L`engagement politique aujourd`hui Chapitre I. Une

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L’engagement politique aujourd’hui
Chapitre I. Une sociologie des militants et des logiques de leurs
engagements
1. Une sociologie des militants : qui s’engage ?
HAEGEL (2009) “La mobilisation partisane de droite », Revue française de science politique, 59 (1), p. 727.
Elle note plusieurs différences entre les militants du PS et de l’UMP :
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Pôle public – Pôle privé : l’UMP organisée autour d’un groupe majoritaire issu du secteur privé
(62 %) s’oppose au PS construit autour d’un groupe majoritaire inscrit dans le secteur public
(59 %). Mais Mais les salariés du secteur public représente 37% de l’UMP en 2004.
la religion permet de distinguer l’UMP de son concurrent socialiste et la rapproche de ces
homologues européens : les « catholiques pratiquants » (35 % des adhérents UMP, 12 % des
adhérents socialistes et 14 % de l’électorat), de l’autre, les irréligieux (10 % des adhérents UMP,
47 % des socialistes et 25 % de l’électorat). La fréquentation, à un moment de leur trajectoire
scolaire, d’un établissement privé (essentiellement catholique) par 46 % des membres UMP
renforce ce constat
La part des professions de maintien de l’ordre (4 % de policiers et militaires), soit plus du
double que leur proportion globale, doit être signalée (tableau 6).
Place prépondérante qu’occupent les professions dites supérieures, cadres et professions
libérales dans les deux organisations (43 % à l’UMP, 38 % au PS en 1998) et, à l’inverse, la
quasi-absence des ouvriers (2 % à l’UMP, 6 % au PS).
Ces traits renvoient d’abord, et sans surprise, à la place des indépendants et, de manière
significative, des artisans, commerçants et chefs d’entreprises à l’UMP (plus du double qu’au
PS). Mais l’examen des caractéristiques sociales désignent également une autre différence qui
arrime l’UMP, plus que les socialistes, du côté d’une partie de ce que l’on appelle couramment
les « catégories populaires » : 26 % des adhérents UMP sont des employés (13 % chez les
socialistes de 1998).
Idée intéressante : l’engagement peut servir d’ascenseur social : « Qu’en est-il de l’hypothèse, déjà
formulée en 1984, de la présence, à droite, de trajectoires sociales descendantes (alors qu’au PS
domineraient les trajectoires sociales ascendantes) ? On constate, en effet, un décalage entre les
employés membres de l’UMP et ce que l’on sait de l’origine sociale de cette catégorie en général :
43 % des employés ont un père ouvrier, 5 %un père cadre supérieur ou profession libérale ; à l’UMP, la
proportion s’inverse, seuls 10 % des employés ont un père ouvrier et 17 % ont un père issu des
catégories supérieures. Ce constat est d’autant plus significatif que des résultats congruents ont été
récemment mis au jour dans l’électorat de droite et, en particulier, sur ces employés « pas comme les
autres » engagés à l’UMP. Enfin, on peut considérer que si leur trajectoire sociale ne leur fournit pas les
titres pour incarner le projet de revitalisation de « l’ascenseur social » prôné par leur président, elle les
rend sans doute particulièrement sensibles à ce type d’arguments. »
Agrikoliansky E. (2002), La Ligue française des droits de l’homme et du citoyen depuis 1945. Sociologie
d’un engagement civique.( CF fiche)
II. Les logiques individuelles de l’engagement
A. La carrière militante
1) L’étude de l’entrée dans la carrière militante : « rupture biographique » et
« disponibilité biographique »
Dans la littérature sur l’engagement dans le militantisme, deux concepts permettent d’appréhender les
logiques individuelles de l’engagement :
a. « Rupture biographique »
 « FILLEULE, 2001 « post-scriptum : proposition pour une analyse processuelle de l’engagement
individuel ».
Il fait référence à STRAUSS pour cette notion et propose un exemple autour du SIDA :
- « Dans Miroirs et masques (1959,1992) Anselm STRAUSS expose la manière dont, en fonction
des modifications de la structure sociale et des positions successives des acteurs dans cette
structure, avec tout ce que cela produit aux différentes étapes de la bio- graphie en termes
d’interprétation subjective des changements vécus, les identités sont susceptibles de se modifier
durablement 1. Il analyse ainsi ce qu’il appelle les « changements institutionnalisés »
(changements de statut provoqués, par exemple, par l’entrée dans la vie active, le mariage, etc.)
et les « accidents biographiques » (crises, échecs, deuils, etc.) en mettant particulièrement
l’accent sur les processus de « désidentification» et
« d’initiation » qui peuvent produire
des changements durables et irréversibles des identités, c’est-à-dire des
représentations, des attitudes et des motifs.
- Cette perspective est particulièrement utile à la compréhension des carrières militantes. Dans
l’enquête en cours sur la lutte contre le sida, les récits de vie aussi bien que les réponses aux
questionnaires mettent en relief dans la construction des trajectoires militantes (décision
d’engagement, variations d’intensité et éventuelle défection) le poids des ruptures
biographiques, liées à l’expérience directe ou affective de la maladie et, pour les
homosexuel(l)es, le désajustement, parfois res- senti dès la prime enfance, entre une
socialisation hétéronormée et la découverte de ses préférences, qui amène bien souvent à se
vivre en porte-à-faux. Dans ce contexte, on a pu montrer que l’engagement contre le sida, à un
moment où l’image des associations est fortement homosexuelle, pouvait être aussi redevable
de stra- tégies d’affirmation (et donc de transformations) identitaires visant à la fois
l’acceptation de sa propre homosexualité et sa visibilisation dans le monde social »
 SIMEANT Johanna, « Entrer, rester en humanitaire : des fondateurs de MSF aux membres actuels
des ONG médicales françaises », Revue française de science politique, 2001 : « Entrer dans
l’humanitaire, singulièrement en cas d’expatriation, suppose une dis- ponibilité qui laisse déjà mieux
entrevoir les effets de certaines ruptures biogra- phiques. C’est souvent (surtout chez les volontaires
de plus de 28 ans) après un deuil ou une séparation que se manifestent des candidats au départ : pas
uniquement, comme on le laisse souvent entendre, dans l’idée de « fuir leurs problèmes », maisaussi
parce que personne ne retient alors les candidats 1. Un autre aspect des ces rup- tures biographiques
est lui aussi riche d’enseignements : il correspond au constat de la mauvaise intégration dans des
univers relativement fermés et qui avaient supposé des efforts pour y accéder (concours...), mais au
sein desquels certains futurs humani- taires se trouvent en décalage, du fait de leur âge, de leur
origine sociale voire ethnique ou encore de leur résistance face à certaines règles propres à ces univers.
Le corpus d’entretiens comme le matériel documentaire dépouillé contient ainsi de nombreux cas de
jeunes gens n’ayant pas voulu ou réussi à s’adapter à certains de ces univers (médecine, écoles de
commerce, Saint-Cyr...) et les quittant tout en conservant des dispositions et des compétences
acquises en leur sein » Exemple de l’infirmière nutritionniste, cette volontaire est coordinatrice
médicale d’ACF dans un pays d’Afrique
b.« disponibilité biographique »
 Doug MCADAM Freedom Summer (1989) : Il s’agit en premier lieu de la question de la disponibilité
biographique, initialement traitée par le sociologue américain Doug McAdam : pour que l’on puisse s’y
investir, il faut que l’activité militante ne soit pas trop en « concurrence » avec d’autres domaines de
l’existence, et notamment avec la vie familiale ou professionnelle, ce qui explique qu’étudiants ou
jeunes retraités soient surreprésentés dans certains mouvements, ou à l’inverse que les femmes,
socialement assignées aux tâches domestiques, soient sous-représentées aux postes de direction des
organisations militantes. Dans son ouvrage, devenu un classique, il montre que la « disponibilité
biographique » est un déterminant fort de l’engagement militant : le fait d’être majeur, non marié,
d’avoir franchi le cap difficile du début de cursus universitaire, de ne pas être inséré
professionnellement favorise la participation et les propriétés inverses la freinent.
D’autres variables jouent sur la participation au Freedom Summer :
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Plus un individu compte de militants parmi ses relations relationnelles, plus la probabilité de
participer est forte : lorsqu’un parrain requis pour le dossier de candidature (l’enquête de
McAdam repose sur l’étude de 959 dossiers de candidature et il distingue les candidats qui
ont effectivement participé au mouvement au sein des communautés noires US du Mississippi
et les défecteurs qui après avoir envoyé leur dossier n’ont pas participé au mvt) s’est mobilisé,
la probabilité de défection tombe de 25% à 12%.
L’immersion dans un réseau asociatif joue : les volontaires du Freedom Summer étaient
généralement présents dans des associations étudiantes. L’appartenance à des organisations
liées aux droits civiques et à la politique est p^lus prédicitif que l’appartenance à des
organisations purement corporatives (fraternités…)
L’attitude des proches (parents, amis) est la variable la plus prédictive si ceux-ci ne manifestent
pas fortes oppositions et s’ils expriment un soutien ou une sympathie pour l’engagement
projeté.
 SIMEANT Johanna, « Entrer, rester en humanitaire : des fondateurs de MSF aux membres actuels des
ONG médicales françaises », Revue française de science politique, 2001 : Elle propose une analyse en
termes de disponibilité pour comprendre les logiques de l’engagement individuelle dans le
militantisme humanitaire. Elle mesure la disponibilité (SIMEANT fait explicitement référence à la notion
de « disponiblité ») des militants à travers ce qu’elle appelle les « coûts » de l’engagement humanitaire
dans les autres domaines de l’existence (vie prof…) :
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« Les coûts sont plus importants pour les non médicaux qui, très souvent, ne peuvent pas
combiner activité professionnelle extérieure et engagement, ils infléchissent d’ailleurs souvent
leur carrières professionnelles en vue d’être recruter dans l’humanitaire (ex : études de
gestion ). Pour les médecins, c’est différent, les savoirs sont acquis, dès lors la vocation peut
être plus tardive et ils continuent l’exercice classique de la médecin »
Sa réflexion sur les coûts repose sur une analyse en termes de carrières car elle en fait une
analyse diachronique : les coût sont pour la plupart croissants dans le temps : « Les
investissements divers au fur et à mesure de l’engagement peuvent se comprendre par la
variation des coûts et des rétributions de ce dernier. En effet il semble que les coûts
augmentent avec l’âge. Pour les médecins, la vie de famille, la santé qui s’amenuise, des
responsabilités professionnelles extérieures accrues les amènent à privilégier des missions
courtes d’urgence. A l’inverse les non médicaux vont avoir tendance à s’expatrier longtemps, le
coût, en terme de désinsertion du marché du travail français et de coupure avec les liens
familiaux en France, augmente. Dès lors les plus diplômés vont se recycler dans des
organisations internationales comme l’ONU, d’autres vont préférer repartir pour des raisons
matérielles et affectives »
 « FILLEULE, 2001 « post-scriptum : proposition pour une analyse processuelle de l’engagement
individuel ». (Article lu, à synthétiser)
Analyse en termes de pluralité chez FILLEULE pour appréhender la notion de disponibilité : « Quant à
la notion de pluralité, elle renvoie à l’idée, présente chez Anselm Strauss et dans la continuation du
travail de Mead, que l’inscription des acteurs sociaux dans de multiples mondes et sous-mondes
sociaux qui peuvent, à l’occasion, entrer en conflit, est une des caractéristiques fondamentales de la vie
sociale contemporaine. Cela amène à l’idée selon laquelle les organisations militantes se composent
aussi d’individus insérés dans une multiplicité de lieux de l’espace social. Ils sont donc en permanence
soumis à l’obligation de devoir se plier à diffé- rentes normes, règles et logiques qui, parfois peuvent
entrer en conflit (…)il est alors nécessaire, pour comprendre comment, concrètement, se déroulent les
carrières militantes, de reconstruire, le plus souvent au moyen d’une analyse rétrodictive, et,
idéalement, en temps réel par observation ethnographique, le déroulement et l’intrication de plusieurs
niveaux d’expérience vécus dans plu- sieurs sous-mondes sociaux. Pour mentionner à nouveau
l’exemple des militants de la lutte contre le sida, cela implique que l’on analyse, en relation les unes
avec les autres, la carrière militante à proprement parler (antérieure et présente), la carrière
professionnelle (entrées et sorties de la vie active, mobilité professionnelle), la carrière sexuelle et
affective (entrée dans la sexualité, vie amoureuse, ruptures biogra- phiques, deuils, etc), la carrière
dans la maladie (entrée dans la maladie, développe- ment du mal, etc.). »
 OLIVIER FILLIEULE, CHRISTOPHE BROQUA « la défection dans deux associations de lutte contre le
SIDA : Act Up et AIDES », in Le désengagement militant (2002) : dans cet article, on trouve une analyse
en termes de pluralité. Méthodologie : envoie de questionnaires aux militants et désengagés d’Act Up
et d’AIDES + récits de vie. A partir d’une analyse du champ lexical des questionnaires, les auteurs
distinguent 4 « classes » de désengagés ou « mondes lexicaux », ie 4 « grands » motifs pour expliquer
le désengagement militant. L’un d’eux, la classe 4, renvoie à problème de la disponibilité
biographique : « La classe 4 regroupe principalement les raisons liées à la modification de la situation
personnelle rendant plus difficile, voire impossible, la participation aux activités d’AIDES. On trouve
d’abord les aléas de la vie estudiantine (examen, concours) et professionnelle (reprise d’emploi,
passage à plein temps…), les changements de lieu de résidence, les modifications de la vie affective
(nouveau partenaire, évolution de la maladie des volontaires eux-mêmes) »
2) les conséquences biographiques de l’engagement
FILLIEULE, « les conséquences biographiques de l’engagement », in dictionnaire des mouvements
sociaux (2009) : « il est frappant de noter que les recherches sur les conséquences biographiques de
l’engagement tombent généralement d’accord sur au moins trois éléments. Les effets à long terme de
l’activisme, les facteurs déterminants du processus de désengagement et enfin une typologie similaire
des modes de sortie et des formes de reconversion »
a) Les effets à long terme de l’engagement militant
 Julie PAGIS « Incidences biographiques du militantisme en Mai 68 » in Sociétés contemporaines,
2011. Il s’agit de quatre types de réponses à la disjonction entre aspirations politiques et moyens
professionnels de les satisfaire après Mai 68, soit des « formes distinctes de reconversion du capital
militant dans la sphère professionnelle » qui passent bien souvent par l’importation « de dispositions
contestataires dans la sphère professionnelle » :
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Subversion des pratiques professionnelles. L’ouverture effective des possibles que représente
Mai 68 pour les participants issus des classes populaires, se traduit par des trajectoires
exceptionnelles de mobilité sociale ascendante, marquées par le maintien de l’engagement.
