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des cognitivistes ou de la philosophie (herméneutique, philosophie de l’action ou analytique) notamment
sont venus enrichir le concept et le débat à son sujet.
La sociologie du travail post-friedmannienne, elle, a connu un fort éclatement en spécialités. Le champ a
été découpé en différents objets : relations professionnelles, organisations, professions, emploi, action
stratégique ou collective, pouvoir, groupes, interactions de service…. Cette spécialisation progressive
mène en définitive à ce que dans la sociologie du travail contemporaine, « le travail n’est qu’un moyen
pour étudier autre chose » (Erbès-Seguin, 1999, p. 12). Une sorte de partage semble s’être opéré dans les
sciences humaines et sociales, où l’activité serait un objet (relativement désocialisé) réservé aux
ergonomes et psychologues alors que les rapports sociaux (sans activité ?) seraient l’objet des
sociologues, politistes, économistes et juristes.
Quelques exceptions existent dans le champ de la sociologie du travail. Nous repérons quatre approches
qui se réclament explicitement ou plus incidemment, de la « sociologie de l’activité ». L’une porte le
regard sur les phénomènes de régulation sociale et de renormalisation, à l’occasion et au cours de
l’activité de travail ; la deuxième s’intéresse à la dialectique entre faits sociaux déterminants et activité
d’élaboration des sujets, dans les organisations de travail. Plus récemment, un courant mène une
description de l’activité en train de se faire, avec un regard rapproché sur elle. Selon ces approches,
l’activité est un contexte, un point de vue théorique ou un objet. Le premier courant s’inscrit d’abord dans
une tradition de la sociologie des organisations; le second est issu de la psycho-sociologie et de la
sociologie clinique; le troisième est davantage débiteur du pragmatisme américain et de
l’ethnométhodologie. Enfin, une quatrième approche mobilise le concept d’activité pour désigner des
domaines d’action, dans l’emploi mais aussi hors emploi, et pour analyser l’évolution historique, sociale
et subjective du rapport entre ces deux sphères. Ces quatre approches sociologiques de l’activité
s’adossent chacune à des théories du sujet et du social qui leur sont propres.
La diversité de ces traditions semble être oubliée lorsque le terme -ou le concept- d’activité est interrogé.
La critique des sociologues, qu’elle soit épistémologique, méthodologique ou politique est en effet
relativement unifiée. A. Borzeix et F. Cochoy (2008) relèvent une dizaine de critiques récurrentes de ces
théories dites de l’activité
. Trop micro-sociologiques, elles seraient impropres à éclairer les enjeux
sociaux structurants liés au travail. Faut-il pour autant abandonner le projet de regarder l’activité lorsque
l’on fait de la recherche sociologique sur le travail ?
Entre déni et encensement, n’existe-t-il pas une voie « intégrative » ajustée ? Le concept d’activité est
polysémique et héritier de courants de pensée si variés (Schwartz, 2007 ; Bidet, 2011 ; Barbier et Durand,
2003) qu’il n’est pas possible de le considérer comme un concept fermé, homogène et localisé dans une
discipline ou une école singulière : il est l’objet d’un débat théorique et méthodologique commun, que
nous souhaitons mettre en mots.
« Trop minutieuses », « trop localisées », « privilégieraient l’activité au détriment du labour », « évacueraient l’homme, son
agir et sa peine au profit des objets », « oublieraient l’explication au nom de la description », « préféreraient la situation à la
généralisation », « flirteraient avec ce cousin non fréquentable que sont les sciences cognitives », « donneraient prise à des
usages sociaux contestables parce que trop directement opératoires » et, enfin, « auraient perdu toute portée critique ou
politique ». (op.cit.)