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greffe de moelle et le fait qu’elle fume, fait en sorte qu’elle n’est pas admissible à un tel
traitement. Nous reviendrons plus loin sur l’inéquité d’une telle exclusion.
Le principe de non-malfaisance exige de ne pas faire de tort. Ce principe, présent en
médecine depuis le Serment d’Hippocrate, est habituellement interprété conjointement
avec le principe de bienfaisance, ce qui implique de choisir l’intervention de soin ou le
traitement qui maximise le bien-être de la personne, à court, moyen et long terme. On
peut accepter que les torts surpassent les bénéfices à court terme, à la condition qu’un
rapport positif des bénéfices sur les torts soit entrevu à moyen ou long terme. Choisir un
bénéfice immédiat malgré des torts certains en découlant dans le futur ne seraient pas
professionnellement, éthiquement et légalement acceptable, quand le niveau de soin est
thérapeutique et non palliatif, entendu au sens de soins de confort. Autrement dit un
professionnel de la santé ne doit pas éthiquement favoriser le confort immédiat du patient
en sachant qu’il compromet sa santé, voire sa vie future. Il cherchera plutôt des
interventions qui favorisent une meilleure santé dans l’avenir, si ce n’est sur-le-champ.
Cette évaluation des torts au regard des bénéfices est effectuée aussi par la patiente, qui
en fumant choisit un plaisir immédiat au détriment de bénéfices sanitaires futurs. Elle
pourrait faire un tel choix pour elle-même, si elle n’était pas hospitalisée, mais elle ne
pourrait contraindre les professionnels d’y adhérer parce que cela irait à l’encontre des
normes légales et déontologiques, de même que des principes éthiques de bienfaisance
et de non-malfaisance. Elle ne pourrait pas non plus imposer à des tiers les impacts
négatifs de ses choix.
Appliquant les principes de bienfaisance et de non-malfaisance à notre situation, les
médecins devraient choisir les interventions qui favorisent une santé maximale pour cette
personne, non seulement à court terme, mais aussi à long terme. En permettant à cette
personne de fumer, ils compromettent la possibilité pour elle d’obtenir une greffe de
moelle. Et dans le cas présent, on comprend que la patiente ne veut renoncer à aucun
traitement.
Appliquant le principe de justice ou d’équité, deux théories s’affrontent. Les théories
égalitaires, d’une part, maintiennent que cette personne, quelles que soient ses habitudes
de vie a droit aux meilleurs soins et traitements possibles. Et, d’autre part, les théories de
la justice basées sur le mérite, pour lesquelles une distribution, en l’occurrence un
traitement médical, est basée sur les qualités ou les mérites de la personne. De ce
dernier point de vue, une personne qui n’a pas de bonnes habitudes de vie n’aurait pas
droit au même titre que les autres à des ressources de santé. En greffe d’organes,
certains éthiciens ne favorisent pas un accès égal aux ressources. Quoi qu’il en soit pour
les théories égalitaires, il est toujours préférable d’apporter un soutien à la personne qui
veut arrêter de fumer, plutôt que de l’exclure d’emblée d’un traitement qui pourrait lui
sauver la vie. On doit rappeler aussi qu’une non-observance antérieure au traitement
n’est pas un bon prédicteur du comportement qui sera adopté après la greffe de moelle.
Par ailleurs, quand il s’agit de justice, on ne peut considérer que le seul individu et les
conséquences de ses comportements et des interventions sur sa propre santé. On doit
Avis Comité d’éthique clinique (février 2007) Page 5 de 7