Reconversion de compétences militantes dans la sphère professionnelle. Conversion d’intérêts
militants pour la politique en intérêts professionnels pour le politique, cela se traduit en
-
particulier par l’entrée dans des professions intellectuelles supérieures (journalisme, recherche
en sciences sociales, littérature) ou intermédiaires (animation socio-culturelle).
Désengagement politique précoce : fissure progressive du système de croyances antérieures
entretenues dans le monde militant.
Retrait dans la marginalité et développement de stratégies parallèles prennant la forme d’exit
individuels (dépression, évasions dans la drogue, les voyages lointains, etc.), d’humeur antiinstitutionnelle (refus du travail, rejet de l’institution familiale et scolaire) et/ou d’utopies
communautaires.
 L’intérêt de ce travail est de montrer la diversité des trajectoires selon les formes de
politisation antérieures à l’événement politique marquant, le sexe, l’origine sociale, l’âge et
les formes de participation à l’événement. Les conséquences biographiques de
l’engagement sont donc socialement et politiquement différentiées, de telle sorte qu’il n’y
aurait pas une « génération 68 » mais des « micro-unités de générations marquées par (…)
des formes de déstabilisation, politiques, professionnelles et privées, comparables.
b. Mobilité sociale et militantisme
 LECLERCQ Catherine et PAGIS Julie, « Les incidences biographiques de l'engagement »
Socialisations militantes et mobilité sociale. Introduction in Sociétés contemporaines, 2011 : les deux
auteurs posent la question des effets à long terme de l’engagement militant sur la mobilité sociale :
-
Il peut y avoir une élévation sociale (trajectoire ascendante) grâce à une logique de reconversion :
 Une mobilité sociale ascendante : Reconversion de compétences militantes dans la sphère
professionnelle. Conversion d’intérêts militants pour la politique en intérêts professionnels
pour le politique, cela se traduit en particulier par l’entrée dans des professions
intellectuelles supérieures (journalisme, recherche en sciences sociales, littérature) ou
intermédiaires (animation socio-culturelle). Julie PAGIS « Incidences biographiques du
militantisme en Mai 68 » in Sociétés contemporaines, 2011
 Une valorisation sociale et culturelle : Les écoles du PCF qui fournissent des rétributions
sociales à leurs militants Pour ce faire, même si ETHUIN n’utilise qu’une fois ce terme dans
son article, on peut dire que les écoles du PCF ont fourni plusieurs formes de rétributions
aux militants (Nathalie ETHUIN, « de l’idéologisation de l’engagement communiste.
Fragments d’une enquête sur les écoles du PCD (1970-1990) », in Politix -2003) :
- elles ont permis aux militants qui souvent avait fait peu d’études d’avoir accès à des
cours généralistes et variés (économie, histoire, littérature, philosophie) qui leur
permettent de poser un discours intelligible sur leurs conditions d’exploitation.
- Elles créent un sentiment de « champion de classe » : il y a une distinction, une
hiérarchie symbolique dans les entreprises ceux qui ont les compétences techniques
certifiée par le passage dans les écoles et ceux qui n’y sont pas passé et qui ont moins
de connaissances. L'engagement communiste peut alors devenir une «
autosymbolisation, la seule symbolisation qui leur soit vraiment ouverte et par laquelle
ils s'exaltent, se magnifient, se grandissent »
-
Il peut y avoir un déclassement (trajectoire descendante) : cf. Solène JOUANNEAU, « Ne pas
perdre la foi dans l’imamat », in Sociétés contemporaines (2011) : les cas d’imams bénévoles
étudiés par Solenne Jouan- neau : malgré un travail de justification de l’engagement auprès des
collègues, le soupçon d’intégrisme pèse sur les insertions « profanes » et notamment sur les
carrières professionnelles, jusqu’à motiver des licenciements ou des démissions contraintes.
Attention à ne pas trop surestimer le lien entre engagement et trajectoire ascendante :
 « D’abord parce que les formes d’accumulation du capital culturel au sein des organisations ne jouissent pas toujours et partout de la même valorisation, notamment par rapport
aux titres scolaires « légitimes » et à la maî- trise héritée de la culture dominante »
-

Etude de Julian MISCHI « Gérer la distance à la « base ». Les permanents CGT d'un atelier
SNCF », Sociétés contemporaines 2011 : « l’enracinement local peut atténuer les effets
d’une promotion socio-culturelle effective : pour certains militants syndicaux, la
découverte de nouveaux horizons culturels et l’exercice de tâches « intellectuelles » ne
signent pas la sortie des classes populaires car leurs activités se réalisent dans des
contraintes économiques inchangées voire aggravées – par la stagnation du salaire
notamment – et surtout ne s’accompagnent ni de la sortie de l’espace local ni d’une
évolution équivalente de la part des membres de l’entourage familial. Le maintien dans
l’univers socio-local d’origine fonctionne ici comme un arrimage à la condition ouvrière,
même si l’engage- ment transforme les modes d’appropriation de cette condition »
c) désengagement
 OLIVIER FILLEULE « Temps biographique, temps social et
variabilité des rétributions », in Le
désengagement militant (2002). Article de synthèse qui passe en revue plusieurs séries de travaux sur le
désengagement :
* « cycles sociaux et trends de longue durée »
Perspective macrosociale qui explique le désengagement ou la défection par des trends de longue
durée. On peut retenir trois types de travaux :
-
-
le modèle de HIRSCHMAN dans Bonheur privé, action publique (1983) : il souligne l’existence
d’alternance d’investissement des agents sociaux dans une quête de bonheur et du sens qui
oscille entre les plaisirs du foyer, de la consommation, de l’intimité d’une part et l’engagement
au service d’une cause. La déception privée peut donc être un moteur de l’engagement pour
une action publique. Il identifie plusieurs effets générateurs de la déception privée : décalage
entre attente et réalité, sentiment de banalisation de la consommation, baisse de la qualité des
biens, impacts d’idéologies qui stigmatisent la conso comme aliénation… Si elle rencontre un
détonateur (rupture privée comme le divorce, grand conflit…), la déception privée peut
pousser les individus à s’engager dans une action publique. Mais la logique inverse est aussi
possible : la déception de l’action publique peut inciter les individus à retourner vers la sphère
privée : par ex, les effets négatifs du surengagement sur la vie personnelle ; la rencontre dans
une organisation du cynisme, de l’arrivisme qui dévoient les idéaux de l’engagement. Ainsi,
l’individu peut avoir des cycles d’engagement et de repli qui alternent.
L’analyse de Jacques ION dans la La fin des militants ? (1997) : les formes d’encadrement
politique, principalement partisane et syndicales, connaitraient un affaiblissement manifeste en
raison du rejet « des formes d’engagement anonyme au sein de collectifs conçus comme
prédominants ». Il oppose alors deux idéaux types d’engagement : « l’ancien » engagement,
illutré par le PCF et marqué par la prédominance du « nous », les pesanteurs communtaires et
la remise de soi ; « le nouveau » qu’il appelle « engagement distancié », caractérisé par des
engagements à durée limitée, sur des buts restreints. Ainsi « à l’engagement symbolisé par le
timbre renouvelable et collé sur la carte succéderait l’engagement symbolisé par le post-it,
détachable et mobile : mise à disposition de soi et résiliable à tout moment ».
Il explique ce changement par : (i) une dissociation croissante entre les activités de loisirs et les
activités militantes ; les cercles de sociabilité se diversifient et se confondent de moins en
moins avec le cercle de groupement. (ii) la féminisation du militantisme et le développement
de la mixité : « aller chercher les enfants à la sortie de la crèche, ou de l’école, préserver du
temps pour la famille et les loisirs deviennent progressivement des pratiques légitimes », ce
qui entraine une réorganisation du temps de la militance. (iii) l’affaiblissement des procédures
de formation internes aux groupements (écoles de cadres…) auraient pour csq un
affaiblissement des rétributions et allégerait la dépendance des membres à l’organisation.
-
Les travaux de Dominique LABBE et Maurice CROISAT sur la fin des syndicats ? (1992) : ils
s’appuient sur une enquête menée par la SGEN en 1983, à laquelle ils adjoignent une étude
sur la CFDT dans l’isère et au niveau national qui repose sur un questionnaire postal et un
certain nbre d’entretiens semi-directifs. Comme ION, ils constatent la disparition du modèle
ancien du syndicalisme au profit de modalités renouvelées , plus détachées et moins durables.
Ils proposent plusieurs types d’explication :
 Facteurs macro-sociaux : crise économique, carences du syndicalisme sur le lieu de travail
 Raisons biographiques : facteurs liés à la « vie personnelle » : retrait de la vie active dû à la
retraite, aux longues maladies, à des difficultés matérielles pour acquitter des cotisations ;
facteurs liés à la « vie professionnelle » comme la répression anti-sydicale…
 Raisons générationnelles : ils identifient trois générations de militants pour lesquelles les
facteurs du retrait changent : (i) les « reconstructeurs » d’avant 1968 : génération marquée
par une forte « hérédité associative » et une socialisation politique de type démocratie
chrétienne ; génération la plus engagée au niveau des postes à responsabilité et du
militantisme. L’âge semble être la cause principale du retrait. (ii) le « syndicalisme de
masse » (1968-1978) : génération qui adhère surtout à la CFDT dans le contexte de la
montée électorale du parti socialiste et de l’activisme politique. La question de la
politisation est essentielle. Deux motifs de rupture : changement de situation
professionnel et disparition de la section. (iii) la « génération de la crise » (post-1978) :
syndiqués bcp plus qualifiés, plus souvent occupés à des emplois précaires. L’adhésion est
surtout motivée par la défense des intérêts individuels et les raisons de la défection
s’aticulent autour d’une appréciation coûts/rétribution.
* Sortie de rôle et renégociation identitaire
Hélène FUCHS-EBAUGH dans Becoming an Ex. The process of role exit (1988) propose un modèle
processuel universel de la sortie du rôle de militant. Elle distingue trois étapes :
« Les premiers doutes » : deux facteurs peuvent jouer, parmi d’autres : (i) le sentiment que
l’institution ne répond plus à la « bonne définition » par l’individu de ce qu’elle doit être ou
faire. Ex de F-E : les conséquences du Vatican 2 sur les nonnes qui éprouvent un sentiment de
perte de sens et qui, dès lors, n’arrivent plus à justifier leur sacrifice. (ii) Le Burn-out qui
exprime une fatigue physique et morale, la baisse de la satisfaction et la frustration par
rapport aux attentes de départ Ex : la lutte contre le SIDA.
- « la recherche d’alternatives » : l’individu qui prend conscience de sa liberté de choix,
recherche la sortie du rôle et évalue les avantages comparés d’éventuels rôles alternatifs. Le
champ des possibles disponible joue un rôle clé et est déterminé par le soutien social dont
bénéficie l’individu et les ressources mobilisables
- « le point de retournement » : les évènements déclencheurs qui suscitent le passage à l’acte,
l’annoce de la défection et la recherche d’un nouveau rôle après un travail d’ajustement
identitaire dont le succès dépend des ressources mobilisables. Parmi les éléments
déclencheurs, on trouve le temps, ie le sentiment que le temps est désormais compté et que
les opportunités se resserrent. On trouve aussi l’influence des autres acteurs.
