que les politiques
économiques que les gouvernements utilisent pour influencer les performances de cette
économie.
En effet, dans le cadre de la macro-économie, les raisonnements sont fondés sur des
variables agrégées, c'est-à-dire sur une estimation de la somme des variables individuelles qui
constituent une nation.
N’y a-t-il aucun lien entre micro-économie et macro-économie ?
Bien sur que si ! Les variables agrégées résultent des choix individuels. La macro-
économie a besoin des outils de la micro-économie pour décrire l’évolution des économies
dans leur ensemble.
La macro-économie est fondée sur la formulation d’une hypothèse : on suppose qu’il
existe un agent représentatif (dont chaque choix est régi en fonction des moyennes des choix
de tous les agents individuels) et on le fait se comporter comme un individu seul, or ses choix
résultent de variables agrégées.
Cependant, la macro-économie n’est pas qu’une « somme » de la micro-économie,
mais bien plus que cela. En effet, la macro-économie est en fait une analyse plus complexe
que l’analyse micro-économique, car plus d’agents sont à prendre en compte et faire une
moyenne ne suffit pas !
2) La croissance de long terme.
1) La croissance du produit.
Au XX siècle, on remarque une très forte augmentation de biens et services (notée Y)
dans de nombreux pays (ex : graphique de l’évolution de la production à partir de 1850 aux
Etats-Unis). On remarquera ici que la production s’est fortement accélérée à partir de la
deuxième moitié du XX siècle.
Evolution de la production de biens et services au XX
scle aux USA
0
20
40
60
80
100
1850
taux de production
Au Etats-Unis au milieu du XX siècle, le taux de croissance annuel moyen est de
3,5%. Le taux de croissance d’une variable
Y
entre deux dates
1
t
et
2
t
s’exprime de la façon
suivante :
1
11
t t t
tt
Y Y Y
YY


Le taux de croissance s’interprète donc également (d’après la formule), comme la
dérivée de
Y
sur
Y
. Autrement dit il représente la pente la pente de la courbe de
Y
en
fonction du temps, ou encore la vitesse d’augmentation de
Y
. La formule devient alors :
 
1
.ln
tt
t
YdY
Y
Un taux de croissance annuel moyen de production de 3,5% implique que le produit
double toutes les x années. On introduit ainsi la relation suivante :
 
2 1 0,035 x

d’où
 
ln 2 8,6
ln(1 0,035)
x ans
A ce rythme, il faut donc 8,6 ans aux USA pour doubler leur production.
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