Résumé
Contexte : Le démasquage binaural est un processus indispensable pour la compréhension en
environnement bruyant. Ce mécanisme ferait intervenir la comparaison d’indices temporels et
fréquentiels tout au long des voies nerveuses auditives. Cependant, il n’existe pas de réel
consensus évoquant un traitement du démasquage à un niveau sous-cortical et/ou cortical.
L’objet de cette étude est d’étudier ces indices temporels et fréquentiels du démasquage par le
biais d’une étude perceptive, puis d’une étude électroencéphalographique (EEG).
Matériels et méthodes : Une population normoentendante a été évaluée lors d’une étude
perceptive visant à estimer l’importance du démasquage en fonction de 1) la largeur
fréquentielle du bruit controlatéral (de 1 octave, 3 octaves ou à large bande), 2) la cohérence
temporelle des bruits bilatéraux (corrélation égale à 0 ou 1) et 3) la fréquence des stimuli cibles
(0,5, 1, 2 et 4 kHz). Puis, le démasquage a été évalué en EEG par l’étude 1) des latences
précoces (<10 ms, PEA-P), 2) des latences tardives (<50 ms, PEA-T) et 3) de l’onde de
discordance (PEA-MMN). Pour ces trois études EEG, l’influence de la cohérence temporelle
des bruits bilatéraux a été explorée.
Résultats : L’étude perceptive traduit un démasquage croissant lorsque la largeur fréquentielle
du bruit controlatéral augmente. L’ajout du bruit controlatéral non corrélé (corrélation=0) se
traduit par une amélioration de détection de 1,28 dB, quelle que soit la fréquence des stimuli
cibles (antimasquage), alors que l’ajout d’un bruit controlatéral corrélé (corrélation=1) évoque
une amélioration de détection lorsque la fréquence des stimuli cibles diminue (démasquage) :
0,97 dB à 4 kHz et 9,25 dB à 0,5 kHz. En PEA-P, les latences des ondes III et V se
raccourcissent lorsqu’un bruit controlatéral corrélé ou non !"##$%$& '()& *+",)$& -./01& 2(34& 56&
PEA-T, les amplitudes des ondes P1, N1 et des complexes P1N1 et N1P2 augmentent
lorsqu’un bruit controlatéral corrélé ou non corrélé est ajouté. Enfin, l’amplitude de la MMN
est plus conséquente lorsque le bruit controlatéral ajouté est corrélé (versus non corrélé).
Conclusion : L’étude perceptive explicite l’importance des indices spectraux (antimasquage)
et temporels (démasquage), pour améliorer la perception d’un signal initialement masqué.
L’étude EEG suggère, quant à elle, un traitement sous-cortical influencé uniquement par les
indices spectraux (antimasquage) et un traitement plus cortical influencé par les indices
temporels (démasquage).