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indécise, plus soucieuse de conserver que d’innover. Aussi dans le domaine colonial comme dans d’autres,
les années 30 représentent le moment où la crise laisse voir l’affrontement du passé et de l’avenir.
Malgré l’opposition quasi systématique des colons, quelques réformes timides sont adoptées : octroi de la
citoyenneté française à quelques algériens en 1919, création d’un grand conseil tunisien formé par des
colons, des notables et des indigènes en 1922…Mais c’est véritablement le Front Populaire qui a la souci de
répondre à l’espoir des colonies et de faire disparaître les abus et les injustices de la domination coloniale.
Le projet Blum-Violette prévoit l’octroi de la citoyenneté à 21 000 maghrébins (diplômés, gradés de l’armée
pour la plupart). L’élite algérienne approuva le texte, sauf Messali Hadj, mais se furent les élus européens
qui firent obstruction. Le projet fut bloqué au Sénat : il déchaîna en 36 une telle opposition des français
résidents et des groupes de pression que le gouvernement préféra retirer sa proposition. Le Front Populaire
reflète l’humanisme colonial et a compris la nécessité d’intégrer les élites arabes. Or, le lobby algérien
composé des colons refusent catégoriquement de voir ces « évolués ».Au Maghreb s’est en effet développé
un société coloniale vivace et puissante, composée de capitalistes et de ceux fiers de leur réussite collective,
qui a pris l’habitude d’imposer ses volontés en métropole. Une des clés des problèmes de l’Algérie réside
dans cette incapacité du pouvoir métropolitain à y imposer les décisions politiques définies à Paris. Le Front
Populaire traçait l’esquisse de ce qui aurait pu être dans l’Empire, une politique intelligente. Mais Léon
Blum ne disposa pas de la majorité qui aurait pu lui permettre de contraindre les intérêts particuliers et les
tenants de l’immobilisme. Il ne pouvait pas prendre le risque de se faire renverser.
1) Le Maghreb dans la guerre
Le Maghreb constitue un enjeu lors de la Seconde Guerre Mondiale. Le gouvernement de Vichy s’appuie
sur ces territoires où il maintient son autorité. En 1941, l’empire devient même une notion politique
primordiale capable d’identifier le pouvoir mis en place. D’ailleurs, il ne reste à Pétain que son
gouvernement à Alger et il lui permet d’exister encore politiquement dans le conflit. D’autre part, lorsque
De Gaulle essaye d’organiser la résistance française, les colonies du Maghreb lui apparaissent comme un
atout important à utiliser. Ainsi les soldats indigènes ont mené des combats durs, mais ont été parmi les
premiers à en avoir remporté, dans le sud de l’Italie notamment. Cela explique alors le fait qu’en 1944, il ne
fut pas possible d’abandonner l’empire. Mais c’est le plus souvent l’intransigeance de la métropole ainsi que
des groupes de pression colonialistes qui a empêché l’évolution satisfaisante des problèmes coloniaux. Une
écoute plus attentive au lieu de déni de crise aurait évité aux deux parties de longues, coûteuses et inutiles
guerres coloniales après 1945.
En 1944, malgré l’avertissement que constituait l’agitation des années 30, le gouvernement français
crut encore possible de maintenir son pouvoir et sa domination coloniale au Maghreb, en limitant les
changements attendus comme des ruptures à des modifications terminologiques pour l’essentiel.
Quelques portes furent entrouvertes en matières de statuts et de droits, mais trop souvent en essayant de
reprendre tout ou en partie de ce qu’on venait d’accorder. L’ordonnance de 1944 illustre bien ce
problème : il s’agissait d’une réponse capable d’amorcer l’entrée dans une politique d’intégration, mais
arrivée trop tard elle fut perçue comme une dernière opération de repêchage ou d’aumône par les
colonisés. Cette ordonnance est ainsi le reflet de la lenteur de la France à réformer le statut des
populations musulmanes. De plus, ces populations s’inséraient dans le courant idéologique du moment
qui était favorable à une émancipation des peuples colonisés.(discours communiste et des Etats-Unis)
Après des années de patience et se pensant donc soutenus par le monde environnant, les pays du
Maghreb décidèrent à partir de 1945 que le moment était venu de reconquérir leur souveraineté.
Aussi, s’ouvre l’ère de la décolonisation qui mêle retraits pacifiques et guerre. Dans ce dernier cas la
guerre s’accompagne de la perte conséquente des intérêts économiques, de troubles au sein de la société
en métropole et les divisions politiques menacèrent la IVe République du fait d’un putsch militaire. Les
violences lors du conflit en Algérie constituèrent un trauma, et marque la France qui livra sa dernière
guerre.
Durant près d’un siècle, la France comme d’autres puissances européennes imposa son autorité aux
peuples d’Afrique, leur promettant à terme qu’ils se fondraient dans la nation française. Cette promesse
tardant à venir, pour autant qu’elle eu vraiment été voulue, les colonisés choisirent de recouvrer leur
souveraineté. Mais la France fit l’impossible pour retarder son départ des territoires coloniaux et
conserve aujourd’hui encore, quelques vestiges de son ancien empire colonial.