 Intérêt : (i) approche de désengagement en termes processuelles (ii) place centrale donnée à
l’organisation à travers la prise en compte des autruis significatifs (iii) attention portée à la
multiplicité des sites d’inscription des individus surtout dans la phase « recherches
d’alternatives » (écho à la notion de reconversion militante).
 Limite : modèle trop essentialiste : en mettant sur le même plan des situations très
hétérogènes, on ne peut pas comprendre précisément l’influence des contextes sociaux dans
lesquels surgissent les sorties de rôle et le poids variable des différents facteurs évoqués selon
les circonstances.
-
* Les logiques psycho-sociologiques de l’attachement
Rosabeth KANTER Commitment and community. Communes and Utopias in sociological perspectives
(1972) : elle propose une typologie des éléments propres a suscité l’adhésion au groupe. Matériaux :
observation de plusieurs communautés utopiques américaines du 19è. Elle compare ensuite les
caractéristiques de communautés qui ont duré et de celles qui ont été rapidemement dissoutes. Au
total, 9 communautés durables et 21 rapidement dissoutes. Elle distingue alors trois aspects de
l’attachement :
-
-
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Le maintien de l’attachement : il repose sur deux mécanismes : (i) le sacrifice : plus il fallu faire
de sacrifice pour entrer dans un groupe et s’y maintenir, plus le coût de la défection est élevé.
(ii) l’investissement : plus un individu est pris dans un système qui est le seul à distribuer les
récompenses et les coûts, plus il reste engagé. Ex : analyse de Bernard PUDAL, dans Prendre
parti. Pour une sociologie historique du PCF (1988) : ils montrent combien ceux qui doivent
tout au PCF, cadres autodidactes et intellectuels d’organisation, sont pris dans une
dépendance à la fois d’ordre psychologiques (le sentiment de tout devoir à l’organisation) et
matérielle (les ressources accumulées ne sont pas convertibles ailleurs).
La cohésion : il s’agit des liens affectifs entre les individus et l’attachement émotionnel. Deux
mécanismes jouent ici : (i) la renonciation : le retrait de toute relation sociale en dehors du
groupe, dans le but d’assurer un maximum de cohésion interne (ex : BITTNER, Radicalism and
the organization of radical mouvements (1963)). (ii) la communion qui correspond au we
feeling. Ex : lire article sur la sociabilité du dico pour montrer l’importance de la camaraderie
dans l’adhésion à une organisation militante.
Le contrôle : ce sont les procédés qui visent à assurer l’adhésion totale aux normes du groupe
par les individus. Deux processus jouent : « la mortification » : la renonciation aux désirs et aux
intérêts, abandon d’une identité privée au profit d’une identité au groupe ; le « renoncement »
qui correspond au dévouement sans condition à une autorité, à l’intériorisation par les
membres de ce que dit et de ce que veut le groupe. Ex de ce processus de contrôle : Nathalie
ETHUIN « de l’idéologisation de l’engagement communiste. Fragments d’une enquête sur les
écoles du PCF (1970-1990) » (2003).
Limite : possible de critiquer la thèse du « maintien de l’engagement » : le texte d’Olivier FILLEULE sur
le SIDA montre que le burn-out lié à un surinvestissement peut aussi être un motif de retrait.
Remarque : plusieurs études monographiques montrent comment face à l’afflux de nouveaux militants,
les militants de longue date peuvent par divers moyens verrouiller les groupements et rendre difficile
l’intégration des nouveaux. Cf. POLETTA Freedom in an endless meeting : democracy in American
social movements (2002) : elle montre comment dans le Women’s lib place de nombreuses barrières à
l’entrée pour les femmes désireuses de rejoindre le groupe, si bien que le renouvellement
générationnel en était rendu quasiment impossible. Plusieurs raisons invoquées : (i) la sororité : l’amitié
et l’intimité entre les membres fait qu’elles sont réticentes à l’intégration de nouvelles recrues qui
pourraient remettre cette situation (ii) les membres préfèrent recruter des femmes qui partagent leurs
valeurs pour ne pas être incommodés par la différence et préserver les relations sociales à l’intérieur
de l’association.
* Conclusion
Ni les explications par les convictions idéologiques ou les mobiles moraux, ni celles qui renvoient à
une logique purement calculatrice ne suffisent. Il faut donc rejeter les analyses mono-causales et
complexifier l’analyse. L’analyse en termes de rétributions y aident. Les travaux sur le désengagement
offrent des armes dans cette direction, en plaçant au centre de la réflexion cette notion, entendue
comme les bénéfices que les individus pensent retirer de l’engagement.
Pour penser la question de l’engagement et du désengagement, il faut tenir compte de quatre
éléments :
-
la pluralité d’espaces sociaux dans lesquels s’inscrivent les individus
dans chacun des espaces les individus endossent des rôles sociaux spécifiques dans lesquels
ils sont plus ou moins pris
leur identité est le produit du processus d’ajustement à ces rôles. Il en découle que les sorties
de rôle peuvent entrainer des renégociations identitaires plus ou moins déchirantes.
Les « changements institutionnalisés » et les « accidents biographiques » dans les différentes
sphères de la vie privée constituent autant de bifurcations où se redistribuent certains rôles et
se modifient les identités.
Plus généralement, toute analyse en termes de carrière nécessite de penser l’articulation des
trajectoires individuelles à l’évolution de l’offre politique
 OLIVIER FILLIEULE, CHRISTOPHE BROQUA « la défection dans deux associations de lutte contre le
SIDA : Act Up et AIDES », in Le désengagement militant (2002)
Méthodologie : envoie de questionnaires aux militants et désengagés d’Act Up et d’AIDES + récits de
vie
Je ne présente que les résultats du questionnaire envoyé aux militants d’AIDES car les résultats du
questionnaire envoyé aux militants d’Act Up sont similaires. A partir d’une analyse du champ lexical
des questionnaires, les auteurs distinguent 4 « classes » de désengagés ou « mondes lexicaux » :
le premier rassemble une nébuleuse de motifs dont le point commun est d’abord le registre
personnel dans lequel ils s’expriment, par la mise en avant d’un mal être et d’une souffrance
psychologique puisant sa source dans trois ordres plus ou moins mêlés de raisons : (i)
dénonciation d’une coupure entre la base et les dirigeants : absence de soutien aux
volontaires de la part de la direction inconsciente du poids psychologique de l’engagement ;
non reconnaissance des tâches accomplies par les volontaires ; dénonciation du
carriérisme…(ii) sentiment d’une perte de sens qui provient de la désohomosexualisation de
l’association (iii) perte de sens par rapport à la manière dont évolue l’association : sa montée
en puissance ; changements de types de militants sur la base de conflits de générations…
- Classe 2 : monde lexical proche de la classe 1 par une même dénonciation des
dysfonctionnements internes à l’association et par l’insistance sur de mauvaises relations
hiérarchiques. Différence de registre par rapport à la classe 1 : la souffrance de la personne
concernée est moins soulignée au profit d’un vocabulaire plus technique et politique
(lourdeurs administratives, rivalités de pouvoirs…)
- Classe 3 : absence de référence aux problèmes internes à l’organisation. C’est clairement la
lassitude face à la succession des deuils, tant des proches que des malades suivis dans le cadre
de l’activité associative, qui est au cœur du désengagement. Les militants ont besoin
d’échapper à la destruction de soi, de se recontruire.
- La classe 4 regroupe principalement les raisons liées à la modification de la situation
personnelle rendant plus difficile, voire impossible, la participation aux activités d’AIDES. On
trouve d’abord les aléas de la vie estudiantine (examen, concours) et professionnelle (reprise
d’emploi, passage à plein temps…), les changements de lieu de résidence, les modifications de
la vie affective (nouveau partenaire, évolution de la maladie des volontaires eux-mêmes).
 La classe 4 permet d’illustrer une analyse du désengagement militant en termes de pluralité
des espaces sociaux.
 La classe 1 permet d’illustrer le manque de rétributions dans l’engagement et donc la sortie du
rôle de militant
 La classe 2 permet d’insister sur la question des émotions dans l’engagement
-
 La classe 1 permet d’appréhender la question de l’engagement/désengagement à travers les
relations entre anciens et nouveaux membres = Conflit de génération autour de l’identité
sexuelle de l’organisation :
- les anciens partent parce que l’identité sexuelle de l’organisation devient trop
hétérosexuelle et comporte trop de toxicomanes.
- Les nouveaux ont des difficultés à trouver leur place : exemple d’une femme
hétérosexuelle et séronégative qio s’engage en 1993-1994 pour donner des cours de Yoga
et qui justifie son départ par une très mauvaise ambiance et le fait que les femmes hétéro
et non séropo sont les mal venues. Elle souligne un esprit de secte homo et gauche caviar.
d) Reconversion
 MATONTI, POUPEAU, « Le capital militant. Essai de définition » in ARSS (2004) : : « C’est dans
l’étude de ce type de reconversion que le concept de capital militant forgé par Matonti et Poupeau
s’avère fructueux. Ce capital est « incorporé sous forme de techniques, de dispositions à agir, intervenir,
ou tout simplement obéir, il recouvre un ensemble de savoirs et de savoir-faire mobilisables lors des
actions collectives, des luttes inter ou intra-partisanes, mais aussi exportables, convertibles dans
d’autres univers, et ainsi susceptibles de faciliter certaines “reconversions” ». Le travail de Juhem sur les
fondateurs de SOS Racisme, publié dans le dossier « Devenirs militants », montre comment ce groupe
d’anciens militants d’extrême gauche a su ainsi reconvertir ses savoir-faire d’abord dans l’association
antiraciste puis, les ayant ainsi fait reconnaître, au sein du PS. Dans le même dossier, Ollitrault montre
comment une expertise en matière d’environnement se trouve fréquemment au principe des carrières
militantes écologistes » (Lilian MATHIEU)
 SIMEANT Johanna, « Entrer, rester en humanitaire : des fondateurs de MSF aux membres actuels des
ONG médicales françaises », Revue française de science politique, 2001 : Exemple de reconversion
dans SIMEANT sur les travailleurs humanitaires qui ont tellement de difficultés à se réinsérer qu’ils se
reconvertissent dans des milieux professionnels proches : « Cette emprise communautaire aboutit au
phénomène unanimement constaté de réelles difficultés de réinsertion et d’adaptation au retour en
France. Nombre de volontaires vivent mal la solitude du retour, la difficulté d’assumer à nouveau les
tâches de la vie quotidienne dont ils avaient été déchargés, le retour à des hiérarchies oubliées et la
fin de la prise en charge émotionnelle permise par la vie de groupe. Et si le prestige du départ
humanitaire peut jouer au sein de la famille, il n’est pas général, de nombreux récits d’expatriés faisant
allusion (sur un registre proche du vocabulaire religieux en ce qu’il évoque un indicible inaccessible à
ceux qui n’ont pas partagé la même expérience) à l’incompréhension des proches (« Ca n’intéresse
personne », « ils ne sont pas capables de poser les bonnes questions »), à la difficulté à transmettre un
vécu… Il est alors fréquent que les volontaires recherchent la compagnie d’autres personnes revenues
du « terrain ». Une autre des reconversions les plus visibles des anciens membres des ONG, salariés ou
non, consiste à « passer » (et le terme évoque bien la façon dont cela est vécu souvent comme une
trahison) au sein d’agences de l’ONU (HCR, UNICEF, PAM…), de l’Union européenne, comme ECHO, ou
de différents offices de coopérations bilatérales ».
 Julie PAGIS « Incidences biographiques du militantisme en Mai 68 » in Sociétés contemporaines,
2011 : Reconversion de compétences militantes dans la sphère professionnelle. Conversion d’intérêts
militants pour la politique en intérêts professionnels pour le politique, cela se traduit en particulier par
l’entrée dans des professions intellectuelles supérieures (journalisme, recherche en sciences sociales,
littérature) ou intermédiaires (animation socio-culturelle).
 Sylvie TISSOT et al. (ed.) Reconversions militantes (2005) : La reconversion militante peut prendre
trois formes : déplacement dans l’espace social ; transformation et valorisation de ressources
spécifiques ; recompositions identitaires (exemple pour chaque forme de reconversion ??)
B. L’acteur rationnel : la rupture olsonienne
 OLSON M. (1982), Logiques de l’action collective, Paris, PUF
M. Olson démontre qu’un groupe ayant avantage à se mobiliser et en ayant conscience peut
parfaitement ne rien faire. Le principal résultat découle du paradigme du passager clandestin. Olson
établit une proposition célèbre, le paradoxe de l’action collective : quelle que soit l’espérance
mathématique du gain, celui obtenu par le militant (il subit un coût) est toujours inférieur à celui du
passager clandestin (il ne subit aucun coût mais reçoit le même avantage). Personne n’a donc
individuellement intérêt à agir, alors que tous y ont, collectivement, intérêt. Il y a un échec du marché,
un effet pervers implacable voue l’action collective désintéressée à l’échec, car l’utilité individuelle ne
converge pas avec l’utilité collective.
