
3
2. À toutes ces initiatives personnelles essentiellement catholiques, il faut ajouter les
initiatives d’autres Églises en faveur de l’unité.
Lors de la Conférence d’Édimbourg en 1910 qui rassemblait les missions protestantes
dans le monde, les participants furent bouleversés par le témoignage du Dr Chang. Venu
des jeunes Églises de Chine, il témoigna : "Vous nous avez envoyé des missionnaires qui
nous ont fait connaître Jésus Christ, et nous vous en remercions. Mais vous nous avez
apporté aussi vos divisions, pour cela, nous ne pouvons pas vous remercier". Ce fut une
prise de conscience radicale, comme un choc devant les dommages causés à
l’évangélisation par la division des Églises. Cette Conférence d'Edimbourg marque la
naissance du mouvement œcuménique. Certains anglicans d’Amérique du Nord ont très
vite réagi, six mois plus tard, en appelant les Églises à œuvrer pour l’unité dans la foi. Il
leur paraissait urgent de répondre à la prière de Jésus pour ses disciples dans l’évangile de
Jean au chapitre 17 : "Père, qu'ils soient UN, afin que le monde croie". Puisque la mission
souffrait ainsi des divisions, ces anglicans voulaient inciter toutes les Églises à réfléchir
ensemble sur leurs divergences dans l’expression de la foi et sur la façon de concevoir la
constitution de l’Église en sa forme visible, institutionnelle. Pour eux, c’était l’avenir de
l’évangélisation qui en dépendait. Cet appel sera entendu par les orthodoxes et les
protestants. Il fut à l’origine du mouvement Foi et Constitution fondé quelques années
plus tard à Lausanne en vue d'un approfondissement théologique sur la recherche de
l'unité, et du mouvement Vie et Action fondé à Stockholm en 1925 en vue d'un
témoignage commun dans le domaine social et international... Une autre initiative en
faveur de l’unité a lieu en janvier 1920, donc dix ans après la Conférence d’Édimbourg. Le
patriarcat orthodoxe de Constantinople manifeste son souci de l’unité. Il adresse une
lettre à « toutes les Églises du monde ». Face au danger d’une société en perte des
valeurs évangéliques, le patriarcat propose la création d’une association fraternelle des
Églises. C’est intéressant parce que c’est en quelque sorte une esquisse prophétique de ce
que sera en 1948 le Conseil œcuménique des Églises. Et il suggère un programme qui
reste aujourd’hui tout à fait d’actualité : la lettre réclame la suppression du prosélytisme
(c’est-à-dire la tentative de récupérations des fidèles d’une Église par une autre), ce qui
devrait permettre, dit-elle, le rétablissement de liens de charité entre toutes les
communautés chrétiennes. Quelques mois après l’encyclique orthodoxe, au début de l’été
1920, c’est au tour des évêques anglicans réunis à Londres, au palais de Lambeth, le
palais de l’archevêque de Cantorbéry, d’appeler toutes les communautés chrétiennes à
prendre au sérieux la restauration de l'unité. Cet appel de Lambeth était un appel à l’unité
visible de tous les chrétiens dans une unique Église catholique telle que le Christ la veut.
Les évêques anglicans y affirmaient leur volonté de travailler à l’unité.
On ne doit pas oublier aussi le frère Roger Schutz qui fonda en 1940 la communauté
de Taizé. Taizé, dont le Pape Jean-Paul II dira beaucoup plus tard : "On vient à Taizé
comme à une source". Cette communauté qui rassemble des catholiques et des
protestants, qui se veut donc œcuménique, voulait construire une vie commune dans
laquelle la réconciliation selon l’évangile serait une réalité vécue concrètement.
Nous avons donc là plusieurs appels, de confessions chrétiennes diverses, à œuvrer pour
l’unité. Mais, comme vous le constatez, le dynamisme initial du mouvement œcuménique,
dans son engagement officiel, vient essentiellement du protestantisme et de l’anglicanisme
suivis de près par l’orthodoxie. Dans cette première partie du 20
ème
siècle, il y a en effet
une grande absente : l’Église catholique. Pourquoi ? Je l’ai déjà évoqué tout à
l’heure, parce que l'Eglise catholique, au niveau officiel, a été, dans un 1
er
temps,
prudente, voire réticente vis-à-vis du mouvement œcuménique. Sans oublier toutes les