Introduction
a France est le pays des droits de l’homme, la France est une terre d’asile, la France a
une mission civilisatrice et un rayonnement culturel à faire valoir à travers le monde.
Pourtant, depuis plusieurs années, le dossier de l'asile en France ne cesse de se
dégrader. Combien de documents, de rapports, de notes, d'avis, de recommandations, ont été
publiées depuis quelques mois, pour dresser le constat de cette dégradation et proposer des
mesures de réforme ! Des comités, des coordinations, des administrations, des organes de
presse, des collectifs d'associations tirent la sonnette d'alarme, alertent les pouvoir publics et
malgré toute cette mobilisation, c'est le statu quo. L'immobilisme tient lieu de politique.
Dans le discours « média-dégradable », les amalgames conceptuels et les glissements de
sens défavorables aux réfugiés abondent, associant fréquemment les termes et expressions :
demandeur d'asile, fraudeur, délinquant, trafiquant de drogue, terroriste, criminel, profiteur
etc. D’après Smaïn Laacher, « le droit seul devrait être requis pour parler des personnes. Le
choix des mots est important, car ce sont eux ‘‘qui font exister’’ les milliers de personnes »
.
La complexité de la question et les simplifications trop communément établies et véhiculées
obligent dans un premier temps à un travail de rigueur.
Pour s’attaquer à la question, il faut au préalable la circonscrire et clarifier les ambiguïtés
d’un langage administratif, déterminé par des statuts et des procédures, mais aussi d’un
vocabulaire politisé et médiatisé par des représentations flottantes qui « mêlent le discours sur
l’immigration et le droit d’asile au discours sécuritaire ».
On ne peut que se lever d’abord
contre l'utilisation du terme de « clandestin », qui n'existe pas en droit. Ce mot, à connotation
négative, renvoie à l'idée de violation de l'hospitalité, aux notions de suspicion, d'invisibilité,
Le mot « réfugié » est un dérivé du latin refugere, de fugere, fuir. Jusqu’à la fin des années
1970, le terme de « demandeur d'asile » n’était jamais utilisé en Europe. Toute personne
demandant le statut d’asile était considérée comme « réfugié » jusqu’à preuve du contraire,
par les autorités du pays d’accueil responsable du traitement de la demande en question. « Le
terme de Asylbewerber a été introduit en Allemagne au début des années 1980 avec le but
publiquement énoncé de faire une distinction entre les “ vrais ” réfugiés ayant obtenu le
statut de réfugié et les “ demandeurs d'asile ”, soupçonnés d’avance de fraude ».
Aujourd’hui, la distinction tient toujours, on accueille des demandeurs d’asile qui, s’ils
obtiennent une réponse positive à leur requête, deviendront de « vrais » réfugiés, et sinon
resteront de « faux » réfugiés, des « clandestins », des « sans papiers », des « étrangers ».
Le droit d'asile, en France, a été organisé par deux textes fondamentaux: la Convention de
Genève du 25 juillet 1951 et la loi du 25 juillet 1952 qui crée l'Office Français de Protection
des Réfugiés et Apatrides (OFPRA) et la Commission des recours des réfugiés (CRR). En
cette matière, le droit international prime sur le droit national : le fond du droit est réglé par
une convention internationale. La convention de Genève laisse toutefois les États libres
d'organiser la procédure d'accès à la détermination du statut de réfugié mais aussi l'accès au
territoire.
Dépêche AFP, “ Migrant, clandestin, réfugié, sans-papiers: des mots lourds de sens ”, Martine Veron, 20 juin
2002
Yolande Encinas, “ L’accueil et l’hébergement des demandeurs d'asile ”, Cahier thématique, Observatoire
associatif du logement, Un toit pour tous, Grenoble, n°15, 2001, 11 p.
in M.-C. Caloz-Tschopp (dir.), Hannah Arendt, les sans-Etat et le ‘‘droit d’avoir des droits’’, vol. 1, Paris :
L’Harmattan, 1997, pp.