Le modèle d’Olson s’enrichit alors de la notion d’incitation sélective : diminution des coûts de
participation à l’action ou augmentation de ceux de la non-participation. Les incitations sélectives
peuvent être dues à des prestations et avantages accordés aux membres de l’organisation, elles
peuvent aussi prendre la forme de la contrainte. Le cas le plus clair est le système dit du closed-shop,
longtemps pratiqué en France par le syndicat du livre CGT ou celui des dockers : l’embauche est
conditionnée par l’adhésion à l’organisation, ce qui élimine tout passager clandestin.
Précisions apportées par OLSON sur le champ d’application de son modèle : il s’applique aux
mobilisations visant les biens collectifs ; Olson souligne le particularisme des petits groupes, (il
démontre leur supériorité sur les grands). La protection de l’accord est plus efficace car chacun est
sous la surveillance directe des autres qui peuvent ajouter au gain espéré, un coût de la nonparticipation (sanction : réprobation du groupe) ; sa grille d’analyse n’apporte pas de réponse à l’étude
des groupes “philanthropiques ou religieux qui défendent des intérêts de ceux qui ne sont pas leurs
membres”
 Intérêt : La sociologie de l’engagement américaine a jusqu’au milieu des années 1960 été
dominée par des approches systémistes ou psychologisantes qui se rejoignaient pour
appréhender les pratiques contestataires en termes de dysfonctionnement. Mener une action
à distance des canaux institués de participation politique (c’est-à-dire le vote, pour l’essentiel)
révélait soit un déficit d’intégration sociale psychologiquement perturbant, soit un sentiment
de frustration relative (par exemple devant la déception d’espoirs d’amélioration de sa
condition), soit encore un « court-circuit » dans les modes d’expression des tensions sociales.
Postuler, contre ces théories dressant un portrait défavorable du protestataire, que celui-ci est
un acteur pleinement rationnel a permis de débarrasser la sociologie des mouvements sociaux
de tout présupposé normatif.
 Intérêt : en récusant les approches plus ou moins spontanées ni stade des mobilisations et en
mettant en lumière le rôle central des organisations dans la construction des groupes euxmêmes et dont la mise en œuvre des mouvements sociaux, le paradoxe d’Olson va
radicalement renouveler l’étude des mouvements sociaux.
 Intérêt : cette approche montre que la mobilisation collective ne va jamais de soi. Elle oblige
ainsi les chercheurs à rendre compte des conditions de développement des mouvements
sociaux. En ce sens il rompt avec les analyses en termes de frustration relative ou de
psychologie des foules (cf encadré)
 Limites du modèle : cette approche sous-estime l’environnement social et culturel des
militants. Dès lors, elle ne permet pas de rendre compte de l’ensemble des déterminants qui
incitent un individu à se mobiliser. Elle ne se limite qu’à une explication par l’intérêt matériel
ou alors par les incitations sélectives, alors que les analyses sociologiques contemporaines du
militantisme rendent compte d’autres déterminants (cf. rôle des rétributions non-matérielles,
la disponibilité biographique…). Et surtout, elle ne permet pas de comprendre quels
déterminants, parmi l’ensemble de ceux qui existent, jouent dans les carrières militantes. D’où
le modèle des rétributions de GAXIE qui englobe les rétributions matérielles et symboliques.
Contagion et frustration : les prémices d’une sociologie des mobilisations collectives ?
Il est possible de regrouper les analyses en termes de psychologie des foules et de frustrations relatives, au-delà de
leur diversité, par le fait qu’elles écartent la question des formes de l’action collective et les processus de mobilisation
puisque ce ne sont pas à leur objet d’études premier.
La psychologie des foules repose sur les analyses de deux auteurs en France Gustave le Bon et Gabriel Tarde à la fin
du XIXe siècle. On peut se référer à l’ouvrage de Le Bon psychologies des foules publié en 1895 et à l’ouvrage de
Gabriel Tarde les lois de limitation : étude sociologique (1890). Leur analyse sont à la fois plus vastes et plus
restreintes que l’étude des mouvements sociaux. Plus vaste par ce que dans psychologie des foules, Le Bon se penche
successivement sur les foules criminelles, les foules électorales, les assemblées parlementaires et les jurés d’assises. Au
moins deux de ces types de foules n’entre pas dans la définition des mouvements sociaux. Plus vastes aussi par ce
que Gabriel tarde dans « les lois de mutation » formule une théorie qui doit expliquer quasiment tous les
comportements sociaux. Néanmoins, l’analyse de Gabriel tarde est aussi plus restreinte que l’objet des mouvements
sociaux car il se penche sur la formation et le comportement des foules assemblées dans le cortège de manifestations,
voire des groupes participant à une grève et il délaisse ainsi nombre de formes de mobilisation (pétitions, mobilisation
d’experts, mobilisation médiatique, démonstrations symboliques…).
En outre, ces analyses apportent une vision péjorative de la foule Puisqu’elle est vue comme dangereuse, doté d’un
comportement animalier. Enfin, ces analyses considèrent la foule comme une masse indistincte, une multitude
grouillante et un tout unifié. Je les idées et les comportements si diffuse ils s’y reproduisent par imitation ou
contagions mentales. Les individus perdent leur personnalité et se fondent dans un collectif. D’ailleurs, le bon affirme
l’existence d’une « voie psychologique de l’unité mentale des foules » dont les logiques et les comportements lui sont
propres et peuvent être opposés aux intérêts de ceux qui la composent parce qu’hypnotisés.
L’idée de « frustration relative » d’un été formalisée James DAVIES en 1962 « toward a theory of revolution » : l’idée
est que la frustration naît de l’écart entre les attentes, les anticipations ou les espoirs et les performances d’un réel du
système, de la différence entre la satisfaction escomptée des besoins et leur satisfaction réelle. Elle a ensuite été
reprise par Ted GURR dans Why men rebel 1970. Dans cet ouvrage, il cherche à répondre à une question : pourquoi
les hommes se révoltent-ils ? Son objet n’est donc pas l’étude des mouvements sociaux spécifiquement mais la
question du surgissement de la violence à travers les émeutes et les révolutions. Il distingue trois cas de figure
susceptible de déboucher sur une mobilisation révolutionnaire :
la frustration progressive : les attentes en matière de d’accès à la distribution des ressources sociales tandis que
les valeurs disponibles sont en baisse de façon sensible. Que l’analyse des préludes à la révolution française par
Tocqueville en donne une illustration : une phase de prospérité et de relative ouverture sociale juste avant la
révolution suscite des attentes croissantes de bien-être et de mobilité sociale que vient contrarier la conjonction
d’une crise économique et la réaction nobiliaire
la frustration du déclin : les attentes sont stables, mais les valeurs disponibles sont en déclin. Exemple : la
description par Karl Marx des premières mobilisations d’artisans contre la mécanisation, perçue comme une
menace sur le statut de travailleur libre, mais aussi la mobilisation de la petite bourgeoisie traditionnelle dans la
genèse du fascisme.
La frustration des aspirations : les valeurs disponibles varient peu mais les aspirations sont croissantes et
insatisfaites. On peut ici retrouver les révoltes anticoloniales qui ont lieu après 1945. Les colonisés intégrés à
l’armée Leclerc, y ayant gagné des galons, le sentiment de leur égalité à l’égard des métropolitains et de leur
capacité à jouir de l’ordre civique se retrouve, une fois démobilisée, replonger dans une situation coloniale qui en
fait des non citoyens.. Ce ils constitueront une part importante des cadres des mobilisations indépendantistes.
 Le modèle des frustrations relatives Un film dont qu’elles nettement l’analyse des causes de la révolte par rapport au
modèle de la psychologie des foules en brisant le lien mécanique entre la dégradation de situation et surgissant de la
violence, mais conserve en revanche le lien, tout aussi mécanique, entre le sentiment de colère ou de frustrations
d’une population et la probabilité de voir cette population se mobiliser. Autrement dit, le mouvement social est
globalement supposé aller de soi et leur personnel suffisant de colère ou de frustration est atteint. Or, si c’était le cas,
en France il devrait y avoir des mobilisations permanentes comme les sources de frustration ou de colère ne manque
pas. Il y a donc d’autres éléments qui jouent. Et c’est bien là la rupture que crée OLSON par rapport à ses analyses en
essayant d’identifier plus précisément les logiques de la mobilisation sociale.
-
C. Du modèle de la mobilisation des ressources au modèle des rétributions
Rq : Penser à bien distinguer les rétributions matérielles et symboliques
1. La mobilisation des ressources
C’est principalement dans le courant de la mobilisation des ressources que va se développer l’héritage
Olson. Sous cette appellation, ont réuni un ensemble d’auteurs et de travaux publier à partir des
années 1970 aux Etats-Unis. Parfois très divers, ces derniers présentent néanmoins plusieurs traits
communs permettant de les réunir dans une même catégorie :
-
-
-
Dans la lignée de Olson, ces travaux rompent avec les focalisations sur les seules
situations de foule et/ou de violence et, simultanément, élargissent la vision Olsonienne
en s’écartant des seuls cas où les revendications visent des intérêts matériels pour
intégrer des mobilisations orientées vers la défense d’une cause ou de valeur.
Toujours dans la lignée de Olson, il s’écarte de la seule question des causes du
mouvement social pour envisager les conditions de son émergence, de son
développement, de ses succès et de ses échecs. Autrement dit, ils réfléchissent davantage
au comment plus qu’au pourquoi.
Tous recherchent une issue au paradoxe de l’action collective au-delà de l’explication
restrictive par les seules incitations sélectives de matériel. S’il ne récuse pas la filiation
olsonienne en mettant l’accent sur les calculs et les stratégies déployées par le secteur,
cette perspective sera progressivement élargie.
Organisateurs et entrepreneurs de mouvements sociaux
John McCarthy et Mayer ZALD « ressource mobilization and social movements : a partial theory »
(1977) :
-
-
Prolongeant directement les analyses de Olson, ils proposent une analyse d’inspiration
économiste de l’organisation des mouvements sociaux. Il existe des « organisation de
mouvement social »
analogue aux entreprises dans le champ économique qui
recherchent, construisent et prennent en charge un ensemble de préférences informelles,
plus ou moins clairement exprimée par une population, qu’elles transforment en
revendications. Ce sont de véritables entreprises de mobilisation (spécialisée dans la
communication, la recherche de soutien, la collecte de fonds), dirigés par des
professionnels. Ces différentes organisations entre en compétition pour le partage d’un
même marché. Il y aura d’autant plus d’organisation sur ce marché que celui-ci est
porteur. L’ensemble des organisations d’une même branche constitue une « industrie de
mouvement social » (les syndicats d’enseignants, les O.N.G. luttant contre la faim dans le
monde…). L’ensemble de ces industries constitue « le secteur du mouvement social ». ou
de trouver une confirmation du rôle décisif de l’organisation dont les travaux de William
GAMSON (the strategy of social protest – 1975): l’étudiant la cinquantaine de mouvements
sociaux sur la période 1800 1945, il observe que lorsque pont ces mouvements disposent
d’une organisation de type bureaucratique, 71 % de ces mouvements ont été reconnus
par leurs interlocuteurs (contre 28 % dans le cas contraire) et 62 % sont parvenus à faire
aboutir tout ou partie de leurs revendications (contre 38 %). Dès lors, c’est la capacité de
l’organisation à mobiliser les ressources qui assurent le succès du mouvement social.
D’autre part, les deux auteurs distinguent plusieurs catégories de participants au
mouvement social :
 les « sympathisants » : ils adhèrent aux revendications de l’organisation
 « les militants actifs » : on distingue à l’intérieur de ce groupe les « bénéficiaires
potentiels » qui sont susceptibles de retirer un profit personnels de l’aboutissement
des revendications ( les noirs soutenant le mouvement en faveur des droits civiques
par exemple) et les « militants moraux » qui soutiennent l’organisation sans en
retirer de bénéfice direct (étudiants blancs qui viendront durant l’été 1964 dans le
Mississipi contribuer à la campagne d’enregistrement des Noirs sur les listes
électorales étudiés par Doug McADAM en 1988),
 « les entrepreneurs de protestation » : c’est dans le groupe des militants moraux
que sont autres que les entrepreneurs de protestation qui, alors qu’il me semble en
tirer aucun avantage matériel, joue le rôle d’organisateur et de porte-parole du
mouvement social au service duquel ils mettent leurs ressources personnelles
(notoriété, visibilité médiatique, savoir-faire)
 l’importance accordée au rôle de ces militants moraux offre une nouvelle issue au paradoxe
dans le somme en tenant compte, à côté des incitations sélectives et de la pression sociale,
des rémunérations symboliques que ces individus peuvent retirer de leur soutien à une cause
qu’ils jugent juste.
