
c) Certaines institutions de Micro Finance peuvent avoir un impact social limité voire négatif
Les groupes de caution solidaire que mettent en place certains Institutions de Micro Finance (IMF), sont loin d’être
le lieu où se tissent des liens sociaux.
Des études d’impacts montrent que la plupart des Institutions de Micro Finance ne parviennent pas à toucher leurs
publics cibles et qu’il y a peu de changements dans la situations des clients, même après plusieurs années. Parfois,
on constate même des régressions: des conflits dans des familles liées aux crédits, des ruptures de liens sociaux au
sein d’une communauté, des décapitalisations pour rembourser les crédits des IMF, voire le recours à nouveau à
des usuriers pour rembourser les crédits des IMF, une situation plus vulnérable qu’auparavant.
d) Qu’est-ce qui empêche les IMF de prendre en compte les liens sociaux ?
Les raisons de la non prise en considération des liens sociaux par les IMF sont à la fois d’ordre politique,
institutionnel et culturel.
Les IMF sont intégrées au système libéral dominant dans lequel l’économique prédomine sur le social. Les
bailleurs, en s’inscrivant dans cette même logique, imposent le plus souvent un objectif de rentabilité à court terme
qui à pour conséquence une focalisation des IMF sur les objectifs financiers au détriment des objectifs sociaux.
L’ignorance des liens sociaux existants est certainement également due à une indifférence pour des données qui ne
semblent pas utiles de prime abord. Elle est aussi redevable à la complexité des situations sociales qui les rend
difficilement appréhensibles. Les IMF n’en tiennent donc pas compte dans leurs réflexions stratégiques et dans
leur modalité de fonctionnement.
D’autre part, l’évolution institutionnelle des IMF joue également en défaveur de la prise en compte des liens
sociaux. L’augmentation en volume de l’activité de crédit, la couverture géographique de plus en plus large, la
centralisation des systèmes de financement à grande échelle rend difficile le contact direct avec les clients qui est
indispensable à la prise en compte des liens sociaux.
e) Nécessité de distinguer deux types de micro finance
Il est nécessaire et urgent est de distinguer différentes formes de microfinance en fonction des types de pratiques
des IMF. On peut différencier deux grandes catégories d’instituions :
1) La microfinance qui considère son rôle comme celui d’un prestataire de services financiers, voire de pourvoyeur
de crédits. Ces institutions ont démarré en général sur un créneau délaissé par les banques et établissements de
crédits, celui des clients “ non bancables ”.
Les “ banquiers ” ont progressivement trusté ce marché du microcrédit, en y infiltrant leur personnel, leurs experts,
leurs standards de performance et de reporting et ont créé des barrières à l’entrée, tant psychologiques que
financières, pour repousser à la marge d’autres acteurs.
Nombre de bailleurs de fonds ont finalement adhéré à cette vision technocratique et bancaire du secteur, séduits
par le discours professionnel et rassurant. Les bailleurs sont aussi hostiles aux risques !
C’est cette forme de microfinance qui prône l’institutionnalisation en banques commerciales pour accéder au
marché monétaire, une rentabilité élevée pour attirer des investisseurs privés. On peut la qualifier de
“ microfinance pré-bancaire ”.
2) La microfinance qui considère que la finance est un outil efficace, mais au service du développement humain et
sociétal. Pour ces micro financeurs, la manière d’apporter les services peut faire toute la différence. Parce qu’elle
met les hommes et leurs liens sociaux au centre de sa mission, cette forme de finance agira toujours en fonction des
contextes et des milieux, qu’elle cherchera à connaître, pour mieux les servir et les valoriser. La consécration pour
cette finance est l’impact sur le capital social et l’autonomie de ses clients, qui à leur tour aura un impact sur la
pérennité de ce type d’institution.
On peut la qualifier de “ Finance Solidaire ”.
Tout comme la banque est un métier, la finance solidaire est un autre métier, un nouveau métier à faire reconnaître
et à promouvoir.