désordres cognitifs de la maladie d’Alzheimer. Sur le plan des
symptômes non cognitifs, la situation est probablement plus
complexe. Des données expérimentales et cliniques suggèrent
que le déficit sérotoninergique pourrait contribuer à la surve-
nue des symptômes dépressifs, psychotiques, anxieux et à celle
des troubles du comportement, à type d’agressivité et d’agita-
tion. Ces données neurochimiques restent cependant contro-
versées. En revanche, deux études (18) ont permis d’établir un
lien entre l’agitation du patient dément et une hypersensibilité
des récepteurs sérotoninergiques.
Système dopaminergique
Les voies dopaminergiques s’organisent sous forme d’une
dizaine de voies principales de neurotransmission, dont deux
prépondérantes : la voie nigrostriée issue de la substance noire
compacte et projetant vers le striatum, la voie méso-cortico-
limbique issue de l’aire tegmentale ventrale et projetant vers le
cortex, en particulier frontal, le noyau accumbens et les régions
limbiques. La première de ces voies peut être atteinte par le
processus dégénératif, expliquant alors la survenue de signes
moteurs extrapyramidaux dans le cours évolutif de la maladie
d’Alzheimer. La survenue de signes extrapyramidaux peut éga-
lement être sous-tendue par une diminution de l’expression du
récepteur D2striatal.
L’existence d’anomalies de la transmission dopaminergique
méso-cortico-limbique reste beaucoup plus controversée. Au
cours de la maladie d’Alzheimer, les taux corticaux de dopa-
mine et de ses métabolites sont beaucoup plus préservés que
pour les autres monoamines. Toutefois, des études d’imagerie
in vivo suggèrent un parallélisme entre un déclin cognitif et une
altération du métabolisme cérébral de la dopamine. En dépit
du rôle de la dopamine dans les désordres thymiques ou psy-
chotiques, aucun lien n’a pu être clairement établi entre les
modifications de la neurotransmission dopaminergique et la
survenue d’épisodes psychotiques ou dépressifs au cours de la
maladie d’Alzheimer. Des modifications de la sensibilité des
récepteurs dopaminergiques ne peuvent cependant pas être
exclues (19). En revanche, un lien a pu être établi entre la pré-
servation de la neurotransmission dopaminergique et le com-
portement agressif du malade.
Le système glutamatergique
En dehors de son rôle dans les phénomènes d’excitotoxicité qui
peuvent être en cause dans la cascade moléculaire conduisant à
la neurodégénérescence, le glutamate, le principal acide aminé
excitateur, joue également un rôle primordial dans la cognition
par le biais de l’activation de récepteurs ionotropiques spéci-
fiques. Bien que la mise en évidence d’une atteinte diffuse de
la neurotransmission glutamatergique soit difficile, la perte des
neurones pyramidaux corticaux et la perte synaptique qui l’ac-
compagne peuvent expliquer la diminution des concentrations
cérébrales en glutamate qui est corrélée avec la sévérité de la
démence (5).Ces altérations de la transmission glutamatergique
prédominent dans les faisceaux perforants cortico-hippocam-
piques et dans les voies d’association cortico-corticales. L’im-
plication de la transmission glutamatergique dans les phéno-
mènes d’apprentissage et de mémorisation, sous-tendue par l’ef-
fet de potentialisation à long terme (long term potentialization
[LTP]), pourrait expliquer que son dysfonctionnement soit res-
ponsable, au moins en partie, des désordres cognitifs de la mala-
die d’Alzheimer, justifiant l’utilisation thérapeutique d’agents
modulant la transmission glutamatergique (20).
Le système GABA
Le GABA est le neuromédiateur le plus ubiquitaire du système
nerveux central expliquant que les voies neuronales qui utili-
sent ce neurotransmetteur puissent être touchées par le proces-
sus neurodégénératif de la maladie d’Alzheimer. Néanmoins,
les études post mortem évaluant l’expression de la glutamate
décarboxylase (GAD), l’enzyme de synthèse du GABA, la
concentration du neuromédiateur ou l’expression de ses récep-
teurs spécifiques ne permettent pas de trancher. Il en est de
même pour les études ante mortem de dosage du GABA ou de
ses métabolites dans le LCR ou les études d’imagerie (15). De
très nombreuses études permettent de mettre en évidence une
diminution de la transmission GABAergique, mais d’autres tra-
vaux ne montrent pas de changement. Si cette variabilité ne
permet pas de conclure à l’implication de la transmission
GABAergique dans l’expression des symptômes cognitifs, l’al-
tération de la transmission pourrait rendre compte chez certains
patients de la survenue des troubles psychocomportementaux.
Le comportement agressif est inversement proportionnel à l’ac-
tivité GABAergique. Néanmoins, aucune étude clinique n’a
établi jusqu’à présent de lien causal entre désordres non cogni-
tifs et modification de la transmission GABAergique (5).
Les neuropeptides
Différents neuropeptides ont été impliqués dans la maladie
d’Alzheimer et ont une expression diminuée dans le cerveau
des malades atteints : somatostatine, substance P, neuropeptide
Y, BDNF (brain-derived neurotrophic factor). Leur atteinte est
d’autant plus importante que le déclin cognitif est grave. Ce
lien a été particulièrement bien établi avec la somatostatine,
mais sa colocalisation avec l’acétylcholine peut à elle seule
expliquer cette relation. Les travaux ayant tenté d’établir un
parallélisme entre la modification des neuropeptides centraux
et les désordres non cognitifs restent peu nombreux. S’il semble
exister une relation entre les modifications du neuropeptide Y
et certains troubles comportementaux (anxiété, apathie, agita-
tion, irritabilité), aucun lien n’a pu être établi avec d’éventuelles
modifications de la somatostatine. Cependant, ces liens de cau-
salité pourraient là encore s’expliquer par la colocalisation des
neuropeptides concernés avec des neuromédiateurs impliqués
dans l’expression symptomatique de la maladie d’Alzheimer,
en particulier la sérotonine, rendant difficile l’interprétation de
ces données (13, 21, 22).
ACÉTYLCHOLINE : DES LIENS ÉTROITS AVEC LES AUTRES
NEUROTRANSMETTEURS CENTRAUX
Les résultats parfois discordants concernant les modifications
des principales voies centrales de neurotransmission suggèrent
que la modification fonctionnelle des interconnexions entre
26
La Lettre du Pharmacologue - Volume 17 - n° 1 - janvier-février 2003
PHARMACOLOGIE CLINIQUE