2. Anthony OBERSHALL et la réévaluation du social
Font pour cet auteur, l’essor et le devenir des mouvements sociaux dépendent du degré d’intégration
de la société. Cette intégration est appréhendée à travers deux dimensions :
-
-
une dimension verticale qui définit le degré d’intégration d’un groupe donné par
rapport aux autres et surtout par rapport au groupe d’échelons supérieurs et aux
pouvoirs (exemple les noirs par rapport à l’ensemble des tient). Plus une société
est segmentée, plus les groupes qui la composent, coupés des relais du pouvoir,
de la faculté de se faire entendre à des relations plus ou moins institutionnalisées
avec les échelons supérieurs de l’organisation sociale et les autres groupes,
apparaissent mobilisables (sous forme protestataire). A l’inverse, dans une société
où les groupes dominés apparaissent plus intégrer, leur mobilisation a moins de
chances de se produire et moins de chances d’aboutir, en particulier par ce que les
individus s’en remettront plus, pour résoudre leurs problèmes, aux chances de
mobilité sociale qui leur sont ouvertes et août au lien de patronage et de
clientélisme.
Une dimension horizontale : elle est définie par la nature des liens au sein d’un
groupe donné. On distingue alors les organisations de type communautaire, de
type associatif et les organisations peu ou pas organisées. Les organisations de
type communautaire correspondent aux structures sociales traditionnelles
marquées par l’importance du contrôle social. Les organisations de type associatif
sont dotées d’un réseau dense de groupes secondaires d’ordre professionnel,
religieux, politiques, économiques répondant à des intérêts spécifiques avec des
leaders appuyés sur des rôles clés à l’intérieur de l’organisation. Le dernier type
d’organisation se caractérise par un très faible degré d’organisation et, de ce fait,
est faiblement mobilisable (marginaux, prostituées…)
Ainsi, les organisations de type A ont une faible probabilité de se mobiliser car cette possibilité est
désamorcée par le fait que le leader du groupe à peuvent se faire entendre des centres de décision. La
probabilité de se mobiliser est aussi faible dans le cadre des groupes de types C car les intérêts
communs à la collectivité reçoivent aussitôt l’attention des partis politiques, des syndicats ou autres
organisations ayant accès au pouvoir. En revanche, lorsque que les groupes ont vu une forte
organisation interne et une position dans une structure sociale segmentée, les probabilités de
mobilisation sont plus fortes en (Groupes D et F). les organisations peu ou pas organisées ont une très
faible probabilité de se mobiliser (Groupes B et E).

le rôle de l’organisation et du leader chez elles sont au cœur de l’analyse. Comme le sont les
ressources dont dispose chacun des groupes envisagés, à raison notamment de leur mode
d’organisation interne et des moyens d’action ou d’expression qui, selon l’organisation de la
société globale leur sont ouverts ou non.
3. La réévaluation du politique
 Charles TILLY From mobilization to revolution (1978) : Ces travaux s’inscrivent dans les grandes
lignes des analyses d’Obershall ( l’hypothèse d’acteur rationnel poursuivant leur intérêt, attention
portée aux conditions sociales de la mobilisation, à l’identité des groupes mobilisés et des liens qui les
structurent, au rôle des leaders, etc.), mais s’en distingue par une réévaluation du caractère politique
des mouvements sociaux. Il développe la notion de Polity pouvoir inscrire l’immobilisation dans le
champ politique. Le Polity Se compose de trois catégories d’acteurs : le gouvernement, les membres
et les challengers. Les membres de la polity et les challengers sont des groupes en lutte pour
influencer le gouvernement et faire prévaloir leurs intérêts. Les premiers sont dans le cercle du
gouvernement et cherche à se maintenir, alors que les seconds cherchent à remplacer les premiers.
Dès lors, l’enjeu du mouvement social est d’entrer dans la polity qui assure un accès au pouvoir.
Dans La France conteste (1986), il fait le lien entre le polity et les formes du pouvoirs : Tilly souligne que
la société organisée politiquement, la polity, n’est jamais étanche. La tendance naturelle des
mobilisations porte les challengers vers la conquête du pouvoir, la structure historique du polity
détermine les formes, la centralisation française fait remonter les moindres conflits au centre et
converge sur la contestation du pouvoir. Si les répertoires changent au fil des siècles, une observation
similaire vaut pour la nature même des interactions conflictuelles, ce que Tilly nomme leurs registres.
Tilly révèle l’existence de répertoires d’actions et des registres d’actions :
-
-
-
Jusqu’au XVIIème siècle domine un registre compétitif : une “économie morale” où
il s’agit de défendre ou de revendiquer les ressources des communautés voisines,
chaque village ayant conscience de “droits” qu’il posséderait sur ses propres
ressources. Le charivari punit le veuf ressortissant d’un village voisin qui épouse
une jeune fille du village, soustrayant un “parti” possible à la jeunesse locale.
Au XVIIIème siècle, c’est le registre réactif qui l’emporte : il s’agit de résister aux
intrusions des forces externes, notamment l’État à travers les prétentions fiscales,
les grands propriétaires prétendant acquérir de la terre ou les négociants à propos
des métiers à domicile : résistance à la conscription, à l’exportation des céréales,
aux impôts.
Au XIXème siècle, le registre proactif émerge puis l’emporte : réclamer des droits
qui n’avaient pas existé, typique du mouvement ouvrier.
Par ailleurs, TILLY (1978) place la sociabilité au coeur de la définition du groupe organisé. Deux
variables vont définir l’organisation :
-
-
netness : (de net, réseau) renvoie au réseau des sociabilités volontaires. Les agents
sociaux sont les architectes de ces formes de sociabilité qui fonctionne sur une
logique élective. D’autant plus efficace que le réseau est volontaire (de la foule
dans un stade à l’association)
catness : ( terme forgé à partir de category) désigne des identités catégorielles
auxquelles les individus sont assignés par des propriétés objectives : français,
ouvrier, noir, femme, polytechnicien...
Ces 2 domaines de sociabilité se combinent en catnet (catness + netness), d’autant plus forte que les 2
variables convergent. Exemple : le SPD allemand de Kautsky ou le PCF de Thorez.
L’hypothèse générale de Tilly consiste à suggérer qu’un groupe est d’autant mieux “organisé” pour
défendre ce qu’il perçoit comme ses intérêts qu’il se caractérise par une forte catnet.
Tilly insiste aussi sur la dimension politique des MS. Division fondamentale entre groupes participants,
disposant d’un accès routinisé aux foyers de décision politique, et les challengers, proche des
“segmentés” chez Oberschall. Tilly souligne que la société organisée politiquement, la polity, n’est
jamais étanche. La tendance naturelle des mobilisations porte les challengers vers la conquête du
pouvoir, la structure historique du polity détermine les formes, la centralisation française fait remonter
les moindres conflits au centre et converge sur la contestation du pouvoir.
 Sydney TARROW « States and opportunities : the political structuring of social movements » ( ?) :
alors que les analyses de la mobilisation des ressources ne considèrent le plus souvent que la
dynamique interne de l’organisation, l’analyse de la structure des opportunités politiques réintroduit le
mouvement social dans son environnement politique. Le déclenchement et le devenir des
mouvements sociaux sont ici en grande partie déterminée par les opportunités politiques offertes le
système, c’est-à-dire la structure institutionnelle, mais aussi les règles moins formelles de
fonctionnement du pouvoir et la conjoncture politique.
4. Les ressorts de l’engagement militant
Les différentes analyses en termes de mobilisation des ressources que l’on vient de voir éclairent
davantage les raisons de la mobilisation. Elles insistent essentiellement sur le rôle des organisations et
de la structure politique. Ces approches macro et méso-sociales ne permettent pas de comprendre la
diversité des positions observables à l’intérieur d’un groupe. Dire que les ouvriers, les homosexuels les
noirs se mobilisent est une facilité de langage qui ne doit pas être pris au pied de la lettre. Dès lors,
pour mieux cerner les logiques individuelles de l’engagement, les travaux sur les mobilisations
s’intéressent davantage à l’engagement militant d’un point de vue plus interactionniste, ie en
cherchant à faire le lien entre les militants et l’organisation dans laquelle ils évoluent. C’est
principalement sur ce thème que porte le programme de l’agrégation.
Cette sociologie de l’engagement militant s’est développée à la fin des 70 et dans les années 80.
Parmi les travaux fondateurs, on trouve tout d’abord l’ouvrage de référence de McADAM Freedom
Summer qui analyse les conditions de l’engagement (cf supra). Mais on trouve aussi et c’est plus
particulièrement ce travail-là qui nous intéresse dans le cadre d’une analyse autour de la mobilisation
des ressources, l’article de Daniel GAXIE : « économie des partis et rétributions du militantisme »
(1977).
 GAXIE (1977), « Économie des partis et rétribution du militantisme », Revue française de science
politique :
-
Complexification (sociologisation ?) du modèle d’OLSON : c’est à partir des travaux de Mancur
Olson 1974 sur les paradoxes de l’action collective qu’il trouve d’ailleurs simpliste et matérialiste
que Gaxie va complexifier et généraliser la notion d’incitation sélective en introduisant l’idée de
-
-
-
-
« rétributions symboliques ». Son article fondateur de 1977 analyse les satisfactions ,les
avantages ,les plaisirs ,les joies, les profits, les gratifications, incitations, ou des récompenses du
militantismes.
Critique de l’engagement enchanté ou de l’engagement idéologique : aborder le militantisme
comme un site où peuvent être obtenues des rétributions a tout d’abord été pour lui un moyen de
rompre avec les discours enchantés que les militants sont portés à tenir sur les motivations de leur
propre engagement, et qui mettent l’accent sur leur dévouement et leur désintéressement, ou sur
leur attachement moral à une idéologie
Les « rétributions du militantisme » : Gaxie montre que différents avantages personnels peuvent
être attendus des engagements, y compris de ceux en apparence les plus altruistes :
 Ces avantages peuvent être de nature matérielle, comme des emplois de permanent ou de
dirigeant dans l’appareil partisan, ou des postes électifs ou administratifs.
 Ils peuvent également être de nature symbolique, comme du prestige, de la notoriété, de
nouvelles connaissances ou un sentiment de valorisation de soi.
 Ils peuvent aussi prendre la forme d’un réseau de contacts et de relations à même de
fournir différents avantages (emploi, logement) ou des opportunités de promotion sociale.
La nature et l’importance des rétributions varient en fonction du profil social des militants comme
de leur position et de leur ancienneté dans l’organisation, les plus anciennement et les plus
intensément investis exprimant généralement les plus fortes attentes de rétributions
La notion d’ « l’effet surrégénérateur » : capacité de certaines organisations militantes (en
particulier les groupes activistes et révolutionnaires) à produire de l’activisme, des satisfactions,
des interactions entre les militants de manière à ce que l’organisation soit plus active.
 Intérêt heuristique du modèle :
- Enrichissements du modèle de Olson : élargissement des motifs de mobilisation
non plus uniquement à des questions matérielles mais aussi à des questions
symboliques
- Enrichissement des modèles de mobilisation de ressources qui ont précédé : Il
centre davantage son analyse sur les militants et non plus uniquement sur la
structure politique ainsi que l’organisation
- A travers la notion d’effet surrégénérateur, il pense l’engagement comme un
processus et prépare ainsi tous les travaux autour de la carrière militante, de la
trajectoire militante.
 SIMEANT Johanna, « Entrer, rester en humanitaire : des fondateurs de MSF aux membres actuels
des ONG médicales françaises », Revue française de science politique, 2001 :
- « Ce qu’offre l’humanitaire varie en fonction de la position sociale et de la profession : il peut
aussi bien s’agir de l’expatriation, de l’aventure, de la possibilité d’un « don de soi » intense, de
l’exercice de ses compétences dans un cadre exotique et pas toujours inconfortable, ou enfin
d’un salaire ».
- Rétribution plutôt symbolique pour les médecins « Les médecins spécialistes aptes à exercer
directement en urgence cherchent souvent à exercer leurs compétences sur un mode «
aventurier » et occasionnel. À l’inverse, certains généralistes peuvent plus facilement envisager
le passage à un poste de salarié du siège, et les gratifications symboliques qui en
découlent (prises de parole publiques, etc.) dans un contexte où le statut de médecin
généraliste souffre d’un indéniable déclassement, rendant moins coûteux un détachement de
la pratique de la médecine classique et des ses formes d’exercice en cabinet »
- Rétributions plutôt matérielles (financières) pour les non-médecins : « Enfin, sur un très grand
nombre de missions, et singulièrement pour les jeunes non médicaux, la situation d’un
expatrié n’est absolument pas négligeable si on la compare avec ce qu’il connaîtrait en
France : nourri, logé et blanchi dans des maisons disposant de gardiens et d’employés,
disposant de véhicules 4x4 conduits par des chauffeurs, un volontaire humanitaire n’a à
envisager presque aucun aspect de sa prise en charge quotidienne. Son indemnité trimestrielle
lui permet d’épargner jusqu’à 5 000 FF par mois, et d’amasser en quelques années
d’expatriation un capital exceptionnel si on le compare aux capacités d’épargne des membres
de la même classe »
 Affinements du modèle :
-
Manipulation des rétributions par l’organisation (ETHUIN, « de l’idéologisation de
l’engagement communiste » - 2003)
Dépend du crédit que l’on peut retirer d’une action JUHEM, Ph. (2006), « La production
notabiliaire du militantisme au Parti socialiste », Revue française de science politique, 56 (6), p.
