
J. Yelnik L’Encéphale, 2006 ;
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la dystonie que pour la maladie de Parkinson, pouvant
varier d’une amélioration de 100 % à une aggravation de
34 % (24). Cette variabilité des résultats de la stimulation
est à mettre en relation avec la variabilité symptomatique,
déjà connue, de la maladie dystonique elle-même.
Il apparaît donc que la maladie de Parkinson et la dys-
tonie, deux pathologies impliquant le même système des
ganglions de la base, réagissent de façon très différente
à la stimulation. L’interprétation de cette différence fait
appel, comme nous le verrons plus loin, à des niveaux
d’organisation différents du système.
Les effets non moteurs de la stimulation
La SCP, qui s’est largement développée en France puis
à l’étranger, a montré son efficacité et son innocuité pour
le traitement de pathologies motrices, en tout premier lieu
les tremblements, la maladie de Parkinson, la dystonie.
Dans le décours de ces traitements, des manifestations
non motrices liées à la stimulation ont été observées. Ainsi
un cas de dépression aiguë provoquée par la stimulation
de la substance noire (5), un cas de fou-rire provoqué par
stimulation du NST (14), un comportement agressif
déclenché pendant l’intervention par stimulation d’une
électrode d’exploration située médialement au NST (6),
des symptômes obsessifs compulsifs supprimés ou amé-
liorés par stimulation de la partie médiane du NST (15).
Ces cas individuels suggèrent qu’en dehors de ses fonc-
tions purement motrices, le système des ganglions de la
base est capable de traiter des informations non motrices
associées à des processus comportementaux plus com-
plexes. C’est à partir de cette constatation que la SCP a
été proposée pour le traitement de pathologies non motri-
ces telles que la maladie de Gilles de la Tourette (11) et
les troubles obsessifs compulsifs (protocole multicentri-
que français en cours).
L’interprétation de ces effets non moteurs fait appel à
un niveau d’organisation anatomique et fonctionnel parti-
culier des ganglions de la base sur lequel nous revenons
plus loin.
Il faut cependant noter que si ces effets non moteurs,
qui ont pu être observés dans des centres neurochirurgi-
caux différents, sont incontestablement provoqués par la
stimulation, tous les patients stimulés, et loin s’en faut, ne
présentent pas ce type d’effets même avec des électrodes
localisées exactement dans les mêmes sites topographi-
ques. Les réponses non motrices induites pas la stimula-
tion des ganglions de la base révèlent là aussi une grande
variabilité interindividuelle dans le domaine comporte-
mental.
L’ANATOMIE FONCTIONNELLE DES GANGLIONS
DE LA BASE
Dans le chapitre précédent nous avons vu que la SCP,
en plus de son utilité principale dans le domaine théra-
peutique, peut devenir un outil d’étude du fonctionnement
des ganglions de la base particulièrement instructif. Ainsi,
nous avons vu que les symptômes parkinsoniens ne réa-
gissent pas de la même façon que les symptômes dysto-
niques à la stimulation, nous avons mis en évidence une
caractéristique importante des ganglions de la base, la
variabilité symptomatique et thérapeutique, et nous avons
montré que les ganglions de la base sont impliqués dans
des processus non moteurs.
Un modèle de fonctionnement des ganglions de la base
peut-il expliquer à la fois ces différentes observations ? La
réponse est positive si l’anatomie des ganglions de la base
est analysée à trois niveaux organisationnels successifs :
connectivité, territoires fonctionnels et architecture neu-
ronale.
La connectivité des ganglions de la base
Il s’agit ici de prendre en compte la façon dont les dif-
férentes structures qui composent les ganglions de la
base sont connectées les unes aux autres et avec
l’ensemble du système nerveux.
La
figure 1
montre les principaux circuits que compor-
tent les ganglions de la base selon un modèle devenu clas-
sique initialement proposé par Albin
et al.
(1). Un premier
circuit dit « voie directe » connecte le cortex cérébral au
striatum, puis au pallidum interne et à la substance noire
pars reticulata, et enfin au thalamus et au cortex frontal.
À côté de cette voie dite directe existe une « voie
indirecte » qui passe par le striatum, le pallidum externe
et le NST avant de projeter comme la voie directe sur le
pallidum interne et la substance noire pars reticulata, le
thalamus et le cortex frontal. En considérant le caractère
excitateur ou inhibiteur des différentes connexions
(figure 1)
, on comprend que dans l’état normal la voie
directe est activatrice, elle facilite le mouvement, alors que
la voie indirecte est globalement inhibitrice et a donc pour
effet d’empêcher le mouvement. Dans l’état normal, le
mouvement est favorisé par la dopamine synthétisée dans
la substance noire pars compacta et libérée dans le stria-
tum. En effet, la dopamine active les récepteurs D1 portés
préférentiellement par les neurones de la voie directe alors
qu’elle inhibe les récepteurs D2 portés principalement par
les neurones de la voie indirecte. Dans l’état parkinsonien,
l’absence de dopamine libère la voie indirecte inhibitrice
et n’active plus la voie directe activatrice, d’où une inhibi-
tion globale du mouvement
(figure 1)
.
Le modèle connexionniste (aussi appelé « boîte-
flèches ») des ganglions de la base permet donc de com-
prendre le principal symptôme de la maladie de Parkinson,
l’akinésie, comme un défaut de la balance normale entre
l’effet activateur du mouvement de la voie directe et l’effet
inhibiteur du mouvement de la voie indirecte. Il explique
également l’effet bénéfique de la SCP qui agit par inacti-
vation du NST donc par une réduction de l’hyperactivité
des noyaux de sortie (pallidum interne et substance noire
pars reticulata) qui libère ainsi le thalamus et le cortex en
permettant l’exécution du mouvement.