
Mais il faut savoir que notre esprit essaye d'exprimer Dieu comme l'être le plus parfait. Et parce
que, en ce cas, il ne peut recourir qu'à la ressemblance des effets et qu'il ne trouve dans les
créatures rien de tout à fait parfait sans aucune imperfection, il essaye de le définir, à partir des
diverses perfections qu'il découvre dans les créatures, bien qu'à chacune il manque quelque chose
de ces perfections. Cependant cette imperfection qui leur est ajoutée est totalement absente en
Dieu. Par exemple l'être désigne quelque chose de complet et de simple, mais de non subsistant ;
la substance signifie quelque chose de subsistant mais assujetti à un autre.
Nous plaçons donc en Dieu la substance et l'être, mais la substance en raison de sa subsistance,
non de sa dépendance, l'être en raison de la simplicité et du complément, non en raison de
l'inhérence par laquelle il adhère à un autre. Et de même nous attribuons à Dieu l'opération en
raison du complément ultime, non en raison de ce sur quoi l'opération passe. Nous attribuons la
puissance du fait qu'elle persiste et qu'elle est son principe, non du fait qu'elle est complétée par
l'opération.
Solutions :
1. La puissance est non seulement le principe de l'opération, mais aussi de l'effet ; il ne faut donc
pas, si on admet en Dieu une puissance qui est le principe de l'effet, qu'elle soit un principe de
l'essence divine, qui est l'opération. Ou pour mieux dire, on trouve en Dieu une double relation ;
une première réelle, c'est-à-dire celle par laquelle on distingue les personnes entre elles, comme
la paternité et la filiation ; autrement les personnes divines ne seraient pas distinguées réellement
mais en raison, comme l'a dit Sabellius. L'autre, en raison seulement, qu'on signifie, quand on dit
que l'opération divine vient de (ab) son essence ou que Dieu opère par (per) son essence. Car ces
prépositions désignent en effet des relations. Et cela arrive, parce que, quand on attribue à Dieu
une opération selon sa raison qui requiert un principe, on lui attribue la relation de ce qui existe
par ce principe. C'est pourquoi, cette relation n'est qu'en raison seulement. Mais il est de la nature
de l'opération d'avoir un principe, non de celle de l'essence ; donc, bien que l'essence divine n'ait
pas de principe, ni en réalité, ni en raison, cependant l'opération divine a un principe en raison.
2. Bien qu'il faille attribuer tout ce qu'il y a de plus parfait à Dieu, il ne faut cependant pas que
tout ce qui lui est attribué soit le plus parfait, mais il faut qu'il soit conforme à la désignation du
plus parfait à quoi appartient en raison de sa perfection quelque chose qui a plus parfait que lui, à
qui manque cette raison de perfection que l'autre possède.
3. La puissance est appelée principe, non pas parce qu'elle est la relation même que désigne le
nom de principe, mais parce qu'elle est ce qu'est le principe.
4. L'habitus n'est jamais dans la puissance active, mais seulement dans la puissance passive et il
est plus parfait qu'elle, mais on n'attribue pas une telle puissance à Dieu.
5. Il est impossible d'établir que Dieu agit par essence et qu'il n'y ait pas de puissance en Lui. Car
le principe de son action, c'est sa puissance ; du fait qu'on établit que Dieu agit par son essence,
on établit qu'elle est une puissance. Et ainsi la définition de la puissance en Dieu ne déroge ni à
sa simplicité ni à sa prééminence, parce qu'on ne l'établit pas comme ajoutée à son essence.
6. Quand on dit que être et pouvoir ne diffèrent pas toujours, on le comprend de la puissance
passive et ainsi, cela ne change rien au propos, puisqu'une telle puissance n'existe pas en Dieu.
Cependant parce qu'il est vrai que la puissance active est en Dieu la même chose que son
essence, il faut dire que bien que l'essence divine et sa puissance soient une même chose en
réalité, cependant parce que la puissance ajoute surtout une manière de signifier, elle requiert un
nom spécial, car les noms répondent à ce que l'esprit conçoit, selon Aristote.
7. Cet argument prouve que, en Dieu, il n'y a pas de puissance passive et cela nous l'admettons.
8. La puissance de Dieu est toujours jointe à son acte, c'est-à-dire à son opération (car son
opération est l'essence divine), mais les effets en découlent selon le pouvoir de sa volonté et
l'ordre de sa sagesse C'est pourquoi il ne faut pas qu'elle soit toujours jointe à l'effet ; ainsi les