909-941.) : « Philippe Juhem a mis en lumière l’existence de mécanismes de cet ordre lorsqu’il
montre que les municipalités dirigées par le PS comptent davantage d’adhérents socialistes
que celles où ce parti se trouve dans l’opposition. Son étude indique que ce ne sont pas de
forts effectifs militants qui facilitent la victoire aux municipales, mais que c’est à l’inverse cette
dernière qui encourage l’adhésion en ouvrant des perspectives élargies d’obtenir des
avantages individuels (permis de construire, logement, promotions, accès au logement social,
etc.). Juhem souligne, à la suite de Gaxie, que ces rétributions et les logiques de fidélité
qu’elles induisent à l’égard de ceux qui les dispensent contribuent à expliquer les ralliements
lors des débats ou des élections internes à l’organisation. De manière générale, la dépendance
à l’égard des rétributions induit un attachement à l’organisation qui les distribue ; cet
attachement sera d’autant plus fort et affectif, au point de déboucher sur un dévouement sans
faille, que la dépendance est plus importante (c’est le cas de certains permanents dont le
statut social, les revenus et l’identité sociale sont totalement dépendants de l’organisation) »
Chapitre 2. Organisation, réseaux, espaces
I – Mobilisation des ressources
Cf. supra.
 MAURER Sophie et PIERRU Emmanuel, « Le mouvement des chômeurs de l'hiver 1997-1998
Retour sur un « miracle social » », Revue française de science politique, 2001 : Cet article revient sur les
conditions sociales et politiques du mouvement des chômeurs de 1997-1998 et permet d’illustrer le
paradigme de la mobilisation des ressources :
-
-
-
-
Pour reprendre les termes de McCARTHY et ZALD, ce mouvement a pu faire compter sur
l’apparition d’entrepreneur de protestation : rôle décisif de ce point de vue d’AC ! (Agir contre
le chômage). Ce collectif nait en 1993 suite à un acte fondateur. Il associe des syndicalistes
(dont les deux futures figures de proue d’Agir contre le chômage que sont C. Aguiton et C.
Villiers), des universitaires (M. Husson, G. Aznar, A. Lipietz et P. Bourdieu), et surtout les
associations de chômeurs déjà existantes (MNCP, ADEC, APEIS) auxquelles s’adjoindront très
tôt des associations comme Droit au logement, ou encore Droits Devant !!. L’objectif est alors
clair : il faut « fédérer les actions et initiatives déjà existantes ... unifier les salariés et les
chômeurs à travers des actions locales et natio- nales, des initiatives de solidarité, des
revendications, dont celle, essentielle, de la réduction du temps de travail.
L’intégration des organisations de chômeurs, exception faite de la CGT jusqu’en 1997, au sein
d’un système d’action protestataire élargi structuré autour de ce nouveau pôle d’attraction
qu’est AC !, a permis de démultiplier les capacités d’action collective par une augmentation
sensible des ressources organisationnelles (ressources pécuniaires, infrastructures),
relationnelle (savoir-faire relatifs à l’organisation et à la mobilisation ainsi que la capacité à
nouer des alliances avec des organisations pérennes ). les professionnels de la représentation
syndicale sont une ressource majeure notamment en termes de savoirs-faire médiatiques.
« l’apparition d’entrepreneurs de protestation externes intéressés à la mise en forme de la
cause et dont le travail de mobilisation, favorisé par des circonstances exceptionnelles de
publicisation, a fourni à une partie des sans-emploi des cadres cognitifs dans lesquels ils ont
pu mettre en œuvre un certain nombre de ressources aptes à compenser les effets
démobilisateurs de l’expérience de la privation d’emploi » : les auteurs identifient trois formes
de ressources apportés par les chômeurs :
o (i) la ressource politique : modèle d’engagement correspond à la figure classique du
militant « éclairé ». Il est le fait de chômeurs dont le vecteur d’entrée dans le
mouvement est d’abord d’ordre politique (anciens ouvriers syndiqués, des jeunes
multi-militants)
o (ii) la ressource relationnelle : modèle d’engagement des chômeurs mobilisés est
principalement fondé sur le déficit d’intégration sociale, qui crée ce que l’on peut
appeler un « appel d’air » relationnel, que la mobilisation vient en partie combler. Les
chômeurs de ce groupe, au sein duquel peuvent se distinguer deux types de
trajectoire, se distinguent nettement des autres chômeurs interrogés en raison de leur
relative marginalisation et de leur grand isolement relationnel (jeunes désaffiliés de
moins de 25 ans ; chômeurs errants dont le lien au travail est distendu)
o (iii) la ressource expressive : chômeurs caractérisés par un bas niveau de diplôme (CAP
au plus) et par l’absence totale de socialisation politique favorable à l’action collective.
Le mouvement de l’hiver 1997 constitue leur premier engagement militant. À l’inverse
des chômeurs « politisés », ces sans-emploi se mobilisent en tant que chômeurs et
pour eux-mêmes. »
Rôle de la structure d’opportunités politiques : S. TARROW (Power in movement, 1994) : il
pose l’hypothèse de l’existence de conjonctures particulières marquées par la division des
élites qui joueraient comme une structure des opportunités politiques favorable aux
dynamiques mobilisatrices. S’il n’est pas possible ici d’entrer dans le débat autour de la validité
et de l’opérationnalité scientifique du concept de structure des opportunités politiques, on ne
peut qu’être frappé par la profusion des articles qui relatent « les divisions de la Gauche
plurielle » ou évoquent « Jospin embarrassé par sa Gauche » 2 suite « au soutien des
Communistes et des Verts au mouvement », provoquant « une gêne au Parti socialiste » 3 face
à des chômeurs qui lancent « un défi à la majorité » 4. Ces facteurs de division, alimentés par
les règles du jeu politique qui font des logiques médiatiques une des causes de perturbation
du fonctionnement du champ politique, ont sans nul doute largement favorisé l’extension du
mouvement hors de l’arène des mouvements sociaux et permis sa prise en charge dans
d’autres arènes institutionnelles. Cet abaissement conjoncturel du seuil d’insensibilité
structurelle de ces arènes aux demandes externes illustre en creux l’extrême dépendance de ce
type de mobilisations, intrinsèquement limitées, par rapport à l’état des luttes qui se déroulent
dans et entre les champs de la représentation.
Précision : dans cet ouvrage TARROW décompose la SOP en quatre éléments : le degré
d’ouverture ou de fermeture des institu- tions politiques ; la stabilité ou l’instabilité des
alignements politiques ; la présence ou l’absence d’alliés influents apportant leur soutien au
mouvement considéré ; l’existence de conflits et de divisions entre les élites.
 Analyse qui permet d’illustrer les théories de McCarty et Zald et de Sydney Tarrow
 La mobilisation des sans-emploi restent très dépendantes à la fois de l’intensité de
l’investissement des soutiens et des inégalités de distribution des res- sources culturelles
pouvant fonder l’engagement individuel.
 Analyse en termes de ressources avec à la fois des ressources externes (AC !) et les ressources
internes des chômeurs qui se mobilisent (politique, relationnelle, expressive) où l’une aide
l’autre à s’exprimer.
II – Syndicats (daniela)
Opposition entre thèse d’Andolfatto et Labbé (institutionnalisation des syndicats, Andolfatto D., Labbé
D. (2009), Toujours moins ! Le syndicalisme à la français et « les transformations des syndicats français »
2002 ) et la thèse ION sur l’organisation des mouvements sociaux en « réseaux », le militantisme
« post-it…
+ Sophie BEROUD
Travail à faire :

Synthèse de DANIELA Sur les syndicats
III – Socialisation et choix des membres par l’organisation
A. Socialisation par les « proches »
 DURIEZ, SAWICKI « réseaux de sociabilité et action syndicale » (2003) : ils insistent sur l’influence
des réseaux de sociabilité sur l’action syndicale et réciproquement de l’influence de l’engagement
syndical sur la sociabilité :
- « En amont de l'engagement, la famille, les amis, les collègues de travail ou les camarades
d'école, les voisins, etc. apparaissent non seulement comme des instances de socialisation, mais
comme les vecteurs de la prise de contact avec les organisations ou les groupes agissant en
faveur de la défense d'une cause. De ce point de vue, il convient de distinguer ceux découlant
de l'appartenance à d'autres organisations, notamment associatives, fruit d'une sociabilité
formelle, de ceux caractéristiques d'une sociabilité informelle, familiale, professionnelle ou
amicale. Il en ressort que :
 L'affaiblissement des réseaux de sociabilité formelle : Historiquement, la CFDT a beaucoup
bénéficié, notamment dans le département du Nord, de l'ancrage de ses adhérents dans
les milieux de l'Action catholique, en particulier au sein de la Jeunesse ouvrière chrétienne
(JOC). Ce temps semble révolu, même si cette influence n'a pas totalement disparu. Quant
à l'adhésion à un parti politique qui on en devine la trace qu'à la marge
 L'importance des réseaux informels : interrogés sur les modalités de leur entrée dans le
syndicat, les adhérents des années 1990 insistent d'abord sur des événements survenus
dans leur entreprise ou leur administration déclencheur. Pour beaucoup de ces adhérents
la dureté des conditions de travail et le non respect des droits élémentaires des salariés
ont souvent eu un effe notamment dans les PME, le bâtiment et le secteur des services.
l'insertion dans des réseaux d'interconnaissance et souvent par des liens de sympathie
personnelle. Les collègues de travail syndiqués sont des maillons essentiels du passage à
l'acte pour près d'un tiers des adhérents, avant la parenté ou les amis. parmi les raisons
du choix de la CFDT, la connaissance de collègues syndiqués ou de membres de la famille
ou d'amis est invoquée respectivement par 44,2 % et 27,9 % des plus jeunes comme
raisons du choix
-
En aval, les relations nouées au sein des organisations sont souvent analysées comme des
éléments forts du maintien de l'engagement, la fidélité à l'institution étant en quelque sorte
médiatisée par la fidélité aux personnes qu'on y côtoie. S'engager, ce n'est pas seulement
épouser une cause et y consacrer une partie de son temps, c'est aussi endosser un rôle et une
identité sociale, s'inscrire dans un système d'échanges et d'obligations réciproques, bref prendre
des engagements à l'égard des autres. De ce point de vue, la sociabilité syndicale est limitée : la
part qu'occupe le syndicat dans la vie des adhérents en dehors du travail est globalement peu
importante. Il n’y a vraiment que lorsqu'il y a un fort degré d'implication syndicale le syndicat
marque également la vie hors travail »
 Ce modèle relativise enfin, sans la nier, l'importance des dimensions idéologique et
cognitive de l'engagement, la conformation idéologique apparaissant comme
coproduite par les réseaux sociaux et par l'institution. Rôle de la sociabilité dans
l’engagement.
 Les réseaux de sociabilité informels jouent plus dans l’engagement syndical que les
réseaux de sociabilité formels : « les relations professionnelles l'emportent nettement
aujourd'hui sur les relations extra professionnelles dans le cadre associatif, politique et,
dans une moindre mesure, familial. »
+ A relier au rôle des rétributions dans l’organisation
B. Les organisations choisissent leurs militants
Idée que les organisations à travers leurs membres peuvent sélectionner leurs membres au travers des
procédures de recrutement, par la marginalisation, voire l’exclusion.
 SAWICKI « les temps de l’engagement. A propos de l’institutionnalisation » in Lagroye (].), dir., La
politisation, Paris, Belin, 2003.
Sawicki fait une étude méso à partir d’une association locale de défense de l’environnement appelé
Atmosphère dans le Nord de la France. L’hypothèse défendue est que les actions entreprises et les
contraintes rencontrées ont contribué à sélectionner certains profils militants particuliers et en en
décourageant d’autres.
Atmosphère est créée en 1989 dans une commune du Nord pas de Calais pour contrer un projet
d’exploitation d’un terril qui est devenu un lieu de promenade par un riverain du site et quelques amis.
Cette victoire du terril va conduire l’association à s’affirmer et à élargir sa sphère d’action la défense de
l’environnement. De 1991 à 1994 ses interventions se multiplient : collectif contre la construction de
l’autoroute A1, opposition à la construction d’un incinérateur, interventions auprès d’usines polluantes
…Un processus de recentrage de l’action s’opère à partir de 1995, il est concomitant d’une évolution
du recrutement militant et d’un rétrécissement du noyau des adhérents. L’association concentre son
action sur un territoire plus limité et sur des dossiers ciblés fortement travaillés.
Les militants d’atmosphère mettent en avant des arguments scientifiques et tentent de dépassionner
le débat, ils adoptent une posture de prudence et ne veulent pas mettre d’emplois en péril et sont
parfois en porte à faux vis-à-vis des riverains qui veulent des résultats rapides. L’institutionnalisation de
l’association n’est pas le produit mécanique de l’enrôlement dans des structures de concertation et de
négociations mais elle est le fruit des expériences pratiques vécues par ses membres et d’un
apprentissage de connaissances techniques et de ce qu’il est possible de faire et un processus de
sélection des militants .Cette institutionnalisation se traduit par le fait que les taches se sont
spécialisées en définissant des rôles , des règles de fonctionnement et une identité collective s’est
forgée.
En 1996, au moment ou le président fondateur passe la main , plus aucune personne liées entre elles
par des relations sociales antérieures à sa création ne demeure dans le noyau militant. C’est d’ailleurs
un adhérent tardif qui prend la présidence, moins expérimenté , sans liens personnels fort avec aucun
militant , le nouveau président va instituer un nouveau style et va renforcer la spécialisation de
l’association La convivialité diminue ce que beaucoup déplorent jusqu’à se désinvestir de l’association.
Les tâches se spécialisent par affaire et par thèmes et les actions qui rassemblent l’ensemble du
collectif se raréfient. La participation croissante dans diverses instances consultatives absorbe
beaucoup de temps. En raison de ce mode de fonctionnement beaucoup de nouveaux venus ont
renoncé à militer plus en avant. Ceux qui restent sont à la fois ceux qui par leur profession et leur
position familiale qui ont le plus de disponibilité et qui sont installés dans un rôle bien balisé ( l’expert ,
le trésorier , le porte parole ).Tout nouveau venu a donc beaucoup de mal à trouver sa place , sauf à
remplir un rôle disponible, on peut parler de professionnalisation même si Atmosphère est fondé sur
le bénévolat. Sawicki pour résumé parle de clôture du groupe militant.
 SIMEANT Johanna, « Entrer, rester en humanitaire : des fondateurs de MSF aux membres actuels des
ONG médicales françaises », Revue française de science politique, 2001 « Il faut enfin signaler le rôle de
plus en plus actif des ONG sur la sélection de leur personnel. Ainsi, constater que les militants
humanitaires présentent plutôt telles ou telles caractéristiques suppose non seulement que ces
caractéristiques peuvent être considérées comme des déterminants de l’entrée en humanitaire, mais
encore qu’elles ont, d’une façon ou d’une autre, consciemment ou non, parfois volens nolens, été
retenues par les ONG – des ONG ayant elles-mêmes, selon leur prestige, leurs ressources, leur
composition, les concurrences inter-associatives, plus ou moins les moyens de retenir les volontaires
souhaités, à la fois en ce qui concerne leurs compétences et les affinités perçues entre les
caractéristiques des nouveaux volontaires et celles des membres de l’association »
 OLIVIER FILLIEULE, CHRISTOPHE BROQUA « la défection dans deux associations de lutte contre le
SIDA : Act Up et AIDES », in Le désengagement militant (2002)
La classe 1 permet d’appréhender la question de l’engagement/désengagement à travers les relations
entre anciens et nouveaux membres = Conflit de génération autour de l’identité sexuelle de
l’organisation :
-
les anciens partent parce que l’identité sexuelle de l’organisation devient trop
hétérosexuelle et comporte trop de toxicomanes.
Les nouveaux ont des difficultés à trouver leur place : exemple d’une femme
hétérosexuelle et séronégative qio s’engage en 1993-1994 pour donner des cours de Yoga
et qui justifie son départ par une très mauvaise ambiance et le fait que les femmes hétéro
et non séropo sont les mal venues. Elle souligne un esprit de secte homo et gauche caviar.
 POLETTA Freedom in an endless meeting : democracy in American social movements (2002) : elle
montre comment dans le Women’s lib place de nombreuses barrières à l’entrée pour les femmes
désireuses de rejoindre le groupe, si bien que le renouvellement générationnel en était rendu
quasiment impossible. Plusieurs raisons invoquées : (i) la sororité : l’amitié et l’intimité entre les
membres fait qu’elles sont réticentes à l’intégration de nouvelles recrues qui pourraient remettre cette
situation (ii) les membres préfèrent recruter des femmes qui partagent leurs valeurs pour ne pas être
incommodés par la différence et préserver les relations sociales à l’intérieur de l’association.
IV – « un espace des mouvements sociaux » ?
 MATTHIEU (2007), « L’espace des mouvements sociaux », Politix, 77 (1), p. 131-151 : » Pour
marquer les différences qui distinguent partis politiques et mouvements sociaux, il propose le concept
« d’espace des mouvements sociaux » :
-
-
-
1ère justification pour parler d’espace des mouvements sociaux : c’est « Un espace
d’interdépendance spécifique », ie un univers de pratique et de sens relativement autonome à
l’intérieur du monde social, et au sein duquel les mobilisations sont unies par des relations
d’interdépendance. Cet espace autoréférentiel se distingue des autres univers constitutifs du
monde social en ce qu’il propose aux acteurs individuels ou collectifs qui le composent des enjeux
spécifiques tout en étant organisé par des temporalités, des règles et des principes d’évaluation
propres, qui contraignent leurs pratiques, prises de positions, anticipations et stratégies.
2ème justification : il s’agit d’un « Un univers de compétences spécialisées » : Envisager l’espace des
mouvements sociaux comme un univers de pratique et de sens distinct suppose que ceux qui en
font partie, ou qui prétendent y pénétrer, maîtrisent un ensemble de savoirs et de savoir-faire
inhérents à la conduite des actions contestataire :
 On y trouve des compétences pratiques (rédiger un tract, négocier le trajet d’une
manifestation avec la préfecture, retourner en sa faveur une assemblée générale hostile,
exposer des revendications aux médias...)
 Les compétences cognitives, comme ensemble de connaissances et de schèmes de
perception propres à l’action collective, ne sont pas moins importantes que celles d’ordre
pratique, car elles permettent aux acteurs de s’orienter au sein de l’espace par la maîtrise
du langage et des principes de classement qui y ont cours et qui permettent de distinguer
les différentes nuances de traditions ou de courants en présence (« lambertistes », «
libertaires », « cathos de gauche », etc.).
La question de LM est de savoir si cet espace est en voie d’autonomisation par rapport au champ
politique : de manière schématique, on peut dire que la réponse varie selon les périodes :
 La poussée contestataire qui suit la crise de mai 1968 peut être considérée comme une
première phase d’autonomisation d’un espace des mouvements sociaux en France
 l’élection de Mitterrand en 81 se traduit par une baisse d’activité contestataire du fait de
la satisfaction de nombreuses revendications. Il y a donc une perte d’autonomie au profit
du politique.
 Le vaste mouvement de grève de la fonction publique de novembre- décembre 1995 a
joué un rôle décisif dans la nouvelle autonomisation de l’espace des mouvements sociaux,
en ce que l’obtention du retrait partiel du projet de réforme de la Sécurité sociale d’Alain
Juppé a montré qu’une mobilisation d’ampleur était apte à faire reculer le gouvernement
par elle-même, c’est-à-dire sans le relais des forces partisanes.
 La constitution du mouvement altermondialiste peut être considérée comme une des
expressions, en même temps qu’un prolongement, de cette nouvelle autonomisation de
l’espace des mouvements sociaux, puisqu’il regroupe la plupart des organisations
emblématiques de la reprise de la contestation des années 1990. En est également
significative l’attention vigilante portée aux relations avec l’univers partisan, qui témoigne
d’une volonté explicite de clôture de l’espace. Attac, on l’a dit, interdit à ses membres de
se prévaloir de leur appartenance à l’association s’ils s’engagent dans la compétition
électorale, et la « Charte des forums sociaux » prend soin de les définir comme un «
espace pluriel et diversifié, non confessionnel, non gouvernemental et non partisan »
Chapitre 3. Les structures et leurs transformations
I. La structure des opportunités politiques
Analyse de TARROW + Illustration à travers l’article de PECHU et de MAURER.
Limites de ce modèle :
-
-
le contexte SOP est important mais les organisations et les militants s’adaptent aux
changements de la SOP. Par ex, si contexte de violence pol, des nouvelles formes d’action
émergent (réseau d’entraide…).
Suite aux critiques qui ont pointé son objectivisme, ses principaux adeptes ont abandonné sa
définition comme « structure » au profit d’une conception située (c’est-à-dire relative à un
-
-
contexte particulier) et subjective : les opportunités ne constituent plus tant un donné stable
et « objectif » que l’interprétation que les acteurs se font de la détermination et des
intentions de leur adversaire. Cf. Doug McAdam, John McCarthy et Mayer Zald
(Comparative perspectives on social movements 1996) proposent notamment une
modélisation qui inclue les trois dimensions de la structure des opportunités politiques, des
organisations (mobilizing structures) et des cadres d’interprétation (framing processes). Les
auteurs tentent d’articuler ces trois dimensions en distinguant les processus d’émergence de
ceux liés au développement et aux résul- tats obtenus par les mouvements. Sur le premier
point, c’est bien l’ouverture des opportunités politiques qui demeure première, même si
l’existence d’une structure organisationnelle et les perceptions constituent autant de
dimensions facilitatrices. Deux éléments vien-nent préciser les relations entre les trois séries
de facteurs permettant de rendre compte de l’émergence d’une mobilisation. D’une part, les
opportunités n’auraient de valeur que si elles sont perçues comme telles par les groupes
protestataires. D’autre part, si la mobilisation dépend d’une perception commune de la cause,
cette perception serait elle-même dépendante du travail de mobilisation cognitive engagé
par les organisations préexistantes
Toutes ces remarques nous conduisent à redire que la notion de structure, dans le concept
de SOP, n’a guère de sens, dès lors qu’on admet le caractère relationnel et donc dynamique
de l’action protestataire. Helena FLAM States and Anti-Nuclear Movements (1994) l’exprime
on ne peut plus clairement, dans la conclusion à son livre sur le mouvement antinucléaire en
Europe et aux États-Unis : « le degré d’ouverture des États est en fait un produit interactif et
temporel ; une synthèse de règles d’accès et d’arènes préexistantes et ad novo que les
mouvements et les élites cherchent à utiliser, bloquer, surpasser et modifier. Une implication
théorique radicale de cette approche est que le déter- minant de “l’ouverture” à la
contestation change au cours du temps. Chaque moment de confrontation se définit de
manière propre, voire unique. Le défi analytique revient dès lors à identifier une série de
déterminants qui, dans une séquence temporelle, peut expliquer les dynamiques de
l’interaction entre l’État et le mouve- ment d’opposition, aussi bien que les effets
institutionnels de cette dynamique.
L’approche par la SOP, en ne se souciant pas de savoir par quelles médiations les acteurs
éprouvent puis se plient aux contraintes structurelles, néglige également la manière
complexe, parfois contradictoire, par laquelle les struc- tures influencent les mobilisations
II. Le militantisme reflète-t-il le changement social ? Vers un
nouveau militantisme ?
 L’analyse de Jacques ION dans la La fin des militants ? (1997) : les formes d’encadrement politique,
principalement partisane et syndicales, connaitraient un affaiblissement manifeste en raison du rejet
« des formes d’engagement anonyme au sein de collectifs conçus comme prédominants ». Il oppose
alors deux idéaux types d’engagement : « l’ancien » engagement, illutré par le PCF et marqué par la
prédominance du « nous », les pesanteurs communtaires et la remise de soi ; « le nouveau » qu’il
appelle « engagement distancié », caractérisé par des engagements à durée limitée, sur des buts
restreints. Ainsi « à l’engagement symbolisé par le timbre renouvelable et collé sur la carte succéderait
l’engagement symbolisé par le post-it, détachable et mobile : mise à disposition de soi et résiliable à tout
moment ».
Il explique ce changement par : (i) une dissociation croissante entre les activités de loisirs et les
activités militantes ; les cercles de sociabilité se diversifient et se confondent de moins en moins avec
le cercle de groupement. (ii) la féminisation du militantisme et le développement de la mixité : « aller
chercher les enfants à la sortie de la crèche, ou de l’école, préserver du temps pour la famille et les
loisirs deviennent progressivement des pratiques légitimes », ce qui entraine une réorganisation du
temps de la militance. (iii) l’affaiblissement des procédures de formation internes aux groupements
(écoles de cadres…) auraient pour csq un affaiblissement des rétributions et allégerait la dépendance
des membres à l’organisation.
 Critique par COLLOVALD, Al l’humanitaire ou le management des dévouements (2002) : on ne
retiendra que trois composantes :
-
il est difficile de généraliser le militantisme associatif en modèle de tous les
engagements
il ne met pas suffisamment l’accent sur les propriétés sociales des militants
il ne prend pas suffisamment en compte les évolutions macro sociales qui
déterminent les inflexions du rapport à l’engagement
 Mathieu (Lilian), « Un “nouveau militantisme” ? A propos de quelques idées reçues », Contretemps,
octobre 2008 : Le passage d’un engagement total à un engagement distancié n’est pas aussi radical et
mécanique que ne le laisse supposer les écrits de Jacques ION. Ces deux formes d’engagement ne
sont aussi étanches l’une à l’autre quand on regarde certaines études empiriques :
-
-
-
En d’autres termes, on trouvait des engagements fluides, temporaires, bref du
militantisme « distancié », en plein cœur de l’écosystème communiste, au moment
même où celui-ci, alors au sommet de sa puissance, était supposé dominé par un
militantisme « total ». Cf les travaux de l’historienne Axelle BRODIEZ (Le Secours
populaire français 1945-2000, Paris, Presses de Sciences-po, 2006.) a bien montré
dans son étude du Secours populaire, organisation caritative liée au PCF, combien
parvenir à fidéliser des effectifs très instables a dès les années 1950 constitué une
des principales préoccupations de ses responsables.
On trouve aussi des formes de militantisme total aujourd’hui : la Coordination des
intermittents et précaires d’Ile-de- France (CIP-IDF), au sein de laquelle
l’engagement, en dépit du discours tenu par ses animateurs, apparaît à l’examen
bien loin d’un « militantisme distancié ». Plusieurs entretiens réalisés auprès de ses
membres décrivent un militantisme accapareur de temps et d’énergie, au point de
mettre en péril la situation économique et les perspectives de carrière de militants
qui se dévouent sans compter à leur cause. Un engagement aussi intensif, qui
amène certains à sacrifier vie familiale et professionnelle à la défense de la cause,
met à mal la thèse du nouveau « militantisme post-it »
On trouve aussi des formes de militantisme total aujourd’hui dans des
organisations censées incarner le militantisme distancié : le mouvement
altermondialiste, posé comme paradigmatique du militantisme « en réseau »,
dépourvu de centre dirigeant et où les décisions se prendraient au consensus. Si
l’image peut correspondre à certains secteurs limités du mouvement, elle ne
convient guère à ce qui constitue en France sa principale organisation, Attac, dont
la direction nationale a souvent été critiquée comme excessivement
bureaucratique et hiérarchisée.
 Verta TAYLOR, « social movement continuity : the women’s movement in abeyance », American
Sociological Review (1989) : Pour relativiser la théorie de Jacques ION sur la rupture entre ancien
militantisme total et un nouveau militantisme post-il, il est utile de mobiliser le concept d’Abeyance
Structure qui met plutôt en avant le lien entre des formes de mobilisation qui se déroulent à des
moments différents. EN effet, Le terme « abeyance » décrit un processus de maintien ou de mise en
veille par lequel les mouvements parviennent à durer dans des environnements politiques devenus
non réceptifs, jouant ainsi un rôle de passeur entre deux étapes d’une mobilisation. Ainsi, ce qui
apparaît comme moment de « naissance » ou de « mort » cache plutôt des points de seuils ou de
retournements ; le « nouveau » mouvement est souvent une résurgence d’un cycle plus ancien
d’activisme, sous de nouvelles formes.
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Sa recherche porte sur le mouvement féministe aux États-Unis. Elle met au jour les nombreux liens
rattachant le mouvement des femmes des années 1960 à celui, bien plus ancien, pour l’obtention
du droit de vote des années 1900 à 1920, liens largement ignorés de la plupart des études portant
sur la contestation féministe qui semble émerger dans les années 1960. Verta Taylor critique la
tendance des spécialistes des mouvements sociaux des années 1960 à défendre une « conception
immaculée » de leurs origines. Elle invite au contraire à appréhender l’engagement dans un
continuum de pratiques – changeantes, adaptées au nouveau contexte auquel elles doivent faire
face, pour saisir les processus par lesquels les mouvements peuvent se maintenir dans le temps et
éventuellement ressurgir au bénéfice d’un contexte d’opportunités politiques plus favorable.
Chez Taylor, ce processus de mise en veille dépend de deux séries de facteurs :
 Facteurs externes au groupement : le processus de mise en veille dépend alors des
possibilités de reconversion de leurs ressources militantes dans des activités routinisées: si
elles sont insuffisantes, des structures alternatives peuvent émerger pour fournir un refuge
à ces activistes anciennement mobilisés
 facteurs organisationnels : la temporalité (un petit groupe qui demeure fidèle dans la
durée à l’organisation vaut mieux qu’un fort turn over qui la déstabiliserait) ; la force de
l’attachement à la cause (pendant la période du reflux, les gratifications se réduisent, les
chances de succès s’amenuisent ; l’attachement des membres aux croyances, buts et
tactiques du groupe joue comme obstacle à la reconversion dans d’autres sphères ou
organisations) ; l’exclusivité (avec la crise, le groupe perd sa base et se réduit à une petite
élite d’avant-garde, groupement homogène d’activistes, suffisant pour faire vivre la
structure) ; la centralisation (en produisant de la stabi- lité organisationnelle, de la
coordination et une expertise technique, elle facilite le maintien d’un niveau minimum
d’activité, même dans les périodes les plus difficiles) ; la culture (l’organisation doit être
capable d’élaborer des cadres culturels alternatifs aptes à donner du sens à ceux qui
rejettent l’ordre établi et demeurent dans le groupe malgré sa forte marginalisation).
 Florence JOSHUA, « les conditions de reproduction de la LCR : l’approche par les trajectoires
militantes » (2007) :
La Ligue communiste révolutionnaire (LCR) fournit un bon exemple du rôle de ces structures de
rémanence (Johsua, 2007). Fondée en 1966 (à l’époque la Jeunesse communiste révolutionnaire), cette
organisation d’extrême gauche connaît un développement spectaculaire au cours des événements de
mai 1968. Elle est portée par la vague contestataire des années 1970, mais la décennie 1980 ouvre une
période de reflux, pour elle comme pour la plupart des partis « révolutionnaires ». La LCR s’est ainsi
maintenue en état de veille dans l’attente d’un contexte plus favorable, qu’elle retrouve en 1995 avec
le mouvement de novembre-décembre, et plus encore depuis l’élection présidentielle de 2002. Le
cadre théorique offert Verta TAYLOR permet de comprendre comment la LCR a réussi à se mettre en
état de veille :

Facteurs organisationnels :
- la centralisation : La centralisation de l’activité partisane (centralisme
démocratique) a pu favo- riser la stabilité organisationnelle, ainsi que certains
facteurs techniques comme l’existence de locaux, d’une imprimerie, qui lui ont
permis de maintenir un niveau minimum d’activité, même au plus fort de la crise
- la temporalité : L’organisation se réduit alors à un petit groupe de fidèles, soudés
par des expériences de luttes communes
- La force de l’attachement au projet révolutionnaire, à certains référents identitaires
(communisme, trotskisme), les liens d’amitié qui se sont tissés entre les membres,
constituent alors autant de freins au désengagement. de freins au désengagement.

Le rejet du capitalisme et la défense d’un projet socialiste de transformation
sociale sont des éléments du cadre culturel alternatif que propose la LCR.
Les facteurs externes : pour pouvoir continuer à militer pendant cette période de crise, les
militants de la LCR ont développé des stratégies de réinvestissement dans des syndicats et des
associations qui leur semblent alors plus utiles que le parti politique. Ces structures, comme
SUD, DAL ou AC !, porteuses d’une critique de la société « libérale » et d’un projet de
transformation sociale, ont joué un rôle de passeurs »
DIVERS :
+ Altermondialisme : reconversion de l’engagement et des savoirs-faires pour les militants seniors qui
souvent viennent du PC, et de l’engagement religieux (catho de gauche – SIMEANT ??) Jeunes dans
l’altermondialisme ont des formes d’action plus radicales (sommier, agriko, fillieule sur
l’altermondialisme) (Daniela)
+ Péchu : effet de génération au sein du DAL : 3 générations avec un changement des militants.
+ STEINHOFF, ZERMAN : les nouvelles gauches aux US et japon face à la répression : de nouveaux
jeunes arrivent dans l’organisation et sont violents ; ils se radicalisent face au pouvoir. L’ancienne
génération pris entre le fait de rester et le fait de partir à cause de la violence. Les nouveaux militants
plutôt d’origine populaire.
+ Notion de micro-cohorte pour expliquer comment une organisation et les militants évoluent. Dans
uen orga, différents groupes qui ont vécu des contextes politiques structurants et qui entrent dans
l’organisation à des moments différents, ce qui génère des caracrtéristiques de micro-cohortes
différentes( daniela)
HIRSCHMAN ??
 HIRSCHMAN A. (1970), Exit, voice and loyalty, Cambridge, Harvard University Press
Ce modèle d’analyse est de proposer pour comprendre les réactions des consommateurs face aux
dysfonctionnements des firmes. Mais, il fonctionne très bien pour comprendre l’engagement militant.
Face a un mécontentement, le militant adopté trois postures différentes : la défection, la prise de
parole et la loyauté. C’est un intérieur de ce triptyque que se situe l’espace des possibles passes à un
mécontentement. La défection et silencieuse. Elle se traduit en changement de fournisseur, nonrenouvellement de cartes, mise en retrait de l’association. La loyauté à la marque un ou mouvement
est accepté ses défauts, la baisse de ses mérites. Le licenciement de fidélité, deux devoirs à l’égard de
l’institution ou du mouvement, l’acceptation résignée de ses défauts sont assez puissants pour
supporter le mécontentement. La prise de parole exprime une protestation contre les mauvaises
performances de la firme, du service, du mouvement. Exemple : en s’appuyant sur la concurrence, les
individus peuvent éviter de prendre la parole. Lorsque le le service public de l’enseignement se
dégrade, les familles des milieux fortement diplômés qui sont souvent investis dans les associations de
parents peuvent trouver une école privée financièrement abordable qui se substitue à l’école publique.
À l’inverse, la fermeture des possibilités de défection rend plus pressant le recours à la prise de parole.
Ainsi, l’auteur suggère un avantage méconnu du monopole public : contraindre les usagers à se
mobiliser pour l’améliorer.
En outre, cette analyse permet de comprendre pourquoi la focalisation des réactions de clients ou
adhérents sur les seules les attitudes risque d’être catastrophique. Trop de loyauté empêche
l’organisation ou la firme de se corriger, trop de défections la ruine ou la vide irrémédiablement de sa
force. Trop de prise de parole déstabilise ou paralyse. Il cite l’exemple de la forte mobilisation des
éléments conservateurs du parti républicain, las de voir leur parti parrainer des candidats qu’ils
jugeaient mous. Leur excès de prise de parole aboutit en 1964 à l’investiture de Goldwater et à une
déroute électorale, le porte-parole choisi par cet éclat de prise de parole apparaissant à l’électorat
comme extrémistes.
Dès lors, les organisations ou entreprises ont tout intérêt à éviter la polarisation sur une réaction.
Exemple : susciter la prise de parole de prévenir la défection ; jouer sur la défection la loyauté veut
éviter trop de prise de parole.
 HIRSCHMAN A. (1983), Bonheur privé, action publique, Paris, Gallimard : « Une des manières les plus
intéressantes d’articuler ces différents niveaux d’analyse a été formulée par Hirschman dans Bonheur
privé, action publique. Sa réflexion part du constat qu’à la période d’intense mobilisation protestataire
des années 1960-1970 a succédé une phase d’atonie politique. Il ne s’agit pas d’une situation inédite,
et Hirschman fait remarquer qu’il arrive fréquemment qu’à des phases de fort engagement public
succèdent des périodes tout aussi marquées de repli sur la sphère privée. Le moteur de ce phénomène
cyclique est selon lui la déception : l’engagement n’apportant pas toutes les satisfactions attendues
des militants (le grand soir rêvé par les étudiants soixante-huitards se révèle plus lointain qu’espéré,
par exemple), et cet engagement se révélant de plus en plus coûteux (l’activité militante exige de
sacrifier vie familiale et carrière professionnelle), ces derniers se désengagent progressivement pour se
consacrer à la recherche individuelle d’un bonheur privé dans la famille et la réussite professionnelle.
Mais il est probable, avance Hirschman, que la recherche du bonheur privé débouche elle aussi sur la
déception, sur la routine et la banalité d’un quotidien ennuyeux et étriqué, et qu’elle suscite à son tour
des velléités d’engagement, ce qui relance un nouveau cycle d’action publique. Cette démarche a
l’avantage d’articuler un volet subjectif (la déception est éprouvée subjectivement par les acteurs) et
un volet objectif et macrosocial (c’est le fait que le sentiment de déception soit éprouvé par une
multiplicité d’acteurs au même moment, comme cela a été le cas de la jeune génération du baby
boom à la fin des années 1960, qui donne son ampleur au phénomène d’engagement ou de
désengagement observé) » (Cours Lilian Mathieu)
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